Chercher le garçon

MUSIQUES | Dandy minute, romantique rieur, crooner "tongue-in-chic" à l'ambivalence assumée, Daisy Lambert dévoile l'univers rétro-futuriste d'un étonnant "Chic type" sur un premier album émouvant et jouissif parce qu'émotif et jouisseur. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 12 avril 2013

Photo : Kévin Pailler


Ton album Chic Type est plutôt déroutant mais il l'est encore plus pour qui t'a découvert avec la chanson et le clip qui l'ont précédé. N'as-tu pas eu peur que ce single, My Pearl, un tube plutôt pas sérieux, ait donné une fausse image de toi et de ta musique ?
Daisy Lambert : Disons que c'était une sorte d'apéritif... Et puis le tube, faut pas se mentir, c'est un désir commun à pas mal d'artistes. On est aussi là pour être aimé. Avec My Pearl, j'ai eu envie de faire plaisir à la caissière comme au lecteur de Télérama, mais c'est bien sûr complètement illusoire.

Pourquoi avoir attendu la trentaine pour te lancer en tant que musicien et chanteur ?
J'ai toujours été baigné dans la musique, notamment les disques de mes frangins, ou ce que j'ai pu entendre enfant. Je jouais de la guitare vite fait. Mais je n'ai assumé ma première chanson qu'en 2007. C'est arrivé à une période de ma vie où j'avais de nouveaux besoins qui n'étaient pas ou plus présents dans le paysage musical français. J'ai donc décidé de faire moi-même la musique que j'avais envie d'écouter. Et puis tout ce que je fais aujourd'hui dans ma vie, ce sont des fantasmes d'enfant que je réalise, jusqu'à l'achat de ma dernière paire de baskets, celles de McEnroe en 1990 [rires]. Quand j'étais petit et que je voyais un guitariste qui en faisait des caisses, je me disais, «je veux bien être ça».

Du fantasme à la réalité, il y a un monde de difficultés avant d'accoucher d'un album...
Au contraire, quand j'ai commencé à enregistrer, je me suis laissé entraîner dans une sorte de processus exalté. Acheter des machines, des synthés... Je ne conçois de toute façon pas le travail sans une dose de plaisir. Je suis vraiment un jouisseur. Pour moi, il n'y a aucune douleur dans la création, aucune souffrance. Equalizer un son pour qu'il sonne parfaitement, c'est ça le kiff. Et à force, quand tu cherches tu trouves... Pour le coup, merci internet. Tu écoutes Jean-Michel Jarre qui utilise des vieux synthés Eminent qui passent dans un phaser Electro Harmonix, tu te renseignes, tu te dis «ah, c'est ça le truc, d'accord, donc ça veut dire que si à un moment donné je veux faire un petit clin d'œil dans le rétroviseur, je vais acheter ce phaser etc. [rires]». C'est une espèce de science à la fois empirique et mathématique : tu tâtonnes dans l'expérimental, les schémas immuables qu'on retrouve dans les chansons, le mineur triste, le majeur gai... De fil en aiguille tu développes une compréhension d'une certaine couleur, d'un certain vocabulaire. Après, je ne pense pas avoir de grandes capacités en harmonie mais c'est venu assez naturellement.

Ce qui donne sa couleur particulière, et un peu étrange, à ton album, c'est cette manière décomplexée que tu as d'assumer des influences qui vont de références ultra-pointues à la variété la plus "populaire"...
Pour moi ce n'est pas opposable. Comme avec les gens dans la vie, en matière de musique il faut une bienveillance initiale. Les mecs qui n'aiment pas les sons de synthétiseurs ont peut-être mal vécu leur enfance dans les années 80. Moi j'étais plutôt heureux [rires]. Ça fait partie de l'adolescence de rejeter certains trucs mainstream. Ensuite, en grandissant, tu apprends à aimer Joe Dassin comme tu apprends à aimer les défauts de tes parents. Aujourd'hui, j'adore Joe Dassin. Je copie ces mecs-là, des fois. On se dit toujours qu'ils ont fait ça un peu par dessus la jambe, en prenant le premier son qu'ils avaient sous la main. Je pense juste qu'ils travaillaient comme des dingues. Il y a même des chansons de Sardou, au-delà de l'aspect dégueulasse du mec qu'on connaît tous, dont je me dis qu'elles sont mortelles. Il faut juste avoir l'honnêteté intellectuelle de reconnaître que Sardou peut faire une bonne chanson. Je ne suis plus un ado, j'ai dépassé le stade de la rébellion. Je n'ai pas besoin de me positionner.

Au-delà des références musicales, à l'écoute de tes chansons, on balance sans cesse entre des sentiments très premier degré, quelque chose de très touchant, et une ironie que l'on sent pourtant omniprésente et qu'on retrouve d'ailleurs dans le clip de Ce soir j'te sors. Cherches-tu à parvenir à un équilibre en la matière ?
Ce n'est pas du tout calculé même si au final ce sentiment paraît assez cohérent. Ce n'est pas honnête d'être complètement sérieux, pas plus que de faire un truc totalement pouet-pouet. Par exemple, j'adore Wes Anderson : personne n'enchaîne comme lui une scène qui te brise le cœur avec une scène cocasse. Pourquoi faudrait-il que les choses soient monochromes ? La vie ne l'est pas. Alors Daisy Lambert, c'est un mec qui veut porter des costards blancs mais qui a une feuille de salade entre les dents.

C'est une manière de se cacher ?
Oui, il y a de la pudeur là-dedans. Ça ne me viendrait pas à l'idée d'imposer tout mon pathos personnel dans une chanson. Si tu veux du pathos, tu vas voir Rosetta, tu vas à Pôle Emploi ou dans le métro voir les Roms qui font la manche. Pour moi, l'art c'est quelque chose qui se décroche nécessairement un peu de la réalité. J'ai horreur des films et des textes réalistes. Je ne dirais pas qu'on ne peut pas évoquer ses névroses parce qu'au fond mon album pue la névrose. J'essaie juste d'avoir la politesse de ne pas souiller les gens avec, et de ne pas pleurer dans le caniveau.

Du point de vue des textes, tenir cette ligne-là, c'est un peu acrobatique...
Non, le seul enjeu c'est d'être soi au maximum, radicalement soi. Et puis c'est la musique qui parle avant tout. J'ai un carnet où je prends des notes. En parallèle, je fais de la musique, la musique dit quelque chose, je puise dans mon carnet pour voir si quelque chose peut coller, quels sont les sons qui pourraient correspondre, parce que j'essaie de faire du français musical. Je ne peux pas faire des lyrics quatre étoiles parce que je suis pas câblé comme ça. Donc j'essaie de trouver une écriture un peu floue et en même temps un peu punchline, comme Booba [il éclate de rire]. J'aime bien l'idée de laisser une marge de liberté à l'auditeur. Avec les textes de Souchon, de Christophe, très vaporeux, l'intérêt c'est que tu te fais ton histoire.

Ce nom de scène ambigu, Daisy Lambert, participe de ce flou ?
Il y a la référence à la chanson de Christophe, à la superficialité américaine aussi. A la poésie dans son versant bucolique pur mais accolée à un nom on ne peut plus commun. Au-delà, être un artiste digne de ce nom c'est aussi écouter la gonzesse qui est en soi. C'est partir de ce côté matriciel propre à la femme, pour ensuite aller masculiniser l'affaire. J'aime la musique de mecs qui ont une grande part féminine : Gainsbourg, Polnareff, Christophe. Ce qui est terrible c'est que le choix du nom de scène appartient à une époque de ta vie et ensuite tu te le trimballes ad vitam aeternam. Mais j'envisage de faire d'autres choses, avec un autre pseudo, sans me montrer. J'aimerais bien faire la musique de documentaires sur les singes [sic]. C'est un de mes rêves. Ca et de la figuration dans un film de Wes Anderson : un pompiste, un homme-sandwich, n'importe quoi...


Daisy Lambert - Ce Soir Jte Sors (officiel) par InterSessions

"Le French Kiss" de Daisy Lambert (avec Yan Wagner et Alex Rossi)
Au Club Transbo, vendredi 19 avril
Sur invitations à retirer par mail à bienvenueauclub@transbordeur.fr en précisant «Je viendrai embrasser Daisy Lambert sur la bouche le 19 avril».

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