La fin du bail commercial

par Me Muriel Rabeyrolles
Publié Mercredi 1 avril 2026

Le statut des baux commerciaux repose sur un principe fondamental : la protection du commerçant exploitant son activité dans les lieux loués. En pratique, la clientèle d'un commerce est souvent étroitement liée à son emplacement. La perte du local peut donc fragiliser, voire compromettre, la pérennité de l'activité.

Le bail commercial constitue un élément essentiel de l'exploitation d'un fonds de commerce. Conformément à l'article L.145-4 du Code de commerce, il est en principe conclu pour une durée minimale de neuf ans.

Toutefois, l'arrivée de son terme ne met pas automatiquement fin au bail commercial.

À défaut de congé, le bail se poursuit automatiquement par tacite prolongation, c'est-à-dire pour une durée indéterminée, aux clauses et conditions du bail expiré.

Pour mettre fin au bail à l'échéance, le bailleur ou le locataire doit délivrer un congé en respectant un préavis de six mois.

La fin du bail peut également résulter d'autres mécanismes juridiques : résiliation anticipée par l'effet d'une clause résolutoire, résiliation judiciaire en cas de manquement grave, résiliation amiable entre les parties ou encore départ volontaire du locataire, notamment lors d'une période triennale.

Le locataire bénéficie donc d'un droit au renouvellement du bail. Pour en bénéficier, il doit exploiter un fonds de commerce dans les locaux loués, être immatriculé au registre du commerce et des sociétés ou au registre national des entreprises, et avoir exploité ce fonds de manière effective au cours des trois années précédant l'expiration du bail. Cependant le bailleur reste propriétaire des murs dans lesquels est exploité le commerce. Il conserve la faculté de reprendre le local d'exploitation, quitte à payer une indemnité d'éviction, en général dissuasive.

Les conséquences pour le bailleur

Les effets du non-renouvellement du bail commercial

- Le refus de renouvellement et l'indemnité d'éviction

Le bailleur peut décider de refuser le renouvellement du bail commercial. Toutefois, en application de l'article L.145-14 du Code de commerce, ce refus implique en principe le versement d'une indemnité d'éviction, destinée à compenser le préjudice résultant de la perte du local commercial.

Cette indemnité correspond généralement à la valeur du fonds de commerce ou du droit au bail. Elle peut également inclure plusieurs éléments complémentaires : les frais de déménagement, les frais de réinstallation dans un nouveau local, les pertes d'exploitation liées au transfert de l'activité ou encore certaines dépenses nécessaires à la reprise de l'activité.

- Les situations dans lesquelles aucune indemnité d'éviction n'est due

Certaines situations permettent toutefois au bailleur de refuser le renouvellement sans avoir à verser d'indemnité d'éviction. C'est notamment le cas lorsqu'il existe un motif grave et légitime imputable au locataire, tel que des loyers impayés répétés, un manquement aux obligations contractuelles ou l'exercice d'une activité non conforme à la destination prévue par le bail.

La résiliation du bail peut également résulter de la mise en œuvre d'une clause résolutoire. Cette clause prévoit que le bail peut être résilié de plein droit si le locataire ne respecte pas certaines obligations essentielles, notamment le paiement du loyer. Le bailleur doit alors délivrer un commandement visant la clause résolutoire et laissant au locataire un délai minimum d'un mois pour régulariser sa situation. À défaut de régularisation, la résiliation peut être constatée et le locataire perd son droit au renouvellement.

Les incidences financières et fiscales pour le bailleur

Le refus de renouvellement d'un bail commercial peut représenter une charge financière significative pour le bailleur, principalement en raison du montant de l'indemnité d'éviction.

Sur le plan fiscal, le traitement de cette indemnité dépend de l'objectif poursuivi par le bailleur. Lorsqu'elle est versée afin de relouer le bien dans de meilleures conditions ou de préserver un revenu locatif, elle peut être considérée comme une charge déductible.

En revanche, lorsqu'elle s'inscrit dans un projet de transformation, de restructuration ou de revente de l'immeuble, elle est généralement intégrée au prix de revient du bien immobilier.

L'indemnité d'éviction n'est pas soumise à la TVA lorsqu'elle compense un préjudice subi par le locataire. En revanche, si elle rémunère un engagement du locataire, comme la libération des lieux ou la renonciation à certains droits, elle peut être assujettie à la TVA.

Les conséquences pour le locataire

Droits et protections du locataire à l'échéance du bail

- Le maintien dans les lieux et l'indemnité d'occupation

Le locataire bénéficie, outre d'une indemnité d'éviction, d'une autre protection importante : il ne peut pas être contraint de quitter les lieux tant que cette indemnité ne lui a pas été versée.

Pendant cette période, il peut se maintenir dans les locaux aux clauses et conditions du bail expiré. Toutefois, il ne paie plus un loyer au sens strict mais une indemnité d'occupation, généralement alignée sur la valeur locative du marché.

- Les risques liés à la perte du droit au renouvellement

La situation du locataire devient plus fragile lorsqu'il perd le droit au renouvellement. Cela peut notamment se produire en cas de manquements graves aux obligations du bail.

Dans une telle situation, le locataire peut être contraint de quitter les lieux sans indemnité d'éviction. La perte du local peut alors avoir des conséquences économiques importantes, en particulier lorsque la clientèle est fortement attachée à l'emplacement du commerce.

Le locataire peut également décider de quitter les lieux de sa propre initiative, par exemple en donnant congé à l'expiration d'une période triennale ou dans le cadre d'un accord amiable avec le bailleur.

Les conséquences financières et fiscales pour le locataire

Lorsqu'une indemnité d'éviction est versée, elle constitue pour le locataire une compensation financière importante et peut avoir des conséquences fiscales selon la nature du préjudice.

La part correspondant à la perte du droit au bail ou de la clientèle est imposable en tant que plus-value professionnelle, tandis que celle destinée à couvrir les frais de déménagement, les travaux ou les pertes d'exploitation est imposable comme produit d'exploitation.

À titre d'exemple, une indemnité de 300 000 euros peut se ventiler en 220 000 euros pour la perte du droit au bail et 80 000 euros pour les frais liés au transfert de l'activité.

Conclusion

La fin d'un bail commercial ne se limite pas à la restitution des locaux. Elle entraîne des conséquences juridiques, économiques et fiscales importantes pour les deux parties.

Pour le bailleur, la question centrale concerne souvent le coût de l'indemnité d'éviction et son traitement fiscal selon le futur sort du local commercial. Pour le locataire, l'enjeu principal est de préserver le renouvellement du droit au bail pour assurer la continuité de son activité.

Dans ce contexte, anticiper la fin du bail et maîtriser les règles applicables permet de sécuriser les intérêts de chacun et de limiter les risques de contentieux.