Peter Kernel et Marietta, le rock en trompe-l'oeil

Damien Grimbert | Lundi 29 novembre 2021

Photo : DR


Il y a quelques semaines de cela, le duo suisse Peter Kernel (en photo) interpellait son public sur les réseaux sociaux : « Ssérieusement, quel type de musique faisons-nous à votre avis ? » Et c’est vrai que la question est moins évidente à répondre qu’il n’y paraît. Il y a clairement une dimension très pop dans leurs compositions, une sorte d’évidence presque "tubesque" qui frappe immédiatement dès la première écoute et constitue une bonne partie de leur appel. Mais également une esthétique indie rock assez marquée, avec tout ce que cela sous-entend de sonorités lo-fi, de tension retenue, d’embardées bruyantes et d’accalmies mélodiques, de digressions inattendues… Et c’est sans doute la confrontation de ces deux approches qui rend l’univers du Suisse Aris Bassetti et de la Canadienne Barbara Lehnoff, déployé sur pas moins de six albums studio et une compilation depuis 2008, aussi attachant.

Si on retrouve un peu de cette instantanéité dans la musique de Marietta, ancien de The Feeling of Love et pilier discret du label Born Bad Records, qui développe depuis la sortie en 2015 de son très bon Basement Dreams Are The Bedroom Cream une passionnante carrière solo, cette dernière s’avère pourtant trompeuse. Derrière l’apparente légèreté ensoleillée de ses ballades lo-fi psychédéliques teintées d’influences pop 70’s, se cache en effet un univers bien plus étrange, disparate et tordu, qui donne à son dernier album Prazepam St. un charme vénéneux bienvenu.

Peter Kernel et Marietta samedi 11 décembre à 20h30 à la Bobine

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Cannibale et Moonrite, une douce odeur de psychédélisme

MUSIQUES | Alléchant plateau que celui proposé ce jeudi 24 septembre à la Source, qui associera sur scène le garage rock psychédélique teinté d’exotica des Normands de Cannibale, à celui, occulte, sombre et flamboyant des Grenoblois de Moonrite.

Damien Grimbert | Mardi 22 septembre 2020

Cannibale et Moonrite, une douce odeur de psychédélisme

Pour un groupe de rock actuel, les options sont diverses et nombreuses… mais toutes ne se valent pas. Il y a ceux qui vont vendre leur âme pour livrer des morceaux pop fades et calibrés taillés pour les synchro-pubs, ceux qui vont tenter de s’inscrire dans la prolongation des grandes légendes des décennies passées, quitte à n’en livrer qu’une copie studieuse mais guère inspirée… Et ceux, enfin, qui préfèrent emprunter des chemins moins balisés mais beaucoup plus excitants où les influences du passé se conjuguent au présent dans un grand bain de jouvence syncrétique et inédit. C’est assurément à cette dernière catégorie qu’appartiennent les formations Cannibale (photo) et Moonrite, qui proposent chacune des approches radicalement différentes mais complémentaires. Signés sur le label parisien de référence Born Bad Records dès leur premier album, No Mercy For Love en 2017, les Normands de Cannibale, qu’on a pu retrouver l’année suivante avec leur deuxième opus Not Easy to cook proposent ainsi une galvanisante rencontre entre des influences garage psychédélique 60’s/70’s envoutantes et toute une gamme de sonorités surprenantes et étranges puisées aussi bi

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Peter Kernel : la nuit leur appartient

MUSIQUES | Le duo rock suisso-canadien sera mercredi 30 mai à la Bobine, et c'est une excellente nouvelle.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 mai 2018

Peter Kernel : la nuit leur appartient

Le deuil est sans doute une chose aussi impossible à mesurer que la taille de la nuit. Et c'est un peu (et même beaucoup) ce qui traverse le dernier album en date de Peter Kernel, The Size of the Night. Lequel constitue une sorte d'exorcisme à la douleur et à l'impuissance face à la perte de leur producteur et ami Andrea Cajelli. D'abord, le duo helvéto-canadien (Barbara Lehnhoff, Aris Bassetti) a appris à faire sans ce dernier. Et a complètement (ou presque) ouvert son horizon musical et instrumental. Manière aussi de laisser leur art-punk et leur inspiration voguer vers l'évocation de ce trou noir ressenti au fond de l'âme : entre fureur contenue (There's nothing like you), messes noires (Drift to Death), invocations psychédéliques sur lesquelles Barbara Lehnhoff joue les reines de sabbat avec la sensualité torve qu'on lui connaît (The Shape of your face in Space) et failles laissant passer des éclairs de lumière pop inédits jusqu'ici (Terrible Luck). Avec toujours cette impression que chacun des titres de The Size of Night se rapporte jusque dans son intitulé au funeste événement précit

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Villejuif Underground : Velvet sur Marne

MUSIQUES | Vendredi 20 octobre sur la scène de la Bobine, il n'y aura pas que le groupe Cannibale (dont on vante les mérites dans un autre article). Il y aura aussi le Villejuif Underground et son garage lo-fi qui voudrait sonner comme le Velvet, sans se prendre une seconde au sérieux. Tant mieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 octobre 2017

Villejuif Underground : Velvet sur Marne

Que serait-il advenu si le Velvet Underground était né à Villejuif, Val-de-Marne ? Sans doute pas grand-chose, et la face du rock en eut probablement été changée. Pourtant, lorsque l'on écoute le titre éponyme d'une drôle de formation baptisée le Villejuif Underground, on se dit que, décidément, dans le monde merveilleux de la musique alternative, tout est possible. Y compris qu'un Australien vienne s'installer au sud de Paris pour y commettre l'un des projets les plus zinzins de ces derniers mois avec une poignée d'autochtones. L'homme se nomme Nathan Roche et, après une douzaine de groupes et trois projets solo derrière lui, il semble bien avoir trouvé dans le Val-de-Marne et avec ses trois compères du Villejuif Underground son eldorado musical. Au point de séduire le patron du label Born Bad, Jean-Baptiste Guillot, dont le VU est la dernière trouvaille et qui a publié l'EP (Heavy Black Matter) contenant le titre signature du groupe : Villejuif Underground. Entretemps, le quatuor avait publié un LP, mélange de garage, de bricolage et de "loureederie" (l'inaugural Visions for Shannon). Mais sur

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Cannibale : la (géniale) Compagnie créole du label Born Bad Records

MUSIQUES | À l'occasion de la tournée célébrant ses dix ans, le label parisien Born Bad Records (La Femme, Cheveu, Frustration, Catholic Spray, J.C.Satàn...) dépêche en terres grenobloises deux de ses pépites les plus azimutées et musicalement incontrôlables : le coolos Villejuif Underground et, surtout, les redoutables Cannibale, quarantenaires qui bouffent à tous les râteliers musicaux en créolisant le rock avec un appétit pan-exotique hautement contagieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 octobre 2017

Cannibale : la (géniale) Compagnie créole du label Born Bad Records

Qui a vu le film culte Cannibal Holocaust (1980) n'en a sûrement jamais effacé les images de sa rétine. Dans ce vrai-faux docu longtemps interdit et si monstrueusement réaliste que son réalisateur, Ruggero Deodato, a dû apporter les preuves devant un tribunal italien que ses acteurs étaient encore en vie, un groupe de journalistes en quête de sensation et fort antipathiques part à la recherche d'une tribu cannibale au cœur de la forêt amazonienne et se fait recevoir avec les honneurs dus à son manque de savoir-vivre : les voilà transformés en brochettes humaines sauce état de nature, confirmant au passage l'adage selon lequel l'homme est un loup pour l'homme et que tel est pris qui croyait prendre. On ne sait guère à quelle sauce Jean-Baptiste Guillot, boss du label français indépendant Born Bad, s'attendait à être mangé lorsqu'il enfourcha sa moto à destination d'un coin reculé de Normandie à la rencontre d'une tribu elle aussi Cannibale, dont la réputation commençait à bruire à travers les feuilles jusqu'aux oreilles des suiveurs de l'émergence musicale – il était temps, les membres de Cannibale, la quarantaine bien tapée, avaient officié de

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Marietta, antidote à la tiédeur

Musique | Zoom (très enthousiaste) sur celui qui partagera l'affiche de la Belle électrique jeudi 23 mars avec Superpoze.

Damien Grimbert | Mardi 21 mars 2017

Marietta, antidote à la tiédeur

Depuis maintenant une bonne dizaine d’années, a émergé en France toute une nouvelle vague de "sensations électro-pop-rock du moment", souvent très soutenues médiatiquement mais dont l’habillage arty/indépendant a parfois de plus en plus de mal à camoufler une fadeur absolument terrifiante. Soit, pour reprendre les termes de l’excellent critique musical Etienne Menu, « toutes ces choses hyper-standardisées qu'on voudrait faire passer pour de la musique pointue, alors qu'elles sont de l'indie FM calibré pour servir de musique de pub ou de jingle ». D’où la profonde sensation de soulagement et de bonheur ressentie à l’écoute de Basement Dreams Are The Bedroom Cream, premier album solo de Guillaume Marietta, chanteur du groupe français de rock psyché The Feeling Of Love. Recueil de chansons pop/folk lo-fi intimistes bricolées à l’abri des regards, Basement Dreams… ressuscite ainsi une certaine atmosphère psychédélique tout droit venue des 70’s, sans jamais tomber dans le piège de la citation à outrance pour autant. Lignes mélodiques à tomber par terre, arrangements d’une finesse infinie, chant sensible mais pas maniéré

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Un autre versant des sixties avec Forever Pavot

MUSIQUES | Le groupe, en concert à la Bobine, ressuscite les fantômes disparus d’une décennie qui n’a visiblement pas fini de nous fasciner

Damien Grimbert | Lundi 11 mai 2015

Un autre versant des sixties avec Forever Pavot

Si, pour le commun des mortels, la musique des années 60 se résume avant tout aux groupes de pop, rock et folk anglo-saxons qui affolaient les charts de l’époque, une petite communauté disparate d’artistes a quant à elle focalisé son attention sur un versant musical nettement plus obscur de cette décennie : celui des illustrateurs sonores et compositeurs de musiques de films européens. Repliés dans leurs studios, loin des projecteurs, groupies et autres publics de fans transis, ces derniers ont donné naissance à un nombre assez sidérant de pépites musicales d’une richesse, d’une inventivité et d’une puissance d’évocation souvent sans commune mesure. Au-delà des crate-diggers et autres producteurs archivistes en quête de samples imparables, des artistes comme Ennio Morricone, Francis Lai, François de Roubaix ou Jean-Claude Vannier (pour ne citer que les plus connus) ont ainsi inspiré toute une nouvelle génération de musiciens séduits par leur mélange inspiré de psychédélisme, de prog-rock et de synthés vintage aux sonorités troublantes. À ce petit jeu là, difficile de trouver plus convaincant qu’Emile Sornin, leader du groupe Forever Pavot dont le to

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Un autre versant des sixties avec Forever Pavot

MUSIQUES | Le groupe, en concert à la Bobine, ressuscite les fantômes disparus d’une décennie qui n’a visiblement pas fini de nous fasciner

Damien Grimbert | Mardi 7 avril 2015

Un autre versant des sixties avec Forever Pavot

Si, pour le commun des mortels, la musique des années 60 se résume avant tout aux groupes de pop, rock et folk anglo-saxons qui affolaient les charts de l’époque, une petite communauté disparate d’artistes a quant à elle focalisé son attention sur un versant musical nettement plus obscur de cette décennie : celui des illustrateurs sonores et compositeurs de musiques de films européens. Repliés dans leurs studios, loin des projecteurs, groupies et autres publics de fans transis, ces derniers ont donné naissance à un nombre assez sidérant de pépites musicales d’une richesse, d’une inventivité et d’une puissance d’évocation souvent sans commune mesure. Au-delà des crate-diggers et autres producteurs archivistes en quête de samples imparables, des artistes comme Ennio Morricone, Francis Lai, François de Roubaix ou Jean-Claude Vannier (pour ne citer que les plus connus) ont ainsi inspiré toute une nouvelle génération de musiciens séduits par leur mélange inspiré de psychédélisme, de prog-rock et de synthés vintage aux sonorités troublantes. À ce petit jeu là, difficile de trouver plus convaincant qu’Emile Sornin, leader du groupe Forever Pavot dont le to

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La belle est la bête

MUSIQUES | « Dieux ! quels affreux regards elle jette sur moi ! / Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ? / Hé bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 4 octobre 2013

La belle est la bête

« Dieux ! quels affreux regards elle jette sur moi ! / Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ? / Hé bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ? / Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » Réponse : pour l’auditeur en qui la musique et le nom de Camilla Sparksss – avec ses trois « s » bien sifflants – provoquera une de ces étincelles qui font les grands incendies. Camilla Sparksss, ou Barbara Lehnhoff à l’état civil, canadienne que les amateurs du groupe noise pop semi-helvète Peter Kernel, où elle tient plus que fermement la basse (et le crachoir), auront sans doute reconnue : une gueule d’ange blond mais des intentions de gorgone à la chevelure vivante. Oui, il faut être légèrement masochiste pour accepter de se faire hurler dessus par une Camilla en mode séduction/répulsion passive agressive, à coups de synthés saturés et de beats electro façon claques dans la gueule – autrement dit des « beafles », terme qu’on évitera d’expliquer. Camilla Sparksss est une chasseuse, et elle est prête à vous apprendre cet

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Awards 2011 musique

MUSIQUES | Awards des claques lives inattendues : Zone libre et Peter Kernel Pas vraiment galvanisante sur CD, la réunion entre la rappeuse Casey et le guitariste (...)

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Awards 2011 musique

Awards des claques lives inattendues : Zone libre et Peter Kernel Pas vraiment galvanisante sur CD, la réunion entre la rappeuse Casey et le guitariste Serge Teyssot-Gay a tout explosé sur la scène de la Bobine. La première s’est imposée comme une MC tonitruante, ravageuse, aux lyrics qui claquent comme autant de coups de trique bien sentis, le second a confirmé aux plus sceptiques que la réussite de Noir Désir lui devait énormément. La fusion entre hip hop et rock’n’roll a tenu tout du long, dans un équilibre incroyable de rage et de ferveur musicale. Tout aussi électrique, le set de Peter Kernel a également bousculé le public du Ciel dans ses doucereuses habitudes. Les compositions du génial White death black heart (l’un des albums de l’année, et pas uniquement à cause de l’adorable petit chat en couverture) ont été transcendées par ce trio de rock déviant, avec une énergie qui aura dévasté les hipsters les plus blasés. Sinon, Patti Smith a aussi tout défoncé

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Peter pan dans ta gueule

MUSIQUES | Vous voyez l'ambiance du Piranha 3D d'Alexandre Aja ? Avant que la poiscaille préhistorique ne pointe le bout de ses ratiches acérées. Les alcools forts (...)

François Cau | Vendredi 4 novembre 2011

Peter pan dans ta gueule

Vous voyez l'ambiance du Piranha 3D d'Alexandre Aja ? Avant que la poiscaille préhistorique ne pointe le bout de ses ratiches acérées. Les alcools forts ruisselants sur des popotins galbés, les t-shirts gorgés d'eau et les poitrines gonflées par le désir de vivre qu'ils peinent à contenir, les bellâtres aux caméscopes turgescents, le hip hop à grosses sneakers, les bateaux tout juste livrés par le concessionnaire du coin, tout ça. Et bien Peter Kernel, c'est tout le contraire. C'est Springbreak vu par les joueurs d'échecs et les étudiants en graphisme : une sono qui crache le meilleur de la musique électrique indé des années 90, des corps ordinaires tatoués au feutre noir, des girafes de soda, des antivols qui valent plus chers que les vélos qu'ils protègent et des souvenirs fixés via filtre polarisant. C'est un trio basé en Suisse (premier pays producteur de décibels d'Europe, on ne le dira jamais assez) dont la musique charrie des échos de la noise arithmétique de Shellac, du hardcore indépendantiste de Fugazi, de l'indie rock débrail

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