Cathartique queer

Publié Jeudi 29 janvier 2026

Roman graphique / C'est par un dessin épuré, parfois même abstrait, que Joanna Folivéli arrive à faire coexister une neurasthénie terrible avec une idylle queer dévorante dans "De ton brûlant toucher crèvent mes peurs". Attention c'est coquin.

Photo : De ton brûlant toucher crèvent mes peurs par Joanna Folivéli (aux éditions Labrys)

« J'avais peur d'à nouveau me changer en monstre fantastique. D'avancer somnambule sans écouter mes limites » : les mots de Joanna Folivéli (ou plutôt de sa protagoniste, prénommée Soucieuse) sont épars dans ce drôle d'ouvrage queer et érotique. Chargé symboliquement, parfois même expérimental, De ton brûlant toucher crèvent mes peurs (publié aux éditions Labrys, en février 2026) suit la rencontre et l'évolution d'un couple lesbien, formé par deux femmes trans (Frêle et Soucieuse) qui traversent chacune à leur façon les difficultés de leur condition. L'illustratrice toulousaine nous avait habitué·es à ces voyages dans l'intimité de ses douleurs, de ses crises existentielles, de son sentiment de décalage. Dans Devenir (aux éditions Deux points, 2022) on pouvait déjà lire que « celles dont on ne veut pas, on les nomme des "mauvaises herbes" et je suis une mauvaise herbe ».

Le recueil de récits courts en noir et blanc, oniriques, nous plongeait déjà dans un monde de flottement, presque ouaté, où la peur de disparaître semblait asphyxier le rapport au réel de la protagoniste aux prises avec son identité de femme trans. Humaine (aux éditions Deux points, 2024) s'inscrivait dans la juste lignée de son premier travail, la couleur en plus. Narrant cette fois-ci un récit de guérison, d'adelphité et de communauté réparatrice, l'ouvrage avait d'ailleurs reçu le prix Artémisia "Mauvaises herbes". Plus récemment, c'est avec la militante Floralie Resa, écrivaine et militante bisexuelle et pansexualiste, qu'elle a fabriqué le livre illustré Te lécher jusqu'à m'étouffer : La bite de meuf et le lesbianisme (aux éditions Goater, 2025). Elle y a posé les bases d'une réflexion salutaire : les relations lesbiennes avec des femmes trans méritent d'être investies et représentées dans la production culturelle érotique lesbienne. Une affirmation qui semble entrer en adéquation avec la maison d'édition spécialisée dans les BD érotiques queer qui a signé son dernier ouvrage, les éditions Labrys.

Tendresse

Là où Te lécher jusqu'à m'étouffer : La bite de meuf et le lesbianisme mêlait humour, pédagogie, propos politique et érotisme, De ton brûlant toucher crèvent mes peurs fait figure de proposition plus radicale, cathartique. Le dessin, mêlant crayon de bois et stylo fait apparaître des images tantôt terribles, tantôt fantasmagoriques, représentant de façon intime, presque viscérale, le sentiment de dysphorie, notamment lorsqu'on est une personne trans et qu'on entretient des relations amoureuses. Les scènes de sexe ne versent ni dans le voyeurisme, ni dans la fausse pudeur. Elles sont là, en jalons d'un récit d'amour complet, qui se raconte à la fois dans les câlins platoniques, dans les petites attentions, dans les moments de doute et de désaccord et dans les scènes de sexe. Certaines planches ne semblent pas tout à fait achevées, l'abstraction de certains dessins peut égarer. C'est probablement l'objectif recherché : faire rêvasser ses lecteur·ices car ce livre est avant tout « une fantaisie comme un baiser rassurant - il est pour celleux qui se croient incapables d'aimer sereinement », a rédigé l'autrice en épilogue de son récit.

De ton brûlant toucher crèvent mes peurs par Joanna Folivéli (aux éditions Labrys) ; 23€
Rencontre mercredi 4 février 2026 à 19h à la Librairie à Soi.e (Lyon 1er) ; gratuit, réservation conseillée

Joanna Folivéli

Pour sa bande dessinée De ton brûlant toucher crèvent mes peurs. Deux femmes trans, Soucieuse et Frêle, se rencontrent sur le dancefloor. Elles se désirent dès leur première rencontre, mais Soucieuse est en lutte avec son propre corps. À travers l'affection qu’elles se portent, elles découvriront comment dépasser la barrière de la dysphorie, comment s’ouvrir à soi autant qu’à l’autre et comment guérir leurs traumas respectifs.