« Offrir une première chance »

SCENES | La première édition du festival Les Jeunes Pousses(ent), sous-titré "éclosions théâtrales", se déroulera dans trois lieux différents : le Théâtre de Poche de Grenoble, l’Autre Rive d’Eybens, et le Pot au Noir de Saint-Paul-les-Monestiers. Avec pour but de donner leur chance à de nouveaux metteurs en scène, qui présenteront leur création dans les trois lieux. Rencontre avec trois des organisateurs pour en savoir plus sur l’esprit du projet. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 5 avril 2012

Photo : Misterioso, cie GroupUrsule


Comment est né ce festival ?
Valère Bertrand, du Pot au Noir, et ancien du Tricycle : L'idée a germé au sein du Tricycle, grâce à Gilles Arbona [l'un des membres du dit Tricycle  – NdrR]. Le collectif a ensuite rapidement sollicité le Centre culture et loisirs d'Eybens et le Pot au noir, qui ont tous deux répondu à l'appel. Et le festival Textes en l'air nous a ensuite rejoints [deux des trois créations seront présentées cet été à Saint-Antoine-l'Abbaye – NdlR].
Gilles Arbona, du Tricycle donc (collectif qui, depuis septembre dernier, gère le Théâtre 145 et le Théâtre de Poche) : L'idée m'est venue d'un seul coup, comme ça ! En me levant un matin, je me suis dit : tiens, il faudrait faire quelque chose pour ceux qui n'ont jamais rien fait. On demande souvent aux artistes ce qu'ils ont fait, et quand ils ne répondent rien, on leur dit de revenir plus tard, quand ils auront de l'expérience. C'est le serpent qui se mord la queue ! Il faut offrir une première chance aux artistes. Ce que l'on fait, compte tenu de la mission d'accompagnement que l'on a au Tricycle : à savoir être en rapport avec l'émergence, s'occuper des gens qui démarrent, des jeunes compagnies, les aider.

Vous expliquez que les trois scènes associées à ce festival sont trois lieux atypiques, puisque axés avant tout sur la création et non simplement la diffusion…
Sarah Papet, directrice du Centre loisirs et culture d'Eybens : Ce qui nous rassemble, c'est que l'on soit véritablement tous les trois des lieux de fabrique et d'accompagnement à la création. On essaie de laisser aux équipes le temps de l'expérimentation sur la plateau, car une création, ça se mature.
Gilles Arbona : On fait en sorte que ça ne soit pas seulement quelques jours de répétition dans le théâtre… Ce qui est malheureusement souvent le cas aujourd'hui, les compagnies luttant pour trouver des lieux de répétition.

Ce festival est-il né d'un constat selon lequel il serait dur d'émerger à Grenoble ? À Lyon, par exemple, il existe un important réseau de scènes découvertes pour permettre de faire ses armes…
Gilles Arbona : Je pense que c'est dur d'émerger de partout. Je ne connais pas véritablement la situation lyonnaise, mais j'imagine que ça doit être la même chose. C'est ce que je raconte de manière humoristique sur le milieu : j'ai l'impression que c'est comme dans le métro, il y a de plus en plus de monde, ça devient difficile d'ouvrir et de fermer les portes. Les situations politiques et économiques ne sont plus les mêmes qu'auparavant, d'autres choix sont effectués. Alors que l'on a besoin de la culture ! Je lisais récemment dans Libération l'article de Michel Orier, le directeur de la MC2 [Culture : la recentralisation rampante, édition du 26 mars] sur ce que pouvait être l'apport de la culture en termes d'emploi [Michel Orier écrit notamment ceci : « Le spectacle vivant, infalsifiable, exportable, contribue à l'augmentation du revenu national en employant une main-d'œuvre non délocalisable. En période de crise, il fait partie des pistes de croissance possible »] : il a tout à fait raison. La création est une grande force. Si les politiques pouvaient se mettre ça dans la tête, et penser les choses autrement. Car à toutes les époques et même dans les pires moments, l'art reste quelque chose de primordial. Il y aura toujours des gens dans une cave, seuls et sans argent, qui essaieront de faire des choses. Et nous, on se doit de les aider.

Les Jeunes Pousses(ent), du samedi 14 au dimanche 22 avril, au Théâtre de Poche (Grenoble), l'Autre Rive (Eybens) et au Pot au Noir (Saint-Paul-les-Monestier). Détails de la programmation en pages théâtre.

 

Repères : Les spectacles

Les trois équipes choisies, même si c'est involontaire, sont dirigées par trois jeunes metteuses en scène, tout juste sorties du conservatoire : l'image a de la gueule, dans un monde très masculin et plutôt âgé. On retrouvera ainsi une création de Jessie Chapuis (une réécriture du mythe de Narcisse), une mise en scène du Quartett d'Heiner Müller par la cie Encore heureuX, et enfin Misterioso, spectacle de la cie GroupUrsule sur l'enfermement à partir d'une pièce de Koffi Kwahulé, dramaturge ivoirien.

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« On n’est pas un théâtre à l’arrêt ! »

Crise du coronavirus | Depuis le 30 octobre et le deuxième confinement, les lieux culturels français sont fermés au public, sans date de réouverture annoncée pour le moment. Mais derrière les portes closes, entre lassitude et optimisme, il se passe tout de même des choses. Alors que la MC2 est occupée, quatre responsables de théâtres de la région grenobloise nous ont raconté leur activité "chez eux".

Aurélien Martinez | Mercredi 17 mars 2021

« On n’est pas un théâtre à l’arrêt ! »

Au Grand Angle de Voiron « Nous allons bien, du moins aussi bien que nous le pouvons. » À Voiron, si l’immense salle de 1700 places assises qu’est le Grand Angle est fermée au public depuis fin octobre, en coulisse, ça s’active toujours comme nous l’a expliqué son directeur Vincent Villenave. En dehors des murs du théâtre notamment, avec des représentations dans les écoles (vu que le gouvernement le permet), mais également directement sur le plateau disponible faute de spectacles donnés, avec des résidences de création proposées aux artistes – la compagnie de danse Arcosm, la compagnie de magie nouvelle 32 Novembre… « Au commencement du deuxième confinement et les semaines suivantes, il y a eu un sentiment de désœuvrement, d’épuisement, avec cette insupportable politique du "stop and go" – on rouvre à telle date, non ce sera celle-

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Fête grandeur nature au Pot au Noir

Événement | Week-end / La Fête à Rivoiranche aura bien lieu cette année : trois jours et plusieurs spectacles en plein air, dans le Trièves, ça ne se loupe pas !

Aurélien Martinez | Mardi 8 septembre 2020

Fête grandeur nature au Pot au Noir

C’est l’un des lieux culturels de la région les plus bucoliques, niché à une trentaine de kilomètres au sud de Grenoble, en pleine nature, dans le Trièves, près du village de Saint-Paul-lès-Monestier. Son nom ? Le Pot au Noir, « espace de travail et de création en milieu rural » piloté par le comédien Valère Bertrand et actif depuis plus de 20 ans. Une bulle de nature (dans un monde culturel tout de même très bétonné) qui, chaque année, organise sa fameuse Fête à Rivoiranche, du nom du lieu-dit. Une fête qui, malgré le coronavirus, aura bien lieu cette année, et tant mieux ! Sur trois jours, on pourra alors découvrir plusieurs spectacles (on ne va pas tous vous les lister ici parce que ce serait fastidieux à lire, mais sachez que ce sera varié, tant sur les genres que sur les formes – oh, une « petite bacchanale agricole » par la décalée Julie Desprairies ; oh un film qui montrera de la danse dans le Musée de Grenoble grâce à la compagnie Épiderme ; oh un vide-grenier artistique…), le tout pensé en lien avec la compagnie grenobloise L’Atelier du metteur en scène Benjamin Moreau, associée au lieu. Comm

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La belle vingtaine de la Fête à Rivoiranche

Festival | En ce troisième week-end de septembre, le Pot au Noir fait sa rentrée culturelle avec un événement de taille : la 20e édition de la Fête à Rivoiranche. Au programme 20 spectacles pour démontrer la richesse du festival pluridisciplinaire de spectacle vivant organisé par la salle, mais surtout faire la fête comme il se doit lorsqu’on a 20 ans.

Charline Corubolo | Mardi 12 septembre 2017

La belle vingtaine de la Fête à Rivoiranche

Il est ennuyeux de croire qu’à 20 ans on devient raisonnable. Pour parer à cet ennui, la Fête à Rivoiranche organisée par le Pot au Noir, « espace de travail et de création en milieu rural » situé dans le magnifique domaine de Rivoiranche à Saint-Paul-lès-Monestier, dans le Trièves, suit l’adage des breuvages alcoolisés : tel un bon whisky de 20 ans d’âge, elle devient meilleure avec le temps, tout en restant enivrante, voire chargée. Du vendredi 15 au dimanche 17 septembre, le festival va ainsi souffler ses 20 bougies avec 20 représentations. « En septembre 1998, nous donnions un premier rendez-vous au public, et depuis, nous n’en avons jamais loupé un. Pour cette 20e édition, on réinvite les 6 artistes présents lors de la première et on fait la fête sur deux soirs et deux jours » nous confie le comédien Valère Bertrand, à la tête de cette salle labellisée "scène ressource départementale". La manifestation pluridisciplinaire promet un week-end haut en couleur mai

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Au Pot au noir, le théâtre est dans le pré

ACTUS | Dix-huit ans que le Pot au noir, « espace de travail et de création en milieu rural » situé dans le magnifique domaine de Rivoiranche à Saint-Paul-lès-Monestier, dans le Trièves, célèbre chaque année la rentrée culturelle un peu avant tout le monde. À l’occasion de la nouvelle édition de cette "Fête à Rivoiranche", zoom sur ce théâtre atypique avec son directeur artistique Valère Bertrand.

Aurélien Martinez | Mardi 1 septembre 2015

Au Pot au noir, le théâtre est dans le pré

« Le Pot au noir, c’est une zone située dans l’Atlantique à équidistance du continent africain et du continent sud-américain. Une zone où, quand les alizés nord et sud ne se rencontrent pas, il n’y a pas de vent : les marins sont alors en panne. Et quand ils se croisent ça pète, c’est dangereux. Donc c’est un lieu de grand calme ou de grande agitation. Quand, à l’ouverture, on refaisait la charpente, les ouvriers nous ont dit qu’elle était de type bateau. Le terme nous a parlé. Surtout qu’en psychanalyse, le Pot au noir est un passage entre l’âge adolescent et l’âge adulte. » Voilà pour l’origine du nom de ce lieu de création artistique niché en pleine nature, dans le magnifique cadre du Trièves, au pied du Vercors, à trente minutes au sud de Grenoble. Un théâtre tout juste majeur fondé en 1997 par le comédien Valère Bertrand, avec l’idée de mettre en place un espace pour les artistes. « J’ai 30 ans à l’époque, dont dix ans de métier au sein des équipes grenobloises [il a fait le conservatoire – NDLR]. On était au moment où il y avait des équipes permanentes et où tu pouvais encore être apprenti

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Le Papagalli show !

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François Cau | Vendredi 18 novembre 2011

Le Papagalli show !

Le spectacle Salle défaite est né de la volonté de la mairie de Pont-de-Claix, qui a décidé de produire seule une création de l’inénarrable Grenoblois Serge Papagalli. Ce dernier s’est ainsi vu confier les clés de l’ancien foyer municipal, au charme très limité, pour proposer une pièce dans l’idée populaire, qui se jouerait pendant deux mois. Et voilà le résultat : entouré de sa troupe de fidèles (dont les toujours très efficaces Valère Bertrand et Gilles Arbona, qui offrent des moments gratinés), l’auteur-acteur-metteur en scène a écrit un texte convoquant le rire à chaque phrase. Car en dévoilant les coulisses du théâtre (une troupe essaie en vain de monter Roméo et Juliette), il a abondamment joué avec l’image des différents corps de métier… en appuyant des fois un peu trop sur certains personnages – notamment les deux féminins. Mais qu’importe : la mise en abyme fonctionne pendant les 1h40 d’une représentation qui renferme une force indéniable, même si évidemment, les récalcitrants à ce genre d’humour risquent de passer complètement à côté du propos. Une aventure singulière, tant sur la forme que sur le fond, et unique, puisque ce spectacle ne tournera pas e

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