"Wonder" : tenir tête à la méchanceté

ECRANS | de Stephen Chbosky (E.-U., 1h51) avec Julia Robertsn Jacob Tremblay, Owen Wilson…

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Photo : Studiocanal / Dale Robinette


Auggie, 10 ans, redoute un peu plus la rentrée des classes que ses camarades. Affligé d'une sévère déformation du crâne et du visage, il n'a en effet jamais été scolarisé. Le brillant garçonnet fera pourtant face aux moqueries et humiliations, avec l'aide des siens et de ses nouveaux amis…

On en voit à longueur d'année de ces portraits plus ou moins ornés de l'estampille "inspiré d'une histoire vraie" ; de ces leçons de vie plus onctueuses et édifiantes les unes que les autres finissant toutes par la plus merveilleuse des concordes et l'harmonie humaniste. Sans échapper totalement à ce schéma (ah, l'insupportable musique standardisée, jouée au piano par trois doigts arthritiques, et qui souligne au lieu de susciter !), le réalisateur américain Stephen Chbosky consent à de nombreux efforts pour que son Wonder ne soit pas un tire-larmes bonne conscience de plus.

Car si Auggie est le héros, il n'est pas la seule "voix" d'un film raconté également par son entourage – ses copains, sa grande sœur, l'ancienne meilleure copine de celle-ci… Ce choix de narration "diffractée" ne change rien à la place de l'enfant au centre du récit, puisque chaque intervenant tourne autour de lui et de sa différence ; il permet en revanche de s'ouvrir aux affects de ses proches, de sortir d'une vision trop égoïste ou parcellaire des choses. Un détail ? Pas vraiment : Stephen Chbosky met ainsi concrètement en application le message d'un film plaidant simplement pour l'altruisme et la gentillesse. Deux valeurs qui ne se démonétiseront jamais.


Wonder

De Stephen Chbosky (EU, 1h53) avec Jacob Tremblay, Julia Roberts...

De Stephen Chbosky (EU, 1h53) avec Jacob Tremblay, Julia Roberts...

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L'histoire de August Pullman, un petit garçon né avec une malformation du visage qui l'a empêché jusqu'à présent d'aller normalement à l'école. Aujourd'hui, il rentre en CM2 à l'école de son quartier. C'est le début d'une aventure humaine hors du commun. Chacun, dans sa famille, parmi ses nouveaux camarades de classe, et dans la ville tout entière, va être confronté à ses propres limites, à sa générosité de coeur ou à son étroitesse d'esprit. L'aventure d'Auggie finira par unir les gens autour de lui.


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Écrans magiques

Festivals | Présente dans la programmation des festivals de cinéma Voir Ensemble, À vous de voir et Plein les yeux, l’animation japonaise jeune public n’a pas toujours profité d’une telle reconnaissance. Retour sur les raisons de ce (tardif) changement de statut et décryptage de quelques-uns des films à l’affiche ces prochains jours.

Damien Grimbert | Mardi 18 février 2020

Écrans magiques

C’est une histoire désormais bien connue. À l’origine de nombreux films remarquables depuis la fin des années 50, et bénéficiant d’une présence sur les (petits) écrans français dès la fin des années 70, l’animation japonaise jeune public a néanmoins dû attendre l’orée des années 2000 pour enfin commencer à être reconnue à sa juste valeur. S’il n’est pas le premier film d’Hayao Miyazaki à être sorti dans les salles françaises et d’une certaine reconnaissance critique (Porco Rosso, Mon Voisin Totoro et Princesse Mononoké lui avaient auparavant pavé la voie), Le Voyage de Chihiro est en revanche sans conteste celui par le biais duquel tout a changé. Immense succès public (1, 34 million d’entrées l’année de sa sortie en France), le métrage a ainsi permis à l’intégralité des productions du Studio Ghibli de s’imposer en véritables incontournables, et modifié irrémédiablement le regard porté par le grand public sur les films d’animation en provenance du Japon. Ouvrant de fait la voie, quelques années plus tard, à toute une nouvelle génération de réalisateurs (Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai, Masaaki Yuasa, Keiichi Hara…), qui n’auraient sans doute jama

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Cinéma en plein air : notre sélection de films à (re)voir cet été à Grenoble et aux alentours

ECRANS | L'été, les écrans géants fleurissent en ville pour proposer aux citadins en mal d'évasion des voyages cinématographiques à la fraîche. Petit sélection maison de ce qu'à la nuit tombée, nous pourrons voir de meilleur en juillet et en août à Grenoble et aux alentours.

La rédaction | Mardi 2 juillet 2019

Cinéma en plein air : notre sélection de films à (re)voir cet été à Grenoble et aux alentours

Parvana Attention, objet précieux. Déguisée en garçon, une jeune fille défie les Talibans dans cette œuvre animée signée Nora Twomey (et sortie en 2018) à l’univers graphique singulièrement élégant prouvant que les grandes thématiques politiques d’aujourd’hui peuvent constituer la trame d’histoires à la portée du jeune public. À Saint-Martin-d'Hères (parc Romain-Rolland) mardi 9 juillet Au revoir là-haut En 2017, Albert Dupontel a surpris avec ce conte noir plongeant ses racines dans la boue des tranchées de la Première Guerre mondiale et s’épanouissant dans la pourriture insouciante des Années folles. Un grand film passionnant et captivant qui fait rimer épique et esthétique en alignant une galerie de personnages (donc une distribution) estomaquante. À Fontaine (parc de la Poya) mercredi 10 juillet Minuscule,

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"Wonderland, le royaume sans pluie" de Keiichi Hara sera en avant-première samedi au Méliès

ECRANS | Connu pour Un été avec Coo (2007) ou Miss Hokusai (2015), Keiichi Hara fait partie de la nouvelle génération d’auteurs d’animes japonais. Dans ses films, (...)

Élise Lemelle | Mardi 11 juin 2019

Connu pour Un été avec Coo (2007) ou Miss Hokusai (2015), Keiichi Hara fait partie de la nouvelle génération d’auteurs d’animes japonais. Dans ses films, il développe des thématiques singulières comme la critique des médias, la recherche des origines ou encore la cruauté des humains envers la nature. Sélectionné en compétition officielle au prestigieux Festival d'animation d’Annecy, son nouveau long-métrage Wonderland, le royaume sans pluie, en salle fin juillet, sera présenté en avant-première exceptionnelle samedi 15 juin à 13h45 au Méliès, en sa présence. On appelle ça un événement.

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"Ma vie avec John F. Donovan" : du Xavier Dolan en toutes lettres

ECRANS | de Xavier Dolan (Can, 2h03) avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon…

Vincent Raymond | Lundi 11 mars 2019

Jeune acteur dans le vent, Rupert Turner raconte à une journaliste pète-sec dans quelles circonstances il entretenait, enfant, une correspondance épistolaire avec John F. Donovan, autre comédien à l’existence torturée. Et comment cet échange influa sur leurs destinées… Un petit saut de l’autre côté de la frontière et voici donc enfin Xavier Dolan aux manettes d’un film états-unien. Mais, outre la langue et donc les interprètes la pratiquant, point de métamorphose dans le cosmos de Dolan : la structure nucléaire basique de son cinéma reste inchangée – une relation fusion/répulsion entre un fils et sa mère renforcée par l’absence du père, le sentiment teinté de culpabilité de se découvrir habité par des pulsions différentes de la "norme hétéro", de la musique pop forte plaquée sur des ralentis, des éclats de voix… Certes, le maniérisme formel est (un peu) mis en sourdine au profit de l’histoire (un enchâssement de récits), mais il demeure quelques facilités consternantes empesant inutilement le tableau. Comme ce besoin de faire de la journaliste un concentré caricatural d’arrogance hermétique, finalement gagné par la profondeur de l’artiste – y

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"My Wonder Women" : Gloria aux lassos

ECRANS | de Angela Robinson (ÉU, 1h49) avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote…

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Université de Harvard, années trente. Chercheur en psychologie avec son épouse, le Pr Marston recrute pour l’assister une étudiante, qui devient l’amante du couple. Ce ménage à trois leur vaut d’être virés. Marston rebondit en instillant ses théories dans une BD féministe, Wonder Woman… La première authentique héroïne de comics méritait bien qu’on rétablisse les conditions particulières de sa genèse faisant d’elle un personnage ontologiquement transgressif, épousant les penchants SM et le goût pour le bondage de son créateur que la censure et le politiquement correct tentèrent d’atténuer à plusieurs reprises. Dominatrice, indépendante, désinhibée, dotée d’un audacieux caractère, Wonder Woman est un fantasme accompli en même temps qu’un modèle d’émancipation. Hélas, le révisionnisme esthétique dont la fiction s’est fait une spécialité ordinaire (notamment en glamourisant à outrance les protagonistes) résonne ici comme une contradiction absolue. Plutôt que de préférer l’évocation réaliste (on ne parle pas de ressemblance ni de mimétisme), la réalisatrice Angela Robinson a opté pour un trio de mannequins aux mensurations parfaites, qu’e

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"Live in the city" : « Comme Johnny chez nous, Stevie Wonder a traversé les générations »

Concert | Vendredi 12 janvier, le big band l’Usine à jazz proposera, à la Belle électrique, une nouvelle représentation de son concert "Stevie Wonder - Live in the city". On vous en dit plus.

Alice Colmart | Mardi 9 janvier 2018

Depuis deux ans, le concert Stevie Wonder – Live in the city, mené par le big band grenoblois l’Usine à jazz, rencontre un beau succès. « Nous nous sommes déjà produits cinq fois. À chaque fois, c’était une réussite, on faisait salle pleine. La musique de Stevie Wonder a un énorme pouvoir, elle rend les gens heureux ! » nous explique Francois Carrel, administrateur de l’orchestre vieux de 25 ans. « Stevie Wonder est un vrai personnage. C’est comme Johnny chez nous, il a traversé les générations » ajoute Pascal Perrier, directeur musical du projet. Depuis sa mise en place en avril 2016, l’équipe du spectacle a été renforcée. Pascal Perrier : « Pour être fidèles à l’orchestre de l’artiste, deux chanteurs, trois choristes et deux percussionnistes sont venus en renfort. On est donc 28 musiciens sur scène ! Le début du show correspond à la première période artistique du chanteur, celle où il travaillait avec le label culte Motown. C’est là qu’on fait découvrir des titres moins connus comme

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Lettre de Cannes #1

Festival de Cannes 2017 | Où j'ai vu des portiques de sécurité, un film très noir et très fort de Zviaguintsev, et un beau film premier degré de Todd Haynes.

Christophe Chabert | Vendredi 19 mai 2017

Lettre de Cannes #1

Cher Petit Bulletin, M'y voici de nouveau, au soleil de Cannes, pour y humer l'air du temps cinématographique et y humer l'air tout court d'une Côte d'Azur désormais meurtrie par trop de jardinières géantes décourageant badauds et camions de se rencontrer en une étreinte assassine. Le Festival de Cannes fête son 70e anniversaire en étalant à son générique les noms de ses chers cinéastes disparus et en transformant chaque avant-projection en une vaste zone de sécurité pour aéroport : déposons donc quatre fois par jour nos clés, portefeuilles et téléphones avant de franchir de peu esthétiques portiques magnétiques ; ouvrons nos sacs pour en supprimer tout élément dangereux, à commencer par la crême solaire en tube, nous laissant ainsi plus de chances de mourir d'un mélanome que d'un attentat terroriste — pléonasme assumé. Ainsi, l'honneur est sauf car, comme disait Claudette Colbert dans La Huitième femme de Barbe-Bleue, avec l'accent français s'il vous plait : "Don't blame it on the Riviera". De plus, entre le moment où j'ai récupéré mon accréditation et celui où le festival a été officiellement déclaré ouvert, s'est produit un élément d'amp

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Room

ECRANS | de Lenny Abrahamson (Can./Irl., 1h58) avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Room

Étonnante symétrie que celle de ce film, construit en diptyque (ou, si l’on suit la mode, comme une mini-série en deux épisodes accolés) ; deux volets successifs sur l’enfermement. Au mitant de Room intervient la libération (haletante) de la mère et du fils qu’elle a eu en captivité. Et au huis clos entre ces deux êtres fusionnels succède alors le traumatisme… de la gestion post-traumatique : le fils découvre un monde infini et s’épanouit, sa génitrice se claquemure en elle-même. Un concentré d’Œdipe qui se résoudra dans la séquence finale. Malgré quelques lourdeurs (le pesant accent porté sur le fiston, sur lequel il faudrait qu’on s’extasie), Room s’en sort plutôt bien dans la catégorie enlèvement-réclusion : une vision du très mitigé À moi seule (2012) Frédéric Videau, inspiré de l’affaire Natascha Kampusch, permet de s’en convaincre… Il est, à plus d’un titre, intéressant que les votants de l’Académie des Oscars aient salué l’interprétation de la comédienne principale de Room. Une fois n’est pas coutume, ils ne se sont pas fait embobiner par la prestation de l’en

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"Inherent Vice" : polar pop, enfumé et digressif signé Paul Thomas Anderson

ECRANS | En adaptant "Vice caché" de l’immense Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson prouve, après "The Master", qu’il n’aime rien tant qu’aller à l’encontre de sa maîtrise, éprouvée et incontestable. De fait, ce polar pop, enfumé et digressif est un plaisir intense, où il est avant tout question de jeu, dans tous les sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier – marié – et dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter, moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture "beatnik", adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent Vice rappelle inévitablement les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman (Le Privé) ou les frères Coen (The Big Lebowski). Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si

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Stevie in Wonderland

MUSIQUES | Sur l'Échelle de Jacob des grands compositeurs pop du XXe siècle à l'influence primordiale et éternelle, Stevie Wonder figure en bonne place aux côtés de géants comme les Beatles et Bob Dylan. Non content d'avoir révolutionné la musique soul – et pas que – dans les années 70, ce génie précoce a toujours su, même dans ses moments les moins inspirés, tirer de sa facilité mélodique des dizaines de tubes entrés dans l'inconscient collectif mondial. Un monstre sacré que Jazz à Vienne s'offre en "Extra night". Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 juillet 2014

Stevie in Wonderland

À l'occasion de la mort Michael Jackson, Stevie Wonder rendit à son ancien collègue de la Motown un hommage vibrant et un peu inattendu au milieu de ce concert mondial de sanglots : « Le plus important est l’héritage musical qu’il nous a laissé. Nous devons le célébrer et pas le pleurer. Il ne faut pas tomber dans la négativité. » Puis il joua une version personnelle d'I Can't help it, composée par lui-même pour l'album Bad de Jackson, ainsi qu'I never dream you'd leave in summer et They won't go when I go, deux titres fortement connotés. Quelques jours après la mort d'une autre légende, Bobby Womack, initialement programmé à Fourvière, voilà une phrase à méditer. Lorsque les grands artistes meurent, on les pleure un peu bêtement alors qu'ils nous ont fait cadeau d'œuvres et d'émotions éternelles. Comme Jackson, Wonder né Stevland Judkins est un rare exemple d'enfant star ayant mieux que vaincu l'adolescence. Car l'enfant de Detroit rendu aveugle par un accident d'oxygénation en couveuse n'est pas seulement prématuré, il est aussi précoce – pianiste à 7 ans, puis bat

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Le Monde de Charlie

ECRANS | De Stephen Chbosky (ÉU, 1h42) avec Emma Watson, Ezra Miller, Logan Lerman…

Jerôme Dittmar | Jeudi 20 décembre 2012

Le Monde de Charlie

Avec ses airs de Breakfast Club ressuscité par le sentimentalisme existentiel d'un Cameron Crowe, Le Monde de Charlie est un peu ce teen movie fragile et précieux qu'on n'attendait plus. Un film servant les clichés du genre à la louche (début des années 90, un lycéen timide de banlieue découvre la vie au contact d'une nouvelle bande de potes marginaux), mais avec une folle envie de cristalliser ces moments miraculeux qui ont fait de l'adolescence une légende américaine. Ces moments où sur une pop song de Bowie, l'infini vous tend les bras en même temps que le regard d'une fille ou d'un ami. Aussi fin qu'appuyé, truffé de références has been, le film menace toujours de s'effondrer, jusque dans un final explicatif d'une balourdise absolue, et pourtant c'est beau. Peut-être parce que plus qu'une énième histoire de fin d'innocence à l'orée des rêves adultes, Stephen Chbosky (adaptant son best seller) tourne un film tendre et bienveillant sur une époque appelée à devenir un moment symbolique. Jérôme Dittmar

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