Immortel Zemeckis

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

Dans son excellent ouvrage consacré aux cinéastes hollywoodiens contemporains (Le Temps des mutants, chez Rouge Profond), Pierre Berthomieu livre une des premières analyses sérieuses consacrées à Robert Zemeckis, pointant toute la dimension novatrice de son cinéma. Point d'orgue logique de sa démonstration fondée sur les corps mutants et la volonté de créer des images défiant les logiques réalistes classiques, La Mort vous va si bien fait en effet figure de théorie de la pratique dans l'œuvre de Zemeckis.

On y voit une gloire déclinante de Broadway (Meryl Streep, en pleine autoparodie) mariée à un chirurgien esthétique (Bruce Willis, moustachu avant la mode) qu'elle a "dérobé" à son ancienne copine d'école obèse (Goldie Hawn). Mais celle-ci réussit à se débarrasser de ses kilos superflus grâce à un filtre d'immortalité et à récupérer son ancien amour. La vengeance de la star ne se fera pas attendre, mais elle se traduira par un hallucinant ballet macabre où les corps, qui ne craignent plus la mort, vont se retrouver tordus, perforés, écrasés, équivalents humains des toons de Roger Rabbit. Zemeckis pousse ainsi à son extrême ses recherches sur une chair obéissant à des règles purement cinématographiques, signe avant-coureur de ce qui le conduira à développer ensuite la technique de la motion capture.

Mais des détournements d'archive de Forrest Gump à l'étonnante ouverture cosmico-intime de son magnifique et méconnu Contact, le réalisateur ne fera que prolonger le geste burlesque de La Mort vous va si bien, en créant des personnages qui défient toute logique et créent leurs propres espace-temps.

Christophe Chabert

La Mort vous va si bien, lundi 20 janvier à 20h, à Eve (campus)


La Mort vous va si bien

De Robert Zemekis (ÉU, 1992)

De Robert Zemekis (ÉU, 1992)

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"Sacrées sorcières" : sourissez !

ECRANS | ★★★☆☆ De Robert Zemeckis (É.-U., 1h45) avec Anne Hathaway, Octavia Spencer, Stanley Tucci… En salles le 23 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Orphelin recueilli par sa grand-mère, le jeune Bruno commence juste à s’acclimater qu’il doit déjà affronter l’arrivée d’horribles sorcières. Pensant les fuir en se rendant dans un hôtel, le garçon et sa grand-mère plongent en fait entre leurs griffes. Bruno sera même changé en souris… En dépit de sa faculté à traiter des syncrétismes historico-culturels américains et des icônes ou à en forger par son cinéma, Robert Zemeckis demeure un des réalisateurs étasuniens contemporains parmi les plus sous-estimés ; son principal tort étant d’appartenir à la génération du totem Spielberg. S’emparant ici d'un conte du non moins iconique auteur Roald Dahl, il signe une transposition logique, imprégnée de folklore sudiste, où la dimension horrifique et le burlesque fusionnent aussi logiquement que dans des cauchemars d’enfant (le fait que Cuarón et Del Toro figurent à la coproduction n’y est sans doute pas étranger). Poussant parfois l’extravagance vers la frénésie ou le grotesque, Zemeckis renoue avec l’esprit délicieusement amoral de La Mort vous va si bien, mâtiné d’éclats gothiques à la Tim Burton.

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"Glass" : M. Night Shyamalan en verre et contre tous

ECRANS | Sorti du purgatoire avec "The Visit" (2016), M. Night Shyamalan signe un combo magique avec cette double suite d’"Incassable" (2000) et de "Split" (2016) réunissant James McAvoy, Bruce Willis et Samuel L. Jackson. Un véritable thriller conceptuel à voir et revoir pour le plaisir de l’analyse.

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Kevin Crumb et ses identités multiples ayant à nouveau enlevé des jeunes filles, "l’incassable" David Dunn se lance à ses trousses. Mais lors de la capture, Dunn est lui aussi arrêté et transféré avec Crumb dans un hôpital où une psy veut les convaincre qu’ils ne sont pas des super-héros… L’intrigue de Glass risque de surprendre les adeptes de tarabiscotages et d’artifices par son apparente simplicité. Mais tout comme la tétralogie Scream a permis à Wes Craven de dérouler du concept sur l’architecture générale du film d’horreur (et de ses séquelles) par la mise en abyme, Glass constitue pour Shyamalan un parfait véhicule théorique visant à illustrer ses principes cinématographiques, les stéréotypes narratifs et à donner un écho supplémentaire à ses films. Ligne de partage des os Se situant pour l’essentiel dans un hôpital psychiatrique, Glass fait de ses héros des objets d’étude placés sous l’œil permanent de caméras ubiquistes. De fait, c’est le film lui-même qui s’avère un cobaye, s’auto-analysant au fur et à mesure que l’histoire avance en ré

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Ricki and The Flash

ECRANS | De Jonathan Demme (ÉU, 1h42) avec Meryl Streep, Mamie Gummer, Kevin Kline…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Ricki and The Flash

Chanteuse de bar fauchée, Ricki est appelée par son ex-mari pour sortir de la dépression leur fille qui vient d’être larguée. La rockeuse bohème s’envole aussitôt pour leur luxueuse résidence, où elle aura à affronter des reproches (avoir préféré à sa famille une carrière ratée) et Mo, la belle-mère parfaite de ses enfants… Jonathan Demme (Le Silence des agneaux) sort d’une semi-retraite pour adapter un script très anecdotique de Diablo Cody, jadis strip-teaseuse, désormais scénariste à succès de drames familiaux (Juno, Young Adult). Meryl Streep, attifée quelque part entre Boy George et Steve Tyler, donne la réplique à sa vraie fille, chante du Springsteen, joue de la guitare et s’offre un de ses morceaux de bravoure légendaires en interprétant une électrice républicaine. Vincent Raymond

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Futur, plus que parfait

ECRANS | Revoir Retour vers le futur, c’est croquer dans une madeleine cinéphile des années 80 ; c’est aussi voir en quoi son réalisateur Robert Zemeckis y préparait (...)

Christophe Chabert | Lundi 23 juin 2014

Futur, plus que parfait

Revoir Retour vers le futur, c’est croquer dans une madeleine cinéphile des années 80 ; c’est aussi voir en quoi son réalisateur Robert Zemeckis y préparait avec son scénariste Bob Gale ce qui allait devenir un champ d’expérimentation dans les décennies suivantes. Marty MacFly est un ado normal, beau gosse qui fait du skate et de la guitare, et qui tente d’échapper à la lose familiale (un père sans charisme et une mère alcoolique) en se réfugiant auprès d’un savant un peu fou. Celui-ci a construit une De Lorean à remonter le temps et, lors d’un test qui tourne mal, Marty se retrouve trente ans en arrière, au moment où son futur père doit rencontrer sa future mère. Zemeckis utilise le paradoxe temporel comme une porte ouverte à la duplication des corps, à leur remodelage et à leur télescopage. Au cœur de Retour vers le futur, on trouve ainsi une photo qui s’efface au fur et à mesure où Marty intervient dans le passé et modifie son présent – son visage puis son corps disparaissent. Plus encore, son passage dans l’Amérique 50’s idéalisée par le cinéma corrige celle des années 80. De retour chez lui, il retrouve sa famille reaganisée et triomphante : pensan

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Flight

ECRANS | L’héroïsme d’un pilote d’avion est remis en cause lorsqu’on découvre ses penchants pour la boisson et les stupéfiants. Délaissant ses expérimentations technologiques, Robert Zemeckis signe un grand film qui célèbre l’humain contre les dérives religieuses, judiciaires et techniques. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 février 2013

Flight

Au commencement était la chair : celle d’une femme nue qui déambule au petit matin dans une chambre d’hôtel pendant que son amant se réveille en s’enfilant une ligne de coke qui lui permet d’évacuer sa gueule de bois. Ce long plan d’ouverture sonne comme une déclaration d’intention de la part de Robert Zemeckis : après trois films à avoir essayé de recréer par le numérique, la 3D et la motion capture les émotions et le corps humain, le voilà revenu à des prises de vues garanties 100% réelles et incarnées. Son cinéma a depuis toujours été obsédé par les limites plastiques de la figuration : les corps troués, aplatis, étirés comme des chewing-gums de La Mort vous va si bien, les cartoons vivants de Roger Rabbit, Forrest Gump se promenant dans les images d’archives ou le Robinson supplicié de Seul au monde… Flight introduit une subtile variation autour de ce thème : ici, la chair est fragile, mais cette fragilité signe en définitive la grandeur humaine. Y a-t-il un pilote dans le pilote ? Whip Whitaker (fabuleux Denzel Washington) prend donc son service comme pilote de ligne et réussit un exploit : un atterrissage en pl

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Looper

ECRANS | Conçu comme un casse-tête spatio-temporel mais aussi comme une série B mélangeant science-fiction et action, le film de Rian Johnson est la bonne surprise américaine de l’automne, à la fois cérébral, charnel, trépidant et poétique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Looper

Boucler la boucle. C’est en substance l’enjeu de Looper, jusque dans son titre, qui désigne les tueurs du film, chargés de supprimer les témoins gênants d’exactions commises 30 ans plus tard et envoyés dans le passé grâce à une machine à remonter le temps. Loopers, car vient fatalement le moment où ce sont eux, ou plutôt leur double de trente ans plus âgé, qu’ils doivent supprimer, contre quelques lingots d’or qui leur assureront une "retraite" méritée ; la boucle est donc bouclée. Quand arrive le tour du héros, Joe, le protocole est rompu : son autre lui débarque tête nue, se débat et réussit à s’échapper. Pas le choix : il faut le retrouver au plus vite, car sinon c’est lui qui sera exécuté, mettant fin de facto à l’existence de son alter ego. Compliqué ? Ce n’est pourtant que la trame de base d’un film dont le scénario se montre particulièrement généreux avec le spectateur. Rian Johnson fait partie de ces cinéastes matheux (proche cousin par exemple d’un Christopher Nolan) pour qui une œuvre est avant tout une suite d’équations entremêlées dont la logique, une fois comprise, s’avère imparable. Là où le garçon a vraiment du talent, c’est qu’il ne se contente p

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Expendables 2

ECRANS | Retour de «l’unité spéciale» emmenée par Stallone, avec quelques nouvelles recrues prestigieuses, pour un deuxième volet mieux branlé que le précédent, assumant sans complexe son côté série B d’action vintage. Curieusement plaisant. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mercredi 22 août 2012

Expendables 2

«On devrait tous être au musée». C’est une des dernières répliques d’Expendables 2, et cela résume parfaitement l’esprit de cette improbable franchise : les papys du cinéma d’action font de la résistance, un dernier tour de piste de prestige qui est aussi, pour certains, l’occasion de sortir de la malédiction du direct to DVD qui les frappe. Pour ce deuxième épisode, Stallone, fort du succès du premier, a d’ailleurs réussi la totale (ou presque, Steven Seagal manque à l’appel !) en incorporant au casting Jean-Claude Van Damme et Chuck Norris et en laissant plus d’espace à Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger, au-delà des simples apparitions clin d’œil du premier. La recette est peu ou prou la même : une équipe de mercenaires, une mission, de la castagne et des vannes en guise de dialogues. Plus une pincée de distanciation mélancolique sur l’air de «On est trop vieux pour ces conneries», lucidité bienvenue même si elle n’empêche pas les vétérans d’exhiber gros bras et dextérité dans le carnage lorsque l’occasion se présente — fréquemment. À l’est, que des anciens On pouvait craindre qu’en laissant sa place derrière la caméra

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"Moonrise Kingdom" : l'amour à hauteur d'enfant

ECRANS | Poussant son art si singulier de la mise en scène jusqu'à des sommets de raffinement stylistique, Wes Anderson ose aussi envoyer encore plus loin son ambition d'auteur, en peignant à hauteur d'enfant le sentiment tellurique de l'élan amoureux.

Christophe Chabert | Lundi 21 mai 2012

Revoici Wes Anderson, sa griffe de cinéaste intacte, dès les premiers plans de Moonrise Kingdom. Sa caméra explore frontalement une grande demeure comme s'il visitait une maison de poupée dont il découperait l'espace en une multitude de petits tableaux peuplés de personnages formidablement dessinés. Au milieu, une jeune fille aux yeux noircis au charbon, cousine pas si lointaine de Marion Tenenbaum, braque une paire de jumelles vers nous, spectateurs. Ce n'est pas un détail : d'observateurs de ce petit théâtre, nous voilà observés par cette gamine énigmatique, dont on devine déjà qu'elle a un train d'avance sur les événements à venir. L’art de la fugue Par ailleurs, la bande-son se charge, via un opportun tourne-disque, de nous faire un petit cours autour d'une suite de Benjamin Britten. Où l'on apprend que le compositeur, après avoir posé la mélodie avec l'orchestre au complet, la rejoue façon fugue en groupant les instruments selon leur famille. Là encore, rien d'anecdotique de la part d'Anderson. Cet instant de pédagogie vaut règle du jeu du film à venir, où il est question d'enfance (qui n'est pas un jeu), de f

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La Dame de fer

ECRANS | De Phyllida Lloyd (Ang-Fr, 1h45) avec Meryl Streep, Jim Broadbent, Richard E. Grant...

Aurélien Martinez | Vendredi 10 février 2012

La Dame de fer

Le pire était donc à venir. Après vingt années de terres brûlées économiques et sociales, Margaret Thatcher méritait bien un film. Mais comment approcher une figure si radicale et contestable, quand l'intéressée est encore en vie et qu'on a pour CV l'affreuse adaptation de Mamma Mia ? Par le micro bout de la lorgnette, en traitant tout, l'Histoire, les conflits, le terrorisme, les syndicats mis en pièces, l'ascension politique, le pouvoir, depuis l'intime et le souvenir. Vaguement féministe en insistant lourdement sur ce monde exclusivement masculin qu'elle intègre, cette Dame de fer n'existe que par sa relation avec feu son mari et ses regrets familiaux, contradiction parfaite de ses ambitions que l'âge rend douloureux. Problème, le reste, jamais critiqué ni discuté, glisse alors comme une anecdote dérisoire, à l'image de ces plans d'une manifestation sanglante se reflétant sur les vitres d'une voiture où Thatcher est protégée loin de la réalité. Scandaleux ou involontairement terrifiant. Jérôme Dittmar

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