The Impossible

ECRANS | Fiction autour de l’histoire vraie d’une famille disloquée par le tsunami thaïlandais, le deuxième film de Juan Antonia Bayona joue brillamment la carte du survival dans sa première partie, moins celle du mélodrame dans la deuxième. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2012

Un carton nous annonce d'entrée ce que la plupart des spectateurs savent déjà : The Impossible se déroule durant le tsunami qui ravagea les côtes thaïlandaises à Noël 2004, faisant des milliers de morts et de blessés, laissant la région dans le chaos et les survivants en état de choc. Histoire de redoubler cette introduction didactique par un petit jeu de mise en scène, Juan Antonio Bayona (le réalisateur de L'Orphelinat) nous fait entendre ensuite un crescendo strident évoquant la vague et les cris de ceux qu'elle emporta. Efficace, même si les 50 000 spectateurs de Vynian savent que Fabrice Du Welz avait fait la même chose dans son film maudit. Passons. Nous voilà dans l'avion qui amène la famille Bennett à Kaoh Lahk pour les fêtes : un couple de beaux anglo-saxons (dans la vraie histoire, c'étaient des Espagnols, mais The Impossible a de manifestes volontés exportatrices) et leurs trois enfants, qui s'installent dans un superbe palace en bord de plage. Bayona fait monter la pression, même si, on l'a dit, le contexte est éventé depuis le début. Puis vient le tsunami, et les réserves liées à ce début plutôt factice sautent immédiatement : avec une mise en scène virtuose, à la fois réaliste et totalement cinématographique, The Impossible nous fait vivre longuement l'enfer, s'assumant comme un prototype particulièrement réussi de survival.

Voyage au bout de l'enfer

Maria (Naomi Watts qui, après Haneke dans Funny Games, semble aimer se faire torturer dans sa chair par les cinéastes européens !) et son fils Tony (Tom Holland, vraiment investi dans son rôle) sont emportés au milieu du torrent et des décombres, leurs corps portés au supplice. Ils en réchappent et errent dans un environnement désolé, visions saisissantes où ces petits-bourgeois protégés sont rendus à l'état sauvage. Bayona déploie alors un récit éprouvant, sans complaisance, où la reconstitution minutieuse des événements donne à plus d'une reprise le frisson. Cette première partie, qui s'achève dans la confusion d'un hôpital dépassé par l'ampleur du désastre, est une réussite en ce qu'elle reprend les codes du cinéma de genre plutôt que ceux, attendus face à pareil sujet, du docu-fiction. Bayona s'y affirme comme un grand metteur en scène de l'horreur et de la peur — pour le coup, il n'est pas espagnol pour rien ! Mais The Impossible se pique, dans une deuxième partie en forme de contrechamp total, d'être aussi un mélodrame. C'est tout de suite moins convaincant : le suspense (très artificiel, tant on devine vite quelle en sera l'issue) est assez malsain, sinon obscène, et le film perd ce qui faisait sa force jusque-là, sacrifiant son inquiétude sur l'autel d'une délivrance rassurante pour le spectateur. Bayona l'avoue d'ailleurs à mi-mot lorsqu'il revient sur les lieux du crime le temps d'un flashback halluciné où il peut à nouveau démontrer sa virtuosité et son talent de conteur visuel. Mais ce n'est qu'une parenthèse avant que le tire larmes ne reprenne malheureusement ses droits.

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While we’re young

ECRANS | Après "Frances Ha", Noah Baumbach continue d’explorer le New York branché et sa bohème artistique, transformant la pièce d'Ibsen "Solness le constructeur" en fable grinçante et néanmoins morale où des bobos quadras se prennent de passion pour un couple de jeunes hipsters. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

While we’re young

Quarante ans, toujours pas parents ; Josh et Cornelia (couple inattendu mais crédible formé par Ben Stiller et Naomi Watts) sont en pleine crise. Tandis que leurs amis bobos new-yorkais s’assurent une descendance, eux semblent frappés de stérilité. Celle-ci n’est pas seulement sexuelle, elle est aussi créative, en particulier pour Josh, en galère pour terminer un documentaire fleuve qui, manifestement, n’intéresse que lui. Jusqu’au jour où ils rencontrent Jamie et Darby – Adam Driver et Amanda Seyfried, prototypes de hipsters ayant fait de la bohème une règle de vie. À leur contact, Josh et Cornelia trouvent une seconde jeunesse, revigorés par ce couple qui semble vivre dans un présent perpétuel. Noah Baumbach se livre alors à une comédie de mœurs contemporaine, même s’il s’inspire très librement d’une pièce vieille d’un siècle – Solness le constructeur d’Ibsen. Le ton y est mordant et le monde actuel en prend pour son grade : tandis que Josh se débat avec son portable, ses CD et son appartement design, Jamie ne jure que par les vinyles, les VHS et le mobilier vintage. La jeunesse s’empare des objets ringards de ses aînés et les rends hype et désirables, y com

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Diana

ECRANS | D’Oliver Hirschbiegel (Ang-Fr-Belg, 1h47) avec Naomi Watts, Naveen Andrews…

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

Diana

Il y a une belle idée au début de cette bio filmée de Lady Di, prise entre la fin de son mariage avec le Prince Charles et l’accident au Pont de l’Alma : faire du personnage une femme blessée dans son orgueil, tentant vainement d’endosser un rôle auquel elle ne croit plus. Ce qui trouble ici, c’est que Naomi Watts semble s’engager dans une relecture du personnage qui l’a révélé, la Becky / Diane de Mulholland drive. Le sourire publicitaire qui se transforme en rictus amer et la princesse répétant son show devant son miroir, la dépression et le playback : Diana est, dans son introduction, comme une remise à l’endroit du film de Lynch. Mais ce n’était qu’un leurre : le film s’enfonce ensuite dans un médiocre soap opera romançant l’histoire d’amour impossible entre Diana et le chirurgien Hasnath Kahn. Le dialogue baigne dans la pire eau de rose, la mise en scène ne possède aucun relief et la figuration est d’un rare amateurisme – tout le film a ainsi un côté cheap et télévisuel. Surtout, Hirschbiegel, qui passe sans transition de la chute d’Hitler à la love story de Lady Di, n’a rien à dire sur le personnage ; son film pourrait être un mé

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L’Orphelinat

ECRANS | Le premier film de Juan Antonio Bayona, jeune cinéaste venu du clip, condense toutes les trouvailles du nouveau cinéma fantastique espagnol dans un néo-classicisme extrêmement brillant mais tout de même un peu vain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 29 février 2008

L’Orphelinat

Impossible de parler de L’Orphelinat sans évoquer son fulgurant succès public en Espagne : imaginez chez nous un film fantastique français trustant les hauteurs du box-office pendant de longues semaines, puis se retrouvant nommé dans toutes les catégories aux César ? Ce prodige-là est bien sûr le fruit d’une véritable culture du cinéma de genre local auprès des spectateurs, mais aussi du culot des producteurs et des distributeurs, associé au talent d’un jeune cinéaste de 32 ans qui, pour sa première œuvre, démontre une étourdissante maîtrise de la mise en scène. Certes. Mais L’Orphelinat est aussi la synthèse brillante et un peu facile de dix années de recherche où des cinéastes singuliers se sont réappropriés les codes du cinéma fantastique pour leur donner une nouvelle jeunesse. Cette relecture en forme de best of, Bayona prend soin de l’adresser, in fine, au plus large public, gommant le pessimisme qui règne en général dans le fantastique espagnol (mais on ne racontera pas la fin !). Histoire de fantômes espagnols Il y a donc une mère et son fils dans une maison hantée, comme dans Les Autres ; des enfants fantômes qui

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