"Le Chemin" : beau recueillement cambodgien pour Jeanne Labrune

ECRANS | de Jeanne Labrune (Fr., 1h31) avec Agathe Bonitzer, Randal Douc, Somany Na…

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Cambodge, de nos jours. Aspirante bonne sœur, Camille prend chaque jour un chemin bordant les ruines d'Angkor, malgré les interdits. Elle y rencontre Sambath, avec lequel elle déambule et converse. Une proximité naît entre eux…

Hanté par le sacré, par l'Histoire et ses spectres (les victimes des Khmers rouges y apparaissent), ce "chemin" évoque une zone frontière limbique entre la vie et la mort, annonciatrice d'un événement funeste, d'un deuil : pour Sambath, celui d'un être aimé ; pour Camille, de son existence d'avant. Alors qu'elle s'était engagée dans une quête spirituelle et s'était de surcroît expatriée, c'est sur cette voie inattendue qu'elle va trouver les réponses à ses interrogations.

À mille lieues des fantaisies "chorales" qu'elle réalise depuis une quinzaine d'années, Jeanne Labrune signe ici un film plus intérieur et lent, moins léger, trahissant par la contemplation un besoin profond de recueillement, de recentrage. Un probable cénotaphe intime, sur le modèle de La Chambre verte de Truffaut. Une œuvre cathartique avec ses mystères, qu'on ne saurait tous élucider.


Le Chemin

De Jeanne Labrune (Fr-Cam, 1h31) avec Agathe Bonitzer, Randal Douc, Somany Na...

De Jeanne Labrune (Fr-Cam, 1h31) avec Agathe Bonitzer, Randal Douc, Somany Na...

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Camille a rejoint une mission catholique au Cambodge avec l’intention d’y prononcer ses vœux. Chaque matin, elle emprunte un chemin qui longe la rivière et traverse les ruines d’Angkor. Elle y croise un homme cambodgien, Sambath. Un rituel de rencontre s’établit entre eux…


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"La Belle et la Belle" : moi, en pas mieux

Encore ? | de Sophie Fillières (Fr., 1h35) avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Quand Margaux, 20 ans, rencontre Margaux, 45 ans… Chacune est l’autre à un âge différent de la vie. La surprise passée, l’aînée paumée tente de guider la cadette en l’empêchant de commettre les mêmes erreurs qu’elle. Mais qui va corriger l’existence de qui ? À l’instar de nombreux "films du milieu" tels que Camille redouble de Noémie Lvovsky ou Aïe de la même Sophie Fillière, il flotte dans La Belle et la Belle comme une tentation du fantastique. Mais un fantastique un brin bourgeois, qui ne voudrait pas (trop) y toucher ; admettant sagement les faits disruptifs et restant à plat, en surface, sans déranger le moindre objet. Un effet de style ? Plutôt l’incapacité à créer une ambiance par la mise en scène, puisqu’ici tout se vaut. Vous qui entrez dans ce film, ne redoutez pas les atmosphères à la Ruiz, de Oliveira ou des Larrieu ; ne redoutez rien, d’ailleurs, si ne ce n’est le mol écoulement du temps. On a coutume de qualifier de "fantaisies" ces comédies d’auteur redondantes tournées dans des catalogues Ikéa à poutres apparentes et des TGV, en oubliant que ce mot même de "fantaisie

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"Soleil battant" : les sœurs Laperrousaz à l’ombre du deuil

ECRANS | de Clara & Laura Laperrousaz (Fr., 1h35) avec Ana Girardot, Clément Roussier, Agathe Bonitzer…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Un couple et ses deux petites jumelles arrivent dans leur résidence au Portugal pour un séjour estival. Très vite, des tensions apparaissent entre les parents et le spectre d’un drame ressurgit : quelques années plus tôt, leur fille aînée a été victime d’un accident fatal en ces lieux… Au vu de l’argument et de la dédicace finale, on devine que les sœurs cinéastes Clara et Laura Laperrousaz ont puisé dans une histoire vraisemblablement très proche de la leur pour composer ce long-métrage entrant de surcroît en étroite résonance avec un court précédent, Retenir les ciels (2013). Nul ne les blâmera d’user de l’art, en l’occurrence du cinéma, comme d’un médium cathartique. Esthétique, l’image l’est assurément : les plans à la composition picturale tirent parti des paysages, du moindre crépuscule rougeoyant, des nuits profondes. Quant au soleil du titre, s’il ne fait pas forcément ressentir sa morsure brûlante, ses effet sur les corps et les nerfs sont palpables : les gamines infusent dans un mélange de torpeur, d’éclats de voix et de silences. Elle ne sont pas longues à découvrir le secret de leur aînée disparue. Le duo d’autr

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer entre famille et finance

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr., 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et à les sadiser pour faire bonne mesure – cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe – histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique inat

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La recette du bonheur

SCENES | Avec "Sur le chemin d’Antigone", le metteur en scène Philippe Car a conçu un spectacle joyeux et brillant partant d’un mythe plus tout jeune. Comme il l’avait fait avant avec des textes de Molière, Corneille ou encore Shakespeare. Du coup, à l’occasion de son passage par la Rampe d’Échirolles, on lui a passé un coup de fil pour connaître sa méthode si efficace. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 20 janvier 2015

La recette du bonheur

Depuis 2007, une compagnie de théâtre se confronte à tous les textes du répertoire avec un talent certain. Son nom ? L’Agence de voyages imaginaires. Son boss ? Philippe Car, ancien Cartoun Sardines (compagnie mythique fondée dans les années 80 avec son acolyte Patrick Ponce) à la fois metteur en scène et comédien. Sa méthode ? Prendre des œuvres classiques emblématiques, en garder l’idée principale et la trame avant de les réécrire partiellement ou entièrement pour concevoir des spectacles drôles et terriblement efficaces. Entre les mains de Philippe Car, ce théâtre pouvant être vu par certains comme poussiéreux et daté est on ne peut plus vivant. « Ce n’est bien sûr pas la seule façon de transmettre ces textes. Il y a une manière un peu muséographique, avec le texte dans son intégralité et en costumes d’époque. La Comédie-Française est là pour ça : je trouve ça intéressant d’un point de vue d’archives, pour voir comment c’était à l’époque. Par contre, pour vraiment toucher le spectateur d’aujourd’hui de la même manière que l’auteur l’avait voulu à son époque, il faut aller un peu plus loin. » Et donc du côté de la réécriture de ces auteurs du patrimoine : un p

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Drôle de tragédie

SCENES | Chaque année, un théâtre de l’agglo programme un spectacle de la compagnie L’Agence de voyages imaginaires de Philippe Car (souvent l’Hexagone et la (...)

Aurélien Martinez | Mardi 9 septembre 2014

Drôle de tragédie

Chaque année, un théâtre de l’agglo programme un spectacle de la compagnie L’Agence de voyages imaginaires de Philippe Car (souvent l’Hexagone et la Rampe). Chaque année dans le panorama, nous sommes contraints d’écrire la même chose : oui, Philippe Car a un don incroyable pour transmettre les textes du passé avec de l’humour et de la dérision tout en restant fidèle au propos de l’auteur. Après s’être attelé avec brio à Molière, Shakespeare ou encore Corneille (El Cid, repris cette saison au Grand Angle de Voiron), il a choisi cette fois-ci de se pencher sur le cas Antigone, d’après Sophocle. Un exercice périlleux, tant cette figure mythologique, fille d’Œdipe, cristallise en elle de nombreuses questions (dont l’idée de résistance). En laissant le soin au clown interprété par sa camarade Valérie Bournet de raconter l’histo

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Clair obscur

SCENES | Du jeudi 7 au samedi 9 novembre, la Salle noire des Barbarins fourchus accueille la compagnie de François Veyrunes pour une proposition atypique qui a (...)

Aurélien Martinez | Lundi 4 novembre 2013

Clair obscur

Du jeudi 7 au samedi 9 novembre, la Salle noire des Barbarins fourchus accueille la compagnie de François Veyrunes pour une proposition atypique qui a de la gueule. Découpée en deux parties, la soirée débutera par À l’œil intrépide le chemin du cœur, un solo de danse interprété par le chorégraphe. Une pièce (que nous avons pu découvrir en vidéo) d’une intensité trouble. « Ce sont les nombreuses années de danse à l’hôpital dans des chambres de patients alités, le plus souvent au crépuscule de leur vie, qui participent à la genèse de ce solo. » Puis viendra ensuite la projection du « court-métrage poétique » Magnificat, réalisé en prison avec les détenus. Loin de documentaire social, le film « met en scène l’homme face à sa capacité à se métamorphoser – à accueillir et ne pas subir ». Deux volets qui se répondent implicitement, et dont la force sera sans doute décuplée dans cette Salle noire intimiste où la proximité avec les artistes est grande. Aurélien Martinez

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Sur le chemin de l’école

ECRANS | De Pascal Plisson (Fr, 1h17) documentaire

Christophe Chabert | Mercredi 18 septembre 2013

Sur le chemin de l’école

Le saviez-vous ? Dans certaines contrées – ici, le Kenya, l’Atlas marocain, l’Inde et la Patagonie argentine –, les enfants font des pieds et des mains pour se rendre à l’école. Enfin, surtout des pieds, puisque ce documentaire qui accompagne quatre gamins vraiment super est à moitié pédestre. Les autres voyages se font en fauteuil roulant et à cheval, et chacun possède son embûche – une seule, pas deux. Dans l’ordre : charge d’éléphants, heure de la prière, roue crevée et caillou dans le sabot. Voilà, c’est tout, et même si ça ne dure qu’une heure quinze, c’est tout de même assez maigre pour faire un film. Surtout, Pascal Plisson est tellement obsédé par le storytelling qu’il scénarise jusqu'aux moindres détails, laissant la part de vérité inhérente au documentaire au vestiaire. Enfin, Sur le chemin de l’école semble tenir un drôle de discours à destination des enfoirés d’occidentaux égoïstes que nous sommes. Ben oui, quoi, vous qui traînez des pieds pour aller au collège, qui ne respectez plus le corps enseignant et qui foutez le bordel pendant les cours, vous n’êtes que des enfants gâtés-pourris, et on va vous donner une bonne leçon de courage et de

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Avec "Au bout du conte", Jaoui et Bacri osent la fantaisie filmique

ECRANS | Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri font entrer une fantaisie nouvelle dans leur cinéma en laissant à une génération de jeunes comédiens pris à l’âge des contes de fées le soin de se heurter à leur réalité d’adultes rattrapés par l’amertume et les renoncements.

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

Avec

Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule (comme dans leur dernier Parlez-moi de la pluie). Voilà que ces maîtres du dialogue et du scénario, ces deux acteurs virtuoses, se décident à oser la fantaisie filmique là où jusqu’ici, leur caméra se devait d’être transparente. Cure de jouvence effectuée à une double source : celle des contes de fée, dont Au bout du conte transpose dans un contexte contemporain les figures les plus identifiées – le chaperon rouge et son grand méchant loup, la reine cruelle obsédée par sa beauté et par une Blanche Neige trop jeune, la pantoufle de Cendrillon et son prince charmant –, et ceux qui y croient, des jeunes gens qui sont aussi, réalisme oblige, de jeunes comédiens, tous très bons, même Agathe Bonitzer. Cela change beaucoup à l’écran, mais rien sur le regard que posent Bacri et Jaoui sur le monde ; au contraire, en opposant à ce sang neuf la bile noire et amère coulant dans les veines d’un

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À moi seule

ECRANS | De Frédéric Videau (Fr, 1h31) avec Agathe Bonitzer, Reda Kateb…

François Cau | Vendredi 30 mars 2012

À moi seule

S’inspirant de l’affaire Natascha Kampusch, qu’il transpose librement en France aujourd’hui, Frédéric Videau raconte comment Gaëlle, enfermée pendant huit ans par Vincent, un homme dont les motivations resteront jusqu’au bout mystérieuses (besoin d’amour ou envie de paternité ?), échappe à son ravisseur et tente de retrouver ses marques dans la vie réelle. Sujet passionnant, bien entendu, que le cinéaste gâche à force d’auteurisme. Plutôt que de se concentrer sur les rapports entre Gaëlle et Vincent (et laisser toute la place à l’excellent Reda Kateb, comédien physique et nerveux qui écrase littéralement la pauvre Agathe Bonitzer, au jeu statique et psychologique), il filme d’interminables séquences entre Gaëlle et sa mère (Noémie Lvovsky), son père (Bonaffé, dont la présence dans le film reste une énigme), sa psy (Hélène Fillières). L’ennui est total, l’obstination du personnage à garder pour elle ses sentiments vis-à-vis de son geôlier s’apparentant à regarder un mur pendant une heure. Ce cinéma d’auteur, qui ne s’intéresse qu’aux creux, refuse le spectacle et préfère le dialogue à l’action, les points de suspension aux points d’exclamation, est resté bloqué des années en arri

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Une bouteille à la mer

ECRANS | De Thierry Binisti (Fr-Isr, 1h39) avec Agathe Bonitzer, Mahmud Shalaby…

François Cau | Jeudi 2 février 2012

Une bouteille à la mer

«Si les gens se tiraient moins dessus et qu’ils faisaient plus l’amour, il y aurait plus de paix dans le monde», disait Audrey Hepburn dans Ariane. «Vous êtes quoi ? une fondamentaliste religieuse ?», lui rétorquait Gary Cooper. Une bouteille à la mer illustre la réplique d’Hepburn en version correspondance (la bouteille à la mer du titre, puis des mails) entre une jeune française installée avec sa famille en Israël et un Palestinien isolé dans la bande de Gaza. Mais Thierry Binisti oublie d’y adjoindre la répartie ironique de Cooper, et son film, tout de bons sentiments téléfilmés, ne décolle jamais de cet œcuménisme un peu usé sur la question. C’est problématique quand l’histoire réduit le conflit à une affaire d’œil pour œil, dent pour dent, négligeant au passage la disproportion des moyens militaires entre les deux forces — qui plus est, dans le film, ce sont les Palestiniens qui frappent les premiers. Dernier point : pour le héros, la France fait figure de terre d’asile parfaite pour commencer une nouvelle vie. On ne peut s’empêcher de penser, en notre for intérieur, qu’il déchantera quand Claude Guéant l’accueillera à la frontière !

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