Splendeur et misère d'un beauf extraordinaire

Christophe Chabert | Mardi 2 avril 2013

À la question : « qu'est-ce qu'un beauf ? », Joël Séria et Jean-Pierre Marielle répondaient de manière définitive en 1977 dans Comme la lune, apothéose de leur collaboration après Les Galettes de Pont-Aven. Encore plus abouti que le précédent, il est pourtant méconnu et on ne peut que saluer l'initiative du cinéma de quartier des Barbarins fourchus qui le programme en compagnie d'un péplum culte de Cottafavi, Hercule à la conquête de l'Atlantide, dans le cadre d'une « carte blanche à Jean-Pierre Marielle ».

Revenons à Comme la lune : Marielle y incarne Roger Pouplard, que l'on découvre aux crochets de sa maîtresse, belle plante qu'il astique avec le même soin que sa bagnole adorée. Les dialogues grandioses et outranciers, le premier degré absolu de Marielle et la description d'une France bien rance créent un effet de distance envers le personnage que la suite ne fera qu'intensifier.

Qu'est-ce qu'un beauf, donc ? D'abord un individu autosatisfait « J'suis bien » répète Pouplard à l'envie et en toutes circonstances qui s'adapte à son environnement et finit toujours par le plier à ses médiocres aspirations. Il subira ainsi les contrecoups de son attitude méprisante qui le plongent dans le pathétique ; rien, pourtant, ne semble vraiment l'atteindre. Seul le regard du spectateur change : le beauf splendide devient un beauf misérable, mais son essence de beauf demeure inaltérée. Tout comme le film, qui affiche la patine vintage des années 70, mais dont le mordant n'a pas pris une ride.

Christophe Chabert

Cinéma de quartier n°34 : Carte blanche à Jean-Pierre Marielle
jeudi 11 avril à 19h et 21h15, à la Salle noire


Cinéma de quartier n°34

Soirée Péplum et Gros cons
La Salle Noire 19 rue des Arts et métiers Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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La Fleur de l’âge

ECRANS | De Nick Quinn (Fr, 1h23) avec Pierre Arditi, Jean-Pierre Marielle, Julie Ferrier…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

La Fleur de l’âge

Un animateur télé vieillissant se retrouve avec son père grabataire et ronchon sur les bras, et finit par trouver une jeune immigrée serbe pour s’occuper de lui. Avec un casting pareil, le premier film de Nick Quinn devrait dérouler pépère et sans risque son petit couplet sur le temps qui passe, la jeunesse qui n’a pas d’âge, la la la la… Eh ben même pas. Plus film pour seniors que film de seniors, La Fleur de l’âge patine dans les conventions de la fiction télé, avec une réalisation passe-partout (on ne parlera pas de mise en scène histoire de ne fâcher personne), un scénario qui enfile les perles et les clichés et un cinéaste qui oublie au passage de regarder ses comédiens. Bien à l’image du cinéma hexagonal depuis le début de l’année, ce produit standardisé vient encombrer les écrans histoire de "faire du volume", comme on dit dans l’industrie. Cannes arrivé, il aura déjà disparu. Christophe Chabert

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Les Seigneurs

ECRANS | D’Olivier Dahan (Fr, 1h37) avec José Garcia, Jean-Pierre Marielle, Ramzy, JoeyStarr, Gad Elmaleh, Franck Dubosc…

Christophe Chabert | Jeudi 20 septembre 2012

Les Seigneurs

Typique du cinéma industriel qui se développe en ce moment dans l’Hexagone, Les Seigneurs est avant tout un film de producteur, en l’occurrence l’ancien comédien Isaac Sharry. Olivier Dahan, certes réalisateur de La Môme mais qu’il avait tourné juste après une commande déjà bien foireuse pour Luc Besson (Les Rivières pourpres 2), ne vient donc qu’apporter sa griffe à un récit archi-calibré (en gros, un entraîneur à la dérive est engagé pour s’occuper d’une équipe de dernière zone sur l’île de Molène, Bretagne, et convainc tous ses anciens camarades de renfiler les gants pour défendre l’usine menacée de fermeture). Le problème, c’est que Dahan est plus une erreur de casting qu’un atout : il ne sait manifestement pas mettre en scène de la comédie, sinon en surdécoupant le jeu de ses comédiens ou en les cadrant large quand ils font leur numéro, et en jouant sur des effets qui rappellent rien moins que Les Fous du stade avec Les Charlots. Quant au foot, n’en parlons même pas – de toute façon, seul Carlos Reygadas a su le filmer dans Batalla en el cielo. Dès qu’il esquisse un pas de côté vers la chronique sociale ou l’émotion, on s

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