"Bigre" : nos chers voisins

Théâtre | Critique enthousiaste de la pièce du metteur en scène Pierre Guillois qui sera donnée jeudi 1er et vendredi 2 mars au Théâtre municipal de Grenoble.

Nadja Pobel | Lundi 26 février 2018

Photo : Fabienne Rappeneau


En prenant le parti de se passer de texte, le metteur en scène Pierre Guillois a dû inventer une autre forme d'échange entre ses trois personnages. Un pari d'autant plus risqué que ce qu'il a à nous dire n'est pas très réjouissant. Voyez ces trois individus, cloîtrés dans leurs studios grands comme des mouchoirs de poche. Ils pourraient être de jeunes étudiants rongeant leur frein en attendant des jours meilleurs ; mais ce sont des adultes, comme un nombre croissant des locataires des appartements minuscules et branlants dont s'enorgueillit notre belle société. Des adultes anonymes dont les caractéristiques font non seulement de parfaits ressorts comiques pour ce spectacle burlesque, mais expriment également comment l'homme, esseulé, s'est mis à parler aux murs.

C'est là que le théâtre reprend ses droits, via un travail méticuleux sur le décor constitué par leurs trois cabanes. L'un des protagonistes loge ainsi dans une piaule high-tech et d'un blanc immaculé, ne commandant ses objets que par des artifices – claquement de main, télécommande… Un autre vit dans un capharnaüm digne d'un psychopathe – ou d'un pauvre qui n'aurait pas de placards. La troisième, enfin, siège dans une maison de poupée d'un rose délavé.

À partir de là, Pierre Guillois aurait pu se contenter de construire une succession de sketches en solo, duo ou trio, dans la veine des Brèves de comptoir de Jean-Michel Ribes. Mais il a su ne pas étirer des scènes presque acquises, celles avec des chansons entêtantes – on vous met au défi de ne pas chanter à tue-tête Happy Together en sortant ! À force de s'être ignorés, rapprochés, séparés, ces voisins en viennent en effet à s'aimer, parce que face à la difficulté d'exister, il n'y pas de solution alternative. Et ce qui peut parfois s'apparenter à une sitcom très bien ficelée autour de Sims en chair et en os de devenir, lors d'une très émouvante séquence finale où chacun pousse ses cloisons, matérielles ou affectives, un art plus que vivant.

Bigre
Au Théâtre municipal de Grenoble jeudi 1er et vendredi 2 mars à 20h30


Bigre

De Pierre Guillois, par la Cie Le fils du grand réseau
Théâtre municipal de Grenoble 4 rue Hector Berlioz Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Pierre Guillois : « "Bigre" est une pièce dramatique et comique à la fois »

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Aurélien Martinez | Lundi 26 février 2018

Pierre Guillois : «

Le point de départ du spectacle est-il la solitude humaine ? Pierre Guillois : Je ne dirais pas ça. Je ne conçois pas mes spectacles avec des idées générales ou des volontés de discours. Après, il se trouve que j’ai passé près de dix ans de ma vie dans une chambre de bonne. Pourtant, quand j’ai conçu ce spectacle en me disant qu’il y aurait trois personnages chacun dans une chambre de bonne, j’avais presque oublié ce passage de ma vie – c’était donc assez inconscient ! Ensuite, au cours du travail d’improvisation avec les acteurs – car on a fait une véritable écriture au plateau –, c’est évidemment ça que, petit à petit, nous nous sommes raconté… Comment avez-vous travaillé au plateau ? Avec Olivier Martin-Salvan et Agathe L'Huillier, deux personnes que je connaissais bien et avec qui j’avais envie de travailler parce que je savais que ce spectacle marcherait vraiment avec leur fantaisie, on est partis simplement de l’idée : deux hommes une femme sous les toits. Po

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