Cavanna, jusqu'à l'ultime seconde, j'écrirai

ECRANS | De Nina et Denis Robert (Fr, 1h30) documentaire

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Ce film sur (François) Cavanna commence par la toute fin : les funérailles de l'écrivain, début février 2014, où des lecteurs anonymes et des camarades célèbres viennent lui rendre hommage. Drôle de sensation pour le spectateur : celui d'assister à une répétition générale de ce qui se produira onze mois plus tard avec l'enterrement des dessinateurs de Charlie Hebdo. Cavanna en fut le fondateur avec le Professeur Choron, en prolongement de l'aventure Hara Kiri qui défia les bonnes mœurs et la censure dans les années 60 et 70.

Si ce documentaire a deux têtes (le journaliste Denis Robert et sa fille Nina), il a aussi deux faces : d'un côté, un hommage au Cavanna écrivain insatiable, auteur de 50 romans dont quelques best-sellers (Les Ritals, Les Ruskoffs, Bête et méchant) ; de l'autre, l'évocation de cet âge d'or où tout semblait permis car rien n'était autorisé. Denis Robert va à la rencontre d'un Cavanna affaibli et fatigué, tandis que Nina tisse un montage où se télescopent archives, citations et témoignages (Willem, Delfeil de Ton, Siné…) souvent passionnants qui convergent vers un même sentiment de crépuscule.

Ce que la dernière demi-heure finit par souligner maladroitement, revenant une énième fois sur la trahison de Philippe Val et ajoutant un épilogue édifiant et malvenu sur la tuerie du 7 janvier, ce qui est pour le moins contradictoire tant le film semble sous-entendre que ce Charlie-là n'avait plus grand chose à voir avec l'esprit des débuts.

Christophe Chabert


Cavanna, jusqu'à l'ultime seconde, j'écrirai

De Nina et Denis Robert (Fr, 1h30) documentaire

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Un doc au long cours sur François Cavanna, le créateur de Charlie Hebdo et de Hara Kiri, l'inventeur de la presse satirique, l'auteur des Ritals et d'une soixantaine d'ouvrages, disparu fin janvier 2014.


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Les eaux troubles de l’affaire Clearstream

ACTUS | Alors que sort ce mercredi le film "L’Enquête" de Vincent Garenq qui retrace le travail acharné de Denis Robert pour démontrer les pratiques de Clearstream, la banque des banques luxembourgeoise, retour sur un scandale qui a redéfini les rapports entre la presse, la finance et l’État. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 février 2015

Les eaux troubles de l’affaire Clearstream

Il n’a pas une tête de victime, mais on sent qu’il en a bavé. Le jeune homme vif et impertinent que l’on voyait de temps en temps à la télé dans les années 90 en a pris un coup : les cheveux, comme la barbe, ont blanchi et se sont dégarnis, les yeux sont cernés, et il a pris quelques kilos. Normal, dira-t-on, à 56 ans… Mais de 2001 à 2011, Denis Robert a payé dans tous les sens du terme un combat inégal, façon David contre Goliath, qui l’a vu s’opposer à Clearstream, «la banque des banques», créée dans un grand duché du Luxembourg devenu premier paradis fiscal européen et plaque tournante des mœurs les plus répréhensibles de la finance mondialisée. La Boîte noire et le puits sans fond En 1995, Robert plaque son job de journaliste à Libération suite à un édito caviardé par la direction et décide de se mettre à son compte, prêt à révéler les pratiques illicites des partis politiques, ce qui le conduit naturellement vers la question des paradis fiscaux. Une piste en forme d’impasse : Robert pense alors qu’il est impossible de tracer les échanges financiers dès lors que ceux-ci se retrouvent offshore. Mais en 1997, il rencontre Ernest Bac

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L’Enquête

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h46) avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto…

Christophe Chabert | Mardi 10 février 2015

L’Enquête

C’était un défi : raconter le calvaire de Denis Robert, aux prises avec l’affaire Clearstream pendant près de dix ans en une fiction (très) documentée de 106 minutes. D’autant plus que L’Enquête vient après une série de films français tirés de faits réels tous plus inopérants les uns que les autres, incapables de transcender leur matériau de départ ou de contourner les clichés du genre. Vincent Garenq, peut-être parce qu’il avait déjà essuyé les plâtres avec le pas terrible Présumé coupable d’après l’affaire d’Outreau, s’en sort avec les honneurs : son film est prenant, rapide, habilement construit et cherche en permanence à donner de l’ampleur cinématographique à son sujet. Il n’y parvient pas toujours, les scories du polar hexagonal sont bien là : les flics sont raides comme des flics, les avocats parlent comme des avocats — on reste loin d’un Sidney Lumet. Mais L’Enquête a pour lui son désir de ne rien cacher, ni les noms des protagonistes, ni leurs renoncements, ni leurs énigmes. De Libération à de Villepin en passant pa

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Si De Gaulle voyait ça !

ARTS | Les moulins de Villancourt d’Échirolles s’intéressent au travail des dessinateurs de la team Charlie Hebdo. L’occasion de se pencher plus en détail sur cette fameuse "bande à Charlie" qui fit – et fait encore – couler beaucoup d’encre.

Aurélien Martinez | Vendredi 27 novembre 2009

Si De Gaulle voyait ça !

Bien sûr, il y a le fameux "Bal tragique à Colombey : 1 mort" pour la mort du Général en 1970, faisant référence à un fait divers survenu quelques jours plus tôt (l'incendie d'un dancing en Isère causant la mort de 146 personnes). Cette "une" est une référence, notamment du fait des réactions qu’elle suscita à l’époque : l'hebdo Hara-Kiri fut tout bonnement censuré. Pourtant, Bêtes et méchantes, l’exposition consacrée aux affiches de la "bande à Charlie" (du nom de l’hebdo éponyme), essaie de balayer plus large. Il y a donc, présentées, d’autres "unes", où l’on voit par exemple un Chirac croqué peu à son avantage flanqué du titre "Gaffe ! Les dents de Chirac s’approchent de nos couilles" (1977) ou une autre affirmant "Pollution, les patrons puent de la gueule" (1972) ; mais aussi des affiches de campagne de Coluche de 1981, que l’on pouvait découper dans l’hebdo (comme ce "Votez caca… prout !", orné d’un beau dessin de merde), des affiches plus militantes, comme celles réalisées pour l’Unef, ou encore d’autres consacrées à l’écologie (l’équipe qui a réalisé l’exposition n’hésite pas à définir Charlie Hebdo comme le premier ma

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