« Jérôme Kerviel est la personne la plus fiable que je connaisse »

ECRANS | Après le Pape, Jérôme Kerviel a trouvé en Christophe Barratier un nouveau témoin de moralité de poids. Rencontre avec le cinéaste de "L'Outsider", en salle ce mercredi 22 juin.

Vincent Raymond | Lundi 20 juin 2016

Pourquoi ce titre L'Outsider ?

Christophe Barratier : Quelqu'un m'a dit un jour : « Jérôme Kerviel n'était pas fait pour être trader, il est arrivé comme un outsider ». Quand ce jeune homme de Pont-l'Abbé est arrivé sur le desk, personne ne soupçonnait que deux ans plus tard il gagnerait 200 fois plus que les autres, et serait huit ans plus tard l'auteur du plus grand scandale financier de tous les temps.

Après l'avoir rencontré, quelque chose ne collait pas dans cette histoire. C'est la personne la plus fiable que je connaisse : je n'hésiterais pas à lui confier les clés de mes maisons, la garde de ma fille, ce que vous voulez… Comment se fait-il que ce type-là, pour moi l'un des plus honnêtes, soit connu comme le plus grand fraudeur de tous les temps ? La version de la Société générale du "loup solitaire terroriste" ne résiste pas à l'épreuve des faits quand on fait 8 jours d'enquête.

N'est-ce pas aussi vous L'Outsider, dans la mesure où vous sortez ici de votre "zone de confort" ?

Si vous le dites, je ne le refuse pas… Mais je ne me suis jamais dit à un moment « je vais montrer que je sais faire autre chose ». L'époque durant laquelle se déroule le film n'a pas grande importance, il n'y a que le sujet qui m'intéresse : si je n'étais pas tombé sur Kerviel, je ne l'aurais pas fait. Mais j'ai été obsédé par l'histoire pendant 3 ans, comme pour Les Choristes.

D'ailleurs, même si cela se passe dans un autre milieu, la thématique n'est pas si différente : on suit un homme qui, a priori, ne ressemble pas au moule dans lequel il entre et qui est victime de son succès…

Pourquoi avoir enlevé le portrait du vrai Kerviel figurant dans la première version du film, en fin de générique ?

Sachant que des échéances judiciaires arrivaient, je ne voulais pas prêter le flanc à un président qui lui aurait reproché de faire du cinéma – déjà que son bouquin avait été mal vu par l'institution judiciaire… Là, on est trop dans l'actualité. Mais sa photo sera dans l'édition DVD, parce que dans 20 ans, les spectateurs ne le reconnaîtront plus. Comme à la fin d'Argo.

Vous avez dû vous obstiner pour monter ce film…

Plus on en parlait, plus les interlocuteurs se barraient. Ils se disaient c'est un film sur la finance, et je m'enrouais à leur expliquer que c'était sur un homme dans le cadre de la finance. Comme sur dix projets de films, neuf se plantent, c'est très facile de dire qu'on n'y croit pas et d'avoir raison.

Curieusement, on a eu une offre pour aller tourner au Luxembourg, parce qu'on défiscalise là-bas. Mais je le sentais moyen : si on m'avait posé la question : « vous dénoncez un peu le système financier tout en étant produit en partie par un pays qui est le roi de l'évasion fiscale », j'aurais eu du mal à répondre…


L'outsider

De Christophe Barratier (Fr, 1h57) avec Arthur Dupont, François-Xavier Demaison...

De Christophe Barratier (Fr, 1h57) avec Arthur Dupont, François-Xavier Demaison...

voir la fiche du film


On connaît tous Jérôme Kerviel, le trader passé du jour au lendemain de l’anonymat au patronyme le plus consulté sur les moteurs de recherche du net en 2008… l’opérateur de marchés de 31 ans dont les prises de risque auraient pu faire basculer la Société Générale voire même le système financier mondial… l’homme condamné deux ans plus tard à cinq ans de prison dont trois ferme et aux plus lourds dommages-intérêts jamais vus pour un particulier: 4, 9 milliards d’euros.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"L'Outsider" : Jérôme Kerviel sur grand écran

ECRANS | Christophe Barratier, réalisateur notamment des "Choristes", remise patine et chansonnette pour prendre le parti de Jérôme Kerviel face à la loi des marchés. Il réalise une jolie plus-value au passage : grâce à ce film maîtrisé, la séance se clôt par une forte hausse de la valeur de son cinéma.

Vincent Raymond | Lundi 20 juin 2016

Qu’il semble loin le temps des Choristes, de Faubourg 36 ou de La Nouvelle Guerre des boutons ; cette époque laissant croire que Christophe Barratier préférait idéaliser un passé de carton-pâte, baigné d’insouciance nostalgique, comme s’il fuyait toute représentation du présent. Pour son premier film réellement contemporain, le cinéaste se paie le luxe de traiter frontalement un sujet en or que beaucoup de ses confrères français auraient sans doute évacué comme le mistigri : "l’affaire Kerviel". Frontalement, c’est-à-dire sans recourir à ce faux-nez habituel qu’est "l’évocation de faits réels" – une touchante pudeur visant à se prémunir d’éventuelles poursuites. Ici, tout étant avéré, Barratier cite nommément et sans barguigner les protagonistes et les raisons sociales impliquées dans la crise de la Société générale en 2008 – on se croirait dans un film américain ! Défi d’initier L’Outsider raconte la bourse, la mécanique

Continuer à lire

La Nouvelle guerre des boutons

ECRANS | De Christophe Barratier (Fr, 1h40) avec Guillaume Canet, Laetitia Casta, Kad Merad…

Christophe Chabert | Lundi 19 septembre 2011

La Nouvelle guerre des boutons

Comme prévu, cette deuxième Guerre des boutons est plus présentable que celle de Yann Samuell. Barratier a soigné la manufacture du film, et supplante son challenger sur tous les paramètres (scénario, direction d’acteurs, réalisation, photo). Ceci étant, cette version «propre» verse aussi dans ce qui était l’écueil attendu de cette vague boutonneuse : son côté chromo de la France villageoise, muséifiée malgré la tentative d’y incorporer la noirceur d’une époque pas vraiment édénique (l’occupation en 1944). Les acteurs sont engoncés (l’hypersexuée Laetitia Casta est renvoyée à sa première période Bicyclette — fleur — bleue), la mise en scène tient de la mise en images, et cette Nouvelle Guerre est quand même la plus vieillotte. Plus encore, on se rend compte que le roman de Pergaud a beau être mis à toutes les sauces, il manque sérieusement de piment, et dans tous les cas, c’est bien derrière le film d’Yves Robert que les cinéastes cavalent. Barratier gagne donc aux points un match définitivement nul.

Continuer à lire