"Cet étrange objet du réel" : l'Espace Vallès aux frontières du réel

Exposition | L'exposition collective proposée le centre d'art de Saint-Martin-d'Hères réunit six artistes dont les pratiques variées ont pour point commun d'intriguer le regard et de susciter la curiosité. Visite guidée.

Benjamin Bardinet | Mardi 4 décembre 2018

S'il y a bien une chose d'étrange dans la nouvelle exposition de l'Espace Vallès (dont le titre détourne le titre d'un fameux film de Luis Buñuel), c'est la manière dont les œuvres disparates parviennent à proposer un parcours visuel assez stimulant en forme de rebonds comme dans la comptine Trois petits chats... Alors suivons-le ! Passé la porte d'entrée, notre regard est accueilli par les masques de Nadine Lahoz-Quilez. Fabriqués à partir de plumes, de perles ou de faux cheveux, ils ont la particularité étrange de ne représenter aucune des parties du visage (nez, yeux, bouche...) et donnent l'impression paradoxale qu'ils nous tournent le dos, renforçant ainsi leur capacité à nous dissimuler.

La question de la dissimulation est également au cœur du tableau-installation saugrenu de Johan Parent dans lequel deux loupes en mouvement invitent le spectateur à ausculter la surface noire d'une toile monochrome. Conditionné par la lente rotation mécanique de ces loupes, notre œil est ensuite irrésistiblement attiré par les immenses vortex graphiques de Philippe Veyrunes. S'approchant de ces deux gigantesques dessins, notre regard discerne progressivement les milliers de coups de crayon nécessaires à leur réalisation. En effet, Veyrunes trace méticuleusement chaque trait dont la courbure est celle, naturelle, du geste de la main.

Marabout, marabout, marabout-bout-bout-bout…

Acclimaté à ce travail graphique de grand format, notre vision bascule ensuite vers les subtils dessins au stylo-bille de Manuel Dessort dont on échoue à identifier ce qu'ils pourraient représenter : lettres ? organes ? brochettes de viande ? C'est également vers des tentatives de saisie d'un réel qui nous glisse entre les doigts que s'orientent les propositions photographiques d'Estelle Jourdain, artiste qui produit des images à la lisière du visible.

Enfin, troubles de la perception à nouveau avec Christophe Canato dont les photographies de visages monstrueusement imbriqués jouent d'une gémellité inquiétante. Du double au masque, il n'y a qu'un pas. Retour à la case départ donc.

Cet étrange objet du réel
À l'Espace Vallès jusqu'au samedi 22 décembre


Cet étrange objet du réel

Avec Christophe Canato, Manuel Dessort, Estelle Jourdain, Nadine Lahoz-Quilez, Johan Parent et Philippe Veyrunes
Espace Vallès 14 place de la République Saint-Martin-d’Hères
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Les maux et les choses" : art-bsurde signé Johan Parent et Vadim Sérandon

Exposition | Une exposition facétieuse à découvrir à l’Espace Vallès de Saint-Martin-d’Hères jusqu’au samedi 26 octobre.

Benjamin Bardinet | Mardi 24 septembre 2019

Un goût pour l'absurde et la dérision : voilà ce qu'ont en commun les œuvres de Johan Parent et Vadim Sérandon réunies à l’Espace Vallès dans l'exposition Les maux et les choses. Le premier a imaginé son espace comme une grande installation qui transforme le rez-de-chaussée du centre d’art de Saint-Martin-d'Hères en une sorte de bureau de type open space. Palmiers factices et lumière en néon participent à la création d’un univers aseptisé qui dissimule mal son potentiel anxiogène et dans lequel se dissimulent des œuvres qui, à l’image du monde du travail, souvent, tournent à vide : deux loupes qui permettent d’observer un miroir par exemple. À l’étage, Vadim Sérandon propose une série d’objets détournés auxquels il donne des titres qui jouent sur le décalage entre les mots et les objets. Notre préféré : une tapette à moustiques découpée en forme de croix orthodoxe, devient une « tapette à mystiques ». Plus loin, une série de compositions minimales géométriques réalisées à partir de table ikea est titrée IKEbanA en hommage à l’art nippon de la composition florale. Rigolo.

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"Convergence" : carrefour de création

Exposition | Mêlant actions sociales et histoire de l’art, l’exposition met en regard les pratiques artistiques de l’association Ruetabaga avec des œuvres contemporaines. Un point de rencontre qui ouvre un espace de création démocratique et sociologique, à découvrir à l’Ancien musée de peinture.

Charline Corubolo | Mardi 28 février 2017

Derrière le doux nom Mme Ruetabaga se cache une association dont la pratique sociale est le leitmotiv. De bidonvilles en camps, l’équipe organise des ateliers de rue mettant de côté toutes questions de genre et de différences sociales, ouvrant ainsi une brèche démocratique et collective afin de se réapproprier l’espace urbain à travers des moments de créations. Ces actions demeurent le point de départ de l’exposition Convergence où une multitude de productions entrent en résonance. Dans l’enceinte de l’Ancien musée de peinture se dévoilent ainsi des photographies documentaires des travaux menés et leur résultat plastique. Un angle militant et réflexif où incube une dimension sociologique ; angle investit également par l’art contemporain. Artistes locaux, tels que Johan Parent, Virginie Piotrowski et Stéphane Billot pour ne citer qu’eux, apportent leur regard sur la question aux côtés d’artistes nationaux comme Ben ou Claude Closky. Détournements de codes quotidiens et discours sur la création contemporaine s’imbriquent alors, dans la pratique amateur comme professionnelle, pour une exposition savamment populaire où tout le mon

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Johan Parent fait de l'art avec des Grenews

ARTS | Transformant des journaux en pâte grise, l'artiste grenoblois donne vie à la matière et rend l'homme passif. Un étrangement renversement pour une expérience déshumanisée.

Charline Corubolo | Lundi 22 février 2016

Johan Parent fait de l'art avec des Grenews

À l'angle de la place aux Herbes et de la place Claveyson, la galerie Showcase dévoile un rectangle gris sur fond blanc, lui-même sur fond gris. Étrange mise en abyme avec le mur qui le présente, donnant une résonance « malévitchienne » à l'ensemble. Le monochrome grisâtre aux aspérités irrégulières interroge ainsi le regard sur sa véritable identité : est-ce du béton ? Du papier mâché ? Ou juste une illusion ? La Matière grise de Johan Parent n'est rien de tout ça. Invité par la galerie début 2015, l'artiste grenoblois s'est mis à collecter les journaux Grenews qu'il recevait dans sa boîte aux lettres. Suivant un protocole de transformation de la matière, il a ensuite créé une pâte aux nuances grises qui s'affiche désormais dans l'espace public. S'intéressant aux objets et au rapport que l'homme entretient avec, l'artiste ne cherche pas à questionner le sujet mais donne à l'ensemble de ses créations des vies autonomes, déconnectées de leur fonction, plongeant le spectateur dans un état d'inutilité face à ses habitudes quotidiennes. Une position renforcée par la mise à distance

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Les lumières de la ville

SCENES | On aurait pu déposer cet article dans les pages expo, tant ce que l’on a découvert est à la croisée de l’art contemporain et du spectacle vivant. Mais la vie (...)

Aurélien Martinez | Mardi 3 février 2015

Les lumières de la ville

On aurait pu déposer cet article dans les pages expo, tant ce que l’on a découvert est à la croisée de l’art contemporain et du spectacle vivant. Mais la vie est faite de choix, et nous venons d’en faire un. Voici donc Extranea, nouvelle proposition du collectif K-LI-P, en activité à Grenoble depuis 2005 autour de la danseuse et chorégraphe Christel Brink Przygodda (notamment vue dans la compagnie de François Veyrunes) et du plasticien Philippe Veyrunes ("frère de" et surtout référence dans son domaine à Grenoble – il a bossé avec tout un tas de monde). Soit une « installation performance » au sein de laquelle les participants sont lâchés : libre au public de construire son parcours, de rester figé devant le corps de la danseuse, de s’échapper via les vidéos très urbaines projetées au mur, de déambuler près de la jungle de néons… Une expérience déroutante, assourdissante, hypnotique, bourrée de références souvent suggérées – beaucoup de texte défile par exemple, mais impossible de tout lire… De notre côté, on n’est pas arrivés à raccrocher tous les wagons (Extranea « confronte nos origines personnelles, culturelles, générationnelles et inte

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