"Pas sur la bouche" d'Alain Resnais : cinéma d'opérette

ECRANS | La Cinémathèque de Grenoble poursuit son cycle consacré au cinéaste disparu en 2014 avec ce savoureux film datant de 2003 au casting étincelant.

Vincent Raymond | Vendredi 13 octobre 2017

La Cinémathèque de Grenoble poursuit son cycle consacré à Alain Resnais dans un parfait désordre chronologique. Ne voyez là aucune malice : l'œuvre du cinéaste est d'un tel éclectisme et d'une telle originalité qu'elle parvient à se jouer singulièrement du temps. Et si certaines de ses réalisations les plus anciennes atteignent une atemporalité envoûtante, accentuée par la photographie noir et blanc, d'autres plus récentes prennent un plaisir gourmand et ludique à télescoper les époques. Dans le savoureux On connaît la chanson (1997, projeté lundi 16 octobre), c'était en sertissant ses dialogues d'extraits de refrains empruntés au vaste répertoire populaire du XXe siècle ; dans Pas sur la bouche (2003, projeté jeudi 19 octobre) c'est en adaptant une opérette années folles de Maurice Yvain.

Intrigue bourgeoise délicieusement surannée à base d'amourettes croisées, de petites cachoteries et de grandes retrouvailles, ce film "parlant et chantant" réunit les sociétaires de la troupe (Sabine Azéma, Pierre Arditi, Lambert Wilson – à l'exception d'André Dussollier, affecté aux amusantes bandes-annonces), donnant la réplique à la relève du cinéma français (Audrey Tautou et Jalil Lespert, encore tout jeunots) et à un fringant Darry Cowl, irrésistible dans les jupons d'une concierge à l'œil écarquillé – ce rôle travesti lui valut d'ailleurs un César.

Aussi composés que ceux de Mélo (1996) auquel ils renvoient souterrainement, les décors ultra théâtraux sont des écrins pour des mélodies diaboliques d'efficacité : après la vision, la simple évocation du quai Malaquais vous donnera envie de reprendre la rengaine du film et le moindre trou de serrure vous rappellera l'indiscret Darry Cowl. Mais le comble du décalage revient à Pierre Arditi, interprète ronchon-moustachu d'une chanson en apparence anodine sur les embouteillages, qui prend un sens politique glaçant dans le contexte de l'Entre deux-guerres.

Pas sur la bouche
Au cinéma Juliet-Berto jeudi 19 octobre à 20h

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"L’Année dernière à Marienbad" d'Alain Resnais jeudi soir à la Cinémathèque

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Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Parmi les innombrables perles scintillant dans le cycle Resnais programmé en ce moment par la Cinémathèque de Grenoble, figure celle imaginée en compagnie d’Alain Robbe-Grillet, l’énigmatique et labyrinthique L’Année dernière à Marienbad (1961). Un film aussi captivant que lancinant, aussi agaçant que fascinant. Sorte de promenade dans les allées éternelles d’une mémoire rétive en spectateur statufié, ce voyage onirique et lauré d’un Lion ailé à Venise demeure hypnotisant grâce à la voix de Delphine Seyrig, aux allumettes de Sacha Pitoëff et les profondeurs à la Chirico. Jeudi 12 octobre à 20h, vous n’en reviendrez pas.

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Resnais, dernier voyage...

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Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

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La disparition d’Alain Resnais est arrivée au moment où on s’y attendait le moins, juste avant la sortie du film où il semblait enfin conjurer le spectre de cette fatalité en la remplaçant par une ode joyeuse aux années qui restent à vivre… Car depuis 1984 et son sublime et aride L’Amour à mort, ses films semblaient être des répétitions générales d’un départ annoncé. À l’exception du mineur et jovial I want to go home (1989), hommage aux bandes dessinées qu’il adorait et dans lequel il avait fait des infidélités à son cercle d’acteurs, tous étaient nimbés de ce parfum funeste. La pieuvre narrative de Smoking et No Smoking (1993) avait beau ouvrir une douzaine de récits potentiels, tous se concluaient au cimetière ; dans Les Herbes folles (2009), la mort s’invitait littéralement par accident dans l’épilogue ; et Vous n’avez encore rien vu (2012) mettait en scène non p

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Aimer, boire et chanter

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Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Aimer, boire et chanter

Dans Aimer, boire et chanter, il y a, comme dans tous les films d’Alain Resnais, un dispositif formel fort et très visible. Trop ? C’est ce que l’on pense lors des premières séquences, où le choix de toiles peintes découpées en rideaux pour les entrées et sorties est d’un goût contestable. Cette théâtralité, qui renvoie à la pièce d’Alan Ayckbourn que Resnais adapte ici (la troisième après Smoking / No Smoking et Cœurs) est cependant justifiée par le leitmotiv qui lance chacun des actes : Colin (Hyppolite Girardot) et sa femme Kathryn (Sabine Azéma) répètent eux-mêmes une pièce de théâtre, mais n’en dépassent jamais les premières répliques, la vie et le naturel finissant par reprendre le dessus. On ne verra jamais cette pièce à l’écran, tout comme on ne verra jamais son acteur principal, George Riley, dont son médecin Colin révèle la mort prochaine. Alors que ses amis (le couple formidable Caroline Silhol / Michel Vuillermoz), son épouse (Sandrine Kiberlain) et son rival (André Dussollier) s’inquiètent, se lamentent ou se réj

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Berlinale 2014, jour 4 : l’ombre de Terrence

ECRANS | "Things people do" de Saar Klein. "The Better angels" de A. J. Edwards. "In order of disappearance" de Hans-Peter Molland. "Aimer, boire et chanter" d’Alain Resnais (sortie le 26 mars)

Christophe Chabert | Mercredi 12 février 2014

Berlinale 2014, jour 4 : l’ombre de Terrence

On est déjà au milieu de notre Berlinale et plusieurs constats s’imposent. D’abord, la compétition est éclectique, et les deux exemples qui vont suivre dans notre billet du jour vont le prouver. Ensuite, le festival est de bonne facture. Si on le compare au voisin cannois, il connaît moins de très hauts, mais aussi moins de bas — peut-être passe-t-on à travers les gouttes et faisons-nous des choix judicieux dans son gargantuesque programme. Enfin, il fait une météo superbe à Berlin, et c’est la meilleure surprise de la semaine. Si on avait le temps — mais, à cinq films par jour, c’est mission impossible — on irait bien flâner dans la ville, profiter du séjour… Allez, boulot, boulot, menuise, menuise ; il faut parler des films qui s’accumulent dangereusement au fil des jours. Deux héritages malickiens À chaque festival international, la même question se pose : y verra-t-on un nouveau film de Terrence Malick ? Le maître en a trois sur le feu, et Berlin n’aura pas eu la primeur de son Knight of cups, dont on ne sait trop dans quelles ornières de montage il a pu tomber. Pas de Malick en compétition donc, mais le panorama du festival a fait planer s

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Vous n’avez encore rien vu

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Christophe Chabert | Vendredi 21 septembre 2012

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À presque 90 ans, Alain Resnais est manifestement entré dans le crépuscule de sa carrière. Cela fait quelques films qu’on le dit, et on peut se demander si le réalisateur n’a pas fini par inclure cette donnée comme un clin d’œil au spectateur – le titre de son dernier film, Vous n’avez encore rien vu, en est l’exemple manifeste. On a tendance aussi à louer sa "fantaisie" et sa "légèreté", mais c’est plus par indulgence coupable que par lucidité critique : la naphtaline s’emparait lentement de son cinéma, et elle vire ici à l’embaumement pur et simple. Le dispositif, très sophistiqué, voit une troupe d’acteurs réunis dans la dernière demeure d’un metteur en scène de théâtre qui les a tous dirigés dans une version ou une autre d’Eurydice. En guise de testament, il leur fait projeter la captation de sa dernière création, où la pièce est interprétée façon théâtre contemporain par de jeunes comédiens. Face aux images, ils vont revivre - rejouer leur rôle dans des décors réalistes ou numériques, effaçant la frontière entre le réel et sa représentation. C’est très malin, mais très répétitif aussi, et surtout lesté par le texte d’Anouilh, ampoulé, daté, fondame

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Cannes, entre la panne et le moteur

ECRANS | Curieuse édition du festival de Cannes, avec une compétition de bric et de broc pleine de films d’auteurs fatigués, et dont le meilleur restera celui qui annonça paradoxalement la résurrection joyeuse d’un cinéma mort et enterré. Du coup, c’est le moment ou jamais de parler des nouveaux noms que le festival aura mis en orbite. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 25 mai 2012

Cannes, entre la panne et le moteur

Comme il y a deux ans, le jour férié nous oblige à boucler avant la fin du festival de Cannes et la remise de la Palme d’or. Mais comme il y a deux ans, on a déjà hâte que l’affaire se termine, tant la compétition aura été laborieuse, et même parfois pénible à suivre. Surtout, sa diversité n’a pas été payante. En quelques heures, on pouvait passer d’un navet faussement personnel et vraiment putassier (le redoutable Paperboy de Lee Daniels, qui mérite des tomates après son déjà horrible Precious) à un sommet d’académisme moderniste à base d’acteurs inexpressifs, de dialogues séparés par d’interminables et grossiers silences et de plans sous tranxène sur des gars qui marchent dans les bois (le soporifique Dans la brume de Sergeï Loznitsa, qui mérite des œufs pourris après son déjà pontifiant My joy). Et on n’oubliera pas dans la liste le très Vogue Homme Sur la route de Walter Salles, où la beat generation est réduite à un clip publicitaire sur la mode des hipsters, ou encore le téléfilm de Ken Loach, La Part des anges, d’une fainéantise hallucinante que ce soit dans le déroulé de son scénario ou sa direction artistique inexist

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Les Herbes folles

ECRANS | D’Alain Resnais (Fr, 1h44) avec André Dussollier, Sabine Azéma…

François Cau | Jeudi 29 octobre 2009

Les Herbes folles

«Et si… Et si…» La voix-off des Herbes folles (celle d’Edouard Baer) pose son principe de possibles incongrus, de hasards débouchant sur la rencontre entre des êtres mal dans leur peau, dans leur couple, dans leur vie… Un «Incident» (titre du livre de Christian Gailly dont le film est l’adaptation) banal, le vol d’un sac, va provoquer un grand remue-ménage entre Marguerite (qui l’a perdu) et Georges (qui en a retrouvé le contenu dans un parking). Marguerite est seule, Georges vit avec femme et enfants mais, première surprise, c’est lui le plus instable des deux. Et c’est lui qui, au détriment de toute logique (sauf celle du scénario !), va faire enfler le fait-divers, persécutant par amour une femme dont il ne sait pourtant rien. Le goût du roman contre la monotonie de l’existence : c’est l’idée derrière le nouveau film-anguille d’Alain Resnais, qui s’offre comme un contre poison à l’amertume dépressive du précédent Cœurs. Vif, coloré, imprévisible, drôle, il est pourtant lézardé par les angoisses habituelles de l’auteur, quand bien même des herbes folles (comprenez : libres, incontrôlables) pousseraient au milieu de ce béton fissuré.CC

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| Mercredi 11 juillet 2007

Alain Resnais, notre aimé

Hommage / Alain Resnais, 85 ans, 17 long-métrages, des courts, des documentaires à tout jamais marquants, éternellement présents, toujours uniques et novateurs. Le Festival du Court Métrage lui rend à juste titre hommage, à travers la projection ouverte à tous d ‘I want to go home, un long-métrage sorti 1989 sur l’esprit français radiographié par un auteur de bandes dessinées (projeté 4 juillet à minuit à la Salle Juliet Berto), et les deux jours de stage d’analyse filmique qui, ne pouvant accueillir qu’une trentaine de personnes par soucis d’échanges à taille humaine, est, malheureusement déjà complet. Les heureux participants découvriront lors de ces deux journées, des perles. Dont Van Gogh (1948) le premier court-métrage réalisé par Resnais : les œuvres du maître y sont filmées avec une caméra qui semble pénétrer la peinture par l’effacement du cadre, procédé que l’on retrouve dans Paul Gauguin (1950). À travers Guernica (1950), Resnais aborde la guerre d’Espagne. Avec Nuit et Brouillard (1955), il délivre un document poignant sur le génocide nazi. On le constate, sa réflexion sur les sujets politiques, sur les évènements sociaux graves, son souci d’humanisme sont la sève de ses

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