La Dame de fer

ECRANS | De Phyllida Lloyd (Ang-Fr, 1h45) avec Meryl Streep, Jim Broadbent, Richard E. Grant...

Aurélien Martinez | Vendredi 10 février 2012

Le pire était donc à venir. Après vingt années de terres brûlées économiques et sociales, Margaret Thatcher méritait bien un film. Mais comment approcher une figure si radicale et contestable, quand l'intéressée est encore en vie et qu'on a pour CV l'affreuse adaptation de Mamma Mia ? Par le micro bout de la lorgnette, en traitant tout, l'Histoire, les conflits, le terrorisme, les syndicats mis en pièces, l'ascension politique, le pouvoir, depuis l'intime et le souvenir. Vaguement féministe en insistant lourdement sur ce monde exclusivement masculin qu'elle intègre, cette Dame de fer n'existe que par sa relation avec feu son mari et ses regrets familiaux, contradiction parfaite de ses ambitions que l'âge rend douloureux. Problème, le reste, jamais critiqué ni discuté, glisse alors comme une anecdote dérisoire, à l'image de ces plans d'une manifestation sanglante se reflétant sur les vitres d'une voiture où Thatcher est protégée loin de la réalité. Scandaleux ou involontairement terrifiant.
Jérôme Dittmar

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"Gentlemen cambrioleurs" : casse vermeil

ECRANS | De James Marsh (G.-B.1h46) avec Michael Caine, Tom Courtenay, Jim Broadbent…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Peu après la trépas de son épouse, le septuagénaire Brian Reader est tenté de reprendre du service dans le corps de métier où il a excellé en toute discrétion : la cambriole. Tuyauté par un jeunot, Brian réunit sa troupe d’experts vieillissants pour un ultime coup d’éclat… Pas besoin d’être grand clerc pour voir dans cette *comédie policière* un dérivé pour public sénior deu fameux Ocean Eleven, avec une distribution appropriée – elle réunit la crème des veilles barbes anglaises (qui jadis furent, pour certains, les jeunes premiers britanniques). En l’absence de Peter O’Toole, Oliver Reed, Alan Bates et Richard Harris excusés pour cause de décès, Ray Winston, Michael Gambon et Jim Broadbent font le job – c’est-à-dire cabotinent selon les exigences d’un scénario poussif quand il n’est pas entortillé comme un fil de téléphone à cadran. Gags rhumatisants, répliques arthritiques et action asthmatiforme pimentent le casse et l’enquête parallèle menée par la police : tous les ingrédients sont donc réunis pour accompagner une bonne sieste de fin d’après-midi.

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"À l’heure des souvenirs" : (petit) drama-tea

ECRANS | de Ritesh Batra (G.-B., 1h48) avec Jim Broadbent, Charlotte Rampling, Harriet Walter…

Vincent Raymond | Lundi 2 avril 2018

Vieux divorcé bougon, Tony occupe sa retraite en tenant une échoppe de photo. Il est confronté à son passé quand la mère de Veronica, sa première petite amie, lui lègue le journal intime de son meilleur camarade de lycée, Adrian. Seulement, Veronica refuse de le lui remettre. À raison… À mi-chemin entre le drame sentimental à l’anglaise pour baby-boomers grisonnants (conduite à gauche, tasses de thé, humour à froid et scènes de pub) et l’enquête alzheimerisante (oh, la vilaine mémoire qui nous joue des tours !), ce film qui n’en finit plus d’hésiter se perd dans un entre-deux confortable, en nous plongeant dans les arcanes abyssales de souvenirs s’interpénétrant (et se contredisant) les uns les autres. Une construction tout en méandres un peu téléphonée qui fait surgir ici un rebondissement, là Charlotte Rampling, et permet à Jim Broadbent d’endosser à nouveau un ces rôles de gentils râleurs-qu’on-aimerait-bien-avoir-pour-grand-père/père/tonton/compagnon qu’il endosse comme une veste en tweed. À siroter entre un haggis et un scone.

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Ricki and The Flash

ECRANS | De Jonathan Demme (ÉU, 1h42) avec Meryl Streep, Mamie Gummer, Kevin Kline…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Ricki and The Flash

Chanteuse de bar fauchée, Ricki est appelée par son ex-mari pour sortir de la dépression leur fille qui vient d’être larguée. La rockeuse bohème s’envole aussitôt pour leur luxueuse résidence, où elle aura à affronter des reproches (avoir préféré à sa famille une carrière ratée) et Mo, la belle-mère parfaite de ses enfants… Jonathan Demme (Le Silence des agneaux) sort d’une semi-retraite pour adapter un script très anecdotique de Diablo Cody, jadis strip-teaseuse, désormais scénariste à succès de drames familiaux (Juno, Young Adult). Meryl Streep, attifée quelque part entre Boy George et Steve Tyler, donne la réplique à sa vraie fille, chante du Springsteen, joue de la guitare et s’offre un de ses morceaux de bravoure légendaires en interprétant une électrice républicaine. Vincent Raymond

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Immortel Zemeckis

ECRANS | Dans son excellent ouvrage consacré aux cinéastes hollywoodiens contemporains (Le Temps des mutants, chez Rouge Profond), Pierre Berthomieu livre une des (...)

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

Immortel Zemeckis

Dans son excellent ouvrage consacré aux cinéastes hollywoodiens contemporains (Le Temps des mutants, chez Rouge Profond), Pierre Berthomieu livre une des premières analyses sérieuses consacrées à Robert Zemeckis, pointant toute la dimension novatrice de son cinéma. Point d’orgue logique de sa démonstration fondée sur les corps mutants et la volonté de créer des images défiant les logiques réalistes classiques, La Mort vous va si bien fait en effet figure de théorie de la pratique dans l’œuvre de Zemeckis. On y voit une gloire déclinante de Broadway (Meryl Streep, en pleine autoparodie) mariée à un chirurgien esthétique (Bruce Willis, moustachu avant la mode) qu’elle a "dérobé" à son ancienne copine d’école obèse (Goldie Hawn). Mais celle-ci réussit à se débarrasser de ses kilos superflus grâce à un filtre d’immortalité et à récupérer son ancien amour. La vengeance de la star ne se fera pas attendre, mais elle se traduira par un hallucinant ballet macabre où les corps, qui ne craignent plus la mort, vont se retrouver tordus, perforés, écrasés, équivalents humains des toons de Roger Rabbit. Zemeckis pousse ainsi à son extrême ses recherches sur u

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