Le service de mise en conformité fiscale des entreprises

par Me Sophie Morand
Publié Mardi 31 mars 2026

Créé dans le cadre de la « relation de confiance », le service de mise en conformité, guichet unique de l'administration fiscale, permet aux entreprises et aux dirigeants de régulariser spontanément certaines anomalies, avec une atténuation des pénalités et une maîtrise du risque pénal. Quelles situations sont concernées ? Selon quelles modalités y recourir ? Retour sur ce dispositif.

Un dispositif de la relation de confiance entre contribuable et administration

Le service de mise en conformité des entreprises (Smec), créé en 2019, est un service de l'administration fiscale spécifiquement dédié au traitement des régularisations spontanées des entreprises et de leurs dirigeants.

Son fonctionnement repose sur une logique incitative : en contrepartie d'une démarche volontaire, les contribuables bénéficient d'un cadre sécurisé et d'une atténuation des sanctions.

La création de ce service répond à un objectif de facilitation des démarches spontanées de régularisation, en offrant un cadre clair, connu de l'ensemble des contribuables. La création d'un service national unique assure une gestion homogène des dossiers sur l'ensemble du territoire et permet de mobiliser des agents des finances publiques spécialisés dans le traitement de dossiers fiscaux complexes.

Un champ d'intervention ciblé et encadré

Le champ d'intervention du Smec, défini par la circulaire du 8 mars 2021, est limité à des situations précisément identifiées, déterminées en fonction de la nature des opérations en cause ou de leur degré de complexité.

Le service est tout d'abord ouvert aux anomalies fiscales découvertes, avant ou après une opération de reprise, par les nouveaux détenteurs ou repreneurs d'une entreprise.

Il intervient également en matière de fiscalité internationale, en présence d'une activité en France non déclarée constitutive d'un établissement stable, de la déduction de tout ou partie des intérêts d'un prêt consenti par une société étrangère en méconnaissance des dispositions de l'article 212, I-b du CGI (aujourd'hui abrogées), ainsi que dans le cadre de montages illicites ou abusifs, notamment ceux identifiés par une fiche publiée sur le site economie.gouv.fr (abus de convention fiscale, schémas de délocalisation de profits suite à restructuration).

Le service est par ailleurs compétent en matière de fiscalité des dirigeants, notamment s'agissant du régime des impatriés1, du non-respect des conditions d'un « pacte Dutreil » 2, du non-assujettissement à tort d'une plus-value de cession de titres, ainsi que des montages publiés sur le site economie.gouv.fr, en particulier les schémas de « management package » et les utilisations abusives du PEA.

Le service permet plus largement la régularisation des anomalies susceptibles de relever des majorations les plus élevées, notamment celles passibles d'une majoration de 80 % (activité occulte, abus de droit, manœuvres frauduleuses), ainsi que, pour les entités relevant de la Direction des grandes entreprises, celles relevant de la majoration de 40 % pour manquement délibéré.

La compétence du Smec est également étendue à toute opération dont la mise en conformité révèle des difficultés de chiffrage, d'appréciation des périodes couvertes par le droit de reprise ou de traitement liées au nombre de contribuables impliqués.

La procédure s'adresse ainsi à toutes les entreprises, sans distinction de taille, d'activité ou de localisation. En pratique, et selon l'administration fiscale, les dossiers enregistrés à ce jour concernent principalement des problématiques d'établissements stables et des régularisations liées aux pactes Dutreil.

Une procédure fondée sur la spontanéité et la transparence

L'accès au Smec est strictement conditionné par le caractère spontané de la démarche. Les entreprises ou les dirigeants faisant déjà l'objet d'un contrôle fiscal ou d'une procédure d'enquête
en sont exclus.

En pratique, des échanges informels, voire anonymes, peuvent être engagés avec le service avant le dépôt du dossier afin de sécuriser l'analyse juridique et valider la compétence du Smec.

Il est également possible de mobiliser plusieurs outils mis à disposition par l'administration et, notamment en matière de régularisation d'établissement stable, d'articuler la procédure de rescrit3 avec la saisine du Smec pour les entreprises souhaitant, en amont, vérifier l'existence d'un établissement stable en France avant d'engager une régularisation.

La procédure se poursuit par le dépôt d'un dossier complet, comprenant une demande formelle, un exposé circonstancié de la problématique, les déclarations rectificatives, les justificatifs nécessaires ainsi qu'une attestation de sincérité. Un délai de six mois peut être accordé pour le dépôt des déclarations, permettant, le cas échéant, de reconstituer la comptabilité nécessaire à leur établissement.

Le Smec procède alors à une instruction approfondie qui, sans constituer un contrôle fiscal, implique un examen de la cohérence des déclarations et peut donner lieu à des demandes de compléments d'information. À l'issue de cette instruction, il arrête les impositions dues et motive les pénalités applicables.

Un allègement des pénalités et un risque pénal maîtrisé

La mise en conformité n'emporte aucune remise des impositions éludées, qui demeurent intégralement dues dans la limite des règles de prescription applicables. En revanche, elle ouvre droit à une atténuation significative des pénalités, accordée par voie transactionnelle.

Le barème prévu par la circulaire du 8 mars 2021 permet de ramener une majoration de 80 % à 30 % et une majoration de 40 % à 15 %, ainsi que, dans certains cas, de supprimer la majoration de 10 %, les intérêts de retard étant également réduits de 40 % ou 50 %.

Au-delà de cet avantage financier, l'intérêt majeur du dispositif réside dans la maîtrise du risque pénal. Une mise en conformité auprès du Smec fait obstacle à la transmission automatique au Parquet, conformément aux règles applicables aux régularisations spontanées4.

Un dispositif incitatif de régularisation parmi d'autres

Selon le rapport de la Cour des comptes La lutte contre la fraude fiscale,  publié en décembre 2025, près de 250 dossiers ont été enregistrés depuis la création du Smec, pour un montant recouvré d'environ 195 millions d'euros.

Le Smec ne constitue toutefois qu'un des instruments à la disposition des contribuables souhaitant régulariser leur situation fiscale.

Lorsque la situation rencontrée ne relève pas de son champ d'intervention, le contribuable conserve la faculté de se rapprocher du service des impôts des entreprises ou des particuliers habituellement compétent pour recevoir ses déclarations fiscales.

Il peut alors se prévaloir du droit à l'erreur, instauré par la loi Essoc du 10 août 2018, et solliciter le bénéfice d'une réduction de moitié du montant de l'intérêt de retard, réservée aux régularisations spontanées effectuées par un contribuable de bonne foi, sous réserve du dépôt d'une déclaration rectificative assortie du paiement des droits correspondants.

En cas de contrôle fiscal, une régularisation reste possible, mais l'intérêt de retard est uniquement réduit de 30 % 5. Néanmoins, ces dispositifs légaux ne s'appliquent pas au dépôt tardif d'une déclaration, aux retards de paiement ou aux erreurs et inexactitudes commises de manière délibérée.

Dans ces situations, demeure la possibilité pour le contribuable de solliciter, par voie transactionnelle sur le fondement de l'article L. 247 du LPF, une atténuation des intérêts de retard, des amendes fiscales ou des majorations d'impôt.

Les voies de régularisation sont ainsi multiples, et il appartient aux contribuables et à leurs conseils d'apprécier, au cas par cas, l'opportunité de recourir au Smec ou à d'autres mécanismes de régularisation, au regard de la nature des anomalies identifiées.