Le Tableau

ECRANS | de Jean-François Laguionie (Fr, 1h16) animation

François Cau | Lundi 21 novembre 2011

Vétéran de l'animation française, Jean-François Laguionie a acquis ses galons avec des films comme Gwen, le livre des sables ou plus récemment L'île de Black Mor. Aujourd'hui septuagénaire, le cinéaste tourne peu mais ses œuvres sont d'un raffinement égal à celles de son ami Paul Grimaut qui l'initia au genre. Objet rare donc, Le tableau l'est à double titre puisque sa beauté est un palais pour le regard. Son idée de génie est simple : rejouer la lutte des classes au sein d'un tableau inachevé où les personnages, finis, règnent sur les pas finis et autres croquis. Pour une histoire d'amour entre un garçon d'en haut et une fille d'en bas, trois d'entre eux, un de chaque rang, sortent du cadre pour retrouver ce peintre qui n'a pas terminé son travail. Ils explorent ainsi son atelier et passent de tableaux en tableaux, évoluant comme dans autant de réalités s'adaptant aux nuances de chacune des toiles. C'est un peu comme si Toy Story lisait Marx en rejouant la séquence du musée des Looney Tunes de Joe Dante. En ressort un film inventif, amusant, intelligent et dont les vertus pédagogiques n'écrasent jamais l'ambition poétique ou cinématographique. Son concept fait jubiler Laguionie, qui en exploite toutes les possibilités en jouant des styles ou des techniques : animation, numérique, prises de vue réelle, pour finalement s'attacher à une double réflexion sur la création et les apparences. D'une élégance constante, ce Tableau est un beau conte esthétique. Jérôme Dittmar

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"Chien Pourri, la vie à Paris !" : destin de cabot

Cinéma | ★★★☆☆ Animation De Davy Durand, Vincent Patar & Stéphane Aubier (Fr.-Bel.-Esp., 1h00) En salles dès le 7 octobre

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Il ressemble à une serpillère mitée, empeste alentour, possède un Q.I. négatif mais Chien Pourri est un brave toutou plutôt chanceux. Tant mieux, car d’autres bestioles lui cherchent des noises, à lui et à son pote Chaplapla… Cette irrésistible adaptation d’une série jeunesse parue à l’École des Loisirs se déroule dans un Paris de carte postale, mais conserve le décalage de ton dont Aubier & Patar (les papas de Pic Pic André Show, ici rejoints par Davy Durand) sont coutumiers. À la fois naïfs et potaches, les épisodes de ce programme joliment troussé jouent sur un registre pue-pue cracra aussi hilarant pour les petites que les grandes narines.

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"Yakari, le film" : indien vaut mieux que deux tu l’auras

ECRANS | De Xavier Giacometti & Toby Genkel (Fr.-All.-Bel, 1h22) animation

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Parce qu’il a sauvé le mustang sauvage Petit-Tonnerre au péril de sa vie, le petit Sioux Yakari se voit récompensé par son animal-totem, Grand-Aigle : désormais, il aura la faculté de comprendre la langue des animaux. Un don bien utile, car pour l’heure, il est perdu et loin de chez lui… Une thématique inconsciente galopait-elle cette année au Festival du film d’animation d’Annecy ? L’Ouest, le vrai, consacré à travers le magnifique Calamity (à l’automne sur les écrans) sert également de toile de fond à cette nouvelle adaptation de la BD de Derib + Job précédemment transposée par deux fois en série télévisée : en 1982 (de manière aussi calamiteuse que Les Schtroumpfs à la même époque), puis en 2005 sous l’heureuse supervision de Xavier Giacometti. Ce même réalisateur est encore à la manœuvre pour raconter, en investissant au mieux le grand écran et en usant d’une animation fluide, la "formation" de Yakari. Il co-signe donc ici une manière de reboot replaçant chacun des protagonistes dans sa fonction ou son histoire, y compris certains, comme Arc-en-ciel et Graine-d

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"Mon ninja et moi" : doudou et dur à la fois

Animation | De Anders Matthesen & Thorbjørn Christoffersen (Dan., 1h21) animation

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Depuis que sa mère s’est remise en ménage, Alex a hérité d’un "demi-frère" de son âge qui le tyrannise à la maison et au collège. Quand son oncle excentrique lui offre une poupée de ninja magique ramenée de Thaïlande, Alex pense tenir sa revanche. Mais la contrepartie sera rude… La toute neuve société de distribution Alba Films tient sa première authentique pépite avec ce long métrage danois méritant d’être le succès d’animation de l’été 2020. Mon ninja et moi marque en effet une réjouissante révolution dans l’univers plutôt corseté et policé des productions destinées au "jeune public" (vocable flou qui rassemble des bambins jusqu’aux ados). À présent que tous les studios d’animation ont globalement atteint une excellence technique comparable à celle développée par Blue Sky, Dreamworks ou Pixar et uniformisé leur style graphique, le récit (et son traitement) est devenu l’ultime refuge de la singularité. Un retour aux fondamentaux pour spectateurs blasés des prouesses visuelles asymptotiques. Auteur et coréalisateur de Mon ninja et moi,

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"Nous, les chiens" : l’esprit de la meute

Animation | de Sung-yoon Oh & Lee Choonbaek (Cor. du S., 1h42)

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Abandonné par son maître, un brave toutou domestique se voit heureusement adopté par une meute de ses congénères errants. L’instruisant des dangers de sa nouvelle condition, ceux-ci lui font aussi miroiter une liberté jusqu’alors insoupçonnée. Commence un voyage initiatique… Il faut désormais compter avec un nouveau membre (bicéphale) dans le cénacle de l’animation asiatique. N’ayant rien à envier à leurs confrères nippons, les Coréens Sung-yoon Oh et Lee Choonbaek signent en effet ici un conte contemporain où l’on retrouve autant l’aspiration à l’essence sauvage et la fatalité épique de London qu’une célébration de la nature hors de l’aliénation des humains si chère à Thoreau, Miyazaki ou Takahata. Mais aussi en filigrane — et c’est sans doute ce qui fait son originalité — quelques caractéristiques politico-sociales propres à leur pays. À commencer par l’évocation de la partition entre le Nord et le Sud et l’existence de la Zone démilitarisée “tampon“ entre les deux Corées, frontière immatérielle autant qu’absurde pour des chiens. Et puis la situation de ceux qu’on ne veut pas (plus) voir et sont chassés du paysage parce qu’ils n’ont plus la faveur de leurs capricieux

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Écrans magiques

Festivals | Présente dans la programmation des festivals de cinéma Voir Ensemble, À vous de voir et Plein les yeux, l’animation japonaise jeune public n’a pas toujours profité d’une telle reconnaissance. Retour sur les raisons de ce (tardif) changement de statut et décryptage de quelques-uns des films à l’affiche ces prochains jours.

Damien Grimbert | Mardi 18 février 2020

Écrans magiques

C’est une histoire désormais bien connue. À l’origine de nombreux films remarquables depuis la fin des années 50, et bénéficiant d’une présence sur les (petits) écrans français dès la fin des années 70, l’animation japonaise jeune public a néanmoins dû attendre l’orée des années 2000 pour enfin commencer à être reconnue à sa juste valeur. S’il n’est pas le premier film d’Hayao Miyazaki à être sorti dans les salles françaises et d’une certaine reconnaissance critique (Porco Rosso, Mon Voisin Totoro et Princesse Mononoké lui avaient auparavant pavé la voie), Le Voyage de Chihiro est en revanche sans conteste celui par le biais duquel tout a changé. Immense succès public (1, 34 million d’entrées l’année de sa sortie en France), le métrage a ainsi permis à l’intégralité des productions du Studio Ghibli de s’imposer en véritables incontournables, et modifié irrémédiablement le regard porté par le grand public sur les films d’animation en provenance du Japon. Ouvrant de fait la voie, quelques années plus tard, à toute une nouvelle génération de réalisateurs (Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai, Masaaki Yuasa, Keiichi Hara…), qui n’auraient sans doute jama

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Rencontres de géopolitique critique : « La violence est généralement annoncée par le pouvoir »

Festival | La quatrième édition de ces Rencontres se déroulera dans l'agglo du lundi 4 au samedi 16 mars. On vous en dit plus.

Solène Permanne | Mardi 26 février 2019

Rencontres de géopolitique critique : « La violence est généralement annoncée par le pouvoir »

Théorisée dans les années 1970 par Johan Galtung (pionnier des études modernes sur la paix), la violence structurelle désigne la violence provoquée par les structures sociales ou institutions étatiques. Un concept qui sera le poumon des quatrièmes Rencontres de géopolitique critique organisées pendant douze jours dans divers lieux de l'agglo sur le thème de la (non)violence. « "Qui attribue la violence ? Qui est violent ?" sont des questions essentielles. La violence est généralement annoncée par le pouvoir. Identifiés comme sujets violents, les dominés n’ont pas toujours la capacité de parler des violences qu’eux-mêmes subissent » explique Karine Gatelier, co-fondatrice de l’association Modus Operandi à l’initiative de ces Rencontres. Des Rencontres qui ont été créées en 2016, avec le laboratoire de sciences sociales Pacte, comme un "off" du Festival de géopolitique de Grenoble piloté par l’école de management de Grenoble. « Nos événements sont souhaités les plus ouverts et participatifs possibles, avec une circulation de la parole » précise Karine Gatelier. Au programme (à retrouver en e

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"P'tites histoires au clair de lune" : éclipse partielle

ECRANS | de Miyoung Baek, Mohammad Nasseri, Babak Nazari et An Vrombaut (CdS-Fr-Ira-GB, 0h39min) animation

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Destiné aux tout-petits dès 3 ans, ce programme compile quatre films courts très inégaux et/ou un peu usés ayant en commun l’astre des nuits. Bonne idée sur le papier, qui commence pas trop mal avec Où est la lune ?, sorte de berceuse aux allures de comédie musicale condensée (il s’agit en fait d’un fragment de ciné-concert) accompagnant une élégante partie de cache-cache marine et aérienne à la fois. Les choses se finissent plutôt bien avec P’tit Loup, histoire enlevée de saute-moutons, au graphisme simple mais efficace. C’est entre les deux que cela se gâte : le conte iranien Ma lune, notre lune pourrait revendiquer un prix de médiocrité, s’il n’y avait l’épouvantable Il était une fois… la lune et le renard. Le fait que son auteur Babak Nazari ait quasiment tout fait seul à une époque (2005) où l’animation assistée par ordinateur était moins… accessible n’excuse ni la maladresse poussive du récit, ni la laideur caractérisée de l’ensemble digne des pires jeux vidéos du XXe siècle. On croirait qu’un étudiant en graphisme, ivre de mauvaise bière, a cherché

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"Bamse au pays des voleurs" : mielleux à souhait

ECRANS | de Christian Ryltenius (Sué, 0h59) animation

Vincent Raymond | Mardi 23 octobre 2018

Au pays de l’ours Bamse, qui tire sa force extraordinaire du miel du tonnerre préparé par sa grand-mère, tous les méchants sont devenus gentils. Tous ? Non : car l’odieux Reinard Fox résiste encore et toujours à la bonté. Il va d’ailleurs semer la zizanie et même kidnapper la grand-mère… Le manichéisme poussiéreux que Bamse véhicule apparaît sans doute mignon aux yeux nostalgiques du public suédois, attaché comme le miel à la tartine depuis un demi-siècle aux aventures du plantigrade. Mais est-ce bien raisonnable de condamner les autres tout-petits à ces ourseries lénifiantes et rétrogrades, qui feraient passer la Comtesse de Ségur pour encore plus punk qu’elle n’est ? Le (bon) cinéma jeunesse contemporain a cessé depuis belle lurette d’abêtir ses spectateurs avec ce type d’histoires basiquement moralisatrices et unidimensionnelles. Et ne comptez pas sur la qualité de l’animation pour la rattraper la médiocrité du discours…

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"La Grande aventure de Non-Non" : si si, il faut y aller !

ECRANS | de Matthieu Auvray (Fr, 0h41) animation

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

À Sous-Bois-Les-Bains, le gentil Non-Non est capable de tout pour ses amis : se déguiser en carotte (alors qu’il les déteste), leur faire croire qu’ils voyagent sur la Lune, ou céder son slip pour les sauver d’une inondation… Pas mal pour un ornithorynque plutôt velléitaire. Inspiré des albums de Magali Le Huche, prolifique autrice jeunesse connue notamment pour les aventures de Jean-Michel le caribou des bois, ce programme de courts-métrages met en scène une troupe d’animaux dans des situations ressemblant à des pastiches délirants de la littérature jeunesse, mais revus et mélangés : on croirait assister à des inédits déviants de Mimi la Souris où chacun des protagonistes aurait revêtu pour rire d’autres identités animalières. Et dans l’épisode Crocroc mal luné, Non-Non élabore même une stratégie rappelant celle du Cosmoschtroumpf de Peyo pour consoler son ami échouant à accomplir son voyage stratosphérique. Une hybridation aussi bariolée que surréaliste qui rappelle les expérimentation baroques du délirant auteur de bande dessinée B-gnet dans Lutin Spirix. Farci de ga

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"Sauvage" : vous avez dit sauvage ?

ECRANS | de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Éric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Lundi 27 août 2018

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées – elles.

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"Capitaine Morten et la Reine des araignées" : voiles et toile

ECRANS | de Kaspar Jancis (Est-Irl-GB-Bel, 1h15) animation

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

En pension chez la cruelle Annabelle, Morten espère le retour du bateau de son père, La Salamandre, dont le fourbe Stinger veut s’emparer. Las, un apprenti magicien rapetisse Morten et le propulse au royaume des insectes. Petit par la taille, le garçon reste immensément courageux… Héritiers d’une grande tradition du stop motion, les studios estoniens Nukufilm signent avec Capitaine Morten leur grande entrée dans le circuit des longs-métrages, sans renoncer ni à l’inspiration ni à l’esprit caractéristiques de l’animation des anciens pays "frères". Comme chez les maîtres tchèques ou russes, et même si l’histoire emprunte des sentiers fantaisistes, la marionnette conserve ici une certaine austérité dans sa forme –austérité que l’on retrouve dans certaines aspérités du récit : ici, Annabelle est cruelle et l’araignée (son double miniature) mange en beignets ses victimes. À une époque encourageant les histoires émollientes, il est peu banal de voir un conte osant réactualiser la figure de l’ogre et de la marâtre ! Qu’on se rassure cependant : cela se termine bien pour les gentils, évidemment. Sortie le 15 août

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Lee Unkrich ("Coco") : « On voulait vraiment que ça respire mexicain »

ECRANS | Piller de Pixar, le réalisateur de "Monstres & Cie", du "Monde de Nemo" ou de "Toy Story 2 & 3" est à nouveau à la manœuvre pour "Coco", qu’il évoque avec sa productrice Darla K. Anderson.

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Lee Unkrich (

Quel est le point de départ de Coco ? Lee Unkrich : L’inspiration est tout simplement venue du Mexique, dont j’appréciais depuis toujours le "Día de muertos" – le Jour des morts. Quand j’ai commencé à écrire sur ce sujet, je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune histoire sur cette fête, que c’était une idée assez unique. Au fur et à mesure de mes recherches, j’ai découvert combien l’idée du souvenir de sa famille y était important. Il y avait là le potentiel pour une histoire universelle, drôle, dramatique, visuellement très belle et avec un vrai cœur. Ça m’a touché. Avez-vous conçu le Pays des morts comme un miroir à celui des vivants, puisqu’on y boit, mange, dort ? LU : Non, on n’a pas pensé à cette notion de miroir, mais on a fait beaucoup de recherches pour la préparation, ce qui nous a aidés pour concevoir Santa-Cecilia, la ville du monde des vivants où vit Miguel. Évidemment, on ne pouvait pas faire de recherches pour le mo

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"Ernest et Célestine en hiver" : ours dort

ECRANS | de Julien Chheng & Jean-Christophe Roger (Fr., 0h45) animation

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Quatre nouvelles aventures de l’ours musicien et de sa copine-colocataire la souris, glanées avant l’hibernation d’Ernest. L’occasion de rencontrer Bibi l’oie sauvage qu’ils ont élevée, la Souris verte dérobant les objets abandonnés ou Madame Tulipe, voisine du tandem aimant danser… L’ambition de ce programme de courts-métrages est plus modeste que long-métrage ayant donné vie cinématographique en 2012 aux personnages de Gabrielle Vincent : on est ici dans le bout-à-bout d’épisodes formatés pour une diffusion télévisuelle. D’où la question : en dépit de leur qualité formelle tout à fait comparable au film de Benjamin Renner, Stéphane Aubier & Vincent Patar, que font-ils sur grand écran sans "plus-value", sans liant ? On tolère de perdre une partie de l’univers des personnages et de la noirceur ayant fait d’Ernest & Célestine un objet à la poésie complexe ; pas vraiment d’assister à une sorte de projection de DVD grand format.

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"Le Vent dans les roseaux" : Chouette, des films jeune public !

ECRANS | de Arnaud Demuynck, Nicolas Liguori, Rémi Durin, Anaïs Sorrentino & Madina Iskhakova (Fr.-Bel., 1h02) animation

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Emblème des Films du Nord, société de production d’Arnaud Demuynck, la Chouette du Cinéma accueille à nouveau les petits spectateurs dès 6 ans sous son aile (et sa branche) autour d’une sélection de courts-métrages d’animation ayant en partage la thématique de la liberté. Cinq historiettes pour vanter l’indépendance d’esprit et l’insoumission aux dogmes réducteurs (tel le fameux postulat sexiste "les filles sont faites pour être des princesses à protéger et les garçons pour occire des monstres"), pour la plupart situées dans l’univers médiéval. Dans ce joli florilège, on retiendra le très poétique La Licorne de Rémi Durin, adapté de Martine Bourre, conjuguant élégance du trait et délicatesse de la morale (on n’asservit pas qui l’on aime), agrémenté en outre par la voix de Jean-Luc Couchard. De la belle ouvrage.

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"Des trésors plein ma poche" : trésors (jeunes) publics

ECRANS | de Ana Chubinidze, Natalia Chernysheva, Camille Müller & Vera Myakisheva (Fr., 0h35min) animation

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Il était une fois un bonhomme miniature, un dragon mélomane, une araignée tricoteuse, un écureuil amateur de luge, une baleine et une poule voulant voler. Il était une fois six réalisatrices à l’origine de ces histoires. Quand il n’en réalise pas lui même, le studio valentinois Folimage aime à rassembler des courts-métrages à destination du tout jeune public dans des programmations à l’éclectisme graphique réjouissant. Les six films ici présentés remplissent leur office, même si comme dans tout trésor qui se respecte, certains joyaux brillent davantage que d’autres. Par exemple, on remarque ici l’aquarelle d’Alena Tomilova sur Le Nuage et la Baleine rappelant évidemment Le Moine et le Poisson de Michael Dudok de Wit ; ou bien La Luge de Olesya Shchukina, qui n’est pas sans évoquer le style anguleux, voire atome, de l’illustration jeunesse de la fin des années 1950.

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"Mr Chat et les Shammies" : tissu de bêtises

ECRANS | de Edmunds Janson (Let., 0h34) animation

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Il y a des projets audiovisuels qu’on a du mal à cerner. Ce bout-à-bout de courts-métrages d’animation en fait partie. Si l’on sait depuis Chapi-Chapo et les Tele-Tubbies que les programmes d’éveil destinés aux tout-petits peuvent revêtir des allures franchement psychotropes, Mr Chat et les Shammies les surpasse en bizarrerie… et surtout en laideur. Ici, un chat se trouve investi du rôle de référent adulte auprès des Shammies (des marionnettes anxiogènes faites de patchwork et de brins de laine). Comme il est filmé en vidéo grossière sur un fond moche puis approximativement incrusté dans leur monde, le félin n’a pas le loisir de suivre son instinct, c’est-à-dire les réduire en charpie à coup de griffes et de crocs, dommage ! Il ne peut empêcherez les Shammies d’enchaîner des bêtises soporifiques à base de baignoire ou de chambre mal rangée. Pire : cette grosse peluche bienveillante de Mr Chat finit toujours par les chouchouter ! Cat-astrophique.

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"À la découverte du monde" : Indiana jeunes

ECRANS | de Hélène Ducrocq, Ralf Kukula, Lena von Döhren, Grega Mastnak & Kateřina Karhánková (Fr.-All.-Slo.Tch., 0h34) animation

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

On ne se lassera jamais de découvrir les programmes de courts-métrages d’animation jeune public ! Thématiques, ils offrent aux spectateurs un brassage vivifiant de styles graphiques, d’inspirations, mais aussi de provenances. S’adressant aux 3 ans et plus, À la découverte du monde est une excellente livraison : à part le bizarre Monsieur Philodendron, incompréhensible et douteux film slovène, les quatre autres productions méritent l’attention. On signalera une adaptation d’un tendre classique de littérature enfantine, Je suis perdu (devenant ici le fauviste Un peu perdu), et surtout Les Fruits des nuages, qui clôt la séance. Une merveille métaphorique dont les héros sont de petits êtres craintifs confrontés à une pénurie alimentaire, jusqu’à ce que l’un d’entre eux ose quitter leur clairière-refuge. Sans parole – à l’instar des autres films –, cette réalisation tchèque enseigne en douceur aux enfants que grandir consiste à dompter sa peur du monde extérieur. Raison de plus pour aller le découvrir au cinéma.

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Hubert Charuel : « L’élevage est un métier de dévotion »

ECRANS | "Petit Paysan" deviendra-t-il grand cinéaste ? C’est bien parti pour Hubert Charuel, qui signe à 32 ans un premier long-métrage troublant. Entretien cartes sur étable.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Hubert Charuel : « L’élevage est un métier de dévotion »

De quelle(s) épidémie(s) vous êtes-vous inspiré pour votre premier film Petit Paysan ? Hubert Charuel : La maladie du film est fictive : elle présente plusieurs symptômes de maladies réelles, mais qui se soignent. J’ai grandi pendant la période de vaches folles et de fièvre aphteuse. On était dans cet esprit de paranoïa : l’angoisse de mes parents, de ma famille, des amis aux alentours était totale, personne ne comprenait ce qui se passait. Les vétérinaires ne savaient pas ce qu’était Creutzfeldt-Jakob, n’avaient pas les résultats… Ça a vraiment choqué beaucoup de monde. Les abattages, c’est horrible : les gens arrivaient, on tuait tous les animaux, on creusait une fosse au milieu de la ferme, on brûlait les animaux sur place. Un traumatisme pour les éleveurs et les vétérinaires. Certains ne s’en sont pas remis de faire des abattages totaux à la chaîne. D’autres ne s’en pas remis financièrement. Quand on dit à l’éleveur qu’il va toucher des indemnités, c’est plus compl

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"Petit Paysan" : de mal en pis

ECRANS | Un petit éleveur bovin tente de dissimuler l’épidémie qui a gagné son cheptel. Ce faisant, il s’enferre dans des combines et glisse peu à peu dans une autarcie paranoïaque et délirante. Une vacherie de bon premier film signée Hubert Charuel, à voir d’une traite.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Difficile d’être plus en phase avec l’actualité qu’Hubert Charuel. Au moment où l’on s’interroge sur la pérennité des aides à l’agriculture biologique et où l’on peine à mesurer les première conséquences du énième scandale agro-industriel, son film nous met le nez dans la bouse d’une réalité alternative : celle des petits paysans. Ceux qui n’ont pas encore succombé, rongés par l’ingratitude de leur métier et les marges arrière de la grande distribution, ni été aspirés par leurs voisins, gros propriétaires fonciers ou de fermes automatisées – on en voit ici. Pierre est un petit paysan à la tête d’un domaine raisonnable – c’est-à-dire qu’il le gère tout seul, mais en lui consacrant tout son temps. Lorsqu'il détecte dans son troupeau des animaux malades d’une mystérieuse fièvre hémorragique, il redoute le pire : l’abattage de la totalité de ses bêtes. La dissimulation lui offre une illusion de répit, mais les conséquences ne font qu’aggraver le problème... Sans foin ni loi Le jeune réa

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"Lou et l’île aux sirènes" : la bonne surprise animée de la semaine

ECRANS | de Masaaki Yuasa (Jap., 1h52) animation

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Ado taciturne vivant dans un village de pêcheurs, Kai aime se réfugier dans sa musique. Se laissant convaincre par deux amis de lycée, il forme avec eux un groupe qui séduit une incroyable fan : Lou, jeune sirène mélomane. Le groupe va tenter de la faire accepter par les villageois… Depuis Takahata et Miyazaki, on sait l’importance du commerce que les Japonais entretiennent avec la Nature, s’incarnant dans de multiples divinités protectrices et volontiers farceuses (voir Pompoko). Nouvel avatar de cette innocence joviale, Lou poursuit l’inscription de ce patrimoine traditionnel dans le monde moderne, luttant contre la voracité humaine pour y préserver leur place – il y aura au moins une morale à en retirer. Si le fond est connu, la forme innove. Au classique duo poétique/grotesque courant dans l’anime nippon, Masaaki Yuasa ajoute des éclats de ce néo-screwball héritier de Tex Avery pour quelques séquences débridées (ah, le frénétique générique !) ; mais aussi des moments plus abstraits, où le graphisme est gouverné par des aplats de couleur. Cette hybridation des styles d’animation profite au film et lui donne un relief esthétique su

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"Cars 3" : sortie de piste

ECRANS | de Brian Fee (É.-U., 1h49) animation

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue la sienne aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez – une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse – en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa. Le 2 août

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"Ava" : et Noée Abita creva l’écran

ECRANS | Dernier été pour les yeux d’Ava, ado condamnée à la cécité s’affranchissant des interdits ; et premiers regards sur le cinéma de Léa Mysius (coscénariste des "Fantômes d’Ismaël" d'Arnaud Desplechin) avec ce film troublant et troublé, ivre de la séduction solaire de la jeune Noée Abita.

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Ava a treize ans, une mère célibataire fantasque, une petite sœur au biberon et une maladie qui va la rendre aveugle à la fin des grandes vacances. Loin de s’apitoyer sur son sort, l’ado profite de ce qui lui reste de vue pour longer les marges avec un jeune gitan qui la fascine… Bonne pioche pour la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes que ce premier long-métrage de Léa Mysius, tout à la fois empli de la vitalité rebelle de la jeunesse et confronté à l’inéluctable d’une disparition précoce. Un poème sensoriel débarrassé d’un ancrage forcené au réalisme : Ava s’octroie ainsi des parenthèses de folie douce lorsqu’il s’agit d’évoquer le ressenti de la liberté, le frisson de l’incertain. Une révolte métaphorique dans une fuite à la poursuite de la beauté, où la suggestion discrète l’emporte sur la pataude monstration. Garde à vue On sait combien un film peut se trouver transfiguré par son acteur·trice grâce à l’accord intime entre l’interprète et son personnage. Ce que livre ici la débutante Noée Abita tient de la vibration : à l’âge des métamorphoses, avec son regard fixe et

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"Molly Monster" : fraternelle couvade pour tout-petits

ECRANS | de Ted Sieger, Michael Ekblad & Matthias Bruhn (Sui.-All.-Nor., 1h09) animation

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Molly trépigne de joie : elle va bientôt être grande sœur ! Mais ses parents sont partis sur l’île aux œufs en oubliant d’emporter le bonnet qu’elle a tricoté pour le futur bébé… Alors Molly ne fait ni une, ni deux et s’en va à leurs trousses… Destiné aux tout-petits dès 3 ans, ce film d’animation en forme de parcours initiatique sous-entend qu’être l’aîné·e d’une fratrie se mérite comme un beau cadeau. Et qu’il faut être prêt·e a triompher de plein d’épreuves dans des ambiances bariolées, plus psychédéliques encore qu’un épisode des Teletubbies passé à la centrifugeuse ou qu’une escapade de Moomins dans l’univers de George Dunning. S’il ne s’avère pas d’un grand secours pour expliquer comment l’on fait les bébés, Molly Monster se révèle en revanche aussi audacieux visuellement que les programmes télévisés en couleur des années 1970.

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Ensemble, c’est tout (animé) !

Festival / Du mercredi 22 février au samedi 4 mars | Soufflant cette année ses cinq bougies, Voir Ensemble, l’excellent festival jeune public organisé par le cinéma le Méliès, s'est construit une solide réputation d'oasis poétique et éducative pour toute la famille. Le programmateur Marco Gentil nous présente son (déjà grand) "bébé".

Julien Homère | Mardi 14 février 2017

Ensemble, c’est tout (animé) !

Concevoir, rassembler, unir, découvrir, transmettre… Tels sont les termes qui reviennent le plus dans la bouche de Marco Gentil, le programmateur de Voir Ensemble, pour définir ce festival organisé par le cinéma le Méliès depuis 2013. Tout est parti d’une ambition assumée : transformer Les Rencontres cinématographiques en un “vrai” festival, intégrant une compétition et des films inédits. « L’idée première, la notion centrale, c’était “se voir ensemble” ; grâce à cette spécificité de la salle de cinéma qui permet de découvrir des films avec d’autres spectateurs et de partager des émotions. » Un projet en résonance avec la ligne éditoriale du Méliès – lequel fait partie de La Ligue de l’Enseignement de l’Isère et propose tout au long de l’année moult rendez-vous autour de l’éducation à l’image. Pour les petits et l’écran L’avénement de Voir Ensemble s’inscrit dans un contexte actuel des plus favorables pour le cinéma d’animation. Longtemps ghettoïsé, ce dernier séduit aujourd’hui séduit un public grandissant grâce à son inépuisable capacité d’émerveillement et d’intelligence : le succès dans les salles (pl

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Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

ECRANS | Le réalisateur de Sahara revient sur la conception de son premier long métrage d'animation. Où l'on apprend comment un éléphant ivre influence une danse serpentine…

Vincent Raymond | Mardi 30 novembre 1999

Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

N’était-ce pas risqué de choisir des serpents pour héros ? C’était une terre vierge : c’est la première fois que l’on fait un film avec des serpents un peu gentils — le contraire de Kaa dans Le Livre de la jungle ou de Persiffleur dans Robin des bois chez Disney. Quand j’en ai parlé aux animateurs, ils trouvaient le concept fort, mais en commençant à réfléchir, ils comprenaient pourquoi on ne l’avait jamais fait (rires). J’avais déjà des dessins sur lesquels j’avais enlevé les crochets et les langues fourchues, qui sont effrayants ; j’avais aussi pensé à suggérer les écailles comme des tatouages au henné pour les femelles et ethniques pour les mâles. Ou mis des yeux frontaux comme les mammifères. Anthropomorphiser un serpent est compliqué pour un animateur, on a donc beaucoup travaillé pour trouver des postures. Ici, rien n’est naturel ; il y a une licence permanente pour leur permettre d’avancer de façon rectiligne alors qu’ils se meuvent de manière sinusoïdale. Et lorsqu’ils vont vite, ils font des sauts rappelant des dauphins, des gazelles ou des belettes — c’est-à-dire des animaux qu’on aime. L’observation de vrais

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Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

ECRANS | Le réalisateur de Sahara revient sur la conception de son premier long métrage d'animation. Où l'on apprend comment un éléphant ivre influence une danse serpentine…

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Pierre Coré : « J’aime qu’il y ait des niveaux de lecture pour chaque public. »

N’était-ce pas risqué de choisir des serpents pour héros ? C’était une terre vierge : c’est la première fois que l’on fait un film avec des serpents un peu gentils — le contraire de Kaa dans Le Livre de la jungle ou de Persiffleur dans Robin des bois chez Disney. Quand j’en ai parlé aux animateurs, ils trouvaient le concept fort, mais en commençant à réfléchir, ils comprenaient pourquoi on ne l’avait jamais fait (rires). J’avais déjà des dessins sur lesquels j’avais enlevé les crochets et les langues fourchues, qui sont effrayants ; j’avais aussi pensé à suggérer les écailles comme des tatouages au henné pour les femelles et ethniques pour les mâles. Ou mis des yeux frontaux comme les mammifères. Anthropomorphiser un serpent est compliqué pour un animateur, on a donc beaucoup travaillé pour trouver des postures. Ici, rien n’est naturel ; il y a une licence permanente pour leur permettre d’avancer de façon rectiligne alors qu’ils se meuvent de manière sinusoïdale. Et lorsqu’ils vont vite, ils font des sauts rappelant des dauphins, des gazelles ou des belettes — c’est-à-dire des animaux qu’on aime. L’observation de vrais

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"Sahara" : Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans le désert ?

ECRANS | Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les frontières de leurs territoires. Mais leur expédition tourne mal et Eva est capturée par un montreur de reptiles. Ajar part à sa recherche… Dans le paysage plutôt singulier de l’animation français, où fleurissent d’un côté des créations aux partis pris stylistiques et/ou scénaristiques radicaux (Avril, Ma vie de courgette, Tout en haut du monde…), de l’autre de médiocres décalques des studios américains (Le Petit Prince), Sahara apparaît comme une curiosité. Car s’il emprunte à ces dernières leur esthétique “standardisée” ainsi que la bonne vieille trame d’une quête initiatique riche en personnages aux formes rondes et aux couleurs vives, le propos ne se trouve pas pour autant aseptisé. Derrière l’apparente convention se tient un buddy movie solide à l’animation tout sauf boiteuse — en même temps, a-t-on déjà vu serpent boiter… Pierre Coré n’est pas là pour épater l’œil en oubliant de raconter son histoire, il réfléchit à une harmonie d’ensemble et livre une œuvre d’une jol

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"Louise en hiver" : seule au monde

ECRANS | de Jean-François Laguionie (Fr., 1h15) animation

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Vacancière âgée dans une station balnéaire, Louise a manqué le dernier train de retour de la saison. La voilà prise au piège dans sa maison de villégiature pour l’hiver, avec pour seule compagnie la mer, ses souvenirs et un chien… Langueur de sieste et tonalité pastel portent ce film au ralenti, comme des vaguelettes bercent un bateau amarré à quai. Bien sûr, la technique artisanale est superbe, et la maestria de Jean-François Laguionie (Le Tableau) toujours intacte, mais le format court-métrage eût été suffisant pour venir à bout des vacances involontaires de cette Madame Hulotte en retraite. Sans doute le voyage intérieur que Louise accomplit dans sa nostalgie fera-t-il écho auprès des têtes argentées ; encore faut-il que ces spectateurs consentent à aller voir un film d’animation sans bambin pour escorte – ce qui n’est pas, hélas, toujours gagné. Demeure un étonnement : pourquoi avoir attribué à Louise le timbre râpeux de Dominique Frot, alors que sa silhouette et son minois semblent avoir été calqués sur la douce Isa

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"Mimosas, la voie de l'Atlas" : hermétisme satisfait

ECRANS | d'Oliver Laxe (Esp./Mar./Fr./Qat., 1h33) avec Ahmed Hammoud, Shakib Ben Omar, Said Aagli…

Vincent Raymond | Mardi 23 août 2016

Si l’on voulait se montrer bienveillant, on dirait de Mimosas qu’il tente de transposer le mysticisme d’essence chrétienne irriguant le Stalker de Tarkovski dans un contexte musulman – mais franchement, ce serait lui faire infiniment d’honneur. Car le concentré de cinéma abscons dont se rend coupable Oliver Laxe, dont la plus remarquable faculté est sa capacité à dilater le temps (au point de donner l’illusion de l’éternité à ses spectateurs), se révèle un monument d’hermétisme satisfait, dans notre monde comme dans tous les univers parallèles concernés par l’histoire de Mimosas. Pourquoi les esprits brillants présidés par Valérie Donzelli ont-il décerné à ce film autocontemplatif et puissamment soporifique le prix de la Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes ? Le fait que la récompense soit dotée par une marque de café peut constituer un début explication, à défaut d’excuse…

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Robinson Crusoe

ECRANS | de Vincent Kesteloot & Ben Stassen (Bel., 1h30) animation

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Robinson Crusoe

Le plus célèbre naufragé du monde refait surface, sous forme animée et en 3D. Mais était-ce bien nécessaire ? Pour “justifier” cette adaptation du roman de Daniel Defoe à destination d’un jeune public, on a gratifié le marin perdu d’animaux parlants, de chats maléfiques, de couleurs saturées et de péripéties moisies. Ajoutons un registre d’expressions faciales limitées et des textures peu travaillées pour faire bonne mesure. Heureusement qu’une séquence durant une poursuite sur un aqueduc offre quelques sensations fortes : pendant quelques secondes, on est proprement désorienté, n’ayant plus conscience du haut ni du bas ! S’échouant sur nos écrans à Pâques (les vacances, pas l’île), ce film encore plus malade que Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout (2012) constitue la meilleure incitation à lire la prose du regretté Michel Tournier, qui avait livré en 1967 sa variante sur le mythe de Robinson Crusoé. VR

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Ma petite planète verte

ECRANS | de 5 réalisateurs (Bel./Mex./Can./Fin./Cor., 0h36) animation

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Ma petite planète verte

L’environnement étant dans l’air du temps (pas trop tôt), tout comme les programmes de courts-métrages à destination des tout-petits, il était inéluctable qu’un distributeur en vienne à mêler les deux concepts. Ici, on sensibilise donc par l’image les bambins de 3 ans aux dangers du réchauffement climatique (Bienvenue chez moi !), au respect de la nature (Prends soin de la forêt), aux misères des animaux en batterie (Paola Poule Pondeuse) ; on leur enseigne à ne pas gaspiller l’eau (S’il vous plaît, gouttelettes). Mais pourquoi diantre conclure avec Le Bac à sable ? Une interminable fantaisie vieillotte et canadienne qui doit illustrer l'idée du recyclage… VR

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Les Espiègles

ECRANS | De Janis Cimermanis (Let., 45min) animation

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Les Espiègles

Visible dès 3 ans, cette nouvelle récolte de courts-métrages animés issus des studios lettons AB, signés par l’auteur de SOS Brigade de secours !, est très axée sur les questions de nature – l’espièglerie étant l’arme pacifique dont les animaux se servent pour se prémunir des attaques ou de la désinvolture humaine. Réalisés en stop motion à partir de pâte à modeler et de poupées dont les fibres diverses hurlent leur origine synthétique et les colorants non biologiques, ces petits films bariolés se révèlent toujours aussi plaisants à découvrir.

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Dofus - Livre 1 : Julith

ECRANS | D'Anthony Roux & Jean-Jacques Denis (Fr., 1h47) animation

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Dofus - Livre 1 : Julith

Exception notable dans la constellation des jeux de rôle en ligne ET des manga, Dofus est une création 100% tricolore – cela ne lui décerne pas d’office un brevet d’excellence, mais mérite que l’on s’intéresse à son cas. Déjà décliné avec succès dans une série animée télévisée, son univers heroic fantasy, aux arcs narratifs entre Star Wars (pour le côté orphelin à pouvoirs héritier de puissances maléfiques) et Dragon Ball (pour l’aspect quête en meute baroque et les acolytes grotesques dragueurs) passe au tableau supérieur en s’offrant le grand écran grâce Gebeka. Sans rivaliser avec ces vis sans fin (ont-elles d’ailleurs jamais eu un commencement ?) que sont Naruto ou One Piece, ce qui s’annonce comme un premier opus trouve sa place et son rythme ; il peut même se gagner un public plus adulte que la cible de base, ravi d’y trouver un second niveau de lecture. Un brin coquin, comme le veut la tradition, mais plus goguenard qu’égrillard…

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Tout en haut du monde

ECRANS | De Rémi Chayé (Fr, 1h20) animation

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Tout en haut du monde

Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Car même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, Dragons voire à L’Âge de glace, ces films souffrent tout de même d’un regrettable conformisme esthétique – quand ils ne succombent pas à certains tics et gimmicks narratifs. Comme si la créativité de leurs auteurs n’avait le droit de s’exprimer qu’à l’intérieur d’un champ clos produisant des fruits ronds, colorés et sucrés, à la saveur prévisible. De notre côté de l’Atlantique, les cinésates ont une autre approche. Parce qu’ils ne cherchent pas à rivaliser dans la restitution de la réalité (cette course à l’échalote technique servant d’argument aux films ayant les scénarios les plus pauvres), ils investissent l’écriture en traitant de sujets plus segmentants et moins glamour, tout en réfléchissant à la dimension plastique de leurs œuvres. Découvrir Tout en haut du monde, c’est avoir le regard ébloui par une bourrasque de pureté et de clarté. R

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Le maître et les élèves

CONNAITRE | Ce mercredi 7 décembre à 14h, le cinéma Le Méliès accueille le vétéran de l’animation française Jean-François Laguionie, à l'occasion de la projection de son nouveau (...)

Aurélien Martinez | Lundi 5 décembre 2011

Le maître et les élèves

Ce mercredi 7 décembre à 14h, le cinéma Le Méliès accueille le vétéran de l’animation française Jean-François Laguionie, à l'occasion de la projection de son nouveau film Le Tableau. Une œuvre d’un très grand raffinement comme nous l’écrivions lors de sa sortie il y a deux semaines (article sur notre site internet). Rencontrer le réalisateur, qui se fait très rare sur les écrans (L'Ile de Black Mór, son précédent film, était sorti en 2004), est donc une occasion en or pour appréhender toute la richesse de son art. Car derrière son esthétisme soigné proche d’un Paul Grimault, Jean-François Laguionie développe un discours fort et intelligent comme on en voit trop rarement dans les films destinés au jeune public. Dans Le Tableau, il divise ainsi une société en trois castes, où l’une, arrogante, dénigre le droits aux autres d’exister, les obligeant à se cacher. Les deux autres, évidemment, reproduisant entre elles les inégalités venues du dessus. AM

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Les Immortels

ECRANS | De Tarsem Singh (ÉU, 1h50) avec Henry Cavill, Stephen Dorff, Mickey Rourke…

François Cau | Lundi 21 novembre 2011

Les Immortels

Le revival du peplum et de l’heroïc fantasy semble avoir encore de beaux jours devant lui. Les Immortels montre que si le genre est bridé par ses codes (le scénario, où Thésée prend la tête des armées grecques pour affronter Hypérion, décidé à réveiller les titans emprisonnés par les Dieux de l’Olympe, manque sérieusement de substance), il ouvre d’infinies possibilités visuelles. Tarsem Singh, dont on avait beaucoup aimé le conte cruel et pictural The Fall, y trouve un terrain de jeu propice à son travail d’esthète, toujours à la frontière entre l’avant-gardisme et le figuratif. Le numérique lui offre ainsi la possibilité de retrouver les textures et les perspectives des préraphaélites, friands eux aussi de mythologie. Le traitement des couleurs, des matières et des costumes, traduisent une sensibilité artistique devenue rare dans ce type de blockbuster (rien à voir avec la laideur visuelle de 300). Le combat final, impressionnant, traduit toutes les directions dans lesquelles il s’engouffre : débauche d’action gore mais toujours lisible, baston sans concession entre Thésée (Henry Cavill) et Hypérion (Mickey Rourke, monstrueusement badass et génialement cabotin) et heurt homériq

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Tous au Larzac

ECRANS | De Christian Rouaud (Fr, 2h) documentaire

François Cau | Lundi 21 novembre 2011

Tous au Larzac

Un homme court sur un plateau escarpé, filmé depuis un plan aérien parfait, magnifiant à la fois le personnage et le décor dans lequel il s’inscrit ; l’ouverture de Tous au Larzac fait plus penser au Seigneur des anneaux qu’à un documentaire engagé sur un combat vieux de trente ans mais dont les répercussions se font sentir encore aujourd’hui. Christian Rouaud, qui avait déjà fait parler de lui en réalisant Les Lips, est comme Depardon un documentariste qui ne voit pas le genre comme du sous-cinéma. Dans Tous au Larzac, le soin apporté à la mise en scène, que ce soit dans les interviews ou dans le traitement des archives, n’a donc rien à envier à la meilleure des fictions. Mais le sujet s’y prête, mélange étrange entre un western contemporain bien de chez nous et un suspense politique où chaque coup porté par un camp se traduit par une réponse ferme de l’autre. On peut trouver le film un peu long (comme la lutte, qui dura dix ans), on peut regretter que Rouaud n’aille pas chercher des témoins du côté de l’armée ou des gouvernements de l’époque (ont-ils seulement un visage ?) ; mais sa constance à ne jamais baisser les bras en tant que cinéaste, reflet de la combativité de ceux q

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Time out

ECRANS | Dans cette fable politique où le temps remplace l’argent, mais où la lutte des classes est toujours à l’ordre du jour, Andrew Niccol semble avoir oublié de remplacer les clichés par du cinéma. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 18 novembre 2011

Time out

Un bon film d’anticipation parle toujours du temps présent. Andrew Niccol, qui jusque-là avait mené un parcours sans faute, de Gattaca au scénario du Truman show en passant par Lord of war, démontre avec Time out que les mauvais films d’anticipation aussi… Pas besoin d’avoir lu Indignez-vous de Stéphane Hessel et Qu’ils s’en aillent tous de Jean-Luc Mélenchon pour saisir de quelle réalité nous parle le cinéaste derrière sa métaphore. Nous sommes dans un futur proche (en attestent les décors, reproduction à peine outrée des quartiers pauvres et des centres d’affaires d’aujourd’hui) où chaque individu, arrivé à son vingt-cinquième anniversaire, ne vieillira plus. Argument houellebecquien (le culte de la jeunesse comme ultime valeur de nos sociétés consuméristes) qui s’accompagne d’un bémol de taille : passée l’année de crédit offerte, il faudra gagner du temps au sens le plus littéral de l’expression, celui-ci étant devenu l’unité monétaire du pays. Mais cela ne change rien à l’affaire sociale : les riches vivent éternellement à un rythme de sénateur, les pauvres triment toute la journée et courent comme des lapins pour ne pas perdre leurs précieuses secondes. Le temps, c

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Twilight 4 : Révélation 1ère partie

ECRANS | De Bill Condon (EU, 1h57) avec Kristen Stewart, Robert Pattinson…

François Cau | Mercredi 16 novembre 2011

Twilight 4 : Révélation 1ère partie

Rebaptisé “Twilight : Pénétration“ par quelques mauvais esprits, ce quatrième volet de l’inénarrable saga pseudo fantastique marque en effet la fin de l’abstinence pour Bella et Edward, légitimée par leur adhésion aux liens sacrés du mariage. Que les parents, les mormons et les parents mormons se rassurent, ils ne s’adonneront au supplice de la chair qu’une seule fois, et cette saillie se soldera par une grossesse extrêmement douloureuse. Et malgré les pressions de son entourage, Bella la juste n’en démordra pas et gardera l’enfant, quitte à mettre sa vie en péril. Faut-il pour autant prendre ce film pour une propagande anti-sexe et pro-life ? A vrai dire, ce n’est pas non plus comme si on nous laissait le choix, puisqu’il ne s’y passe strictement rien d’autre. Ah si : des loups-garous sont embusqués alentour, et leur assaut de trois minutes montre en main sera expédié de façon illisible. Mais le plus choquant dans ce navet à la forme indigente et au fond réactionnaire reste encore son prix : 127 millions de dollars pour un mélodrame poussif et absurdement elliptique dans un loft, avec des effets spéciaux de synthèse et une direction artistique risibles, c’est le comble de l’ind

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L’étoffe des héros

SCENES | THÉÂTRE / Michel Belletante exploite les possibilités de sa scénographie épurée au maximum, et redonne au texte mordant de Jean-Luc Lagarce la puissance de ses confrontations chorales. François Cau

| Mercredi 14 mars 2007

L’étoffe des héros

Avant que le spectacle ne commence, la volubilité du metteur en scène semble trahir une certaine nervosité. Les portes de la salle sont encore fermées, on entend juste en fond le chant traditionnel yiddish qui rythmera des changements de tableaux. Les comédiens s’échauffent donc la voix, et Michel Belletante revient sur la genèse du texte. «Le texte est un patchwork. Lagarce s’est amusé à y greffer beaucoup de mots de Kafka. On a exploré les racines yiddish de cette troupe de théâtre, en clin d’œil à la référence de départ, et on a fait un dernier lien avec le film Le Voyage des Comédiens de Théo Angelopoulos». Ellipse, le rideau s’ouvre sur une scène vide, où s’entassent des dizaines de projecteurs et autres reliquats de spectacles passés. L’intro est burlesque, la troupe de comédiens se bouscule, se monte dessus, s’accapare le vide scénique avant d’y poser définitivement ses valises. Les personnages sont des comédiens usés, conscients de leurs limites et de leur désuétude, dans une Europe Centrale vivant dans la crainte d’un conflit sur le point d’éclater. Viens voir les comédiens Premier tour de force : en réduisant la scénographie au minimum, Michel Belletante s’est assujetti

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Les Nouveaux Monstres

ECRANS | REPRISE / Encore plus monstrueux que leurs prédécesseurs, les protagonistes de ces 12 sketchs témoignent de l’atmosphère délétère qui rongeait l’Italie de la fin des années 70. Une charge politique, sociale et comique dont l’admirable férocité fait toujours un bien fou, surtout en ces temps de consensus cinématographique mou. FC

| Mercredi 14 mars 2007

Les Nouveaux Monstres

Le film n’entretient a priori aucun rapport narratif avec Les Monstres, réalisé en 1963 par Dino Risi. Mais le but est le même : capter les travers caractéristiques de l’époque, à travers une suite de sketchs mettant en scène de bien piètres représentants du genre humain. Selon deux des co-scénaristes du film (le tandem Agenore Incrocci et Furio Scarpelli), cette nouvelle mouture fut réalisée à la base pour venir en aide financière à l’un de leur collègue gravement malade. Mais que cette noble origine ne vous abuse pas : cette fausse séquelle surpasse le premier film en termes d’exploration des tréfonds de la bassesse humaine. L’Italie, plongée dans le marasme des années de plomb, est au cœur d’un bouleversement socio-politique particulièrement trouble et douloureux. Le cinéma de genre italien est en train de livrer ses œuvres les plus barrées. Les Nouveaux Monstres, fruit de l’énergie commune des plus grands satiristes nationaux (Risi, Scola, Monicelli, Ruggero Maccari, Age et Scarpelli…), sera forcément plus virulent. Non par défiance ou par simple provocation, mais par la volonté inébranlable d’artistes talentueux, conscients que l’humour offensif est une arme destructrice. Et l

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Membres mêlés

SCENES | LES PIÈCES / Transmission et Push, œuvres totalement envoûtantes, ABORDENT LA QUESTION DU LIEN et de la relation AU SEIN DU GROUPE puis DU COUPLE. SD

| Mercredi 14 mars 2007

Membres mêlés

Les parties du corps sont isolées par la lumière. Une main, un bras se dessinent sur la largeur du plateau, celui-ci plongé dans l’obscurité. Il semble que des individus tentent de se mettre en lumière. De se découvrir, d’abord individuellement, avant d’en arriver au collectif. Enfin, les corps se meuvent, mais la lumière est toujours dirigée sur un endroit réduit. Le mouvement continu transforme les parties du corps en un dessin abstrait. Le corps devient faisceaux lumineux, flux. Toujours dans le noir, les corps se rapprochent : deux bras enroulés apparaissent, un coude sur lequel est posé la main de quelqu’un d’autre. On ne sait plus à qui appartient telle épaule, telle main qui glisse sur un bras. La confusion des corps monte, sensuelle et légère. Petit à petit la lumière se fait. En symétrie, se déploient alors des duos de femmes, des solos, des histoires individuelles au milieu d’un groupe. Comment se découvrir ? Comme faire un collectif, et transmettre, se donner ? Dans cette pièce, Transmission, créée pour 5 danseuses, la qualité du mouvement s’avère inouï de bout en bout. Two lovers Souples, ronds les mouvements disent l’intime, la rencontre avec autrui, puis le retour

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À deux doigts de l’enfer

SCENES | théâtre / Il y a des mises en scène qui font date. Quand, en 1991, Michel Raskine (actuel directeur du Théâtre du Point du Jour, à Lyon) monte Huis Clos de (...)

| Mercredi 28 mars 2007

À deux doigts de l’enfer

théâtre / Il y a des mises en scène qui font date. Quand, en 1991, Michel Raskine (actuel directeur du Théâtre du Point du Jour, à Lyon) monte Huis Clos de Jean-Paul Sartre, on en oublierait presque que la fameuse réplique «l’enfer c’est les autres» a été ressassée et mangée à toutes les sauces, jusqu’à l’écœurement. La presse salue alors unanimement cette vision résolument moderne, ce Huis Clos “grunge”. Un homme, deux femmes, une statue de Jésus, témoin impassible de la scène qui va se jouer et quatre canapés. L’enfer est ici une chambre sans porte ni fenêtre où l’on entre par une trappe, guidé par un cerbère clownesque et hystérique qui semble se délecter d’avance des drames à venir. Dans une chaleur étouffante, les trois personnages vont alors pouvoir se mettre à nu, au sens figuré comme au sens propre, chacun étalant ses petites horreurs, devenant le bourreau des deux autres, cherchant son pardon ou la protection d’un corps. Que reste-il de cette mise en scène en 2007 ? La même humanité, la même volonté de ne pas juger ces monstres ordinaires mus par le désir violent, l’envie d’être aimés au-delà de la vie. Et une comédienne, Marief Guittier, campant une Inès rock’n’roll, chev

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La danse dévoile

SCENES | Les quatre silhouettes alignées, les danseurs, arborent masques et vestes bleues identiques. Ils font face aux deux musiciens cerclés de multiples instruments venus des quatre coins de la planète : Gildas Etevenard et Akosh Szelevényi. SD

| Mercredi 4 avril 2007

La danse dévoile

Les 6 interprètes semblent protégés par leurs armures, et prêts à se lancer dans un rituel, vision installant d’emblée une tension. Derrière eux, des voiles couleur vert d’eau, fixés à de légers bambous, coulent sur un espace immaculé, évocation d’un tatami, d’un lieu de combat, d’un lieu solennel. La petite trompe de soldats frappe au sol, et enclenche la musique. Les danseurs se détachent de la ligne et continuent dans une gestuelle presque robotique, désarticulée mêlée de mouvements évoquant les arts martiaux, sans jamais vraiment s’installer non plus dans ces esthétiques japonisantes et traditionnelles. On découvre le visages des danseurs Smaïn Boucetta, Li-Li Cheng, Sylvie Guillermin et Rémi Esterle : les masques s’ôtent. Le groupe se débarrasse d’une première couche rigide, amorçant du coup la conquête de son individualité. Première libération qui se joue sur la musique à la pulsation enlevée, entraînante, relevant de la transe, des multi instrumentistes hyper talentueux jouant aussi bien de la clarinette basse, des saxophones dans des élans de free jazz, des percussions asiatiques (gong, cloches), que des instruments traditionnels hongrois... Conte de printemps Les danseur

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Nos amis les gros cons

ECRANS | critique / Avec Idiocracy, Mike Judge, créateur de “Beavis and Butt-Head“, conduit une fable au vitriol sur le devenir d’un monde nivelé par le bas qui se vautre dans la bêtise et la beauferie. Hilarant, inquiétant et salutaire ! CC

Christophe Chabert | Mercredi 25 avril 2007

Nos amis les gros cons

Dans le registre apprécié de la “comédie débile“, Idiocracy a d’ores et déjà une place à part : non seulement il touche les sommets du genre, mais il en est aussi le manifeste théorique et politique. Car la connerie est son sujet, non pour la brandir en étendard mais pour mettre le spectateur le nez dedans, le forcer à regarder en face les conséquences d’un laisser-aller intellectuel dont le refrain entêtant se fait un peu trop entendre en ce moment. Le tour de force de Mike Judge, c’est de faire réfléchir sur la bêtise sous toutes ses formes sans tomber dans la posture surplombante. Au contraire : Idiocracy est un film qui utilise la connerie pour mieux la critiquer, et qui la critique pour mieux nous y faire prendre un plaisir coupable. La Grande bouffe Résumons : de nos jours, on tente une expérience scientifique en congelant un Américain moyen (l’excellent Luke Wilson), pour observer sa réaction à son réveil. Mais l’expérience tourne mal, et il ne sort du coma que 500 ans plus tard. À peine Joe a-t-il mis les pieds hors de son caisson qu’il découvre un pays ravagé par la pollution, dont les citoyens obèses à force de malbouffe sont réduits à une désolante beauferie, tellement

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Tu chanteras

SCENES | Retour / Récemment, la Volksbühne, l’emblématique troupe berlinoise fut de retour sur la scène de la MC2. Et ce, avec une adaptation réalisée par le metteur en (...)

| Mercredi 2 mai 2007

Tu chanteras

Retour / Récemment, la Volksbühne, l’emblématique troupe berlinoise fut de retour sur la scène de la MC2. Et ce, avec une adaptation réalisée par le metteur en scène, Christoph Marthaler de la pièce Die Zehn Gebote (Les dix commandements) écrite en 1950 par l’auteur napolitain, Raffaele Viviani. Une rencontre opportune que celle de Viviani-Marthaler : Viviani fut chanteur dans les music-hall italiens avant que Mussolini ne les interdisent, et Marthaler étudia la musique. Ainsi, dans Die Zehn Gebote, l’univers de la voix à travers airs d’opéra, chants religieux (sur lequel s’ouvre sublimement le spectacle), canzonette, show divers et variés issus des varietà italiennes, est omniprésent : les personnages, des napolitains démunis, en marge, oubliés dans une Naples sublime car vieillissante et fabuleusement ressuscitée sur scène, pallient à leur existence désespérée par ces moments d’oubli et de communion incarnés par l’expression vocale profane ou sacré. Ces figures excentriques et chantantes se nourrissent d’ironie, d’humour noir, de sensualité, de grotesque, et de rages envers Dieu ou l’ordre moral -leurs résistances au dénuement-, puis, s’effondrent dans des dépressions inévitables

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Très bien, merci

ECRANS | Critique / Dans certains spots de prévention domestique, on entend ce slogan : “Il suffit d’un geste pour que votre vie bascule...”. Cette phrase (...)

| Mercredi 2 mai 2007

Très bien, merci

Critique / Dans certains spots de prévention domestique, on entend ce slogan : “Il suffit d’un geste pour que votre vie bascule...”. Cette phrase revient en mémoire à la vision de Très bien, merci, impressionnante comédie noire et inquiète d’Emmanuelle Cuau. La vie d’Alex (Gilbert Melki, juste génial) bascule parce qu’il a eu le malheur de ne pas passer son chemin un soir en rentrant chez lui, préférant assister impassible à un contrôle de police à l’encontre d’un couple de jeunes gens. Ensuite : garde à vue, demande d’explications, internement psychiatrique, perte de son emploi... La machine étatique emporte un quidam dans sa logique aveugle : s’il est là (en prison, puis à l’hôpital), c’est forcément parce qu’il a fait quelque chose. Mais quoi, personne n’en sait rien ! Évidemment, Très bien, merci peut se lire comme une version libre et contemporaine du Procès de Kafka ; mais Cuau ajoute à l’effrayante descente aux enfers bureaucratiques d’Alex un prologue et un épilogue qui viennent élargir ce qui aurait pu n’être qu’un bilan à charge des dérives politiques, récentes ou plus anciennes. Car tout aurait pu basculer plus tôt : quand ce comptable stressé avait essayé de tenir molle

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