Benjamin Petit : « améliorer les conditions d'accueil du public »

Marché Gare / Repoussé hors-les-murs par des travaux conséquents, le Marché Gare s'offre le temps de cette parenthèse "Une Échappée sauvage", à coups de concerts, de projections et d'animations dans toute la ville. L'occasion de mener une réflexion sur les projets de la salle. Le point avec Benjamin Petit, coordinateur et programmateur du lieu.

Il était question un temps que vous déménagiez, le bâtiment étant censé être détruit, finalement il va être largement rénové et le Marché Gare pérennisé.
Benjamin Petit : En effet, la salle a toujours été en sursis du fait de sa situation et du projet Lyon Confluence. Ç'a laissé cours à des rumeurs de déménagement, de destruction mais il n'y a jamais eu de projet alternatif concret. En revanche, il y a toujours eu un flou et cet avenir incertain a beaucoup conditionné le développement du Marché Gare. On a eu la confirmation qu'on resterait il y a quatre ans mais le projet définitif, on ne l'a entrevu qu'il y a deux ans.

Comment expliquer cette décision ?
C'est forcément une volonté politique. Si la ville de Lyon et la SPL en viennent à se dire que la salle doit rester, c'est qu'elle représente des enjeux politiques forts. Ce n'est pas non plus anodin que la labellisation SMAC soit en cours, ça veut dire que la Ville, le ministère de la Culture et la Région croient en notre travail : avec des petits moyens, on a réussi à bâtir une activité de qualité, saine, avec une fréquentation de 15000 spectateurs par an. J'ai tendance à dire que les planètes se sont enfin alignées après des années d'incertitudes et d'efforts. C'est le pari qu'on s'était fait il y a dix ans : arriver à la pérennité du lieu.

Quand est prévue la réouverture ?
Au printemps 2020. Ç'a été repoussé notamment parce que la SPL Lyon Confluence qui est le maître d'œuvre sur les travaux va faire une éco-rénovation du bâtiment (façade, fenêtre, isolation), ce qui n'était pas prévu. Les travaux vont se dérouler en deux volets : un premier qui consiste en la destruction des ailes du bâtiment. Là c'est la SPL qui est maître d'œuvre. Et ensuite le réaménagement intérieur pour lequel la ville de Lyon confie les travaux à la SPL.

En quoi va consister ce réaménagement ?
L'objectif est d'améliorer les conditions d'accueil du public, notamment via un agrandissement de la salle de 300 à 400 places. L'idée n'est pas forcément de faire plus de monde, le projet artistique reste le même. Mais la salle sera plus confortable, on réfléchit aussi à comment améliorer la visibilité au fond de la salle. Les autres changements marquants c'est un bar digne de ce nom et la création d'une petite scène en mode mini-club pour faire des show-cases, des apéros concerts, des déjeuners-concerts. L'idée n'est pas de transfigurer le projet artistique mais de le rendre plus fluide, d'augmenter la fréquence des événements et de résidences. Mais cela passe aussi par un développement interne des ressources humaines. Jusque-là, en pleine saison, on était à un peu plus de deux concerts par semaine. On est parfois montés jusqu'à quatre mais avec l'équipe actuelle c'est intenable.

Cette refonte du Marché Gare va-t-elle avoir un impact sur la philosophie du lieu ?
En tout cas, l'un des objets de cette période hors-les-murs est de réfléchir posément aux fondamentaux du projet artistique, anticiper le fonctionnement à venir mais aussi le projet global sur des questions comme l'accessibilité, l'égalité femme-homme, la responsabilité énergétique. Autant de modes de fonctionnement plus en phase avec nos valeurs. Il s'agit de tenter d'articuler une activité visible qui est notre cœur de métier et une réflexion profonde sur notre fonctionnement et les objectifs du projet.

Comment avez-vous envisagé cette saison hors-les-murs, en termes de programmation ?
On a vraiment tiré profit du fait d'être privé de notre outil de travail pour nous lancer dans une aventure, nous remettre en question, découvrir de nouvelles contrées intérieures et extérieures, de nouveaux acteurs, de nouveaux territoires, de nouveaux publics. Cette programmation en est le reflet. C'est pour ça que nous l'avons appelée "l'Échappée sauvage". Typiquement, on n'avait jamais travaillé avec le Jack Jack à Bron, ou avec l'Aquarium Ciné-café qui est dans un autre champ, on va faire des concerts en appartements, en plein air, des expositions...

Concernant le contenu artistique de la programmation musicale, comment avez-vous fonctionné avec les lieux accueillants ?
D'habitude nous sommes sollicités par des partenaires pour faire des choses ici, là c'est nous qui sollicitons les autres. Et pour moi il est évident que quand on va dans d'autres lieux, on doit se mettre dans leurs bottes et imaginer ce qui les intéresse, tenir compte de l'identité du lieu, de ses caractéristiques techniques, de son programme général, tout en apportant notre patte. À chaque fois, c'est donc un exercice de style assez intéressant que d'imaginer ce qui peut coller dans tel ou tel lieu. Chaque date a été envisagée comme un point de rencontre pour que ça fasse sens.

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