96 heures

ECRANS | De Frédéric Schoendoerffer (Fr, 1h36) avec Niels Arestrup, Gérard Lanvin, Laura Smet…

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Pris en otage par Kancel, un truand suave mais très méchant, le patron de la Brigade de répression du banditisme a 96 heures pour avouer quel est l'enfant de salaud qui l'a balancé et l'a envoyé croupir derrière les barreaux. Entouré d'hommes de main aussi bêtes que sadiques, Kancel boit du bon vin, fait un barbecue, va rendre visite à sa fille et à son petit fils et s'énerve de temps en temps, de préférence quand on ne s'y attend pas. Un rôle sur mesure pour un Niels Arestrup excellent mais qui, cette fois-ci, ne sauve pas le film de la médiocrité totale.

Entre un Gérard Lanvin qui laisse ses couilles tranquilles pour s'occuper exclusivement de l'oreillette très visible dans laquelle on lui souffle ses dialogues, des rebondissements que l'on devine en moyenne vingt minutes avant leur arrivée à l'écran, et une direction artistique calamiteuse qui souligne le budget visiblement serré de cette série B mal assumée au scénario débile, tout est au bas mot grotesque et dépourvu de toute intensité dans le suspense. Depuis son nanar Truands, on ne croit plus trop en un sursaut de Schoendoerffer ; 96 heures confirme qu'il ferait mieux d'aller tourner des épisodes de Braquo – à moins que cette expérience télé n'ait anesthésié son goût du spectacle cinématographique ?

Christophe Chabert


96 heures

De Frédéric Schoendoerffer (Fr, 1h36) avec Gérard Lanvin, Niels Arestrup...

De Frédéric Schoendoerffer (Fr, 1h36) avec Gérard Lanvin, Niels Arestrup...

voir la fiche du film


Carré est le patron de la BRB (Brigade de Répression du Banditisme). 3 ans plus tôt, il a fait tomber un grand truand, Kancel. Aujourd’hui, à la faveur d’une extraction, Kancel kidnappe le flic. Il a 96 heures pour lui soutirer une seule information : savoir qui l’a balancé.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"La Sainte Famille" : ministère à mère

ECRANS | De et avec Louis-Do de Lencquesaing (Fr., 1h30) avec également Marthe Keller, Léa Drucker, Laura Smet…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille… La particule de son patronyme laisse supposer que l’auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d’une lignée enracinée dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d’Île-de-France ; où l’usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance. Si on ne peut dire qu’on n’a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise (c’est même le fonds de commerce d’un certain cinéma français), ce qui tranche ici, c’est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l’écoute et l’étreinte que dans l’hystérie collective, tout mucu

Continuer à lire

Amanda Lear : « Ils ont mis un peu longtemps à faire "Les Indestructibles 2" vu mon espérance de vie ! »

ECRANS | Louane Emera, Gérard Lanvin et Amanda Lear (ainsi que Thierry Desroses, à gauche sur la photo mais absent pendant l'interview) figurent au générique français des "Indestructibles 2", dont ils ont assuré la post-synchronisation. La tentation était grande de les faire parler de leur voix, et de leur rapport au doublage…

Vincent Raymond | Jeudi 5 juillet 2018

Amanda Lear : « Ils ont mis un peu longtemps à faire

Pensez-vous que votre voix ait un super-pouvoir ? Louane Emera : Ah, ça, c’est pour Gérard ! Gérard Lanvin : Oui… Les trois personnes que vous avez en face de vous ont des "voix". On n’y peut rien, c’est un don ; on l’a reçu et on s’en sert. En fait, on nous l’a fait découvrir. À un moment, on vous a dit : tu sais que tu as une voix vachement intéressante ? Et c’est là que vous prenez conscience que la voix pour un acteur est vraiment indispensable et fondamentale : elle fait la différence, elle donne l’énergie. Amanda Lear : Il y a des voix qui vous calment, vous guérissent, vous donnent des érections instantanées… GL : La mienne ! (rires) LE : Moi c’est différent, parce que j’ai vraiment commencé par la musique, par chanter – parce que j’aimais ça. Je n’ai pas vraiment compris tout de suite ce que cela pouvait faire. C’est après qu’on le ressent, quand on regarde le visage des gens. Louane, quelle a été votre réaction quand Disney vous a appelée ? LE : Ils savaient que j’ava

Continuer à lire

"Les Gardiennes" : les autres champs de bataille de Xavier Beauvois

ECRANS | Le cinéaste Xavier Beauvois transpose un roman de 1924 racontant comment les femmes ont assuré l’ordinaire et l’extraordinaire d’une ferme pendant la Grande Guerre. Une néo qualité française pétrie de conscience sociale et humaine ; du cinéma de réconciliation, en somme.

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

1915. Privée de ses hommes partis au front, la ferme du Paridier doit continuer à tourner. À l’approche des moissons, Hortense (Nathalie Baye) embauche Francine (Iris Bry), une orpheline dure à la tâche pour la seconder auprès de sa fille Solange (Laura Smet). Les saisons se suivent et Francine semble adoptée… C’est une figure bien paradoxale que Xavier Beauvois s’emploie à dessiner de film en film (et poursuit donc ici tout naturellement) : celle de l’absence, de la disparition, de l’effacement. Succédant à La Rançon de la gloire (2013) et son histoire de sépulture sans mort, Les Gardiennes évoque les morts sans sépulture de la grande boucherie de 14-18. Un conflit d’ailleurs quasiment traité in absentia puisque le Paridier, barycentre des héroïnes, se trouve loin de la ligne de front : quelques rares images de contextualisation au début, puis des cauchemars des militaires en permission, montrent le visage effrayant des combats. Le front et la ferme Pourtant, dans cette saga paysanne "de l’arrière", la réalité de la guerre transpire à chaque plan, jusqu

Continuer à lire

Nathalie Baye : « Plus je fais des choses différentes, plus j’aime mon métier »

ECRANS | Pour "Les Gardiennes", sa troisième collaboration avec le réalisateur Xavier Beauvois, Nathalie Baye incarne la matriarche d’une ferme tentant de préserver ses terres alors que la Grande Guerre fait rage. Rencontre avec une comédienne drôle et investie.

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Nathalie Baye : « Plus je fais des choses différentes, plus j’aime mon métier »

C’est plutôt rare de vous voir dans un film d’époque… Nathalie Baye : Il y a très long longtemps, j’avais fait L’Ombre rouge, un film improbable de Jean-Louis Comolli qui se passait pendant la dernière guerre, Et puis j’avais aussi fait le moyen-âge avec Le Retour de Martin Guerre de Daniel Vigne – mais Laura n’était pas née (rires). Je me souviens qu’à l’époque, l’équipe maquillage-coiffure m’avait fait essayer des trucs, et que j’étais effondrée : on aurait dit Mamie Nova (rires) ! Pour Les Gardiennes, on a cherché. Une fois qu’on a trouvé le juste équilibre, c’était merveilleux. Car lorsque que vous arrangez les cheveux et le maquillage d’une manière particulière, que vous sentez le poids du costume, une partie du travail est faite. Et toute la gestuelle suit. Quand je me rhabillais "normalement", je ne marchais plus du tout la même manière. Vos gestes étaient-ils à ce point différents ?

Continuer à lire

Premiers crus

ECRANS | De Jérôme Le Maire (Fr., 1h37) avec Gérard Lanvin, Jalil Lespert, Alice Taglioni…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Premiers crus

Un patriarche bourguignon bourru (comme le vin) ayant laissé partir à vau-l’eau son domaine viticole depuis que femme et enfants l’ont abandonné est sauvé de la faillite par son fils prodigue, devenu un critique réputé. Aussi têtu que son père, le fiston décide de recourir aux bonnes vieilles méthodes artisanales… Sur la réserve, en bon comédien de garde, Lanvin évoque le Gabin massif et taiseux époque La Horse – à la différence qu'il ne distribue pas de taloches. Il se dévoue hélas à un scénario un peu bouchonné, laissant une impression de déjà-bu. Reste une imagerie de la Bourgogne forcément magnifiée, assourdie par la partition de Jean-Claude Petit.

Continuer à lire

Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réacs de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive (la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle) mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début, ni fin, visiblement tournées dans la continuité puis charcutées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentr

Continuer à lire

Diplomatie

ECRANS | De Volker Schlöndorff (Fr-All, 1h24) avec Niels Arestrup, André Dussollier, Charlie Nelson…

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

Diplomatie

Dans la nuit du 24 au 25 août 1944, le général allemand Von Choltitz, gouverneur de Paris, s’apprête à exécuter l’ordre d’Hitler : faire sauter les principaux monuments parisiens et provoquer une crue gigantesque de la Seine. Le consul suédois Nordling va, dans sa suite de l’Hôtel Meurice, tenter de le dissuader de pratiquer cette politique de la terre brûlée qui ne fait que reculer la débâcle inéluctable de l’armée allemande. Le sujet avait donné lieu à une pièce à (grand) succès de Cyril Gély, et Volker Schlöndorff l’adapte ici à l’écran avec les deux comédiens qui avaient créé les rôles sur scène, Arestrup et Dussollier. Ce duo-là vaut le déplacement (mais Charlie Nelson en concierge bourru n’est pas mal non plus) même si, de manière assez curieuse, Arestrup a choisi d’adopter un accent allemand assez artificiel pour faire parler son personnage en français. Cela résume assez bien les vaines tentatives de Schlöndorff pour faire muter son matériau théâtral en œuvre de cinéma : les aérations du récit comme les possibilités d’y faire entrer un réalisme de reconstitution ne font que diluer la tension du récit, ce jeu d’échec feutré où le diplomate tente de ramener le milit

Continuer à lire

Quai d’Orsay

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 1h54) avec Thierry Lhermitte, Raphaël Personnaz, Niels Arestrup…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Quai d’Orsay

Le cinéma de Bertrand Tavernier ne brille pas par sa légèreté ; d’où étonnement de le voir s’emparer de la BD de Blain et Lanzac relatant sur un mode de comédie picaresque le passage au ministère des affaires étrangères de Dominique de Villepin, rebaptisé Alexandre Taillard de Worms. Grand bien lui en a pris : c’est son meilleur film depuis des lustres, malgré ses évidentes faiblesses. Adoptant le point de vue du candide Arthur Wlaminck, recruté pour s’occuper du «langage» au sein du cabinet, Tavernier met en lumière le bordel intégral que le ministre sème autour de lui, mélange d’égocentrisme, de cuistrerie, de copinage et d’agitation pure et vaine. Tant qu’il reste dans l’enceinte du Quai d’Orsay, le film est franchement plaisant, notamment grâce à la double prestation de Lhermitte et Arestrup, antinomiques comme le feu et la glace. La lourdeur de Tavernier revient dès qu’il en sort, notamment pour aller filmer les scènes parfaitement inintéressantes entre Arthur et sa compagne, aération inutile d’un récit qui méritait plus de radicalité. Se plaçant sous la Présidenc

Continuer à lire

À perdre la raison

ECRANS | Pour ce film plus ouvert mais tout aussi dérangeant que ses précédents, Joachim Lafosse s’empare d’un fait-divers et le transforme en tragédie contemporaine interrogeant les relents de patriarcat et de colonialisme de nos sociétés. Fort et magistralement interprété. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

À perdre la raison

Il y a, à la fin d’À perdre la raison, une séquence admirable— ce n’est pas la seule du film. Murielle sort de chez sa psychanalyste et se retrouve dans sa voiture à écouter Femmes je vous aime de Julien Clerc. Elle en fredonne approximativement les paroles, puis s’arrête et fond en larmes. En trois minutes et un seul plan, c’est comme si le film, le personnage et l’actrice (Émilie Dequenne, comme on ne l’avait jamais vue) lâchaient tout ce qu’ils retenaient jusqu’ici, dernière respiration avant le drame ou l’asphyxie. Car À perdre la raison est construit comme une toile d’araignée, un piège qui se referme sur son personnage, d’autant plus cruel que personne n’en est vraiment l’instigateur. Ce qui se joue ici, ce sont les nœuds d’une société où les choses que l’on croit réglées (le colonialisme, la domination masculine) reviennent comme des réflexes inconscients, provoquant leur lot de tragédies. Patriarche de glace Celle du film a pour base un fait-divers : une mère qui assassine ses quatre enfants. On ne révèle rien, puisque Lafosse en fait l’ouverture de son film. Cette honnêteté-là est aussi celle qui amène le cinéaste à ne jamais

Continuer à lire

Les Lyonnais

ECRANS | D’Olivier Marchal (Fr, 1h40) avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Daniel Duval…

François Cau | Jeudi 17 novembre 2011

Les Lyonnais

Critique / À l’origine, Olivier Marchal voulait retracer l’histoire du gang des Lyonnais, célèbres braqueurs des années 70, sur deux époques, à travers une fresque cinématographique dont le premier montage dépassait les deux heures quarante. Que s’est-il passé pour qu’à l’arrivée il accouche d’un fantôme de film centré sur la part la moins pertinente de son récit, celle, contemporaine, où Edmond Vidal reprend du service pour sortir de taule son ancien complice Serge Sutel ? Le rythme de ces Lyonnais pose assez vite question : tout est expédié, les enjeux sont flous, les personnages mal dessinés, les séquences (à l’exception d’une évasion assez spectaculaire) réduites à des clips esthétisants (la musique, éternel péché du cinéma de Marchal, insupporte par son omniprésence). N’assumant rien, ni la mélancolie de ces truands vieillissants (on est loin de Touchez pas au Grisbi), ni la fougue rock’n’roll de leurs alter-ego juvéniles, Marchal commet de plus une erreur fatale : privilégier à la sobre prestation de Karyo celle, grandiloquente de virilité constipée, d’un Lanvin en phase de «delonisation» (plus un film où il ne dit pas à un moment qu’il a «des couilles»). Plus ennuyeux qu’

Continuer à lire

Switch

ECRANS | De Frédéric Schoendoerffer (Fr, 1h40) avec Karine Vanasse, Eric Cantona…

François Cau | Jeudi 30 juin 2011

Switch

Frédéric Schoendoerffer n'a honte de rien. Pas de s'acoquiner avec Jean-Christophe Grangé au scénario (encore que), mais de rempiler pour un énième thriller référencé. Très sérieux, comme toujours, l'auteur de Truands convoque du lourd avec Switch, allant chercher Hitchcock (pour le film de machination) et Jason Bourne (pour l'action et la reconquête de l'identité volée). Mais quand Frédo pousse sa caméra dans les escaliers, façon Greengrass, en collant ici au cul de Cantona (pas mauvais), l'image tremble, ça se voit, et c'est tout. Tout le problème du maniériste est là : il imite en vain. Et l'intrigue ? Du Grangé : la vengeance d'un bébé éprouvette qui, élevé par une mère dans l'art contemporain, dégomme ses parents biologiques. Nul. Jérôme Dittmar

Continuer à lire