Every thing will be fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en tournant son film en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

On le croyait engoncé dans sa stature d'icône "has been", contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c'est ce que prouve Every thing will be fine.

Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d'un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen ; l'a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada ; l'a revêtu d'un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l'a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur – il aurait de toute façon du mal puisque l'histoire est du genre intimiste de chez intimiste.

On y suit sur une douzaine d'années les vicissitudes d'un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa compagne (MacAdams). Après une énième dispute, il écrase par accident l'enfant d'une jeune femme secrète (Gainsbourg) vers qui il sera attiré comme un aimant. Le récit avance à coups d'ellipses temporelles où le personnage s'accomplit à travers une série de paradoxes : la tragédie débloque son inspiration et le conduit vers le succès ; il trouve un point d'équilibre sentimental auprès d'une mère divrocée (Croze) mais cette sérénité retrouvée se transforme en engourdissement émotionnel.

En sourdine et en stéréo

On le voit, le scénario ne lésine pas sur la pesanteur psychologique et cette odyssée chuchotée n'est pas exempte de quelques clichés. Par ailleurs, Wenders se montre incapable de figurer le passage du temps autrement que par des méthodes grossières. Cela dit, on est heureux de le voir délaisser ses considérations vaseuses et stériles sur les images et la violence qui ont plombé son œuvre depuis Si loin, si proche en 1993.

C'est bien l'utilisation inédite de la 3D qui permet à Every thing will be fine de passer du banal à l'extraordinaire. Aidé par sa stéréographe Joséphine Dérobe et par le chef opérateur Benoît Debie, Wenders repense en permanence l'appréhension de l'espace par l'image, que ce soit dans des gros plans où les visages surgissent de la pénombre ou dans des travellings qui révèlent lentement l'environnement autour des personnages. Tout ici devient une matière picturale permettant d'être au plus près des êtres et des choses, réinventant ainsi le sens du cadre et des dynamiques narratives. Dans un geste de pionnier, Wenders œuvre discrètement pour le cinéma de demain – pour tous les cinémas de demain.

Every thing will be fine
De Wim Wenders (All-Fr-Can, 1h55) avec James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze…


Every thing will be fine

De Wim Wenders (All-Cda-Nor-Fr-Suè, 1h55) avec James Franco, Charlotte Gainsbourg...

De Wim Wenders (All-Cda-Nor-Fr-Suè, 1h55) avec James Franco, Charlotte Gainsbourg...

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Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l'épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route.


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"Lux Æterna" : demande à la lumière !

Cinema | À la fois “moking of” d’un film qui n’existe pas, reportage sur une mutinerie, bacchanale diabolique au sein du plus déviant des arts, vivisection mutuelle d’egos et trauma physique pour son public, le nouveau Noé repousse les limites du cinéma. Une fois de plus.

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Sur le plateau du film consacré à la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg, en attendant que le tournage reprenne. Le conflit larvé avec son producteur et son chef-opérateur va éclater au grand jour, déclenchant chaos et douleurs… À peine une heure. Aux yeux du CNC (yeux qui cuiront lorsqu’il le visionnera), Lux Æterna, n’est pas un long métrage. La belle affaire ! Depuis presque trente ans qu’il malaxe le temps, l’inverse en spirale involutée, le taillade ou le démultiplie, Gaspar Noé a appris à le dilater pour en faire entrer davantage dans cinquante minutes. Il dote ainsi dès son ouverture Lux Æterna d’extensions cinématographiques, de "ridelles" virtuelles, en piochant dans des œuvres antérieures ici convoquées visuellement pour créer un climat (Häxan de Benjamin Christensen, Jour de colère de Dreyer) ou verbalement par Dalle et Gainsbourg (La So

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"Mon chien Stupide" : chienne de vie !

ECRANS | De et avec Yvan Attal (Fr., 1h45) avec également Charlotte Gainsbourg, Pascale Arbillot, Éric Ruf…

Vincent Raymond | Jeudi 24 octobre 2019

Jadis écrivain prometteur, Henri (Yvan Attal) n’a rien produit de potable depuis des années. La faute en incombe, selon lui, à sa femme et ses enfants qu’il accuse de tous ses maux. Lorsqu’un énorme molosse puant et priapique débarque ex nihilo dans sa vie, il y voit un signe bénéfique du destin. Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui aimerait bien souvent se comporter comme eux. Incorrect au plus haut degré, l’égotique Henri est de cette race d’anars domestiques en ayant soupé des convenances et du masque social ; peu lui chaut de dire ses quatre vérités à son épouse ou à sa progéniture. En cela, il évoque beaucoup le narrateur d'American Beauty (1999) – dont on se demande par ricochet s’il n’a pas été inspiré par le roman posthume de John Fante que Yvan Attal adapte ici. Mais aussi cet autre écrivain obsessionnel et râleur héros de Kennedy et moi (1999), campé par Jean-Pierre Bacri. D’ailleurs, cela peut-être l’enseignement principal de Mon chien stupide, Yv

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"À cause des filles..?" : les surprises de l'amour de Pascal Thomas

ECRANS | À la fois désuète et très contemporaine, cette imbrication de sketches parlant de l’éternel jeu de chat et chien que se jouent femmes et hommes signe le retour de Pascal Thomas dans son genre de prédilection : la comédie de mœurs chorale. Sous le satin, le papier de verre…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Sortant de l’église où elle vient de convoler, une mariée voit avec stupeur son époux s’enfuir avec une autre femme. Lors de la noce qui s’ensuit, invités et témoins de ce coup de théâtre rivalisent d’anecdotes illustrant l’insondable versatilité de la vie conjugale… Les plus vénérables se souviendront du film de Clément Duhour La Vie à deux (1958), florilège d’histoires de couples glanées dans les œuvres de Guitry dessinant une mosaïque du tandem conjugal à l’époque du vieux maître. Le réalisateur Pascal Thomas nous offre une réactualisation de ce portrait de plus en plus abstrait, de sa touche alerte et fantaisiste. Défauts inclus : on ne le reprendra plus sur ses post-synchro hasardeuses qui, avec le temps, confinent à la marque de fabrique autant que ses distributions d’habitués (Christian Morin, Bernard Ménez, Victoria Lafaury) ou ses aphorismes. Celles qui nous ont bien eus Parmi cette collection de sketches, certains semblent adaptés de ces histoires insolites (et pourtant authentiques) jadis racontées par Pierre Bellemare – telle celle du chauffeur de taxi père

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"Rest" : Charlotte Gainsbourg for ever

Concert | Il y a un an, Charlotte Gainsbourg a sorti "Rest", cinquième album dans lequel la chanteuse et actrice se livre comme jamais – sur son père Serge Gainsbourg, sur sa demi-sœur décédée, sur sa vie… Alors qu’elle sera en concert dimanche 2 décembre à la MC2, on remonte le fil d’une histoire musicale contrastée qui a pourtant permis d’aboutir à ce petit bijou.

Aurélien Martinez | Lundi 26 novembre 2018

Des morceaux en français : pour une artiste française (enfin, franco-britannique), cela semble presque évident (même si pas mal de musicien hexagonaux préfèrent uniquement s’exprimer en anglais, souvent par paresse) ; pour Charlotte Gainsbourg, c’est une petite révolution. Ou plutôt une affirmation : oui, c’est moi Charlotte Gainsbourg, fille du mythique Serge Gainsbourg (l’un des plus grands paroliers du siècle dernier) et de son interprète phare Jane Birkin, et voilà, je me confronte enfin à ce français si redouté ; faites en ce que vous voulez. Un parti pris qui tranche avec ses précédents albums qui, eux, évitaient soigneusement, à des rares exceptions près, de se rendre sur ce terrain miné obligeant forcément la comparaison, à l’image de son 5:55 sorti en 2006, pile 20 ans après son fameux Charlotte for ever composé par son père. Aux commandes de ce grand retour sur la scène musicale (après, notamment, quelques timides tentatives, dont un duo avec Étienne Daho), les Français de Air, en collaboration avec Nigel Godrich à la production (on

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"Le Pape François - Un homme de parole" : Wim Wenders béni-oui-oui

ECRANS | de Wim Wenders (It-Sui-Fr-All, 1h36) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Séduit par la profession de foi de Jorge Mario Bergoglio lors de son élection en tant que pape François, le cinéaste Wim Wenders le suit et recueille son message… Étrangement en résonance et en discordance avec l’actualité, ce documentaire livre un portrait chaleureux d’un prélat humaniste, donnant quitus des premières années de son pontificat : les actes accomplis sont conformes aux paroles énoncées et la démarche de réforme (si l’on ose dire) de l’Église semble engagée. Le parallèle entre Bergoglio et François d’Assise apparaît limpide, les propos du pape sans ambiguïté… même si l’on décèle quelques trucs rhétoriques de jésuite bien pratiques pour éviter de donner une réponse personnelle, claire et tranchée à une réponse complexe : les « qui suis-je pour juger ? » volent en escadrille. Bref, le portrait est d’une blancheur aveuglante. Wenders aurait-il omis que tout procès en canonisation voit s’opposer un défenseur de la cause du "prévenu" à l’avocat du diable ? Car si François, avec sa bonne tête entre Jason Robards et Jonathan Pryce, semble remplir toutes les cases sur la dénonciation de l’avidité des super-riches, du sor

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Charlotte Gainsbourg sera à la MC2 en décembre

Annonce | Son album Rest, paru l’an passé, est une pure merveille (clivante, certes !) dans laquelle la chanteuse et actrice se livre comme jamais. Bonne (...)

La rédaction | Mercredi 29 août 2018

Charlotte Gainsbourg sera à la MC2 en décembre

Son album Rest, paru l’an passé, est une pure merveille (clivante, certes !) dans laquelle la chanteuse et actrice se livre comme jamais. Bonne nouvelle : elle viendra le défendre à Grenoble, à la MC2, le dimanche 2 décembre à 19h30. Les places sont déjà en vente. Plus d’infos sur ce concert, et plus largement sur tous les concerts de la saison, dans notre panorama de rentrée culturelle prévu le mercredi 19 septembre.

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"The Disaster Artist" : le fort minable James Franco

ECRANS | de et avec James Franco (ÉU, 1h44) avec également Dave Franco, Seth Rogen…

Vincent Raymond | Lundi 5 mars 2018

Narré du point de vue de Greg Sestero, apprenti acteur fasciné par l’excentrique Tommy Wiseau, son condisciple en cours de théâtre, The Disaster Artist raconte comment ce dernier écrivit, produisit et dirigea The Room (2003), un drame si mauvais qu’il fut sacré nanar culte. Hollywood suit à sa façon le dicton "léché, lâché, lynché" : à l’envers. En clair, une personnalité qui se ridiculise ou déchaîne la vindicte populaire devient, après une nécessaire phase de purgatoire, le substrat idéal pour un film – l’alchimie des studios transformant le vil plomb du réel en or au box-office. Souvent réservés aux politiques (Nixon, Bush), récemment à la patineuse Tonya Harding, ces biopics volontiers endogènes puisent ainsi dans la masse insondable des casseroles californiennes. On se souvient que Ed Wood (1994) avait permis à Burton non seulement payer un tribut sincère au roi de la série Z, mais de participer à sa postérité. The Disaster Artist ne pe

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Pierre Niney : « Le film n’est pas un biopic sur Romain Gary »

ECRANS | Dans "La Promesse de l'aube", Pierre Niney enfile un nouveau costume prestigieux : celui d’un auteur ayant au moins autant vécu d’existences dans la vraie vie que dans ses romans, Romain Gary. Rencontre avec un interprète admiratif de son personnage.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Pierre Niney : « Le film n’est pas un biopic sur Romain Gary »

Comment êtes-vous passé du statut de lecteur de Romain Gary – et de connaisseur selon votre metteur en scène – à celui d’interprète de son personnage ? Pierre Niney : Éric Barbier dit que je connais très bien Romain Gary, mais ce n’est pas vrai (sourires) ! Je connaissais La Promesse de l’aube que j’adorais, mais peu Gary. Il m’a parlé de son film, qui est une adaptation d’une adaptation de certains épisodes de la vie de Gary, et notamment de ce lien complètement fou, démesuré, toxique et inspirant avec sa mère. On a pris la liberté de s’écarter d’une réalité factuelle de la vie de Gary. Ce n’est donc pas un biopic, car ce n’était pas l’intention du livre : un autobiographe a rarement l’intention de dire la stricte vérité ; surtout pas Gary, dans aucun de ses livres. Le fils de Romain Gary, Diego, avait fait la remarque : « ma grand-mère s’appelait Mina et pas Nina ». Cette distance-là est importante. Je joue donc un "personnage", à qui il arrive des choses extraordinaires qui sont réellement arrivées à Gary dans beaucoup de moments de son livre. Les chose

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"La Promesse de l'aube" : Romain Gary en grand format

ECRANS | Le réalisateur français Éric Barbier a adapté le fameux roman du tout aussi fameux Romain Gary. Une réussite portée par le tandem Pierre Niney - Charlotte Gainsbourg dans le rôle du fils et de la mère.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Mexique, fin des années 1950. S’isolant de la fièvre de la Fête des morts, le diplomate et écrivain Romain Gary entreprend, la quarantaine révolue, de raconter dans un livre ce qui l’a conduit à mener toutes ses vies : une promesse faite à la femme de sa vie, sa mère… Le roman de Romain Gary se prête merveilleusement à l’adaptation (donc aux nécessaires trahisons) dans la mesure où l’auteur était le premier à enjoliver des faits trop plats afin de gagner en efficacité romanesque – il pratiquait le "mentir-vrai" d’Aragon à un niveau d’expert. Ce préalable étant connu, on peut considérer qu’une transposition prenant quelques libertés avec le texte-source à des fins narratives ou esthétiques fait preuve de la plus respectueuse des fidélités à l’égard de l’esprit du romancier. Telle cette version signée Éric Barbier, d’une ressemblante dissemblance. La mère de toutes les batailles Le cinéaste y déploie ses qualités que sont l’ambition et la sincérité, indispensables atouts pour marier l’épique, le picaresque, l’académisme et le cocasse autour de cette drôle de fresque où la mère devient un personnage sous la plume d’un fils qu’elle a

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"Les fantômes d'Ismaël" : un Desplechin vertigineusement délicieux

ECRANS | Avec ce nouveau film présenté en ouverture, hors compétition, au festival de Cannes, Arnaud Desplechin entraîne ses personnages dans un enchâssement de récits, les menant de l’ombre à la lumière, de l’égoïsme à la générosité. Un thriller romanesque scandé de burlesque, entre John Le Carré, Ingmar Bergman, Woody Allen et Alfred Hitchcock.

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Revoici Arnaud Desplechin en sa pépinière cannoise, là où il a éclos et grandi. Qu’il figure ou non en compétition importe peu désormais : les jurys l'ont, avec une constance confinant au gag, toujours ignoré. De par sa distribution glamour internationale, Les Fantômes d’Ismaël convient ainsi à merveille pour assouvir l’avidité multimédiatique d’une ouverture de festival. Il allie en sus les vertus quintessentielles d’un film d’auteur – d’un grand auteur et d’un grand film. Ismaël (Mathieu Amalric) en est le héros paradoxal : inventeur d’histoires, ce cinéaste se trouve incapable de tourner après que Carlotta (Marion Cotillard), son épouse disparue depuis 20 ans, a refait surface dans sa vie. Plus fort que ses fictions, ce soudain coup de théâtre a en outre provoqué le départ de sa compagne Sylvia (Charlotte Gainsbourg)… Du grand spectral Si Desplechin exprime ici un désir frénétique de romanesque, il montre que l'imprévisibilité de l'existence surpasse par son imagination la plus féconde des machines à créer... dans le temps qu'il démultiplie le

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Au nom de ma fille

ECRANS | de Vincent Garenq (Fr., 1h27) avec Daniel Auteuil, Sebastian Koch, Marie-Josée Croze…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Au nom de ma fille

À l’époque de Présumé coupable (2011), Vincent Garenq confessait avec l’aplomb d’un Cahuzac moyen ne pas connaître le cinéma d’André Cayatte, auquel son deuxième film (consacré à l’affaire d’Outreau) revoyait immanquablement. Depuis, soit il a rattrapé un manque et succombé au charme suranné du spécialiste français des films “accusé-seul-contre-tous-levez-vous” avec questions de société intégrées, soit il a enfin décidé d’assumer l’héritage de son devancier. Ce qui implique de se ruer sur tous les faits divers montrant un innocent malmené par la Justice : ils sont susceptibles de se transmuter en scénario à procès ! Après Denis Robert et Clearstream pour L’Enquête (2015), place au combat d’André Bamberski, l’opiniâtre père qui lutta contre les chancelleries pour que l’assassin présumé de sa fille soit poursuivi, extradé, jugé et condamné en France pendant près de 30 ans, et dut pour cela commanditer l’enlèv

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Carte blanche pour salle obscure

ECRANS | Pensées par le journaliste de France Bleu Manuel Houssais et la boss du cinéma La Nef Monique Adira, les soirées "Un fauteuil pour deux" convient une personnalité iséroise à partager avec le public son amour pour un film. C’est le maire de Grenoble Éric Piolle qui inaugure ce mercredi ce nouveau rendez-vous mensuel avec "Les Ailes du désir" de Wim Wenders.

Vincent Raymond | Lundi 28 septembre 2015

Carte blanche pour salle obscure

Malraux avait esquissé l’idée d’un Musée imaginaire, Truffaut écrit sur « les films de [sa] vie »… Toutes les œuvres sont constitutives de notre identité ; et notre penchant naturel nous pousse à les partager afin de propager les émotions si vives qu’elles ont suscitées en nous. De par son dispositif (une forme de liturgie profane), le 7e art rend cette transmission à la fois aisée et conviviale ; ce que les soirées Un fauteuil pour deux vont s’employer à prouver à la Nef grâce au journaliste Manuel Houssais qui les organise. Totalement déconnectées de l’actualité cinématographique, elles proposent à une sommité locale, quelle que soit son origine professionnelle (politique, artistique, sportive, économique…), de venir présenter un film figurant dans son panthéon personnel. Pour expliquer le lien affectif – pour ne pas dire intime – la rattachant à cette œuvre, mais aussi échanger très librement avec la salle, en dehors des cadres conventionnels. Cet exercice réclame la pleine contribution de l’intervenant, qui non seulement accepte de dévoiler un peu son jardin secret, mais revendique in fine son choix programmatique, don

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Un Moi(s) de cinéma #5

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose en vidéo ses coups de cœur cinéma des semaines à venir

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Un Moi(s) de cinéma #5

Au sommaire de ce cinquième numéro : • Shaun le mouton de Nick Park • Lost River de Ryan Gosling • Taxi Téhéran de Jafar Panahi • Every Thing Will Be Fine de Wim Wenders

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Le Sel de la terre

ECRANS | Avec ce portrait de la vie et de l’œuvre du photographe brésilien Sebastião Salgado, Wim Wenders signe un documentaire-musée soigné, passionnant dans son propos mais plutôt rigide dans sa forme, pétrifiée par les conventions du bon goût culturel.

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Le Sel de la terre

Alors que sa carrière de cinéaste de fiction périclitait à vitesse grand V, Wim Wenders a toujours su maintenir la flamme de son œuvre grâce à ses documentaires : Buena Vista Social Club, Pina et aujourd’hui ce Sel de la terre consacré au photographe Sebastião Salgado prouvent que Wenders a encore une réelle envie de cinéma, ou plutôt une envie de réel au cinéma. N’hésitant pas à se mettre en scène face à celui dont il tire le portrait, racontant son choc esthétique lorsqu’il a vu pour la première fois un cliché de Salgado, il mène donc un entretien au long cours où le photographe, en gros plan, en noir et blanc et sur un fond invisible, raconte son parcours artistique, indiscernable de son expérience humaine. Car Salgado a parcouru le monde pour y photographier les famines, les guerres, la misère sociale… Le film s’ouvre sur les images saisissantes de milliers de mineurs brésiliens descendant dans un immense puits à ciel ouvert pour en ramener de l’or. Cet environnement dénaturé par la nécessité de survi

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Samba

ECRANS | Retour de Nakache et Toledano, duo gagnant d’"Intouchables", avec une comédie romantique sur les sans-papiers. Où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans-papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situ

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3 Cœurs

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h46) avec Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un « thriller sentimental » ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train (Pœlvoorde) et une fille qui erre dans les rues (Gainsbourg). Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin pour le rendez-vous, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental – confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique – où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit (que ce soit les séquences à la di

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Palo Alto

ECRANS | Dans la famille Coppola, je demande la petite-fille, Gia, qui s’inscrit dans la lignée de Sofia en regardant l’ennui d’une poignée d’adolescents californiens friqués et à la dérive. Ça pourrait être agaçant, c’est étrangement séduisant et troublant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 juin 2014

Palo Alto

Peut-on imaginer projet plus hype que ce premier film de Gia Coppola, petite-fille de Francis et nièce de Sofia et Roman, adapté des nouvelles autobiographiques écrites par James Franco, ici en professeur d’éducation physique qui prend son métier au pied de la lettre, au lycée comme en dehors ? Palo Alto traîne ce côté branché et chic jusque dans la matière de ses images, nimbées d’une légère brume à la mélancolie très arty (le chef opérateur s’appelle Autumn Duram et ça mériterait d’appeler Jacques Lacan), ne lésinant ni sur les ralentis, ni sur la pop et l’électro ambiant. Gia reconduit ainsi en mode mineur le grand thème de Sofia : le spleen adolescent né d’une rumination existentielle teintée d’ennui. On ne sait pas pourquoi April et Teddy, pourtant attirés l’un vers l’autre, se ratent et préfèrent se perdre dans des aventures sans issue, l’une avec son prof de sport donc, l’autre avec l’alcool et la drogue. Il y a bien chez April une famille manifestement à l’ouest (notamment un beau-père vraiment largué, incarné par un Val Kilmer poursuivant le numéro d’autodérision entamé dans

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Son épouse

ECRANS | De Michel Spinosa (Fr, 1h47) avec Yvan Attal, Janagi, Charlotte Gainsbourg…

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Son épouse

Curieux film, aussi téméraire que raté, Son épouse tranche avec l’ordinaire du cinéma français. Cela tient autant à son sujet aux accents fantastiques qu’au dépaysement de l’action, démarrée dans la grisaille d’une campagne française avant de s’expatrier vers une Inde inédite, celle des asiles où sont enfermées des femmes "possédées". C’est Joseph (un Attal fantomatique) qui effectue le voyage, sur les traces de sa défunte épouse Catherine (une Gainsbourg fantôme), ex-junkie disparue dans des conditions troubles du côté de Madras. Une jeune Tamoule, Gracie, prétend être habitée par son esprit, ébranlant le cartésianisme de Joseph. Comme Corneau dans Nocturne indien il y a vingt-cinq ans, ce choc des cultures et des croyances se traduit dans la mise en scène de Michel Spinosa (auteur du très bon Anna M.) par une certaine langueur hébétée, le rythme du film se calquant sur celui de son protagoniste, errant dans un monde dont il ne comprend ni la langue, ni les traditions, ni les valeurs. Belle idée, que le film saborde par sa construction dramatique en flashbacks, ramenant à intervalles réguliers l’action vers un laborieux psychodrame conjugal do

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Jacky au royaume des filles

ECRANS | Après "Les Beaux gosses", Riad Sattouf monte d’un cran son ambition de cinéaste avec cette comédie sophistiquée, aussi hilarante que gonflée, où il invente une dictature militaire féminine qu’il rend crédible par des moments de mise en scène très inspirés… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

Jacky au royaume des filles

Il était une fois la République Démocratique de Bubune, où les femmes ont le pouvoir qu’elles exercent par la force, où les hommes sont réduits à porter une proto-Burka (la « voilerie »), où les pauvres mangent une bouillie immonde plutôt que des « plantins »… L’autarcie de cette dictature militaire et féminine est aussi un principe de mise en scène pour Riad Sattouf : pas de contrechamp sur l’extérieur (simplement appelé « l’étranger »), mais une immersion dans ce monde créé de toutes pièces, où l’on s’amusera à pister les éléments prélevés dans des pays existants. Il y a donc un peu de Corée du Nord, d’Iran façon Ahmadinejad et de Russie poutinienne, ou encore d’Inde à travers les castes et les vaches sacrées ici transformées en « chevallins ». L’environnement de cette comédie hallucinante et hallucinée est tenu d’un bout à l’autre avec sa calligraphie, son histoire, son langage, et il n’y a qu’à y propulser un héros sans qualité, Jacky (Vincent Lacoste, le Bernard Menez des années 2000), qui se masturbe en pensant à la Colonelle promise à prendre le pouvoir (Charlotte Gainsbourg, aussi géniale et troublante ici que chez von Trier),

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, prônant d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissés sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que Seligman va rectifier en gr

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane – dont voici les cinq premiers –, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe – Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin – dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman – Stellan Skarsgard – qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. « Ça va être une longue histoire » dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une « nymphomane »… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices (ralentis, split screen, retours en arrière) et changeant sans cesse de formats (pellic

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As I lay dying

ECRANS | De et avec James Franco (ÉU, 1h49) avec Tim Blake Nelson, Danny MacBride…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

As I lay dying

Qui est James Franco ? Un dandy ? Un intellectuel ? Un phénomène branchouille ? Ainsi, la même semaine, il s’affiche devant la caméra déconnante de son pote Seth Rogen dans C’est la fin et fait ses débuts en tant que réalisateur. Enfin, ses débuts, pas vraiment, car si As I lay dying est son premier film à connaître une distribution sur les écrans français, il en a déjà tourné une quinzaine d’autres à un rythme fassbinderien, courts, moyens et longs, tous restés confidentiels. Cette adaptation de Tandis que j’agonise de Faulkner est en soi une énigme : s’agit-il d’une œuvre culottée, portée par un vrai regard de cinéaste, cherchant l’expérimentation plutôt que le conformisme, ou est-ce seulement le caprice arty d’un comédien à la mode qui se fait mousser en transposant à l’écran ses bouquins de chevet  – aujourd’hui Faulkner, demain Cormac MacCarthy ? La première partie, où Franco utilise avec une certaine audace le split screen pour retranscrire à la fois les actions et les monologues intérieurs des personnages, le tout dans une reconstitution minimale mais crédible, est assez fascinante, fidèle à la lettre du livre et à sa v

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Le Monde fantastique d’Oz

ECRANS | La rencontre entre Disney et Sam Raimi autour d’une ingénieuse genèse au "Magicien d’Oz" débouche sur un film schizo, où la déclaration d’amour au cinéma du metteur en scène doit cohabiter avec un discours de croisade post-Narnia. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 mars 2013

Le Monde fantastique d’Oz

En écrivant la semaine dernière que Spring Breakers était une variation autour du Magicien d’Oz où James Franco serait une version gangsta dudit magicien, on ne savait pas encore que celui-ci l’incarnait pour de bon dans cette version signée Sam Raimi. Il faut dire que le titre français est trompeur : il laisse entendre que l’on est face à un remake du classique de Victor Fleming, alors qu’il en écrit en fait la genèse. Il s’agit donc de raconter comment un prestidigitateur minable et très porté sur la gent féminine, qui se rêve en Thomas Edison mais se contente de tours à deux sous dans une roulotte du Kansas, va passer de l’autre côté de l’arc-en-ciel et découvrir le monde d’Oz, ses vilaines sorcières et son chemin de briques jaunes. Sam Raimi rend avant tout un hommage esthétique à l’original : il débute par trente minutes en noir et blanc, son mono et format carré, avant de laisser exploser couleurs, effets sonores et 3D débridée. Il y a là une jolie déclaration d’amour au cinéma comme illusion permanente et nécessaire, un peu à la

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Spring breakers

ECRANS | On le croyait égaré dans les paradis artificiels, mais Harmony Korine était en train de les filmer : avec "Spring Breakers", il envoie quatre bimbos vivre le « rêve américain » en Floride, pour un aller sans retour où expérimentations furieuses, visions élégiaques et distance ironique composent une sorte de "Magicien d’Oz" à l’ère du dubstep et de l’ecstasy. Une claque ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 28 février 2013

Spring breakers

« Spring break, bitches ! » : c’est le slogan lancé sur une plage à l’attention de centaines d’étudiants américains ivres de bière et avides de sexe, en maillots de bain ou topless, saisis sur fond de dubstep dans un ralenti qui vient souligner les défauts de leurs corps pas si parfaits. Ici, de la cellulite sur les fesses et les cuisses ; là, une trop visible marque de bronzage une fois le bikini tombé. « Spring break, bitches ! » : c’est aussi un mot de passe qui ouvre sur une autre planète, soudain libérée de cette gravité qui pèse sur l’adolescence. Les parents, les cours, la morale, les interdits, tout cela disparaît quand ce nouveau magicien d’Oz qu’est le rappeur-gangsta James Franco, qui se fait appeler Alien, prononce la formule magique. Le magicien des doses L’apesanteur, Harmony Korine en fait le motif principal de sa mise en scène. Spring breakers se maintient une heure trente durant dans un flottement permanent, le cinéaste prélevant de brefs instants à l’intérieur des scènes pour construire une temporalité irréelle où le passé, le présent et le futur se télescopent sans cesse. L’expérience, hautement narcotique, provoque

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Confession d’un enfant du siècle

ECRANS | De Sylvie Verheide (Fr-All-Ang, 2h) avec Peter Doherty, Charlotte Gainsbourg…

Aurélien Martinez | Mardi 28 août 2012

Confession d’un enfant du siècle

On voit bien quelle idée a conduit à la réalisation de cet aberrant Confession d’un enfant du siècle : et si Peter Doherty était la version XXIe siècle des dandys décadents du XIXe décrits par Alfred De Musset ? Certes, mais confier au rockeur bedonnant le soin de porter un film entier sur ses épaules à partir de cette seule métaphore était un sacré pari, absolument perdu à l’arrivée. Inexpressif à l’écran, il faut en passer par sa récitation du texte en voix-off pour faire exister les émotions du personnage. C’est laborieux et lassant, mais la mise en scène de Sylvie Verheide n’est pas plus inspirée : hésitant entre créer une atmosphère narcotique au prix de nombreux anachronismes ou se replier sur l’académisme de la reconstitution en costumes, elle navigue à vue en tentant de dynamiser le peu d’événements qui se produisent deux heures durant. Face à cette longue et ennuyeuse adaptation, on repense à L’Apollonide de Bonello qui avait des défauts, certes, mais était porté par un incontestable projet de cinéma. Christophe Chabert

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Le mystère Gainsbourg

MUSIQUES | De quoi Charlotte Gainsbourg est-elle le nom ? De la fille de son père ? D’une comédienne à l’aura subtile ? D’une chanteuse discrète ? À l’occasion de son concert à la MC2 avec Connan Mockasin, on s’intéresse plus longuement à cette artiste difficilement cernable mais non moins captivante. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 21 mai 2012

Le mystère Gainsbourg

Dans la grande famille des artistes français, il y a la frange des jeunes filles touche-à-tout nées sous les projecteurs, et qui continuent avec discrétion une carrière soigneusement construite. Vanessa Paradis en est un parfait exemple, elle qui fut violemment propulsée sur le devant de la scène en 1987 avec son tube Joe le taxi, négociant ensuite son virage musical au fil des rencontres (Serge Gainsbourg, Lenny Kravitz ou encore -M-), tout en ajoutant une corde à son arc en s’attelant dès 1989 au cinéma sous la caméra de Jean-Claude Brisseau – le dérangeant Noces blanches. Charlotte Gainsbourg en est un autre exemple. La fille du couple star Serge Gainsbourg et Jane Birkin fut ainsi rapidement poussée devant la caméra par sa mère. Bingo : un premier rôle à treize ans (dans Paroles et musique d’Élie Chouraqui), un César du meilleur espoir féminin à quatorze grâce à L’Effrontée de Claude Miller, et – grand saut dans le temps – un prix d’interprétation à Cannes en 2009 pour Antichrist de Lars von Trier. Entre toutes ces années, sa carrière a connu différentes phases : grosse baisse de régime pendant la décennie 90, retour sur le devant

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Charlotte Gainsbourg en concert à la MC2 le 30 mai

MUSIQUES | Celle qui se sent « autant chanteuse qu’actrice » sera en concert mercredi 30 mai à la MC2, pour défendre Stage Whisper : un quatrième album sorti en décembre (...)

Aurélien Martinez | Lundi 19 mars 2012

Charlotte Gainsbourg en concert à la MC2 le 30 mai

Celle qui se sent « autant chanteuse qu’actrice » sera en concert mercredi 30 mai à la MC2, pour défendre Stage Whisper : un quatrième album sorti en décembre et regroupant des versions live des titres de ses deux derniers albums, ainsi que des exclusivités écrites par Charlie Fink de Noah & The Whale, Villagers et Beck. Sur scène, elle sera accompagnée de Connan Hosford, du groupe néo-zélandais Connan Mockasin.

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Votre majesté

ECRANS | De David Gordon Green (EU, 1h42) avec Danny McBride, James Franco…

François Cau | Mercredi 31 août 2011

Votre majesté

La fine équipe de Délire Express remet le couvert dans ce film ouvertement régressif, entièrement dicté par l’envie juvénile de s’embarquer dans une aventure chevaleresque gorgée de bestioles magiques crapuleuses, de décolletés plongeants, et d’humour en dessous de la ceinture. Votre majesté a beau bénéficier de la compétence de David Gordon Green à la mise en scène et de l’abattage de Danny McBride, cette sympathique pantalonnade accuse de fâcheux problèmes de rythme, ce qu’on aurait à la limite pu lui pardonner si sa valeur comique avait été à la hauteur de ses ambitions – malheureusement, c’est très loin d’être le cas. Dans le même registre de loser imbécilement arrogant, McBride a déjà tout donné dans l’hallucinante série Eastbound & Down, et le caractère franchement anodin de la filmo récente de Gordon Green nous fait toujours regretter le cinéaste brillant de L’Autre rive. Après, si vous êtes disposés à payer 10 euros pour voir un abruti parader avec une bite de minotaure autour du cou, on ne va pas vous en empêcher. FC

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Melancholia

ECRANS | Versant apaisé du diptyque qu’il forme avec le torturé Antichrist, Melancholia poursuit le travail psychanalytique mené par Lars Von Trier sur la dépression et le chaos, et prouve que ses concepts ne tiennent plus vraiment leurs promesses. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 6 juillet 2011

Melancholia

Il est risqué de débuter un film par sa bande-annonce, l’exposé visuel d’un programme que les 120 minutes suivantes développeront à l’écran. D’autant plus risqué si ce film dans le film est d’une splendeur époustouflante, si chaque image y imprime durablement la rétine. Lars Von Trier avait déjà ouvert son précédent Antichrist, jumeau noir de ce Melancholia apaisé, par une séquence du même ordre, mais elle n’était qu’un prologue, lançant plus qu’elle ne l’anticipait le récit à venir. Dans Melancholia, tout est dit avec ces dix minutes sublimes : l’imminence de la fin du monde, qui se matérialise aussi bien par des visions cosmiques que par des focus sur une mariée flottant au-dessus d’un marais de nénuphars, connectée par des éclairs à d’autres planètes, s’arrachant à des racines qui la retiennent au sol… Après un si beau morceau de bravoure, l’excitation est de mise, mais Von Trier va vite doucher le spectateur : de tous ces tableaux fulgurants, il faut trier ce qui relève de la métaphore et ce que le cinéaste traitera dans sa littéralité. La mariée était en flammes Justine (Kirsten Dunst, pas mal) vient de se marier

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Pina

ECRANS | De Wim Wenders (All-Fr, 1h43) documentaire

François Cau | Vendredi 1 avril 2011

Pina

Trois enjeux soutiennent l’édifice de ce documentaire hommage à Pina Bausch signé Wim Wenders : la recréation sur l’écran de ses chorégraphies les plus célèbres ; une évocation par ses danseurs de son travail et de sa personnalité ; et un défi cinématographique lié à l’utilisation de la 3D. Le cinéaste relève tous ces challenges et signe son plus beau film depuis… Buena Vista Social Club. Comme si son impuissance à être lui-même un artiste (sa dernière fiction n’est même pas sortie en France) lui donnait une gnaque supplémentaire pour magnifier le talent des autres. De fait, le dialogue entre l’œuvre de Bausch et le travail de Wenders est époustouflant à l’écran : non seulement il restitue la beauté singulière, la grâce mais aussi l’humour de ses chorégraphies (dont le fameux Café Müller n’est que la partie immergée de l’iceberg), mais en alternant séquences filmées sur scène et recréation in situ, Wenders leur donne une apesanteur supplémentaire. La 3D n’y est pas pour rien : si elle réduit comme souvent les «acteurs» à des figurines découpées, elle crée aussi un jeu sidérant entre l’humain et le décor, entre le premier et l’arrière-plan, entre le corps et les éléments. On regrett

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