Magic Magic

ECRANS | De Sebastián Silva (ÉU, 1h37) avec Juno Temple, Michael Cera…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Pendant que Roman Polanski faisait défiler son cinéma entre les quatre murs d'un théâtre – La Vénus à la fourrure, choc de la rentrée –, le réalisateur chilien de La Nana tentait un hommage au maître avec Magic Magic, essai qui se transforme en échec complet. Alicia (Juno Temple, actrice fascinante,  qui se sauve vaillamment du traquenard) part en vacances au Chili avec des amis qu'elle connaît à peine, et développe une névrose carabinée dont le film peine à cerner les contours.

Et pour cause : parano comme dans Rosemary's baby, phobique du sexe comme dans Répulsion, atteinte d'un délire de persécution carabiné comme dans Le Locataire, Alicia est un fantasme cinéphile incarné. Tout le film souffre de cette stratégie d'empilement citationnel, oubliant un ingrédient élémentaire : la crédibilité. Du coup, Magic Magic n'est jamais loin du ridicule, comme dans ce moment, plus drôle que troublant, où Alicia est terrifiée par un chien qui se masturbe contre sa jambe !

Le récit semble faire du surplace, cherchant une introuvable étrangeté avant de changer complètement d'optique lors d'un sabbat païen interminable, ni hypnotique, ni choquant ; juste raté, comme le reste.

Christophe Chabert

Sortie le 28 août


Magic Magic

De Sebastián Silva (ÉU, 1h37) avec Michael Cera, Juno Temple...

De Sebastián Silva (ÉU, 1h37) avec Michael Cera, Juno Temple...

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Pendant ses vacances au Chili, Alicia, une jeune américaine réservée, se retrouve embarquée par sa cousine Sara et sa bande d'amis sur une île isolée. Personne ne fait vraiment d'effort pour intégrer Alicia.


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"Manhattan stories" : (petites) tranches de quartier de Big Apple

ECRANS | de Dustin Guy Defa (ÉU, 1h25) avec Abbi Jacobson, Michael Cera, Tavi Gevinson…

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Morceaux choisis prélevés dans l’un des plus fameux arrondissements new-yorkais au cours d'une journée ordinaire (?) en compagnie d’une apprentie journaliste, d’un amateur de vinyles, d’un dépressif, d’une lycéenne et de tous ceux qu’ils rencontrent au gré des hasards de la vie… Entremêlant ses intrigues façon patchwork, ce faux film à sketches lorgne moins l’ode solennelle de Woody Allen que le puzzle baroque de Wayne Wang et Paul Auster consacré au quartier quasi-limitrophe, Brooklyn Boogie (1995), voire le roman fondateur de Dos Passos, Manhattan Transfer, célébrant la diversité profuse et cependant, déjà, interconnectée des habitants de l’île. Bon, pour la diversité, on repassera : les protagonistes sont, pour la plupart, de braves bobos nantis de problèmes de riches. Cela n’exclut pas des faits de délinquance pouvant aller jusqu’à l’homicide. Mais leur nature, leur mobile, leur mode d’exécution n’ont rien à voir avec un Scorsese d’antan, ni un blaxploitation vintage : ici, la présumée meurtrière ressemble aux coupables des épisodes de Columbo ; quant aux autres contrevenants, il s’agit d’un adepte du "revenge porn" et d’un faussaire en

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Cannes, jour 9 : une certaine idée de la langueur

ECRANS | "Nebraska" d’Alexander Payne. "Michael Kohlhaas" d’Arnaud Des Pallières. "Magic Magic" de Sebastian Silva.

Christophe Chabert | Vendredi 24 mai 2013

Cannes, jour 9 : une certaine idée de la langueur

Jeudi matin, tout le monde était encore sous le choc de La Vie d’Adèle. Comme pour Holy motors l’an dernier, un film se plaçait soudain au centre de toutes les attentions. Plus encore qu’Holy motors l’an dernier, La Vie d’Adèle rassemblait peu à peu tous les festivaliers, presse, exploitants et finalement public lors d’une ultime projection qui se terminait vers 1 heure du matin par quinze minutes de standing ovation — record cannois en 2013. Dur dur de passer derrière, et c’est Alexander Payne qui en a fait les frais. Ça aurait pu être pire, car Nebraska est une toute petite chose, un feel good movie qui n’a pas l’ambition de Sideways et de The Descendants — d’ailleurs, Payne, scénariste prodigieux, n’en a pas écrit le script — et qui,

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Killer Joe

ECRANS | Avec ce Killer Joe à la rage juvénile, William Friedkin, 77 ans, est de retour au sommet. Bug montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par (...)

Christophe Chabert | Vendredi 31 août 2012

Killer Joe

Avec ce Killer Joe à la rage juvénile, William Friedkin, 77 ans, est de retour au sommet. Bug montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide. Choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec son thème de prédilection : l’omniprésence du mal. Killer Joe montre une famille de Texans dégénérés vivant dans un mobile home insalubre : le père apathique, la belle-mère nympho, le fils magouilleur et la fille candide, Dottie. Complètement fauchés, ils décident de mettre à mort la mère pour toucher son assurance-vie. Comme ils sont aussi lâches que méchants, ils font appel à un flic pourri pour commettre l’irréparable. Joe pose une condition : la virginité de Dottie en guise de caution. Si l’innocente Dottie devient naturellement la victime de la cupid

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Désirs de cinéma

ECRANS | Onzième édition pour Vues d’en face, le festival international du film gay et lesbien qui, chaque année, investit le cinéma le Club. Un évènement incontournable de la vie culturelle grenobloise, qui permet de découvrir une frange souterraine du cinéma contemporain. À découvrir du 13 au 21 avril. La rédaction

Aurélien Martinez | Vendredi 6 avril 2012

Désirs de cinéma

Si l’ambition de Vues d’en face est aussi militante (surtout en cette période électorale où certains politiciens ne sont jamais à court d’arguments ubuesques – exemple : un président-candidat expliquant sans sourciller s’opposer au mariage pour tous dans le but de ne pas « sacrifier notre identité à la mode du moment »), l’idée est avant tout de défendre un certain cinéma préoccupé par la question (très large) de l’homosexualité et de ses représentations. Et si évidemment, ce genre d’évènement fait la part belle aux œuvres se contentant simplement de présenter des personnes de même sexe en train de s’aimer (comme les traditionnelles sucreries avec mecs torse nu, dont l’intérêt cinématographique est souvent très limité), on peut aussi trouver, nichées dans la programmation, quelques excellentes surprises : des films trop atypiques pour les circuits de distribution classiques, venus souvent de pays peu (voire pas du tout) représentés dans les salles françaises. Des prises de risque esthétiques ou thématiques, qui donnent toute sa force à Vues d’en face. Gros plan donc sur certains des longs-métrages qui, selon nous, feront cette édition 2012. Avec aussi un zoom sur la piè

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Scott Pilgrim

ECRANS | D’Edgar Wright (ÉU, 1h52) avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead…

François Cau | Mercredi 24 novembre 2010

Scott Pilgrim

On pouvait attendre beaucoup de Scott Pilgrim : Wright avait co-réalisé Shaun of the dead et Hot fuzz, Cera est un des jeunes acteurs américains du moment, le comics d’origine possédait son cercle d’adorateurs. Le ratage est pourtant cuisant, et souligne les limites de la culture geek, quand ce sont les geeks eux-mêmes qui lui rendent hommage. Car Wright a choisi de compresser le récit, de surcharger l’image de trouvailles visuelles et de multiplier les références pour initiés au point de négliger personnages, intrigue et même l’élémentaire lisibilité des plans. Deux choses sont frappantes : le film ne cherche jamais à contourner son programme (Scott va combattre les sept ex maléfiques de sa copine, point), et maltraite avec une misogynie sidérante les femmes du film. En gros, des emmerdeuses, des sacs à problème, des vagins dentés, sauf si elles lisent des BD et jouent de la batterie (si ce sont des hommes, donc !). Déplaisant à regarder, Scott Pilgrim est donc aussi déplaisant dans sa vision d’un monde qui n’est virtuel que quand ça l’arrange. CC

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