Casque d'or

MUSIQUES | Tête d'affiche de la soirée de vendredi à la Maison de la Musique de Meylan, le Messin Alexandre Longo, alias Cascadeur, auteur de l'aérien The Human Octopus, nous raconte son goût des masques, ses angoisses et son rapport ambivalent avec la notion de succès. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

François Cau | Mardi 15 novembre 2011

Qui est Cascadeur ?

Alexandre Longo : Lorsque j'ai décidé de créer ce personnage, il était là comme une sorte d'infirmière. Je faisais pas mal de scène avec d'autres groupes [les groupes nancéiens Orwell et Variety Lab, NdlR] mais toujours en tant qu'homme de l'ombre. L'idée d'être au centre, c'était une hantise. J'accumulais les morceaux mais je suis tellement émotif que j'étais ému même quand je les jouais tout seul au piano chez moi. J'ai donc eu l'idée d'une doublure. Or s'il y a bien un individu qui remplit ces fonctions là, c'est bien le cascadeur. C'est la doublure d'une star exposée, dont on ignore le visage. Je voulais créer une sorte d'ambivalence : une musique qui vient de loin et un personnage un peu improbable. Finalement, l'un et l'autre se nourrissent mutuellement. Quand j'ai l'apparence de Cascadeur, je n'ai pas cette sensation d'être déguisé. Quand on vient me voir à la sortie de scène, j'ai souvent encore un masque sur la tête, je finis par l'oublier, ça devient ma peau.

En tant qu'ermite autoproclamé, comment as-tu vécu le succès critique de l'album The Human Octopus et l'exposition qui s'en est suivi ?

À ce moment-là, j'ai compris pourquoi être casqué était le bon choix. C'est un peu complexe pour moi d'appréhender tout ça. Il y a quelques années, tout ça me semblait inatteignable. Il y a eu des moments où ça a été compliqué de survivre, à tout point de vue, avec ce projet. Alors d'un coup avoir des papiers dans Libé, dans Les Inrocks, c'était vraiment très mystérieux. L'idée d'exposition était déjà problème mais la célébrité, je trouve ça effrayant et très destructeur. Or un cascadeur c'est quelqu'un qui veut durer, pas se détruire. Mais c'est quelque chose que je vis à distance. D'une part, le fait de vivre à Metz me préserve un peu. Et puis comme il y a ce dédoublement, ce succès, qui reste quand même relatif, me touche tout en étant destiné à quelqu'un d'autre.

Comment as-tu géré la transposition de ton album, très ambitieux musicalement, à la scène où tu joues seul ?

Il n'y a pas de moment que je préfère mais la scène c'est du jeu pur. Quand je compose chez moi, je passe des centaines d'heures sur un détail, je suis complètement obsessionnel. Sur scène, tu as une heure et tu dois être présent. Comme un coureur de fond, tu te prépares pendant des années et tu sais que tu as une course le 27 juillet à 19h ; il faut être là. Il n'y a pas d'échappatoire, ce n'est pas quelque chose que tu peux faire de façon légère. Je trouve que ça reflète pas mal mon parcours. Et puis c'est un exercice très physique. Quand tu es sur scène avec un masque de catch mexicain, un casque d'aviateurs par dessus, des projecteurs sur toi et que tu dois chanter avec tout ça, c'est épouvantable. Je me mets en péril physiquement, même si ça ne se voit pas parce que je suis masqué.

Est-ce que tu pourrais envisager un jour de tomber le masque ?

Non, car c'est une des raisons d'être du projet. Sans ce casque et sans ce masque, je chanterais différemment et je jouerais différemment. Sur scène, il n'y aurait pas cette interaction avec le public, ce côté cinématographique. Peut-être que je trouverai des alternatives sur d'autres projets, mais j'ai envie de garder cette idée de doublure. Au point que je me fais parfois remplacer. Je ne l'ai pas encore fait sur scène encore mais pour des apparitions publiques. Ça fait un peu de moi un escroc mais il y en a tellement d'autres dans la musique.

D'un point de vue purement cynique, penses-tu que tu aurais le même succès sans l'image véhiculée par Cascadeur, qui interpelle immédiatement ?

Je ne me pose pas cette question. Quand je fais ça, c'est vraiment pour des raisons intimes. J'ai lu des critiques disant que ça avait été déjà fait, mais ces gens-là sont passés à côté du projet sans comprendre que tout était lié. Un musicien, ce n'est pas seulement un instrument, c'est un corps, c'est un corps dans l'espace, avec des vêtements, des éclairages sur un visage. Arriver sur scène en jean et en t-shirt, je le conçois, mais pour moi c'est omettre toute une dimension du projet. Ce qui est important, c'est que chacun puisse faire de Cascadeur son interprétation personnelle et intime. À mon sens dès lors que tu montres ton visage, tu es cuit. Je ne dis pas que le visage n'est pas important, ni intéressant, c'est le plus beau des masques mais on n'en a qu'un. Moi, je préfère avoir plusieurs masques. Le grand paradoxe de Cascadeur, c'est que pour ne pas imposer une image, j'ai dû justement en imposer une.

Cascadeur + Greenshape + Rover

vendredi 18 novembre, à la Maison de la Musique (Meylan)

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"Interview" : la force de la parole

Théâtre | Voilà un spectacle ("Interview") qui, sur le papier, avait tout pour être austère ; mais qui s’avère être finalement intelligent et ludique à la fois. Et ce grâce au talent de son metteur en scène (le journaliste Nicolas Truong) et de ses interprètes (les excellents Nicolas Bouchaud et Judith Henry), capables de transmettre à un public plus ou moins néophyte l’essence de leurs recherches et réflexions. À découvrir à la MC2.

Aurélien Martinez | Mardi 4 avril 2017

« Impossible d'échapper à cet exercice journalistique qu'est l'interview dans notre monde surmédiatisé […]. Mais, à l'ère du bavardage généralisé, l'enjeu consiste à y faire encore advenir des vérités, des paroles qui viennent rompre le conformisme et la banalité grâce à cet art singulier de "l'accouchement de la pensée" » (extrait de la feuille de salle distribuée cet été aux spectateurs du Festival d’Avignon). Sur scène nous sont donc livrées façon puzzle diverses paroles (Depardon, Pasolini, Duras, Foucault, Morin…), mais toujours avec le souci de les rendre lisibles, et en n'oubliant jamais qu’il est ici question de théâtre. On rit ainsi beaucoup pendant cette création atypique qui propose une véritable émulation intellectuelle. Même si cela n’empêche pas de grands moments de tension dramatique, comme lorsqu’il s’agit d’évoquer la récolte de la parole de ceux qui ont participé à des atrocités. Interview À la MC2 du jeudi 6 au vendredi 14 avril

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Cabaret frappé – jour 4 : pop the music

MUSIQUES | La soirée de jeudi, avec les excellents Cascadeur et Frànçois and The Atlas Mountains, a tenu toutes ses promesses. Mieux : elle nous a même permis de découvrir, sous le kiosque à 19h, un charmant petit groupe (Natas loves you) dont on attend avec impatience le premier album.

Aurélien Martinez | Vendredi 25 juillet 2014

Cabaret frappé – jour 4 : pop the music

La vie est belle. Le soleil de nouveau de la partie. Le Jardin de ville blindé. C’est l’été, et le Cabaret frappé nous a permis de débuter la soirée d’hier avec la musique de Natas loves you, « à la croisée entre Metronomy et les Beatles » dixit leur bio. Carrément ! Sur scène, le jeune groupe luxembourgeois basé à Paris déploie un petit côté Phoenix agréable, et offre du coup une savoureuse pop indé parfois psychédélique. Et en anglais. Tout comme nous, le public semblait conquis. Info : leur premier album baptisé The 8th Continent est attendu pour le 6 octobre. On écoutera ça avec intérêt. En anglais ou en français 21h, sous le chapiteau, on avait rendez-vous avec le casqué Cascadeur et ses musiciens. Une claque entre pop dansante et ballades aériennes administrée par des excellents musiciens et une voix brillamment maîtrisée. « On pouvait se demander comment le trompe-la-mort réussirait son numéro de haute-voltige en

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Cabaret frappé : juillet musical

MUSIQUES | Le Cabaret frappé sera le temps fort de l’été grenoblois. Zoom sur cinq artistes issus de la programmation de cette seizième édition. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 15 juillet 2014

Cabaret frappé : juillet musical

La compagne créole On ne soulignera jamais assez le talent de caméléon de Rosemary Standley. L'horizon obscurci par son succès country folk initial – et mérité – d'avec Moriarty, on en oublierait presque que la jeune femme est capable de tout chanter. Elle le démontre sur chacun de ses nouveaux projets, à chacune de ses nouvelles prestations, montrant un insatiable appétit de trésors en tout genre pourvu qu'ils se chantent. On a ainsi pu le constater lors de son spectacle de music hall A Queen of Heart ; lors de la tournée Birds on a wire (qui passera par la MC2 à la rentrée) avec la violoncelliste et chanteuse brésilienne Dom La Nena, petit précis de reprises étalées sur cinq siècles ; et même encore, comme un écho, sur Fugitives, le dernier disque de Moriarty – là encore un album de reprises. C'est d'ailleurs avec son groupe que Rosemary retourne à la rencontre d'une personnalité qui l'a durablement marquée : Christine Salem, chanteuse réunionnaise et emblème du maloya, le blues local. Une Salem qui a redoublé le goût de Rosemary pour la créolisation – au sens où l'entendait Édouard Glissant – musicale. Et dont ce c

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Nous sommes tous des Tunisiens

ARTS | Composée de dessins satiriques, d’affiches au graphisme fort et de nécessaires recontextualisations, l’exposition itinérante Le Peuple Veut s’arrête aux Moulins de Villancourt pendant un mois, et offre aux visiteurs des points de vue singuliers sur la Révolution tunisienne. On est allés à la rencontre de deux de ses instigateurs, Raouf Karray, professeur des arts graphiques à Sfax, et Mohamed Guiga, graphiste à Tunis. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Vendredi 25 novembre 2011

Nous sommes tous des Tunisiens

Quand vous est venue l’idée de cette exposition ?Raouf Karray : Le 15 janvier, le lendemain de la fuite de Ben Ali. On était soulagés, on a respiré et on a tout de suite eu l’idée en se concertant avec Mohamed et un ami graphiste français qui vit à Paris. On s’est dit qu’on allait lancer un appel sur Facebook, demander qu’on nous envoie des visuels de soutien et de participation à la révolution tunisienne – un dessin de presse, une caricature, une affiche, peu importe. On pensait qu’avec Internet, ça pouvait faire rapidement un effet boule de neige, et en une semaine, j’ai été bombardé de visuels extraordinaires, de blogueurs tunisiens mais aussi d’ailleurs. On s’est alors demandé que faire de toutes ces choses, et on a lancé un autre appel pour faire savoir qu’on avait ce contenu à disposition. On a eu des retours d’institutions, d’écoles partout dans le monde qui étaient intéressées pour faire une exposition. La France, l’Italie, la Belgique, l’Egypte, le Liban… il y a une liste d’attente énorme ! Parmi les propositions d’artistes tunisiens, avez-vous tout de suite senti une plus grande liberté d’expression ?

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Drapeau noir

MUSIQUES | Les Barbarins Fourchus fêtent ce week-end l’inauguration de la Salle Noire, clôturant ainsi le feuilleton à rebondissements des négociations de leur départ du Théâtre 145. Sur place, on a rencontré Delfino, voix et âme barbarine. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Lundi 21 novembre 2011

Drapeau noir

Petit Bulletin : Vos longues discussions avec la municipalité ont finalement abouti… Delfino : En fait, je ne sais toujours pas si c’est signé. Le deal, c’est qu’on va être gestionnaire pour trois ans de cette salle qui devient notre outil de travail, qu’on va essayer de rendre vivant en accueillant d’autres compagnies. Mais après, on a très peu de moyens, on ne peut plus mettre de techniciens à disposition. On va revenir à nos créations, et à des propositions qu’on faisait plus à nos débuts, des apéros-concerts, des petits cabarets, on poursuit aussi nos partenariats avec le festival de la Marionnette, ça se met en place doucement. Et qu’en est-il des ateliers que vous aviez développés dans le quartier ? Ça continue, c’est justement pour ça qu’on voulait rester dans ce coin. Pendant dix piges, on s’est efforcés d’ouvrir ce Théâtre 145 sur l’extérieur, de le rendre vivant et pas seulement quand il y avait un spectacle. Il faut qu’on fasse vivre ce nouveau lieu. On n’est pas loin, on a fait 200 mètres. On se retrouve dans un quartier… on pourrait être à Lille, ce sont les mêmes bâtiments, les mêmes bétonneurs, les mêmes ar

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Boulevard de l’accord

MUSIQUES | Cascadeur, c’est un personnage. Un artiste qui se veut le plus discret possible, répond de façon sibylline aux interviews, apparaît en public caché sous un (...)

François Cau | Lundi 12 septembre 2011

Boulevard de l’accord

Cascadeur, c’est un personnage. Un artiste qui se veut le plus discret possible, répond de façon sibylline aux interviews, apparaît en public caché sous un casque de moto parfois doublé d’un masque de catcheur, déploie sur scène un arsenal de jouets enfantins et de projections surdimensionnées. Puis derrière le décorum, il y a la musique, fragiles comptines pop-folk où la voix diaphane du grand enfant s’accompagne de chœurs profanes et d’arrangements élégamment pianotés. Si sur son album The Human Octopus, de prestigieuses ombres rôdent avec un peu trop d’insistance, le projet semble néanmoins prendre son sens et sa singularité sur scène. A surveiller de près lors de son prochain passage meylanais, donc. Cascadeur + Rover + GreenshapeVendredi 18 novembre à 20h, à la Maison de la Musique (Meylan)

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Clash Contre le Cinéma

ECRANS | Le Centre Culturel Cinématographique (CCC), ciné-club grenoblois historique, entame la saison dans une conjoncture morose, avec la somme de ses bonnes volontés comme principal atout. Le point avec Pierrette Amiot, présidente de l’association. Propos recueillis par FC

François Cau | Dimanche 11 septembre 2011

Clash Contre le Cinéma

Petit Bulletin : Vous attaquez l’année sans salarié, et avec un budget en baisse…Pierrette Amiot : L’an dernier, on fonctionnait au total avec 7500 euros. On n’a pas subi une très grosse réduction de budget, mais on a quand même une diminution des aides publiques. Le plus embêtant, c’est qu’avec nos subventions, ça fait longtemps qu’on n’a plus les moyens d’avoir un poste ne serait-ce qu’à mi-temps. Jusque-là, on fonctionnait avec des emplois aidés, ça allait bien, on a eu des personnes pendant deux ans. Mais depuis janvier, les emplois aidés ne sont pris en charge qu’à hauteur de 70%, ce qui n’est pas assez pour nous, d’autant que ce n’est plus que sur six mois. Autant de frais et de turn-over, on ne peut pas se le permettre. Ça reste notre problème le plus grave, ça fait beaucoup de travail pour des bénévoles si on n’a pas quelqu’un qui assure la permanence. Si on arrive à venir à bout de cette question, on continuera à exister doucettement comme avant, avec toujours les mêmes problèmes de coût de location des films, le pire étant le transport qui augmente tous les ans et qui coûte vraiment très cher. Mais vous bénéficiez toujours de l’accès au catalogue de

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Métal mental

MUSIQUES | Musique / À l’occasion de la sortie d’Imperial Tzadik, leur nouvel album, et du concert qui l’accompagne, rapide échange avec Emmanuelson du groupe Ellipsis. propos recueillis par DG

Christophe Chabert | Mercredi 31 janvier 2007

Métal mental

Quel est le parcours du groupe ? Emmanuelson : On existe sous cette formation depuis 4 ans ; on a réalisé un maxi, Build The Nation, et 3 albums, Comastory, From Beyond Thematics, et le dernier, Imperial Tzadik, sorti il y a quelques semaines sur notre nouveau label. Et on a tourné avec des groupes comme Opeth, Arcturus, After Forever, Nightmare... Comment décrirais-tu ce nouvel album ? Du métal varié, mélodique mais psychotique, avec des influences qui vont de Nevermore à Faith No More, en passant par Opeth ou Devin Townsend, voire Tool. C’est un album contestataire, en lutte contre la vivisection (on vient d’ailleurs de réaliser notre premier clip avec le titre Perfect Rage, qui traite des animaux de laboratoires), l’expérimentation sur l’homme, la déforestation, les pollutions de toutes sortes engendrées par l’être humain… Jusqu’à la remise en question des religions et politiques, sans oublier cette économie qui est censée ne laisser que les plus forts en vie. Qu’est-ce qui t’attire dans le métal ? C’est une musique qui demande une attention, et une envie particulière. Je pense qu’il ne faut pas avoir d’a priori contre cette musique, ni ce milieu. C’est un style très varié

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Maîtres de cérémonie

MUSIQUES | Ils contribuent au dynamisme des nuits grenobloises, en offrant régulièrement au public des plateaux musicaux de qualités. Rencontre avec deux organisateurs de soirée, Alban d’Interface Electronics, et Pam* d’Hadra.

| Mercredi 31 janvier 2007

Maîtres de cérémonie

ALBAN (INTERFACE ELECTRONICS) L’asso a bientôt 1 an. Quel premier bilan tires-tu ? Alban : On a commencé les soirées Electronic music for open minded people en février 2006 à la MC2 et jusque-là, on n’a eu que des succès : un bon retour du public par rapport au lieu et à la programmation, et un esprit très festif qui se dégage des soirées. En termes de fréquentation, on a fait entre 350 et 400 personnes à chaque soirée, donc c’est un bon résultat. Comment décrirais-tu le public de vos soirées ? On a commencé à fidéliser un certain public, mais il y a toujours des nouvelles têtes. Dans l’ensemble, j’ai l’impression qu’on a un public un peu plus âgé, il y a peu de jeunes entre 18 et 20 ans, qui constituent pourtant la majeure partie des gens qui sortent. En fait, les gens viennent surtout pour découvrir, ils ne sont pas forcément férus de musique électronique, ce sont des personnes qui ne trouvaient pas forcément de lieux à Grenoble qui leur correspondent pour sortir et faire la fête. Depuis début janvier, vous avez mis en place une programmation bi-hebdomadaire au bar MC2… Oui, tous les vendredis et tous les samedis. L’objectif, c’est de proposer un endroit festif, mais pas ch

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PRÉVENTION TOUT TERRAIN

MUSIQUES | Même si l’on est très loin des descriptions apocalyptiques ridicules trop souvent dressées par les journaux à sensation, il serait à l’inverse hypocrite de nier la présence fréquente de conduites à risques (consommation de drogues, rapports non protégés…) au cours des soirées. Entretien avec Audrey Casabielhe, présidente de l’association AIDES Isère, qui tient régulièrement des stands de prévention sur le terrain. Propos recueillis par Damien Grimbert

| Mercredi 31 janvier 2007

PRÉVENTION TOUT TERRAIN

Comment est née cette idée d’établir des stands de prévention ? Audrey Casabielhe : À l’origine, il y avait un groupe régional qui intervenait sur Marseille, et comme Grenoble est quand même une plateforme importante au niveau de tout ce qui est événements festifs et musiques électroniques, il nous a semblé prioritaire de mettre en place des interventions de ce type lors de ces évènements. Depuis quand et où intervenez-vous ? On a commencé l’année dernière, et on est intervenu par exemple sur le festival Hadra à Chorges, sur les soirées Hadra et Icône à la Bastille… Et on travaille également en partenariat avec des personnes-relais, qui ont l’habitude d’être dans ce milieu-là, et qui interviennent tout au long de l’année. On leur fournit des kits de prévention, et de la documentation dont elles peuvent disposer lors de la soirée, et elles interviennent avec leurs méthodes à elles. Ça c’est pour tout ce qui est régulier-régulier, car comme on n’est pas non plus très nombreux, on ne peut pas intervenir tous les week-ends. En quoi consistent ces stands ? Ils ont pour vocation la réduction des risques liés à la consommation de produits psychoactifs et aux relations sexuelles. On y

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«Une diversité d-œuvres»

ARTS | Interview / responsable de l'Artothèque depuis 1982, Michèle Dollman a contribué à l'enrichissement des collections. Propos recueillis par Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 7 février 2007

«Une diversité d-œuvres»

Depuis votre arrivée, vous avez recentré les acquisitions sur la photographie. Pour quelles raisons ? Michèle Dollman : Effectivement, dans la collection qui a débuté en 76, il y avait beaucoup d'estampes. Le marché de l'art a explosé dans les années 80, donc on a pu acheter de la photo ; ce n'était pas encore trop cher. Je continue aussi à acheter de la photographie, car je mène parallèlement depuis quelques années une politique d'exposition uniquement de photographies. Justement dans les expositions, vous alternez photographes connus et découvertes. Connus, inconnus, photographes de la région, de Grenoble. C'est bien de mettre en rapport les différents regards : je crois que c'est bénéfique pour des photographes d'ici d'être confrontés à des aînés. Comment avez-vous sélectionné les 50 photographies choisies et exposées au Musée ? La sélection a été faite par Guy Tosatto (le Conservateur du Musée de Grenoble) en partant du principe qu'il fallait montrer des séries pour ne pas que ce soit trop disparate. Il a mis un peu l'accent sur les œuvres qui seraient aujourd’hui patrimoniales : des images que beaucoup de monde connaît, comme celles de Doisneau, Boubat, mais qui sont tout

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Avant eux le déluge

SCENES | Dans un no man’s land post-apocalyptique, un père noie son fils mutique d’une logorrhée verbale sur le bruit d’un monde distant, voire disparu. À la mise en scène, Pascal Mengelle livre sa vision noire et ironique du “Fredon” d’Olivier Gadet. Rencontre. Propos recueillis par François Cau

| Mercredi 7 février 2007

Avant eux le déluge

Comment le texte d’Olivier Gadet entre en résonance avec tes précédents travaux théâtraux ? Pascal Mengelle : Au départ je croise Patrick Zimmermann, qui me donne le texte. Je lis la moitié du livre le jour même, je l’appelle tout de suite et lui dit que je l’adore, que j’aimerais bien le monter. J’y ai vu la présence du fils tout de suite - parce que le roman au départ, c’est un texte un peu étrange, écrit d’un bloc sans paragraphe sans parties sans rien, un flot continu. Mais ce qui est déjà très théâtral, c’est l’écriture au style direct, il parle tout le temps à un fils qu’on imagine. Tout est incertain, toutes les choses pourraient être fausses, les situations, les choses évoquées sont ambiguës, on pourrait être dans une tête, un espace mental. Pour répondre plus concrètement, ce qui m’a plu c’est que j’ai fait beaucoup de rapprochement avec Beckett, un auteur que j’avais exploré pour ma première création, P’tit Coin. Le Fredon sera très différent de P’tit Coin dans la mise en scène mais dans le fond il y a quelque chose qui est là, des thématiques qui me sont chères. Ce que j’aime beaucoup c’est que ça se situe dans un vide, avec toujours une dimension universelle, un peu de

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Ghost in the Shell

SCENES | Conversation / Son spectacle, “Konnecting Souls”, condense les objectifs de ces Rencontres de l’Imaginaire : une interaction intelligente entre art et technologie, qui parvient à interroger les deux disciplines avec une pertinence égale. Entretien avec le chorégraphe Franck II Louise. Propos recueillis par François Cau

| Mercredi 7 mars 2007

Ghost in the Shell

L’utilisation des capteurs sonores sur les danseurs donne au spectacle des couleurs musicales et chorégraphiques définitivement à part. Aviez-vous en tête de créer une nouvelle discipline dans la danse hip hop, un genre de “abstract breakdance“ ? Franck II Louise : Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de dépasser le genre. C’est une synthèse de tout ce que j’ai traversé : j’ai commencé avec la danse hip hop, avec les remixs en tant que DJ, après je suis passé sur les claviers, à faire ce qu’on appelait de l’électro-funk. Et pour moi, c’est la suite logique de mon évolution. J’ai traversé pendant toutes ces années d’autres courants musicaux. J’ai bouffé de la musique électro depuis tout petit, en passant par Kraftwerk et tous les autres courants belge, de Détroit, le funk, la musique afro-américaine, africaine... Dans Konnecting Souls, on me reconnaît des racines mais c’est au-delà de ça, et je me fous de savoir si l’on perçoit les origines hip hop ou non. Et en plus, je fais jouer par le corps, ce n’est pas un clavier qui va contrôler les sons, le corps est devenu l’instrument. On est dans une relation très étroite à la danse, dans la lecture de la musique par le mouvement donné.

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La traversée des corps

SCENES | Interview / La célèbre Russell Maliphant Company interprétera un double programme exceptionnel à la Rampe : LES PIÈCES Transmission et Push. Entretien avec son humble chorégraphe, Russell Maliphant. Propos recueillis par Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 14 mars 2007

La traversée des corps

Pourquoi et comment la lumière est-elle devenue si importante dans votre travail chorégraphique ? Russell Malliphant : Avant de commencer à créer mes propres projets, j’ai travaillé avec quelqu’un qui est spécialisée dans l’improvisation, Laurie Booth. Au cours de ce stage, j’ai rencontré Michael Hulls (ndlr : créateur lumière et co-directeur de la compagnie Maliphant). Simultanément, j’ai collaboré sur un spectacle à l’écriture du mouvement dans le cadre du Dance Umbrella Festival, Et cela a coïncidé avec le début de la création de mes pièces. J’ai été très chanceux de rencontrer Michael Hulls à cette époque. Notre travail a débuté sur la route, pendant une tournée. On avait plein d’envies. Quand s’est présentée une opportunité de création, qui devait comprendre une partie improvisée et une partie déterminée à l’avance, nous avons pu approfondir notre travail commun, et expérimenter à tout va. Nous avons essayé plein de choses, et de là naissaient de nouvelles idées. Cela nous motivait pour de nouveaux spectacles. Puis, j’ai pu créer une nouvelle pièce. J’ai naturellement fait appel à Michael Hulls. On avait déjà à ce moment là de la matière a explorer : notamment une nouvelle fa

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«L'idée de nation est obsolète»

CONNAITRE | Robert McLiam Wilson l'auteur Irlandais du drôlissime Eureka Street, de Ripple Boggle ou encore du poignant Les Dépossédés, sera un des invités du prochain Printemps du Livre. Rencontre. Propos recueillis par Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 14 mars 2007

«L'idée de nation est obsolète»

Dans les Dépossédés, vous parlez de l'échec d'écrire sur la pauvreté. Robert McLiam Wilson : Ce livre c'est une réponse, un hommage. Je ne suis ni un expert, ni un technicien dans ce domaine. Ce livre, je l'ai fait en réponse à un homme que j'ai vu à la télévision anglaise. Dans une très intelligente émission il avait dit : «il n'y a pas de pauvreté en Angleterre, car tout le monde a la télévision». Cet homme était un premier conseiller du premier gouvernement Bush, un homme sérieux, de pouvoir. Et les gens écoutaient ça, ces conneries. Cela m'a rendu fou. Mon livre, c'était une simple réponse à cela. Parce que je n'étais pas un expert, la seule chose que je pouvais faire c'était aller dans les endroits, décrire ce que je voyais. Malheureusement, c'est toujours important de faire cela, car les choses sont les mêmes aujourd'hui. Je viens juste de lire dans une revue française respectable et très académique, un sujet sur «la pauvreté parmi les millionnaires aux États-Unis». My God, j'étais jaloux, j'étais vraiment jaloux ! Parce que c'était la meilleure satire de tous les temps et tout d'un coup, j'ai réalisé que le sujet était sérieux que ce n'était pas du deuxième degré. En France

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Self Défense

ARTS | Installation / Il vient de transformer le LIA en bunker gorgé d’armes de distraction massive. Julien Prévieux nous ouvre les portes de sa “Pseudo-Collision”. Propos recueillis par FC

| Mercredi 21 mars 2007

Self Défense

Tous les éléments de Pseudo-Collision sont des détournements… Julien Prévieux : Surtout le film. J’ai pris un James Bond classique, on peut le dire assez médiocre, et il s’agit donc de rajouter une batterie d’effets classiques hollywoodiens : des flammes, des fumées, des explosions… Il dure deux heures et sur tous les plans on a au moins un petit effet dans un coin, une évolution crescendo, pas loin du cinéma expérimental. Avec la volonté d’épuiser le spectateur… Carrément, sur les deux heures c’est assez dur de tenir. Là, tu l’as vu par séquences, mais sur la durée les effets reviennent vraiment de manière répétée, avec une batterie quand même assez large. Ça partait aussi d’une volonté de s’insérer dans la fin d’une chaîne de production hollywoodienne classique déjà bien rôdée. Ton projet principal, les lettres de non-motivation, c’est un work in progress permanent ou ça va prendre fin un jour ? C’est un projet qui dure depuis maintenant sept ans : il s’agit de refuser du travail quotidiennement pendant certaines périodes, même si maintenant c’est moins régulier. J’achète la presse spécialisée ou quotidienne, je fais comme si toutes ces petites annonces m’étaient personne

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Le(s) déserteur(s)

ECRANS | Avec Volem rien foutre al pais, Pierre Carles poursuit son projet filmique et politique autour de la question du (non) travail, et revendique son indépendance actuelle. Interview. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 21 mars 2007

Le(s) déserteur(s)

Que représente pour vous la sortie en salles de vos films ? Pierre Carles : Depuis Pas vu, pas pris, mes films n’ont en effet pas été vus ailleurs qu’au cinéma, ils ont un peu circulé en échange gratuit sur internet. Mais leur visibilité est surtout liée aux salles art et essai, pas aux salles de cinéma, ils ne passent pas dans les multiplexes. On a réussi avec des petits films bricolés à toucher en moyenne 100 000 personnes, ce qui n’est pas ridicule. Mais ce n’est pas seulement un acte politique, c’est aussi une nécessité économique, et les salles trouvent leur compte à passer ce genre de films. Est-ce une manière de répondre au discours ambiant et télévisuel par un discours de résistance qui se tient sur d’autres écrans ? La question, c’est d’abord de produire des films indépendants qui ne sont pas sous influence, en tout cas pas sous l’influence de la télévision. Les recettes de Pas vu, pas pris ont permis de continuer à produire sans le financement de la télévision, ni des institutions d’ailleurs. Volem rien foutre al païs est le premier à obtenir des financements institutionnels mais on ne les a pas laissés intervenir dans le contenu. Seules les entrées en salles nous fina

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«Je ne suis pas un auteur à hypothèses»

CONNAITRE | Interview / Zahia Rahmani, née en Algérie d’un père harki, est arrivée en France en 1967. Dans “France récit d’une enfance”, elle narre les paysages tumultueux de sa construction. Propos recueillis par Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 21 mars 2007

«Je ne suis pas un auteur à hypothèses»

Vous faites le récit de votre construction à travers souvenirs, travail de mémoire. En quoi était-il important, pour vous, d’écrire ce livre ? Zahia Rahmani : Tous les livres sont importants, au moment où on les fait. Je pense qu’à ce moment-là, il y avait deux urgences : l’une était la confrontation avec la question de la mort de ma mère. Ce qui a fait surgir en moi un sentiment de panique, une peur, et la question du territoire. C’est-à-dire, je me suis retrouvée, de fait, convaincue d’être dans un territoire, parce que j’y avais été emmenée, et je ne m’étais pas vraiment posée cette question-là, tant que la mère vivait. C’était ma patrie. D’autre part, les commentaires cumulés ces dernières années sur les individus venant de pays musulmans et plutôt du Maghreb, l’histoire du voile, les émeutes, ne me laissaient pas de répit. En ce sens où moi, je suis arrivée en France en 67, et je n’imaginais pas dans les années 70 d’être confrontée, 20 ou 30 ans plus tard, à une nécessité de dire : je suis d’ici. Et donc dire, je suis d’ici, cela signifiait pour moi raconter comment j’avais grandi dans cette campagne française. Le “je suis d’ici”, cela ne veut pas dire raconter un attachement

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Hors Limites

MUSIQUES | Musicien à la boulimie maîtrisée de plus en plus proche de ses solides référents, Vincent Ségal, violoncelliste on ne peut plus éclectique, revient sur son parcours en avant-goût de sa soirée “Bach to Bach” à la MC2 (et prouve aux sympathiques mauvais esprits qu’aucun lien ne le relie à Steven). Propos recueillis par FC

| Mercredi 21 mars 2007

Hors Limites

Comment s’est constituée votre famille musicale, avec Cyril Attef, Sébastien Martel, Julien Lourau… ? Vincent Ségal : En 1996. C’était à une époque où je ne jouais presque pas sur Paris, je me consacrais aux tournées avec Glenn Ferris (le meilleur tromboniste jazz du monde, ndlr). Je revenais du Brésil, Julien Lourau m’a appelé en disant qu’il avait envie d’expérimenter sur un projet intitulé Olympic Gramophon, j’ai répondu à l’invitation, rencontré les autres et on ne s’est plus quitté. J’ai connu Magic Malik à ce moment-là aussi, il vivait avec Camille à l’époque – peu de gens le savent, mais Malik et Sébastien Martel l’ont beaucoup aidé pour ses premiers pas ; Sébastien m’a présenté Mathieu Chédid pour participer à son premier disque… Ça donne une famille intéressante ; même si maintenant on se voit moins souvent, que Mathieu est devenu ce qu’il est, que Sébastien a développé une nébuleuse de son côté. On ne se voit plus que pour enregistrer, mais quand ça se produit, on a toujours cette impression de faire partie d’une vieille bande. Je fais très attention à la jeune génération également. J’ai appris avec Glenn qu’il fallait être à l’aise, jouer avec le plus de monde possible,

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Les enfants de la toile

CONNAITRE | La déclaration d’Autrans a été adressée aux candidats, à la présidentielle comme aux législatives, par les participants des 11e rencontres Internet qui s’y tenaient, du 10 au 13 janvier. Nous sommes revenus sur certains points avec Thierry Gaudin, actuel président des rencontres. Il est prospectiviste, ancien du conseil général des Mines. Propos recueillis par Bernard de Vienne

| Mercredi 21 mars 2007

Les enfants de la toile

Dans la déclaration d’Autrans, vous faites d’Internet le lieu de la prise de conscience écologique. C’est plutôt un effet collatéral de son utilisation, l’écologie n’y est pas née. Thierry Gaudin : Il est évident que l’outil Internet n’a pas été conçu à cette fin. Mais il favorise la constitution de lobbies écologistes, comme l’Environment Defense Fund en Californie, qui compte 500 000 adhérents. C’est grâce à lui, par exemple, que l‘état de Californie a adopté une législation environnementale beaucoup plus contraignante que celle du reste des Etats-Unis. Vous réclamez la mise en ligne gratuite des résultats de la recherche publique et des données géographiques. N’est-ce pas déjà le cas, par exemple sur les sites de l’INRIA, du CNRS ou de l’IGN ? Le problème est qu’à l’heure actuelle, tout repose sur la bonne volonté des chercheurs. Le système ne les encourage pas au “copyleft“ (par opposition au copyright, qui limite la copie, ndlr). Pour accéder au prix Nobel, il faut être publié dans les revues spécialisées, être remarqué par les comités de lecture, être cité le plus possible... De plus en plus de chercheurs diffusent certes leurs travaux sur le Net, dans un esprit libertaire

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Festival de la Résistance

ECRANS | Entretien / La présidente de l’association du Centre Culturel Cinématographique, Pierrette Amiot, fait le point sur sa situation à l’aune de ses 40 années d’existence. Propos recueillis par FC

| Mercredi 28 mars 2007

Festival de la Résistance

Quelles volontés animent la célébration de ce quarantenaire ? Pierrette Amiot : On a voulu travailler avec différents partenaires, pour consolider des liens et tenter de toucher un autre public, aller à sa rencontre. On a essayé de mélanger des projections de films relativement récents au Club et au Méliès, et de classiques dans la Salle Juliet Berto, avec L’Atalante de Jean Vigo, qui est tout de même le film étendard des ciné-clubs. La programmation demeure fidèle à ce qu’on a l’habitude de faire. Où en est la crise financière qui vous menace ? On avait sonné la sonnette d’alarme l’année dernière et les collectivités y ont répondu. On a eu une hausse de la subvention municipale, et la création d’une subvention du Conseil Général dont on nous promet une reconduction en 2007. On remercie notre public et donc nos adhérents, pour leurs aides financières et psychologiques, qui sont très loin d’être négligeables. Ça équilibre nos frais généraux, qui restent importants. Les coûts de location des films ont augmenté, les coûts de transport aussi aux dernières nouvelles, il y a de moins en moins de copies 16MM en circulation… Est-ce que la loi régissant les ciné-clubs est adaptée au c

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Sans concession

MUSIQUES | Allumé, salace et ravageur, le son des ghettos de Baltimore sort progressivement de l’ombre. À l’occasion de son passage à Grenoble, entretien avec le DJ parisien Kazey, ambassadeur français de la discipline. Propos recueillis par Damien Grimbert

Christophe Chabert | Mercredi 28 mars 2007

Sans concession

La Baltimore club music reste assez méconnue. Comment la présenterais-tu ? Kazey : Comme son nom l’indique, cette musique est née a Baltimore au milieu des années 90. Elle est issue des ghettos de cette ville. Ses influences premières sont la Miami bass, la ghetto house de Chicago, et la gogo music de Washington (des styles musicaux orientés vers la danse, à mi-chemin du hip-hop et des musiques électroniques, et souvent issus des quartiers les plus pauvres des villes précitées, ndlr). Les lyrics sont souvent “explicit”, les basses énormes et le groove imparable. C’est l’essence même de la musique pour les clubs : sexy et dynamique. Comment as-tu découvert cette musique, et quel était ton parcours de DJ avant cela ? J’ai commencé à acheter du hip-hop et de la hip-house à la toute fin des années 80, mais je ne me suis mis à mixer qu’en 91 après un court séjour à Londres. J’ai aimé, et j’aime toujours, beaucoup de styles musicaux différents, de la techno de Detroit au dirty south (branche du hip-hop spécifique au Sud des Etats-Unis, ndlr) en passant par la drum’n’bass ou l’électro-rock. J’ai toujours eu les oreilles grandes ouvertes en fait, il y a du bon dans tous les styles. Biza

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«Fusionner l’instrumental et les machines»

MUSIQUES | entretien / Directeur des Abattoirs et responsable de la programmation du festival ElectroChoc, José Molinas a répondu à nos questions. Propos recueillis par Damien Grimbert

| Mercredi 4 avril 2007

«Fusionner l’instrumental et les machines»

Qu'est ce qui vous a donné envie de créer ce festival ? Quel est son objectif ? José Molinas : Le projet de la Smac –les Abattoirs, initié par la Ville de Bourgoin Jallieu, a débuté en 1999 et dés les premiers concerts hors les murs, le public a répondu présent et particulièrement en ce qui concerne les esthétiques liées aux musiques utilisant les nouvelles technologies ; ce fut le cas pour des concerts du type Mei Té sho, Ez3kiel, et autre High Tone, tous des groupes de la scène régionale et précurseur sur le plan national d’une certaine fusion machines et instruments. Les conditions acoustiques des lieux que nous utilisions n’étaient pas top , loin de là, malgré le matériel son et lumières que nous mettions en place, la qualité était minimale aussi nous avons levés le pied sur ces esthétiques des musiques actuelles en attendant d’avoir une « vraie » salle ! D’autre part, le Nord Isère renferme un certain nombre de DJ’s et autres livers , plus habitués aux « Raves » sous les bois et même s’il agit d’une organisation porteuse d’un certain état d’esprit, la qualité technique de ces soirées confond la puissance ( souvent excessive ) et la qualité du son. Avec l’arrivée de notre

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Sans réserve

ARTS | Exposition / Dernière exposition en date présentée à Spacejunk, Convince me réunit pas moins de 4 artistes différents sur un support commun. Entretien avec deux (...)

| Mercredi 11 avril 2007

Sans réserve

Exposition / Dernière exposition en date présentée à Spacejunk, Convince me réunit pas moins de 4 artistes différents sur un support commun. Entretien avec deux d’entre eux, les photographes Stéphanie Solinas et Bertrand Trichet. En quoi consiste Convince me ? Bertrand Trichet : C’est le rassemblement de trois types de travaux différents : une photo, un poème, et la sérigraphie pour lier tout ça. Les photos, c’est Stéphanie et moi-même, les poèmes, c’est Scott Bourne, un skateboarder professionnel américain qui en écrit régulièrement, et la sérigraphie, c’est Jérémy Cortial, de El Shopo. Comment est née l’idée de ce projet commun ? Stéphanie Solinas : En fait, on a fait un portfolio dans un magazine, avec ces images de paysages en polaroid, qu’on a associé aux poèmes de Scott. C’était la première idée. On le connaît depuis longtemps, et on trouvait que ses poèmes correspondaient vraiment à ce qu’on disait dans nos photos, ça nous a donc semblé assez évident de les associer matériellement, et de faire un travail graphique unique. L’idée, c’était d’arriver chacun avec ses trucs et de faire un travail commun : ce n’est pas une expo collective, c’est une expo de travaux collectifs,

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Génération perdue

CONNAITRE | Rencontre avec l’auteur phare de la nouvelle scène BD chinoise Benjamin, à l’occasion de son passage il y a quelques semaines à la librairie BD Fugue Café de Grenoble. Propos recueillis par Damien Grimbert (interprète : Yann Kerhuel)

Christophe Chabert | Mercredi 18 avril 2007

Génération perdue

En France, on découvre tout juste les bandes dessinées chinoises. Est-ce qu’à l’inverse, les bandes dessinées européennes, les comics, et les mangas sont largement répandus en Chine ? Benjamin : Le marché chinois est inondé de mangas, mais il s’agit quasi uniquement de contrefaçon, donc ça ne passe pas par les circuits classiques des éditeurs. La bande dessinée française, on en trouve, mais en très petite quantité, il y a à peu près 300 titres. Les comics, en revanche ne sont pas diffusés. Quelles sont, à tes yeux, les particularités de la bande dessinée chinoise ? Pour simplifier, on peut distinguer les artistes chinois en deux groupes : ceux qui ont essayé de copier les mangas, et qui ont échoué, puisqu’ils faisaient la même chose en moins bien. Et une autre école qui a commencé à prendre plus ses influences du côté de l’Europe et des Etats-Unis, mais qui n’a pas très bien marché non plus sur le marché chinois, où le lectorat est assez jeune, et très féminin. Et au milieu, moi et mes amis, qui avons acquis une certaine reconnaissance grâce à nos bandes dessinées qui plaisaient plus, au départ, à un public féminin, même si cela a évolué depuis. Est-elle plutôt considérée comme

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Peur Bleue

ECRANS | Entretien / La scène se déroule le 19 avril. Emmanuelle Cuau, terrorisée par l’échéance du 22, défend son film tant bien que mal, en essayant de ne pas penser au devenir de notre société. Mais entre le propos de son film, sa date de sortie ou ses problèmes personnels, c’est dur. Propos recueillis par François Cau

| Mercredi 2 mai 2007

Peur Bleue

Pourquoi avoir eu envie de faire ce film en particulier, au sortir de douze ans d’absence du grand écran ? Emmanuelle Cuau : J’ai quand même un peu travaillé, sur des téléfilms pas terribles pour Arte et M6 ou avec Jacques Rivette. Il y avait un projet auquel je tiens beaucoup, intitulé L’Affaire Riesman, je m’y suis accroché pendant dix ans avant de laisser tomber. J’ai eu des éléments douloureux dans ma vie personnelle, qui m’ont pris l’énergie nécessaire pour porter un film à bout de bras. J’ai ensuite rencontré la scénariste Agnès Caffin, on est parti dans l’écriture avec une idée : comment une personne peut rendre l’autre folle. D’autres interrogations sont venues se greffer, c’est quoi être normal ou anormal dans notre société, est-il normal de voir un psychiatre comme on va chez le dentiste… Au départ le projet se focalisait sur la vie quotidienne de deux frères. On a fait un break dans l’écriture, on a travaillé sur d’autres choses, le temps a passé. Lorsqu’on a repris l’écriture, la question posée par le script est devenue celle de savoir si ce n’était pas notre société qui nous rendait un peu fou, parano. Qu’est-ce qui a motivé ce changement d’axe ? Tout le long du f

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