"Madre" : vacances aux bords de la mère

De Rodrigo Sorogoyen (Esp.-Fr., 2h09) avec Marta Nieto, Anne Consigny, Alex Brendemühl

Dix ans après la disparition subite de son fils sur une plage des Landes, Elena a quitté l’Espagne et sa vie ancienne pour travailler dans un restaurant sur cette maudite plage. Un jour, elle aperçoit Jean, ado dont l’âge et le physique lui évoquent son enfant. Elle le suit ; il s’en rend compte…

L’exercice consistant à dilater un court métrage en un long est souvent l’apanage des débutants pour qui le format bref constitue, aux yeux des producteurs, une promesse. Mais les deux disciplines étant ontologiquement différentes, l’entreprise s’avère souvent un redoutable casse-gueule. Pour y échapper, certains optent pour une simple prolongation de leur court à l’instar de Xavier Legrand (avec Avant que de tout perdre, puis Jusqu’à la garde dont on connaît le double succès) ou ici Rodrigo Sorogoyen. Le très expérimenté réalisateur avait signé en 2017, entre Que Dios nos perdone et El Reino, un plan-séquence de 18 minutes aussi stupéfiant que bouleversant (il constitue le prologue de ce film) ayant écumé les festivals et concouru à l’Oscar, Madre. Madre "version longue" raconte une autre histoire : une conséquence possible de la précédente, en explorant plusieurs chemins psychologiques et en suggérant la survenue d’un ou plusieurs drames après la tragédie initiale.

Est-ce l’ambiance balnéaire, le trouble de la liaison potentiellement incestueuse entre Elena et Jean, le thriller qui se dessine entre eux et les parents de Jean (les remarquables Frédéric Pierrot et Anne Consigny, inhabituels dans leurs emplois de petits bourgeois de la côte Ouest) ou la perversité latente de quelques personnages secondaires mais il y a quelque chose d’Ozon dans ce film aussi déchirant que provocateur sur l’impossibilité d’un deuil. Ce qu’il montre de la possession et de la convoitise également, de l’égoïsme et de l’hypocrisie des familles "pull sur les épaules", où l’hideur de l’âme se cache derrière le masque des convenances.

Filmé avec une douceur rasante faisant contrepoint à la douleur profonde de son personnage, Madre confirme, s’il était encore nécessaire, le statut de Sorogoyen comme auteur de premier plan du cinéma hispanophone contemporain. Bénéfice collatéral, la mise en lumière de Marta Nieto dans le rôle-titre : une telle présence ne mérite pas de demeurer loin des écrans.

Sortie le 22 juillet

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