Ethnologie et Cinéma : un siècle à hauteur d'Homme

ECRANS | Zoom sur la vingtième édition du fameux festival grenoblois.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Limiter le cinéma à un langage au service du divertissement n'aurait aucun sens : le 7e art sait aussi être un outil d'exploration du monde et le relai d'un regard curieux, sans se montrer scrutateur ni indiscret, sur ceux qui le peuplent grâce à ces scientifiques particuliers que sont les ethnologues. Il n'est d'ailleurs pas indifférent que de grands cinéastes de fiction (ceux pour qui le cinéma tient parfois de la transe ou d'une forme de sorcellerie contemporaine) se soient frottés à l'exercice ethnographique.

Volontiers rétrospective, et accompagnée par de très nombreux "passeurs" (critiques, chercheurs…), cette vingtième édition des Rencontres Ethnologie et Cinéma permet de s'en rendre compte en parcourant le siècle écoulé. Si les projections de l'énigmatique Šarūnas Bartas (Tofolaria), du militant René Vautier (Afrique 50) ou du Québécois Pierre Perrault (La Bête lumineuse) ont lieu en ouverture, tout comme l'avant-première du film rhônalpin Gorge, cœur, ventre de Maud Alpi, la suite de la semaine ne manque pas d'attraits avec Wodaabe, les bergers du soleil (1989, photo) et Grizzly man (2005) de l'iconique Werner Herzog, mais aussi le classique La Chasse au lion à l'arc (1967) de Rouch, qui vient d'être restauré.

À signaler également, une rareté à découvrir : Grass : A Nation's Battle for Life (1924) de Merian C. Cooper, Ernest B. Schoedsack et Marguerite Harrison ; soit un documentaire tourné sur un peuple kurde par les futurs auteurs de King Kong. En tout, 19 films qui déplacent le regard dans toutes les directions.

XXe Rencontres Ethnologie et Cinéma
Dans divers lieux (à la Maison des Sciences de l'Homme et à l'Amphidice sur le campus ; au Méliès, au cinéma Juliet Berto, à la bibliothèque Kateb Yacine et au Musée dauphinois) du 14 au 20 novembre


XXe édition des Rencontres Ethnologie et Cinéma

Projections + master-class + ciné-concert...

Projections + master-class + ciné-concert...

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Werner Herzog, cinéaste des cimes

ECRANS | C’est deux fois Noël grâce au cinéaste allemand Werner Herzog cette année. D’abord parce que Potemkine éditions vient de sortir un premier coffret tout à fait (...)

Christophe Chabert | Lundi 1 décembre 2014

Werner Herzog, cinéaste des cimes

C’est deux fois Noël grâce au cinéaste allemand Werner Herzog cette année. D’abord parce que Potemkine éditions vient de sortir un premier coffret tout à fait indispensable de son œuvre, regroupant tous ses films – courts et longs, docus et fictions – de Héraklès jusqu’au fabuleux L’Énigme de Kaspar Hauser. En parallèle, ressortent au Méliès deux moyens-métrages inédits : La Souffrière (1977), sur les habitants d’un village guadeloupéen qui décident de rester sur leur sol malgré la menace d’explosion du volcan avoisinant, et Gasherbrum (1984), où deux alpinistes décident de gravir l’Himalaya d’une seule traite. Évidemment, ces deux films sont moins connus que les grandes épopées tournées par Herzog avec son « ennemi intime » Klaus Kinski – Aguirre, Fitzcarraldo ou Cobra Verde. Moins connus aussi que ses commandes américaines, de l’inédit Rescue dawn au dément Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans. Sans parler de ces grands documentaires que sont

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Jack Reacher

ECRANS | Très bonne surprise que cette série B qui tente de lancer Tom Cruise en nouveau justicier dans la ville, avec derrière la caméra Christopher MacQuarrie, qui montre qu’il connaît ses classiques et sait même, à l’occasion, en offrir de brillantes relectures. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

Jack Reacher

Le film de justicier (ou vigilante movie) est un genre cinématographique qui demande au spectateur de laisser son idéologie au vestiaire, si tant est du moins qu’elle penche plus à gauche qu’à droite. En effet, le programme basique du genre consiste à : 1) montrer l’impuissance de la police et des institutions à rendre justice aux victimes ; 2) trouver une solution parallèle en la personne d’un homme solitaire, citoyen lambda ou militaire / policier en délicatesse ou en retraite de sa hiérarchie ; 3) le laisser zigouiller en toute impunité gangsters, flics ou juges corrompus ainsi que tout ce qui se présente comme un obstacle à l’accomplissement de sa mission. Jack Reacher applique méthodiquement les règles, lançant ainsi une franchise très claire où Tom Cruise ferait figure de Charles Bronson du XXIe siècle, en plus séduisant  — il bouge une paupière, toutes les filles tombent sous son charme ; c’est quasiment un running gag du film. Série Bien Première bonne décision de Christopher MacQuarrie, scénariste de Usual suspects dont le précédent Way of the gun avait laissé le souvenir d’un film archi-complaisant

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Into the abyss

ECRANS | Et si le cinéma d'Herzog n'avait jamais été aussi passionnant que depuis ces dernières années ? Avec "Into the abyss", documentaire à charge contre la peine de mort, l'auteur de "Fitzcarraldo" offre le portrait fascinant d'une Amérique monstrueuse et définitivement humaine. Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Vendredi 19 octobre 2012

Into the abyss

Werner Herzog s'est découvert une passion, l'Amérique et ses criminels. Précédent On Death row (sur une prison haute sécurité et son couloir guillotine) et Hate in America (une série en projet), Into the abyss ouvre le premier la porte des enfers. Direction donc le Texas, à la rencontre d'un condamné à la peine capitale et son complice, leurs proches et ceux des victimes. À l'origine du film, une histoire aussi dérisoire qu'effroyable : un bête vol de voiture par deux adolescents paumés tournant au triple meurtre. Pour remonter le fil de l'histoire, Herzog opte pour la méthode classique, la parole, prise en plan simple et mise en scène dans des cadrages lumineux aux allures un peu irréelles. Ce choix d'aller vers un format documentaire a priori balisé n'est pas un formatage, il est évident : Into the abyss n'est qu'une grande et folle confession, s'ouvrant dans un mélange de facéties et de gravité sur un pasteur, filmé en amorce d'un cimetière de condamnés à mort. Compassion généralisée Ce plan matrice du personnage religieux qui à la fois guide et écoute, Herzog l'endosse jusqu'au bout et dans le but d'un dépassemen

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Refaire le monde autour d’un film

CONNAITRE | Festival / Pour leur quinzième édition, les rencontres Ethnologie et Cinéma prennent en considération les différentes crises secouant actuellement notre monde (...)

François Cau | Lundi 31 octobre 2011

Refaire le monde autour d’un film

Festival / Pour leur quinzième édition, les rencontres Ethnologie et Cinéma prennent en considération les différentes crises secouant actuellement notre monde décidément bien fragile, et grand bien leur en prend. Si les précédentes moutures de l’événement étaient parvenues, à l’aide de productions aventureuses toujours pertinentes, à nous faire découvrir des mœurs et des civilisations peu accessibles, cette cuvée 2011 consacre une large partie de sa programmation aux chocs des cultures, aux migrations et intégrations aux idéaux brisés. Il en va ainsi du troublant et très beau documentaire Nostalgie de la lumière, présentée en ouverture des rencontres : situé au Chili, dans le désert d’Atacama, le film confronte les observateurs en astronomie venu profiter de la clairvoyance de ce spot unique au monde, et les familles en quête des restes humains de leurs proches, victimes de la dictature de Pinochet… La deuxième semaine de projections s’axera quant à elle, de façon plus inattendue, sur les questionnements autour du travail, avec en particulier les deux documentaires que Pierre Carles a consacré au sujet, Attention danger travail et Volem Rien Foutre Al Pais. Des points de vue ico

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Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

ECRANS | De Werner Herzog (ÉU, 2h02) avec Nicolas Cage, Eva Mendes…

François Cau | Lundi 15 mars 2010

Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

La première question qui se pose face à ce Bad lieutenant, c’est celle de son titre. Pourquoi Werner Herzog a-t-il fait croire qu’il tournait un remake du film d’Abel Ferrara avec Nicolas Cage en remplaçant d’Harvey Keitel ? L’intrigue n’a rien à voir, et Werner Herzog adopte un traitement aux antipodes du naturalisme crasseux et brutal qui faisait l’essence esthétique du Bad Lieutenant original. Ici, dès que la possibilité d’une stylisation se profile, dès qu’une parenthèse peut s’ouvrir, Herzog s’engouffre dedans comme s’il voulait absolument échapper aux carcans du genre. De fait, Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans est plus une comédie qu’un polar, un exercice risqué de détournement d’un film de commande. En plein ouragan Katrina, le Lieutenant du titre, encore sergent et pas bad du tout, s’illustre en sauvant la vie d’un prisonnier mais sort de cet exploit avec un mal de dos carabiné qui l’oblige à suivre un traitement de cheval, complété par d’autres substances chimiques sans ordonnance. En fait, Herzog se contrefout de l’intrigue, seule la perspective d’y placer des décrochages assez hilarants le motive : une hallucination ave

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