L'humanité satellisée d'Emmanuel Meirieu aux Célestins et à Vénissieux

Dark was the night

Célestins, théâtre de Lyon

Jusqu'au 4 février 2023, à 20h

Théâtre / Bricoler des monuments aux oubliés : Emmanuel Meirieu s’y astreint depuis des années et si, à force de creuser ce sillon, l’émotion se fait moins dense qu’à ses débuts, son propos, toujours plus soigné, force le respect. Bienvenu dans l’espace avec "Dark was the night".

En 1977, un petit garçon français de 7 ans dépose sa voix parmi une cinquantaine d’autres, dans autant de langues, pour dire bonjour aux extra-terrestres. Elle est gravée sur un disque d’or qui contient aussi 118 photos  (beaucoup d’arbres), des sons de la Terre et des chansons dont celle du bluesman américain Blind Willie Johnson, Dark was the night, cold was the ground.

à lire aussi : Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes, c'est mon boulot »

Cet objet, fixé aux parois de la sonde spatiale Voyager 2, est lancé dans l’espace interstellaire par la NASA. Objectif : témoigner de ce qui se passe ici-bas. C’est dans ce récit qu’Emmanuel Meirieu fait surgir la fiction et reboucle avec ce qui l’anime depuis ses débuts en 1998 : donner la parole aux oubliés. Ainsi ce petit garçon et ce chanteur, mais aussi la femme (elles sont peu nombreuses chez Meirieu) qui a récolté des enregistrements pour raconter l’histoire du monde, vont se succéder sur le splendide décor (comme toujours) de Seymour Laval : une Terre accidentée et boisée qui recèle les cadavres de ceux  qui n’avaient pas droit aux sépultures et de colonies d’abeilles en phase d’extinction.

Cette boucle, c’est aussi celle d’Emmanuel Meirieu qui revient à l’écriture l’ayant vu modeler à vingt ans, brillamment, des contes d’enfants (Alice au pays des horreurs, Peter, Pan !, La Petite Fille au chalumeau).

« Bonjour les extra-terrestres, est-ce que vous viendrez me voir un jour ? »

Les uns après les autres, sans dialoguer, ses fidèles Stéphane Balmino, François Cottrelle, Jean-Erns Marie-Louise, dans des temporalités différentes, vont témoigner de la déliquescence de notre monde sans que l’espoir ne s’évanouisse puisqu’il y aura toujours, dans le travail du metteur en scène, des humains pour rendre, coûte que coûte, leur dignité aux disparus — ici un homme qui cherche avec de maigres outils (une sonde, de la Rubalise sur un terrain immense…) un mort, en l’occurrence Blind Willie Johnson, « le premier Noir à être allé dans l’espace », décédé prématurément dans une grande misère.

La lutte des classes traverse les sujets d’Emmanuel Meirieu en permanence, de Mon traître à La Fin de l’Homme rouge en passant par Les Naufragés. Il se heurte parfois lui-même à sa volonté réaffirmée d’aller « à la brûlure de l’émotion » comme il l’a fait avec Des hommes en devenir où l’on sent la douleur d’un pansement retiré d’une peau meurtrie. Dans Dark was the night, l’évocation de la maladie de Charcot charge un propos qui n’est jamais si fort que lorsqu’il tutoie l’enfance ; que ce soit dans la vidéo inaugurale, projetée sur un dessin enfantin, dans la fabrication d’une fusée de pacotille, Emmanuel Meirieu parvient à faire croire à un horizon possible hors de la Terre. Aussi jubilatoire que désespéré.

Dark was the night
Au théâtre de Vénissieux le vendredi 2 décembre
Aux Célestins du 31 janvier au 4 février

pour aller plus loin

vous serez sans doute intéressé par...

Mercredi 9 septembre 2020 Laurent Wauquiez est passé à deux doigts de se remettre l'ensemble du monde culturel à dos. Il est retombé lundi, à peu près, sur ses pattes. Mais comment a-t-il fait pour glisser ainsi sur une peau de banane, après des semaines de mesures...
Mardi 5 septembre 2017 Au vu des programmations hétéroclites (trop) touffues et qui confèrent aux différents théâtres des identités de plus en plus floues, émerge une vague de trentenaires qui, au travers de faits historiques, ou simplement d’histoires d’aujourd’hui,...
Mardi 8 septembre 2015 Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans (...)
Mardi 31 mars 2015 Il rêvait de voler. Mais loin de lui donner des ailes, ce désir a mené Birdy dans un hôpital psychiatrique où son ami lui raconte leurs souvenirs d'enfance pour le ramener à lui. A partir du roman de William Wharton, Emmanuel Meirieu produit à...
Mardi 14 octobre 2014 Emmanuel Meirieu revient dans le théâtre de ses débuts, la Croix-Rousse, présenter sa dernière création en date, "Mon traître". Un travail court, ciselé et percutant, adapté de deux livres de Sorj Chalandon. Critique et propos – émerveillés - de...
Vendredi 3 janvier 2014 Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel
Jeudi 2 janvier 2014 Il est des auteurs qui arrivent presque par enchantement dans l’univers d’un metteur en scène. C’est le cas de Sorj Chalandon, qui a croisé la route d’Emmanuel Meirieu avec "Mon traître" et "Retour à Killybegs", deux splendides romans devenus un...
Mercredi 4 septembre 2013 C'est tel un Monsieur Loyal qui aurait emprunté sa chevelure à Krusty le Clown que le sémillant Victor Bosch a, en juin dernier,  lancé la saison 2013/2014 du (...)

Suivez la guide !

Clubbing, expos, cinéma, humour, théâtre, danse, littérature, fripes, famille… abonne toi pour recevoir une fois par semaine les conseils sorties de la rédac’ !