40 ans, mode d'emploi

ECRANS | De Judd Apatow (ÉU, 2h13) avec Paul Rudd, Leslie Mann, John Lithgow…

Christophe Chabert | Jeudi 7 mars 2013

La quarantaine, ses bonnes résolutions, ses petits renoncements et ses grands compromis ; la vie de couple avec enfants selon Judd Apatow ressemble à une chanson de Benabar ou à un film de Cédric Klapisch : rire sur l'écran de notre médiocrité ordinaire. Programme peu ragoûtant, même s'il y a là une vraie qualité d'écriture et de direction d'acteurs – plus que dans son précédent et à moitié réussi Funny people.

Sauf qu'en cours de route, une mélancolie s'insinue dans ce film jusqu'ici en trop bonne santé, liée aux deux générations qui encadrent le couple vedette (Paul Rudd et Leslie Mann, au demeurant excellents) : d'un côté, les propres filles d'Apatow, adolescentes qui se témoignent leur amour en s'insultant copieusement ; de l'autre, les deux pères indignes, l'un envahissant et irresponsable (Albert Brooks), l'autre démissionnaire et arrogant (John Lithgow). De beaux personnages de fiction, superbement campés, et non pas des substituts du spectateur auxquels il comparerait pour validation son propre vécu.

Le goût du second rôle et de l'improvisation comique, habituel chez Apatow, est ici canalisé et retrouve sa fonction première ; apporter de la couleur dans le paysage et distraire des traditionnelles disputes-réconciliations typiques de toute bonne comédie romantique ; 40 ans, mode d'emploi en est une.

Christophe Chabert


40 ans : mode d'emploi

De Judd Apatow (ÉU, 2h14) avec Paul Rudd, Leslie Mann...

De Judd Apatow (ÉU, 2h14) avec Paul Rudd, Leslie Mann...

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Marié depuis des années, Pete est le seul homme de la maison : il vit entouré de sa femme Debbie et de leurs filles Charlotte et Sadie, âgées de 8 et 13 ans. Alors que sa maison de disques indépendante bat de l'aile, avec Debbie, ils doivent trouver les moyens de lâcher prise.


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Crazy Amy

ECRANS | De Judd Apatow (ÉU, 2h05) avec Amy Schumer, Bill Hader, Brie Larson…

Vincent Raymond | Mardi 17 novembre 2015

Crazy Amy

Nouvelle star du rire new-yorkais, Amy Schumer incarne un humour féminin décomplexé (comprenez, volontiers salace sur scène) si populaire qu’il ne pouvait laisser le cinéma indifférent. D’ordinaire adroit avec les sujets graveleux (40 ans toujours puceau), Judd Apatow s’est joliment fourvoyé en incitant Schumer à écrire et interpréter son film – l’histoire d’une journaliste, adepte de l’homme jetable, suivant en cela l’exemple d’un père volage, jusqu’à ce qu’elle rencontre un chirurgien maladroit mais sensible (soupir). Moues porcines, gags poussifs et vulgarité aseptisée (afin que cette comédie romantique ne subisse pas de rédhibitoire classification) s’enchaînent donc durant deux très longues heures. S’il ne faut pas compter sur les talents d’acteur de LeBron James (cabotinage à trois points), l’accent aussi improbable que le brushing de Tilda Swinton ou le faux-film avec Daniel Radcliffe offrent des dérivatifs à l’ennui…

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Love is strange

ECRANS | D’Ira Sachs (ÉU, 1h38) avec John Lithgow, Alfred Molina, Marisa Tomei…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Love is strange

Ben (John Lithgow) et George (Alfred Molina) décident, après 39 ans de vie commune, de se marier. Mais une fois leur union connue, George est viré de son travail dans une école catholique et ils doivent se résoudre à vendre leur appartement new-yorkais, puis à vivre séparément en attendant de trouver un nouveau logement. Au diapason de la musique de Chopin qui lui sert de bande-son, Love is strange distille une petite musique douce pour raconter sans effusion mélodramatique une histoire simple, cruelle et bouleversante : comment un enchaînement de circonstances malheureuses vient rappeler à un couple ordinaire la précarité de son existence. Ira Sachs, sans tomber dans le didactisme ou le militantisme, mais en prêtant une attention constante aux doutes et aux petites humiliations commises ou subies par ses personnages, montre ainsi que George et Ben sont au croisement de plusieurs minorités : gays, mais aussi âgés, sans emploi et sans domicile. Ce qui pèse sur l’un – le licenciement injuste de George – ne pèse pas sur l’autre – Ben devient un fardeau pour la famille qui l’accueille, ne trouvant jamais vraiment sa place – et seul l’amour indéfectible qui les unit

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Prince of Texas

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h34) avec Paul Rudd, Emile Hirsch…

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Prince of Texas

Après trois comédies graduellement décevantes, Prince of Texas marque le retour en forme de David Gordon Green, dont on avait tant aimé L’Autre rive. Retour discret toutefois : ce road movie minimaliste où deux hommes tracent une route au milieu de nulle part séduit par sa nonchalance, son humour pince-sans-rire et son goût des creux dramatiques. Il ne s’y passe donc pas grand chose, et lorsque des événements importants arrivent aux personnages, c’est hors de leur périmètre, méticuleusement respecté. Le film ne quitte donc jamais cette route sans début ni fin, mais y fait transiter des lettres, des anecdotes et des fantômes, le temps de séquences suspendues où les caractères vacillent peu à peu – le psychorigide comprend la vacuité de son existence, le chien fou se découvre doué d’une forme insoupçonnée de compassion. Petit film donc, parfait pour patienter avant le prochain David Gordon Green, Joe, avec Nicolas Cage. Christophe Chabert

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