Vice-Versa : la Révolution Pixar

ECRANS | "Vice-Versa", chef-d’œuvre absolu signé Pete Docter, est un nouveau cap pour la révolution initiée depuis vingt ans par les studios Pixar dans le cinéma d’animation. Ou comment une bande de geeks est venue bousculer le monstre Disney, qui n’est pas parvenu à tuer leur créativité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » On ne sait pas si John Lasseter et ses camarades des studios Pixar ont lu Lamartine, mais ils auraient pu graver cette fameuse citation au frontispice de leurs bureaux. Au moins en ont-ils donné une version 2.0 à travers leur mythique logo : une lampe fait des bons comme à pieds joints, lançant des œillades de lumière au spectateur avant d'aller écraser et remplacer le I de Pixar. L'objet doté de personnalité, de vie et d'humour : un véritable credo à la source de leurs premiers travaux, mais aussi l'amorce de la révolution Pixar. C'est d'abord un pied de nez à la tradition Disney : là où la firme du haut château s'intéressait avant tout aux héros des contes classiques (de Blanche-Neige à Pinocchio) et à l'humanisation des animaux (Bambi, Dumbo, la centaine de dalmatiens ou encore les Aristochats), Pixar choisit de laisser la figure humaine dans l'ombre et ne se consacre à nos amis les bêtes que si celles-ci lui autorisent un changement radical d'échelle.

Avec les deux Toy story et Mille et une pattes, réalisés par le grand manitou John Lasseter (épaulé par le non moins influent Andrew Stanton, futur pilote du Monde de Némo et de Wall-E), on voit déjà se dessiner un nouveau paradigme pour l'animation : que se passe-t-il dans la chambre d'un enfant lorsque les lumières s'éteignent et que ses jouets n'ont plus besoin de ventriloquie pour parler, penser, vivre ? En pointant un microscope sur l'organisation secrète d'une bande de fourmis, y verrait-on un miroir grossissant de notre condition humaine ? Dans tous les cas, le défi consiste à rendre expressifs ce qui ne l'est pas et à renverser les perspectives : alors que les jouets de Toy Story gagnent un caractère, un rôle et des sentiments, la famille qui les "héberge" n'est composée que de prototypes, la rondeur générique de leurs traits s'opposant au design anguleux et soigné des figurines. Quant à l'amour que leur maître leur porte, il s'érodera d'épisodes en épisodes, les rendant plus émouvants encore…

Singularité et artisanat

Les bases de l'univers Pixar posées, tous les films suivants marqueront autant de limites à faire exploser et de territoires nouveaux à explorer. Monstres et Compagnie est sans conteste le plus original de ce premier âge Pixar : là encore, il faut attendre que la nuit tombe et que les yeux se ferment pour mieux les rouvrir sur un monde inconnu, celui des ouvriers de la peur. Derrière les portes de placard se tiennent des monstres prêts à surgir pour effrayer les enfants et récolter des cris comme d'autres collectent des dollars ou du pétrole, carburant principal de leur économie. C'est une réponse au « Sifflez en travaillant » des nains dans Blanche-Neige ; ici, le travail n'est ni cool, ni sympa ; il est aliénant et répétitif. Au grand capital productiviste de l'oncle Walt, les geeks de Pixar préfèrent prendre leur temps pour cultiver des projets singuliers et artisanaux. Une idée qu'on retrouvera ensuite dans Les Indestructibles, où des super-héros raccrochent l'uniforme pour se consacrer à leur vie familiale, Ratatouille, où un rat dame le pion à tous les chefs français et Wall-E avec cette vision, ô combien déprimante, du dernier habitant de la terre : un robot ouvrier effectuant seul une tâche sans fin…

Esthétiquement, Monstres et Compagnie est aussi un magnifique traité de réalisme paradoxal : la fourrure de Scully ou le plastique de Bob sont presque palpables à l'écran ; la fillette Boo, en revanche, est traitée en dehors de tout photoréalisme, sans chair ni aspérités. C'est d'ailleurs ce qui a un temps fait croire que Pixar était rentré dans le rang, suite à son rachat par Disney : tout ce qui jusqu'ici était tenu à distance (les humains et les animaux anthropomorphes) faisait retour dans Les Indestructibles, Le Monde de Némo, Ratatouille ou le récent Rebelle, tandis que des idées plus fidèles à leurs principes (comme Cars) laissaient un goût de frustration.

« Vers l'infini, et au-delà »

En fait, chacun de ces films est à la fois une relecture des grandes heures du cinéma d'animation à l'aune de la méthode Pixar et l'affirmation des talents qui peuplent le studio. Avec l'odyssée d'un poisson orphelin et handicapé (Le Monde de Némo) puis celle d'un robot amoureux perdu sur une planète poubelle (Wall-E), Andrew Stanton détourne l'imaginaire Disney du conte pour en offrir des versions matures et souvent cruelles envers nos contemporains. Pete Docter, lui, se charge de parcourir le spectre émotionnel en représentant l'indicible (la peur dans Monstres et Compagnie, la douleur du deuil dans Là-haut, la dépression dans Vice-Versa). Quant à Brad Bird, l'esprit débridé de Pixar, il se lance dans des récits où les protagonistes sont toujours des outsiders, par choix (la famille Indestructible) ou par nature (Rémy dans Ratatouille), qui aspirent à changer leur destin – thème qu'on retrouve dans son raté mais passionnant À la poursuite de demain.

Dans tous les cas, les films Pixar s'ouvrent souvent sur une tristesse fondamentale qui est bien plus qu'un incident déclencheur : la disparition de la mère dans Le Monde de Némo, la Terre désertée de Wall-E, la mort de l'épouse dans Là-haut ou, le plus gonflé de tous, l'extermination annoncée des jouets dans Toy story 3. Ce dernier film, allégorie à peine voilée des camps de concentration et de la Shoah, montre que pour le studio il n'y a aucun sujet qui ne puisse être abordé dans un film d'animation tout public. C'est aussi ce que prouve, puissance mille, Vice-Versa : son exploit figuratif va de pair avec son défi thématique. «Vers l'infini et au-delà » disait Buzz l'éclair singeant la fin de 2001. Cette phrase-là aussi, Pixar pourrait la graver aujourd'hui à son frontispice.


Vice Versa

De Pete Docter (EU, 1h34) animation

De Pete Docter (EU, 1h34) animation

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Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition.


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Amanda Lear : « Ils ont mis un peu longtemps à faire "Les Indestructibles 2" vu mon espérance de vie ! »

ECRANS | Louane Emera, Gérard Lanvin et Amanda Lear (ainsi que Thierry Desroses, à gauche sur la photo mais absent pendant l'interview) figurent au générique français des "Indestructibles 2", dont ils ont assuré la post-synchronisation. La tentation était grande de les faire parler de leur voix, et de leur rapport au doublage…

Vincent Raymond | Jeudi 5 juillet 2018

Amanda Lear : « Ils ont mis un peu longtemps à faire

Pensez-vous que votre voix ait un super-pouvoir ? Louane Emera : Ah, ça, c’est pour Gérard ! Gérard Lanvin : Oui… Les trois personnes que vous avez en face de vous ont des "voix". On n’y peut rien, c’est un don ; on l’a reçu et on s’en sert. En fait, on nous l’a fait découvrir. À un moment, on vous a dit : tu sais que tu as une voix vachement intéressante ? Et c’est là que vous prenez conscience que la voix pour un acteur est vraiment indispensable et fondamentale : elle fait la différence, elle donne l’énergie. Amanda Lear : Il y a des voix qui vous calment, vous guérissent, vous donnent des érections instantanées… GL : La mienne ! (rires) LE : Moi c’est différent, parce que j’ai vraiment commencé par la musique, par chanter – parce que j’aimais ça. Je n’ai pas vraiment compris tout de suite ce que cela pouvait faire. C’est après qu’on le ressent, quand on regarde le visage des gens. Louane, quelle a été votre réaction quand Disney vous a appelée ? LE : Ils savaient que j’ava

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"Les Indestructibles 2" : toujours aussi fort.e.s !

ECRANS | De retour à l’animation après une parenthèse en prises de vues réelles, Brad Bird donne une suite superlative à ses "Indestructibles", où le divertissement n’exclut pas le politique. La marque de Pixar.

Vincent Raymond | Lundi 2 juillet 2018

Après un énième sauvetage destructeur, la famille Indestructible est, comme tous autres super-héros, définitivement hors-la-loi. Mais un milliardaire désireux de les réhabiliter propose à Hélène d’incarner cette reconquête. Pendant ce temps, Bob gère les enfants à la maison, et notamment bébé Jack-Jack qui révèle d’étonnantes dispositions… À cette lointaine époque (il y a… quatorze ans) où les héros masqués étaient moyennement à la mode (Sam Raimi venait tout juste de sortir Spider-Man), que Brad Bird avait eu le nez creux en sortant Les Indestructibles. Non seulement il revisitait l’univers codifié des "super" selon le prisme Pixar, en combinant vision décalée et parodique, mais il permettait indirectement à Disney d’entrer (certes par une porte dérobée) dans ce territoire jalousement gardé par Warner (Superman, Batman) et la Fox. Et Dieu dans tout ça ? La donne a changé aujourd’hui, la Maison de Mickey possédant l’essentiel de la plus grande fabrique à mutants en activité, Marvel. Pour autant, pensez-vous que Pixar aurait pu se priver d’une joyeuse transgression ? Que nenni !

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"Coco" : Pixar os secours des ancêtres

ECRANS | Un petit Mexicain parcourt le Royaume des Morts pour déjouer une malédiction familiale et obtenir une bénédiction en retour. Coutumier des quêtes en milieu hostile ("Monstre & Cie", "Le Monde de Nemo"), Lee Unkrich pousse plus loin le curseur et emporte les cœurs. Signé Pixar.

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Depuis qu’une aïeule a été abandonnée par son guitariste d’époux, la famille de Miguel a banni toute musique de sa vie. C’est donc un drame quand le garçonnet avoue, le Jour des Morts en plus, se destiner lui aussi à la guitare. Miguel espère trouver du soutien auprès de ses ancêtres… S’il faut aux sceptiques une preuve supplémentaire de l’existence d’un particularisme artistique des studios Pixar au sein de l’empire Disney, Coco tombe à pic : il constitue même une manière de manifeste. Là où les productions issues de la maison-mère misent sur un arsenal codifié d’éléments rassurants pour fédérer leurs publics (schématisons : la quête d’une princesse entrelardée par des torrents de chansons), la branche spécialisée dans les images de synthèse s’aventure dans des territoires insolites, plus stupéfiantes encore du point de vue narratif que technique. Une "originalité" artistique autorisée parce qu’elle s’avère globalement payante… notamment du côté du tiroir-caisse. Notes en sourdine Même si la musique est ici le moteur du personnage principal, elle ne pollue pas le film à heure fixe, ni ne le condimente tel un excipient fo

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Lee Unkrich ("Coco") : « On voulait vraiment que ça respire mexicain »

ECRANS | Piller de Pixar, le réalisateur de "Monstres & Cie", du "Monde de Nemo" ou de "Toy Story 2 & 3" est à nouveau à la manœuvre pour "Coco", qu’il évoque avec sa productrice Darla K. Anderson.

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Lee Unkrich (

Quel est le point de départ de Coco ? Lee Unkrich : L’inspiration est tout simplement venue du Mexique, dont j’appréciais depuis toujours le "Día de muertos" – le Jour des morts. Quand j’ai commencé à écrire sur ce sujet, je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune histoire sur cette fête, que c’était une idée assez unique. Au fur et à mesure de mes recherches, j’ai découvert combien l’idée du souvenir de sa famille y était important. Il y avait là le potentiel pour une histoire universelle, drôle, dramatique, visuellement très belle et avec un vrai cœur. Ça m’a touché. Avez-vous conçu le Pays des morts comme un miroir à celui des vivants, puisqu’on y boit, mange, dort ? LU : Non, on n’a pas pensé à cette notion de miroir, mais on a fait beaucoup de recherches pour la préparation, ce qui nous a aidés pour concevoir Santa-Cecilia, la ville du monde des vivants où vit Miguel. Évidemment, on ne pouvait pas faire de recherches pour le mo

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Le Voyage d’Arlo

ECRANS | Après avoir conquis les esprits et les cœurs au printemps grâce à "Vice-Versa", le studio Pixar sort son second film de l’année. Est-ce une si bonne nouvelle que cela ?

Vincent Raymond | Mardi 24 novembre 2015

Le Voyage d’Arlo

Comme il y a des années à treize lunes, 2015 aura donc été celle aux deux Pixar. Mais le calendrier se révèle aussi implacable que trompeur : sorti après Vice-Versa, Le Voyage d’Arlo aurait dû le précéder d’un an, si son réalisateur initial Bob Peterson n’avait pas été remercié, et si surtout le projet avait été plus solide. Malgré les changements d’équipes, les remaniements de scénario ; malgré enfin la garantie de qualité théorique que constitue le label Pixar, c’est un film malade qui nous est donné à voir. Aussi bancal et minuscule que le héros-titre au sortir de son œuf immense et prometteur. Oh, la technique n’est pas en cause : la représentation des décors et de la nature frise la perfection… jusque dans ses imperfections ; quant à la relative laideur des personnages (ou, à tout le moins, leur graphisme sommaire, digne d’un patatoïde de classe maternelle), elle semble destinée à rappeler au spectateur qu’il se trouve

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Vice-Versa

ECRANS | Les studios Pixar et Pete Docter donnent une singulière lecture de ce que l’on appelle un film-cerveau en plongeant dans la tête d’une fillette de onze ans pour suivre les aventures de… ses émotions ! Aussi ambitieux qu’intelligent, drôle, émouvant et exaltant, "Vice-Versa" est une date majeure dans l’histoire du cinéma d’animation. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Vice-Versa

Vice Versa tombe à pic pour rappeler deux choses essentielles : d’abord que les studios Pixar sont de grands aventuriers du cinéma, des pionniers qui ne se reposent pas sur leurs lauriers et semblent se nourrir de défis toujours plus ambitieux. Il a fallu huit ans au génial Pete Docter, déjà auteur de Monstres et Compagnie et de Là-haut, pour venir à bout de Vice Versa ; on comprend à sa vision à quel point tous les projets montés par le studio entre temps n’étaient que des récréations (parfois formidables comme Toy Story 3 ou Rebelle, parfois décevantes comme les suites de Cars et de Monstres et Compagnie) en attendant d’accoucher de cette œuvre majeure. Deuxième rappel : le cinéma d’animation n’est pas, co

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Un Moi(s) de cinéma #6

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Christophe Chabert | Mercredi 3 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #6

Au sommaire de ce sixième numéro : • Cannes 2015 : bilan rapide • Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg • Vice Versa de Pete Docter • Une seconde mère d'Anna Muylaert

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Monstres academy

ECRANS | Déception pour le nouveau Pixar : la greffe entre l’univers de "Monstres et Cie" et celle du film de campus ne prend qu’à moitié, et le scénario paraît bien attendu par rapport à celui du précédent "Rebelle". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 7 juillet 2013

Monstres academy

On se souvient avec émotion de Monstres et Cie, peut-être le film qui a fait basculer Pixar dans la cour des grands. L’allégorie sur l’entertainment hollywoodien s’y déployait à travers un récit mené tambour battant et passant par toutes les émotions possibles – la moindre des choses pour un film où le carburant était justement une émotion, en l’occurrence la peur. Plutôt que de lui donner une suite, le studio a choisi de retourner aux origines de ses héros et de greffer l’univers des terreurs d’élite sur celui du teen movie. Sully et Bob «retournent» donc à l’université, avec un antagonisme fort : le premier n’est que le descendant un peu glandeur d’une légende de l’effroi, le deuxième est un gringalet qui veut réussir malgré ses maigres atouts et met toute son énergie dans un bachotage effréné. Le campus est à peine différent de ceux qui forment l’ordinaire du cinéma adolescent américain : des nerds et des bullies, des confréries et des soirées entre étudiants… C’est la première déception du film : plutôt que de renouveler les codes ou d’en fournir une critique, Monstres academy se contente la plupart du temps de les reprodui

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"Rebelle" : Pixar toujours au sommet

ECRANS | Mais qui arrêtera les studios Pixar ? Leur retour à une histoire originale après deux prolongations de franchises maison donne lieu à une pure merveille, chef-d’œuvre scénaristique et leçon de mise en scène animée.

Christophe Chabert | Mercredi 15 août 2012

Il était une fois une princesse écossaise qui rêvait de prendre les armes et de changer son destin, ne plus être la femme promise à un mariage de compromis pour préserver le Royaume des divisions claniques mais se transformer en aventurière romanesque. Cet argument a tous les atours d’un standard Disney, un genre de Raiponce en plus rugueux et féministe. Mais Rebelle est une production Pixar qui, une fois encore, taille des croupières à tous ses concurrents dans l’animation contemporaine. On a pu aimer les progrès effectués chez Dreamworks ou saluer un exploit du côté de l’hexagone (l’excellent Ernest et Célestine, à sortir en décembre) ; mais il faut le reconnaître : Pixar rappelle chaque été qui est le patron, que ce soit en transformant sa franchise la plus populaire en réflexion sombre sur la Shoah (Toy story 3) ou, comme ici, en se lançant dans une histoire originale qui, ce n’est pas la moindre de ses qualités, s’avère VRAIMENT originale. Peau d’ours Qu’on se le dise, Rebelle est un chef-d’œuvre de scénario. Son premier acte, qui s’achève sur le concours des prétendants et le refus de la belle Mer

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Mission : impossible – Protocole fantôme

ECRANS | De Brad Bird (ÉU, 2h13) avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Paula Patton…

François Cau | Lundi 12 décembre 2011

Mission : impossible – Protocole fantôme

Alors que JJ Abrams avait tenté, sans convaincre totalement, une humanisation de l’agent Ethan Hunt, ce nouveau Mission : Impossible le remet dans la posture du héros indestructible traversant un monde en mutation tel que Brian de Palma l’avait défini dans le premier volet. Mais dès son évasion d’une prison moscovite, Hunt affirme aussi son goût du risque, un plaisir ludique à choisir toujours la voie la plus difficile pour se sortir des ennuis. C’est aussi le principe de ce blockbuster trépidant : multiplier les complications à l’intérieur des complications, les défis improbables à relever jusqu’au vertige (littéral et figuré). Que ce soit dans une incroyable poursuite à Dubai au milieu d’une tempête de sable ou dans un hallucinant ballet de corps et de voitures dans un parking automatique, tout ici repose sur le déchaînement des éléments et la résistance surhumaine de Hunt-Cruise. Si le scénario tente de dessiner une nouvelle géopolitique des rapports de force (une Amérique dépassée par les pays émergents), c’est bien ce côté cartoonesque et bigger than life qui impressionne ; la présence de Brad Bird, auteur de quelques-uns des plus beaux fleurons Pixar (Les Indestructibles e

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