"Le Labyrinthe de Pan" : quand Guillermo del Toro travestit l'horreur en fantastique

Projection | Mardi 24 octobre, le festival Ojo Loco, dédié chaque printemps au cinéma espagnol et latino-américain de Grenoble. investit une salle du campus universitaire. Son but ? Proposer en séance unique, dans le cadre d'Halloween, la projection du fameux film de 2006 réalisé par Guillermo del Toro. Un excellent choix...

Charline Corubolo | Mardi 17 octobre 2017

Alors que la répression franquiste décime les maquis espagnols en 1944, une jeune fille tente d'échapper à cette sombre vérité en arpentant un labyrinthe fantastique. Elle y rencontre un faune, Pan, créature mystérieuse et métaphorique qui la guide dans un imaginaire dangereux où elle serait une princesse. Cette petite fille, c'est Ofelia, qui se trouve contrainte de suivre sa mère enceinte de son deuxième enfant et tout juste remariée au capitaine de l'armée franquiste Vidal, personnage cruel qui assoit son pouvoir dans la satisfaction de sévices sanglants.

En mêlant faits historiques et conte chimérique, le réalisateur mexicain Guillermo del Toro dépeint une fable à la dualité magique et monstrueuse, où l'horreur est humaine tandis que l'étrange irréel en est le simple miroir. Multipliant les parallèles, entre critique du fascisme et référence à Alice au pays des merveilles, le cinéaste nous plonge dans un rêve horrifique où l'esthétique féerique percute la cruauté de l'existence, où Le Labyrinthe de Pan n'est autre qu'une parabole du réel qui cherche malgré tout un peu d'espoir dans le noir.


Le Labyrinthe de Pan
À l'Aparté mardi 24 octobre à 19h30


Le Labyrinthe de Pan

De Guillermo del Toro
L’Aparté 351 allée de Berlioz Saint-Martin-d'Hères
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Ojo Loco : la folie des grandeurs (cinématographiques)

ECRANS | Zoom sur l'ambitieuse sixième édition du festival Ojo Loco, dédié au cinéma ibérique et latino-américain et piloté par l'association Fa Sol Latino.

Aliénor Vinçotte | Lundi 19 mars 2018

Ojo Loco : la folie des grandeurs (cinématographiques)

Pas si fous que ça les Ojo Loco ! Pour composer leur programmation, les responsables du festival grenoblois de cinéma ibérique et latino-américain sont allés faire leur marché parmi les candidats aux Goya (les César espagnols), en y ressortant des films plébiscités comme Handía (sur l’histoire vraie d’un homme atteint de gigantisme au XIXe siècle, que le comédien Iñigo Aranburu viendra présenter en avant-première), El Autor, Une femme fantastique ou encore Été 93. Mais ils ont bien sûr élargi le tir, puisqu'ils proposent, dans la section "compétition fictions", onze films non distribués en France en lice pour recevoir le prix du public. Trois d'entre eux seront accompagnés à Grenoble par leur réalisateur : El Autor (lauréat de deux Goya donc) de Manuel Martín Cuenca, Cabros de Mierdas du Chilien Gonzalo Justiniano et Últimos Días en la Habana (photo) du Cubain Fernando Pérez. Ce dernier présentera aussi, lors d’une soirée "cinéma de patrimoine", deux de ses ré

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Guillermo del Toro : « J’ai fusionné les dogmes catholiques avec les monstres »

ECRANS | Lion d’Or à Venise, Golden Globe et Bafta du meilleur réalisateur (en attendant l’Oscar qui devrait logiquement suivre) pour "La Forme de l’eau", Guillermo del Toro a hissé son art et ses monstres au plus haut degré d’excellence. Rencontre avec un maître du cinéma de genre adoubé par le gotha du cinéma mondial.

Vincent Raymond | Jeudi 22 février 2018

Guillermo del Toro : « J’ai fusionné les dogmes catholiques avec les monstres »

Quand vous avez reçu votre Lion d’Or à venise, vous avez dit « Si vous restez pur et fidèle à ce que vous croyez – et pour moi ce sont les monstres –, alors vous pouvez faire ce que vous voulez ». D’où vous vient cette fascination pour les monstres ? Guillermo del Toro : Tout d’abord, je veux revenir sur cette phrase : à Venise, ils avaient traduit "monsters" par "mustard", c’est-à-dire "moutarde" (rires), trouvant que c’était une métaphore géniale : « il aime les condiments ». Mais sinon pour moi, ça a commencé tôt, presque au berceau, quand j’avais deux ans. Mon psy dit que c’était un mécanisme d’inversion, tellement j’étais effrayé d’être né. Quand j’étais gosse, je me sentais étrange. Déjà, j’étais incroyablement mince – si si –, mes cheveux étaient extrêmement blonds, presque blancs, et j’étais tellement timide que je boutonnais ma chemise jusqu’au col. Je me battais si fréquemment que j’ai commencé à prendre du poids pour être capable de me défendre. Alors forcément, j’éprouvais de l’empathie pour les monstres : je voyais la

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"La Forme de l'eau" : Guillermo del Toro en eaux tièdes

ECRANS | Synthèse entre "La Belle et la Bête" et un mélo de Douglas Sirk, ce conte moderne marque le triomphe de Guillermo del Toro, Lion d’Or 2017 à la Mostra de Venise, qui signe son film le plus consensuel, sans renoncer à ses marottes arty-trashy. Une transgression homéopathique mais un spectacle impeccable.

Vincent Raymond | Samedi 17 février 2018

États-Unis, début des années 1960. Jeune femme muette menant une existence monotone à peine égayée par ses caresses matinales et ses visites à son voisin homosexuel, Elisa travaille comme agent d’entretien dans un labo du gouvernement. Un jour, elle entre en contact avec un sujet d’expérience : un étrange être amphibie aux pouvoirs phénoménaux… Une créature que seuls les exclus et/ou les marginaux (les "âmes" innocentes bibliques) ont les ressources affectives pour accueillir et aider ; un méchant (irremplaçable Michael Shannon) ruisselant de cruauté, portant la haine sur son visage et la pourriture au creux du corps… Rien de bien nouveau sous la lune, mais on retrouve l’excitation de l’enfant aimant entendre pour la millième fois la même histoire avant de sombrer dans les bras de Morphée. Guillermo del Toro possède l’art de conter, et cette faculté de synthétiser des objets cinématographiques d’une remarquable rotondité : le moindre détail, qu’il soit plastique, narratif ou artistique, est toujours à sa place, et l’on suppose qu’il ne manque aucun bouton de guêtre entre l’idée de son film et sa réalisation. Revers de cette m

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"Men & Chicken" : monstrueusement vôtre

ECRANS | d'Anders Thomas Jensen (Dan., 1h44) avec Mads Mikkelsen, David Dencik, Nicolas Bro…

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Pas étonnant que le nouveau Anders Thomas Jensen ait remporté les faveurs du public lors du festival lyonnais Hallucinations collectives : Men & Chicken était carrossé pour une audience raffolant d’un cinéma de genre décalé, dynamique et incorrect. Un sorte d’hybride dont le Danois s’est fait le champion depuis Les Bouchers verts (2003), avec des réalisations baignées d’un humour noir mettant volontiers à mal ses personnages, comme ceux qui les interprètent. C’est encore le cas ici pour son comédien fétiche Mads Mikkelsen, qui subit niveau maquillage ce que Michel Serrault acceptait jadis de Jean-Pierre Mocky : un enlaidissement gratiné lui donnant un visage presque aussi inhumain que ses malheureux partenaires, joyeuse fratrie de freaks passant leur temps à se flanquer des peignées à coup d’oiseaux empaillés (quand ils ne fabriquent pas du fromage). D’aucuns trouveraient morbide ou malsaine cette inclination pour la tératologie, qui rapproche Jensen du Guillermo del Toro réalisateur du Labyrinthe de Pan et surtout de L’Échine du diable (2001). Tous deux usent de la monstruosité physique comme d’une extériorisati

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Crimson Peak

ECRANS | Poème tragique beau comme une malédiction gothique, le nouveau Guillermo del Toro tient aussi bien du conte de Poe que du steampunk. De quoi donner des idées à Tim Burton, qui n’en a plus guère…

Vincent Raymond | Mardi 13 octobre 2015

Crimson Peak

Cela faisait presque dix ans, depuis Le Labyrinthe de Pan (2006), que Guillermo del Toro n’avait pas livré une œuvre à ce point personnelle. C’est-à-dire nourrie jusqu’à la gueule de toutes ses obsessions et influences – d’ailleurs tellement assimilées et fondues ensemble qu’il n’en reste que des motifs vaguement identifiables, noyés dans l’immensité de sa composition. Cette histoire d’une jeune héritière américaine du XIXe siècle tombant amoureuse d’un nobliau britannique désargenté (flanqué d’une inquiétante sœur) et inventeur d’une machine à extraire de l’argile rouge, a des allures de Barbe bleue revisité à la sauce Shelley puis relu par Edgar Poe. Car les spectres rôdent ; une menace constante et invisible se ligue à l’humidité ambiante pour oppresser le thorax avec l’amoureuse efficacité d’une phtisie d’antan, le tout dans des décors vertigineusement délabrés… J'aurai ton Poe ! L’œil exulte face au spectacle réservé par Del Toro, roi des accords chromatiques (souvenez-vous de L’Échine du diable). Aux séquences new-yorkaises, des alliances chaleureuses d’orangé et de vert ; à la partie britannique, le noi

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Pacific Rim

ECRANS | Des robots géants contre des monstres géants : avec ce blockbuster dantesque, à l’imaginaire proliférant et à la mise en scène démente, Guillermo Del Toro donne une ampleur spectaculaire à un univers personnel soufflant de beauté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 juillet 2013

Pacific Rim

Alors qu’un robot géant défonce plusieurs étages d’un building en se battant contre un monstre sorti des profondeurs du Pacifique, la caméra accompagne le mouvement de son bras mécanique jusqu’à s’immobiliser sur un pendule de Newton. Les billes, d’abord statiques, se mettent alors en mouvement sous l’effet des vibrations alentour, et Guillermo Del Toro stoppe le fracas apocalyptique de la scène pour ne regarder que ces petits chocs métronomiques. Ça ne pourrait être qu’un gag visuel, mais c’est beaucoup plus que ça : tout Pacific Rim est résumé dans ce geste de mise en scène, qui passe du gigantisme à la loupe grossissante en un imperceptible glissement d’échelle. Cela dit autre chose encore : ce qui relie le robot numérique à l’invention scientifique transformée en objet ludique, c’est l’obstination d’un artiste qui pense le cinéma comme un terrain de jeu dans lequel on peut tout fondre ensemble, de la peinture aux jeux vidéo, de la littérature à la bande dessinée, de la science aux sagas populaires. La guerre, c’est mieux à deux L’introduction de Pacific Rim porte la marque du conteur Del Toro : en voix-off, Raleigh Becket explique

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Les Cinq légendes

ECRANS | De Peter Ramsey (ÉU, 1h37) animation

Christophe Chabert | Lundi 26 novembre 2012

Les Cinq légendes

À une époque où les studios d’animation américains ont tendance à recycler jusqu’à la mort leurs franchises porteuses, un projet original comme Les Cinq légendes donnait très envie d’être défendu. Transformer le marchand de sable, le père Noël, la fée des dents et le lapin de pâques en super héros unis pour défendre le monde contre les attaques du croque-mitaine, c’est certes psychédélique mais en tout cas, il y a de l’idée neuve là-derrière. Le film a, qui plus est, une vraie séduction graphique, jouant sur les textures et les couleurs pour caractériser ses personnages, inventant un univers crédible pour raconter leurs exploits et refusant l’hystérie animée des précédentes productions Dreamworks. On sent la patte Guillermo Del Toro (il est producteur exécutif), et certains passages rappellent les plus belles séquences de Hellboy II. Hélas, cent fois hélas, les auteurs ont carrément perdu de vue la nécessité d’alimenter le scénario en péripéties, et narrativement, le film est exsangue, quand il ne va pas chasser

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Le Chat potté

ECRANS | Dans la série, rarement grandiose, des productions animées Dreamworks, Le Chat potté est plutôt une bonne surprise. À condition toutefois d’oublier les faiblesses criantes des scénarios de ces produits «familiaux». Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 24 novembre 2011

Le Chat potté

Soyons clairs : les trente premières minutes du Chat potté sont foutrement plaisantes. Débarrassées de l’attirail fantastico-trivial et passablement laid des derniers Shrek, les aventures de ce chat latino fougueux s’épanouissent dans un contexte d’espagnolade intemporelle au décorum soigné et au pittoresque assumé. Le personnage lui-même est bien trouvé : mi-bandit errant, mi-séducteur exubérant, mais avant tout très mimi, il attire une sympathie difficilement répressible. Le film enchaîne ainsi à une vitesse grisante les péripéties, les gags et les inventions visuelles, jusqu’à une battle-dance qui vaut remake chaste de la mythique scène de strip combat à l’épée dans Le Masque de Zorro. On se dit que la présence en tant que producteur exécutif du grand Guillermo Del Toro (il l’était déjà sur Kung-fu Panda 2) n’est peut-être pas pour rien dans ce regain de vitalité inattendue des productions animées Dreamworks. Le scénario empoté Comme si ces efforts pour monter la barre d’un cran avaient épuisé tout le staff, la suite est moins glorieuse. À commencer par le bricolage scénaristique qui tient lieu d’histoire : un salmigondis de conte et de feuilleton populaire

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