Ridley Scott : « Le futur apparaît terrible et merveilleux »

Alien : Covenant
De Ridley Scott (EU-Angl, 2h02) avec Michael Fassbender, Katherine Waterston...

Interview / Retour vers le futur avec Ridley Scott qui, bien qu'il figure désormais parmi les vétérans du cinéma mondial et ait anobli par la Reine, n'a rien perdu de son mordant. Ni de son perfectionnisme. La preuve avec "Alien : Covenant", nouveau volet de la saga dont il nous a parlé.

Pourquoi ce titre, Covenant (littéralement "engagement") ?

Ridley Scott : C’est comme une promesse, c’est un accord, une alliance. Le vaisseau Covenant part avec deux mille bonnes âmes pour coloniser une autre planète, où l’humanité pourraient vivre. Il y a un sous-texte clairement religieux : Billy Crudup qui dit qu’il n’a pas été choisi comme chef parce qu’il avait en lui une foi trop forte.

Un équipage n’est jamais composé au hasard, les gens sont bien identifiés avant le départ : il y a de longs entretiens qui sont réalisés sur le plan psychologique, religieux… Les membres d’une mission astronautique, par exemple, vivent ensemble avant de partir pour savoir s’ils sont capables de se supporter sans s’entre-tuer au bout de deux jours.

En revenant à Alien, quel était pour vous l’enjeu principal et les pièges à éviter ?

Il y avait des question auxquelles la tétralogie n’avait pas répondu : quel était ce vaisseau, qui était ce pilote, était-ce un squelette ou bien un uniforme, et le plus important de tout, d’où venaient ces œufs, qui au contact des humains produisent des êtres horrifiques… À l’époque, j’étais très occupé par d’autres projets et puis je suis revenu à la Fox en disant qu’on pouvait ressusciter Alien et répondre à ces questions restées en suspens.

Quant au piège, c’était de me répéter. Un de mes amis dit : « L’art c’est comme un requin, il doit se déplacer tout le temps, sinon il meurt. » Quand je travaillais sur Blade Runner, chaque jour apportait une solution et soulevait une nouvelle question. Il fallait en permanence se remettre en question.

Quel genre d’esprit faut-il être pour avoir envie d’effrayer les gens ?

Moi ! (sourire) Mais en fait, quand j’ai fait le premier Alien, j’avais le sens des responsabilités, parce que la scène de la cuisine avec John Hurt était un peu en-dessous de ce que j’espérais. Et elle n’était pas très bonne. Mais le film a eu beaucoup de succès parce que les gens sont pervers.

Le soir de la projection-test, comme je m’ennuyais, je suis sorti boire un verre. Quand je suis revenu voir le public, c’était au moment de la scène de l’œuf, et j’ai entendu quelqu’un crier : « Eh ! Ne regarde pas l’œuf ! » – évidemment l’idiot le regarde et ça lui saute à la figure. Les cris dans le public ! J’ai vu un homme retenir sa femme par terre tellement elle avait peur. Ça n’allait plus du tout ! (sourire satisfait)

L’avenir vous excite-t-il ou vous fait-il peur ?

Je suis curieux, parce que le futur apparaît terrible et merveilleux. Il semble qu’on prédise qu’en 2050 que l’espérance de vie pourrait être infinie. Je ne suis pas sûr que ce soit de l’espérance…

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