The Smell of us

ECRANS | De Larry Clark (Fr, 1h28) avec Lucas Ionesco, Diane Rouxel…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

The Smell of us marque un brutal coup d'arrêt dans la carrière cinématographique de Larry Clark, jusqu'ici brillante. Pourtant, il n'y a a priori ici qu'une tentative de transposer ses obsessions dans le Paris d'aujourd'hui : l'adolescence, le skate, le sexe hédoniste et sans tabou… Mais d'un seul coup, tout sonne faux, pompeux et, disons-le mot, malsain. Car Clark, qui jusqu'ici avait réduit les adultes à des figures de parents dépassés ou irresponsables, se pique soudain de mettre en scène sa propre vieillesse et son attirance pour les jeunes gens à travers des séquences d'un voyeurisme embarrassant, où il s'agit avant tout de se rincer l'œil face aux torses imberbes et aux entrejambes de ses ados.

Qu'un des personnages principaux s'adonne à la prostitution pour se payer ses doses de coke l'autorise à filmer des séquences assez abjectes, notamment celle où un vieux pervers lui suce goulûment les orteils. Quoique, tout cela est aussi parfaitement ridicule, les dialogues, partiellement improvisés par les comédiens, ressemblant à une parodie du langage djeun's, et les différents supports (téléphones portables, internet) produisant une bouillie visuelle laide et prétentieuse. La vieillesse est un naufrage, dit-on… C'est bien cela que filme Clark, sa propre décadence, d'homme comme de cinéaste.

Christophe Chabert


The Smell of Us

De Larry Clark (Fr, 1h28) avec Lucas Ionesco, Diane Rouxel...

De Larry Clark (Fr, 1h28) avec Lucas Ionesco, Diane Rouxel...

voir la fiche du film


Paris, Le Trocadéro. Math, Marie, Pacman, JP, Guillaume et Toff se retrouvent tous les jours au Dôme, derrière le Palais de Tokyo. C’est là où ils font du skate, s’amusent et se défoncent, à deux pas du monde confiné des arts qu’ils côtoient sans connaître.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Marche ou crève" : jusqu’au bout des limites

ECRANS | de Margaux Bonhomme (Fr, 1h25) avec Diane Rouxel, Jeanne Cohendy, Cédric Kahn…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Elisa vit avec son père et sa sœur Marion dont le handicap a eu raison du noyau familial : la mère, épuisée de s’en occuper et seule à militer pour un placement en institution, a préféré quitter la maison. Alors Elisa prend le relai de son père, au risque de sacrifier son avenir… La dédicace finale, « à ma sœur », laisse peu de doute sur l’inspiration de la réalisatrice Margaux Bonhomme, et sur la charge personnelle autant qu’affective pesant sur ce film. De fait, Marche ou crève déroule un schéma tristement banal dans la galaxie du handicap : nombreuses sont les familles à connaître une rupture, favorisée par la polarisation extrême suscitée par l’enfant réclamant une attention plus soutenue mais aussi résultant de l’accumulation de stress et de fatigue causée par l’absence de relais par des tiers – on parle là de conséquences privées et intimes d’une politique publique insuffisante. Ici, ni la mère, ni le père, ni la sœur ne veulent être soupçonnés de mal aimer Marion (ce que signifie le recours au placement en institution), et ils s’obstinent dans le dévouement sacerdotal jusqu’à un isolement mortifère. R

Continuer à lire

"Les Garçons sauvages" : fleurs du mâle et fruits de la passion

ECRANS | Arty, élégant (quel splendide noir et blanc) et un peu agaçant, ce premier long-métrage de Bertrand Mandico a tout du manifeste pour un cinéma exacerbant les sens et la pellicule, osant pour ce faire être, parfois, sans tête ni queue.

Vincent Raymond | Jeudi 22 février 2018

De temps en temps, cela ferait plaisir que le public ose se faire une douce violence en se rendant en salle non pour voir un film, mais du cinéma. Ne serait-ce que pour renouer avec l’expérience originelle face à l’écran : l’attente obscure, un peu magique et nimbée d’incertitude ; et puis la liturgie de la projection qui laisse à son issue avec la "sensation physique" d’avoir, à l’instar d’Alice, traversé un miroir. Sans doute y a-t-il plus de confort à préférer la prévisibilité d’un spectacle consensuel ou d’une linéarité narrative. Mais n’est-il pas dommage de se renoncer aux œuvres hors gabarit, et d’en abandonner la jouissance exclusive à quelque ghetto ? Les Garçons sauvages se mérite peut-être un peu, mais tout le monde mérite d’entrer dans son royaume brut. Au départ ils sont cinq jeunes gars, fissapapas la sève aux veines, s’entraînant dans la canaillerie perverse jusqu’au crime barbare. Confiés en pénitence à un rude capitaine, ils embarquent pour une île insolite habitée par une drôle de scientifique… L’île de la tentation d’une “elle” Reprenant l’imaginaire de Jules Verne (et son scientisme halluciné), le merv

Continuer à lire