(Presque) toute première fois

MUSIQUES | Connu pour être le frontman du groupe Nubuck, le Rhônalpin Chris Gontard débarque seul avec un album décalé et ludique. Du coup, il faut désormais l’appeler Gontard!... Petit point sur la question, avant son concert. Laetitia Giry

Laetitia Giry | Vendredi 18 janvier 2013

Petit pas de côté pour Chris Gontard, la sortie de l'excellent album Bagarre Lovesongs marque un tournant individuel salutaire. « Dans les Nubuck [groupe sur lequel au Petit Bulletin on a toujours été dithyrambiques – ndrl], j'écris une partie des morceaux non négligeable (mélodie et chant), sachant que je ne suis pas musicien, je travaille à partir de samples et de boucles que je travaille à la maison et que l'on réarrange ensuite avec le groupe. » Ce qui était la matière première dans le cadre de Nubuck devient ici le résultat final. Ce qui était simple ébauche est livré tel quel, en version brute, par un Gontard ! qui a décidé d'assumer pleinement le côté lo-fi de ses productions personnelles : « J'enregistre tout chez moi de manière assez frénétique, et j'ai désormais du matériel de bonne tenue »… Raison pour laquelle trente morceaux sont réunis sur un CD vendu avec l'impression des textes en format journal. Une originalité propice à la conquête d'un public appréciant les bidouillages et les idées faites objets…

L'archiviste fou

Les samples évoqués ci-dessus (boucles de sons de films ou de musique) sont associés à sa prose : « J'ai des milliers de disques chez moi, je suis un collectionneur de sons, j'archive beaucoup de choses et sample énormément tout le temps. À côté de ça, j'écris, j'ai toujours un petit carnet sur moi, je glane des mots par-ci par-là… C'est le télescopage des deux qui fait ce disque. » Les sons qu'il revisite proviennent « de morceaux qui [lui] parlent et [lui] font du bien » – un bien qu'il compare avec humour à une « psychanalyse musicale ». De la bossa nova aux films hollywoodiens, avec une tendance marquée pour les années 70, leurs « radios qui grésillent », leur « culte de la liberté, de l'anarchie », les plages sonores offrent à l'auditeur un voyage vif et saturé. Si Gontard ! affirme que « les suites d'accords qui [le] touchent sont toujours un peu dans des teintes mélancoliques », force est pour nous de constater la force de l'écart entre des morceaux pleins de fantaisie et d'autres en effet plus sombres. Des morceaux courts pour la plupart, non pas par instinct de rébellion contre le format habituel, mais juste pour le plaisir de s'arrêter quand ça lui chante, de composer sans carcan la structure et le fond de ce qu'il défendra sur scène.

La cage au tigre

Ce samedi, le public grenoblois aura les honneurs de son premier concert tout seul. « C'est tout neuf et assez excitant » ! Ce dernier s'annonce détonant, « entre la lecture pop, le happening et le concert, assez proche du stand-up ». Un concert hors normes dans lequel Gontard ! souhaite surtout mettre ses textes en avant, faire en sorte qu'ils soient audibles. Un choix qui nous semble judicieux au vu de leur spontanéité et de leur propension à créer des petits mondes : une ambiance, un texte, une histoire sans début ni fin… Un peu à l'image de leur créateur.

Gontard !, samedi 26 janvier au O'brother Kfé


Gontard!


O'Brother Kfé 8 rue de Turenne Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Les 20 concerts de l'hiver et du printemps à Grenoble

Panorama de rentrée culturelle | Avec de la pop d'ici et d'ailleurs, de la chanson en VF ou encore des grosses têtes d'affiche.

La rédaction | Mardi 9 janvier 2018

Les 20 concerts de l'hiver et du printemps à Grenoble

Mendelson 2017, année électorale, Mendelson publie Sciences Politiques, une œuvre au noir sociétale (comme souvent avec la formation de Pascal Bouaziz) dont chaque morceau plaque sur une reprise de classiques de Bruce Springsteen, Marvin Gaye, The Jam, Leonard Cohen, Lou Reed, The Stooges & co un texte en français à la terrible résonance sociétale (Les Peuples, Le Soulèvement, La Guerre) et à la poésie toute mendelsonienne. Un projet à part auquel le live devrait donner une saveur particulière, et qui sera précédé sur scène, en première partie, par l’excellent trio grenoblois Pelouse dont on a souvent vanté les mérites dans ces colonnes. À la Source vendredi 19 janvier Oiseaux-Tempête & Mondkopf La Grèce (Oiseaux-Tempête), la Turquie en révolte (Ütopiya?), le Liban (AL-'AN)... Partout où ils se posen

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Là-haut sur le Gontard !

MUSIQUES | En première partie de Bruit Noir, on découvrira le premier album du fantasque Gontard !, dont on a souvent vanté les mérites dans le PB.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 avril 2016

Là-haut sur le Gontard !

« Le rock, pas la guerre froide » c'est le projet, élaboré sur Vince Taylor, de Gontard ! qui, après des années d'activisme en groupe (Les Frères Nubuck) ou en solo, vient enfin de publier son premier véritable album, Repeupler. Long format finalement si tardif pour qui l'a toujours suivi qu'il est déjà celui, proverbial, de la maturité, la fameuse. Gontard ! s'exclame d'une voix osant à peine se chanter qui évoque aussi bien des poètes tristes à la Cyrz (il faut réécouter Cyrz) et Dominique A, que les docteurs en colère froide pour guerre chaude : Michel Cloup,

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Chevalrex – Catapulte

MUSIQUES | Critique de l'album de Chevalrex

Damien Grimbert | Mardi 8 avril 2014

Chevalrex – Catapulte

Après la sortie en début d’année du Bagarres Lovesongs de Gontard!, c’est au tour du deuxième des Frères Nubuck (duo grenoblois iconoclaste dont le Petit Bulletin a déjà souvent loué les mérites) de se lancer dans l’aventure de l’album solo. Avec ce Catapulte de très bonne facture, Chevalrex, compositeur/auteur/producteur/multi-intrumentiste/et-plus-si-affinités, prolonge certaines orientations déjà amorcées au sein de son précédent projet solo instrumental Rémy Chante, et livre en l‘espace de dix titres et 26 minutes un manifeste esthétique qui fait la part belle aux émotions douces-amères. Un pied dans la chanson lo-fi bricolée, l’expérimentation et le collage sonore, et l’autre dans un héritage pop européen vintage splendide et ambitieux (les ombres de François de Roubaix et de Jean-Claude Vannier planent sur plus d’un titre), ce Catapulte surprend par la richesse des climats qu’il réussit à

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Chevalrex : « Beaucoup de bricolage »

MUSIQUES | Au Petit Bulletin, on a beaucoup aimé les frères Nubuck et leur chanson barrée. C’est tout naturellement que l’on suit avec intérêt les carrières en solo des deux membres fondateurs. Après nous être penchés l’an passé sur le cas Gontard, rencontre avec Chevalrex et sa pop de chambre aérienne, à découvrir samedi soir au Centre d’art Bastille.

Aurélien Martinez | Mardi 8 avril 2014

Chevalrex : « Beaucoup de bricolage »

Il y a un côté bricolé dans le musique de Chevalrex, qui séduit d’emblée. « C'est assumé, oui... Si ça ne l'était pas, ce serait problématique ! Ça vient vraiment d'une pratique assez ancienne, en autarcie dans ma chambre quand j'avais quinze ans – une guitare, un clavier. Faire avec les moyens du bord, comme les premiers Katerine, Dominique A aussi, la scène indie des années 90 aux États-Unis avec la lo-fi... Après, le temps passe, tu écoutes plus de disques, tu développes un peu plus de technique instrumentale, tu rencontres des musiciens : le son s'étoffe, mais au fond, il y a toujours ce goût de la recherche. » Car sa chanson française vintage, construite autour de mélodies amples, est bricolée mais pas avare, comme le démontre avec éclat Le Désert commence là, l’une des réussites de son premier album Catapulte : une ouverture de près de quatre minutes intenses avec des trompettes qui emmènent sa pop de chambre vers des sommets orchestraux. « La trompette, c’est moi aussi. J'ai appris à en

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Il est libre Gontard !

MUSIQUES | Avec "Bagarres Lovesongs", le leader des Frères Nubuck moleste la chanson française avec talent. On en redemande ! Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 22 janvier 2013

Il est libre Gontard !

Un album libre, audacieux, qui paradoxalement ne joue pas la carte de la grandiloquence : c’est ainsi que l’on peut résumer ce Bagarres Lovesongs de Gontard!. Trente morceaux aussi variés les uns que les autres, avec comme point commun d’être très courts – la plupart ne dépassant pas les deux minutes. « J’ai jamais aimé finir le travail, ça me plaît de laisser une chanson à moitié faite, les tripes à l’air » se justifie-t-il sur Le Soleil revient, qui ouvre l’album. Car Gontard ! s’arrête quand bon lui semble, même quand les lois de la musique paraissent enfreintes – son Hell’s Angels est un très bon exemple. Alors bien sûr, tout n’est pas au même niveau, mais certains morceaux sont de véritables fulgurances que l’on ne cesse de se re

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Un dernier pour la route

MUSIQUES | Ils affirment, avec une ferveur à faire rougir la moins effarouchée des participantes aux JMJ, que Jésus t’aime. Alors, oui, peut-être, mais certainement (...)

François Cau | Lundi 23 novembre 2009

Un dernier pour la route

Ils affirment, avec une ferveur à faire rougir la moins effarouchée des participantes aux JMJ, que Jésus t’aime. Alors, oui, peut-être, mais certainement moins qu’on aime les Frères Nubuck. Voilà, c’est dit. Ces magnifiques olibrius à la poésie à fleur de peau, apôtres d’un harcèlement textuel de très haute volée, ces chantres d’une chanson française qui n’aurait pas honte de flirter avec la pop et d’autres familles musicales réputées de mauvaise vie, on les loue depuis leur première galette, on a écouté un nombre indécent de fois leurs productions en boucle (alors comme ça, vous n’avez prêté une oreille à leur monstrueux Disque mineur, fin de règne animal ? Et bien non seulement je ne vous félicite pas, mais je vais vous demander de sortir), on est allés les voir maintes fois. On a applaudi à tout rompre à l’arrivée récente de leur nouveau bassiste taré, le casqué Claude Van de Voelt. On savoure leur art consommé de la performance live apocalyptique, comme si chaque concert était le dernier. Justement, malheureusement, horriblement, leur concert de ce vendredi à la Bobine est annoncé comme l’ultime live officiel de la formation. Mensonge mercantile pour booste

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La rage des tigres

MUSIQUES | Ne vous fiez pas au visuel trompeur de la pochette de Disque mineur, fin de règne animal, le nouvel opus bientôt disponible des Frères Nubuck. Jamais (...)

François Cau | Lundi 8 décembre 2008

La rage des tigres

Ne vous fiez pas au visuel trompeur de la pochette de Disque mineur, fin de règne animal, le nouvel opus bientôt disponible des Frères Nubuck. Jamais auparavant dans leur discographie commune, Rémy Chante et Chris Gontard n’ont fait montre d’une aussi belle complémentarité artistique. Si jusqu’à présent, les transitions vocales entre les deux lascars s’opéraient parfois avec violence, pour ne pas dire barbarie, leur émulation fait ici des merveilles, tout comme l’ensemble de la production. Le morceau introductif de l’album, le roboratif In meiner garage (wie Ribery), annonce d’emblée l’ambitieux saut qualitatif. Un aguichant gimmick saxophonique, bientôt soutenu par l’ensemble de la formation, introduit un texte superbement vicelard sur la réappropriation médiatique des freaks, dont l’imparable refrain sera accompagné d’une vertigineuse montée pour guitare. S’ensuivent la déflagration tubesque d’un quotidien bobo puant l’amertume (Preuves de jeunesse), une ballade mortifère où les deux MCs joignent leurs efforts (Déterrer les Zimmerman), une irrésistible comptine pop où l’on s’extasie sur les joies du concubinage à grands coups de «C’est b

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Dessine-moi un Nubuck

MUSIQUES | Pour fêter dignement l’arrivée prochaine de leur nouvel opus, les Frères Nubuck viennent honorer EVE d’un concert de courtoisie. Retour sur le parcours d’un groupe drôle, émouvant, attachant, agaçant, fragile, un peu fumiste sur les bords, et, finalement, plutôt beau. Comme la vie, quoi. François Cau

François Cau | Jeudi 4 décembre 2008

Dessine-moi un Nubuck

Pour avoir un bon aperçu du style des Frères Nubuck, il faut voir le groupe sur scène. Arborant des tenues pas possibles (imaginez les Deschiens se préparant à passer l’audition de La Nouvelle Star), les musiciens assurent avec un discret panache les rythmiques mélodiques des ballades et autres comptines pop composant le répertoire du groupe. Rémy Chante, caution intimiste de la formation, fredonne ses textes poétiques comme s’il les chuchotait à l’oreille d’une ex qui l’aurait cruellement éconduit. Chris Gontard, front man hystérique affublé d’une minerve et de lunettes de soleil d’un autre temps, se donne quant à lui corps et âme au jeu du cabotinage outré. Ceux qui trouvaient les gesticulations épileptiques du leader de Joy Division un peu too much vomissent ici des crucifix : le chanteur appuie chaque break de mouvements corporels presque toujours à contretemps, donne des coups imaginaires à des ennemis tout aussi imaginaires, s’allonge sur la scène, harangue le public avec une ironie mordante, comme pour fuir un premier degré qui le terrifierait. Et pourtant, une fois cette mise en scène digérée, l’on commence à faire plus attention à des paroles plus vicieuses qu’elles n’y

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La ruée vers les nudistes

MUSIQUES | Figures de proue du navire Sorry But Home Recordings Records (le label qui ne devrait pas s'excuser d'enregistrer ses disques à la maison), les Frères (...)

| Mercredi 9 février 2005

La ruée vers les nudistes

Figures de proue du navire Sorry But Home Recordings Records (le label qui ne devrait pas s'excuser d'enregistrer ses disques à la maison), les Frères Nubuck valent bien mieux que la circonspection automatiquement engendrée par la pochette de leur premier album (Chez les nudistes). Derrière le visuel de ce couple de naturistes cagoulés, point de sauvagerie revendicatrice d'un mode de vie alternatif (si ce n'est une inclination avérée pour la nudité), mais plus d'une douzaine de ritournelles très (trop ?) courtes, oscillant entre ironie délicate et mélancolie assumée. A cheval entre les diverses influences inévitables de la nouvelle chanson française "décalée", de Katerine (Nils) à Bertrand Betsch (le très bon morceau JT Leroy), les Nubuck ne s'égarent dans l'écart des poses textuelles faciles qu'en de rares occasions, et on les en remercie. Ils oseraient même s'aventurer sur le terrain glissant de l'électro intimiste, n'oubliant pas d'affûter leurs proses d'un humour souvent irrésistible («Quand j'étais petit, j'emmerdais les jedis», in Camille). Pour résumer, un album qui procure à peu près le même effet que de se retrouver par erreur dans un

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Petits cosmonautes

MUSIQUES | Il était une fois deux histrions locaux, frères de surcroît, gavés de pop et de chanson française (mais pas au sens large, attention, lâchez-lui la bride et le (...)

| Mercredi 14 décembre 2005

Petits cosmonautes

Il était une fois deux histrions locaux, frères de surcroît, gavés de pop et de chanson française (mais pas au sens large, attention, lâchez-lui la bride et le plus barbu se lance dans une litanie d'insultes que je ne peux pas retranscrire ici, par respect pour les fans de Cali). Un jour, comme ça, sans crier garde, leur prend l'envie de tenter l'aventure musicale avec leurs bites, leurs textes et leurs guitares. Leur premier album officiel, Chez les Nudistes, provoque moult malentendus : promus chantres du naturisme-feeling et d'une dérision amère, accentuée par les talents d'impro de Chris Gonthard sur scène, les Frères Nubuck brouillent les pistes à leur grand dam. Qu'importe, leur nouvel album portera la marque sonore qu'ils recherchent, quitte à décevoir celles et ceux qui n'aimaient que leur talent d'agitateurs paisibles. Chaque vivant est un mort en puissance, conçu sous l'œil vigilant du mystérieux Vieux Mad (créateur du label Sorry But Home Recording), risque de les faire une nouvelle fois passer pour ce qu'ils ne sont presque pas : la pochette les montre dubitatifs sur le plateau de l'infâme Laurent Ruquier, à la grâce d'un photo-montage aussi grossi

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