Carte blanche pour salle obscure

ECRANS | Pensées par le journaliste de France Bleu Manuel Houssais et la boss du cinéma La Nef Monique Adira, les soirées "Un fauteuil pour deux" convient une personnalité iséroise à partager avec le public son amour pour un film. C’est le maire de Grenoble Éric Piolle qui inaugure ce mercredi ce nouveau rendez-vous mensuel avec "Les Ailes du désir" de Wim Wenders.

Vincent Raymond | Lundi 28 septembre 2015

Photo : Argos Film


Malraux avait esquissé l'idée d'un Musée imaginaire, Truffaut écrit sur « les films de [sa] vie »… Toutes les œuvres sont constitutives de notre identité ; et notre penchant naturel nous pousse à les partager afin de propager les émotions si vives qu'elles ont suscitées en nous. De par son dispositif (une forme de liturgie profane), le 7e art rend cette transmission à la fois aisée et conviviale ; ce que les soirées Un fauteuil pour deux vont s'employer à prouver à la Nef grâce au journaliste Manuel Houssais qui les organise.

Totalement déconnectées de l'actualité cinématographique, elles proposent à une sommité locale, quelle que soit son origine professionnelle (politique, artistique, sportive, économique…), de venir présenter un film figurant dans son panthéon personnel. Pour expliquer le lien affectif – pour ne pas dire intime – la rattachant à cette œuvre, mais aussi échanger très librement avec la salle, en dehors des cadres conventionnels. Cet exercice réclame la pleine contribution de l'intervenant, qui non seulement accepte de dévoiler un peu son jardin secret, mais revendique in fine son choix programmatique, donc artistique.

Allemagne année 87

Parrain de ce cycle, le maire de Grenoble Éric Piolle a choisi d'être mis au pied du Mur – celui du Berlin des Ailes du Désir (1987) de Wim Wenders. Un film découvert durant ses jeunes années et dont la vision a constitué, selon ses dires, un « choc esthétique ». Ce que l'on conçoit aisément, tant sublime est l'image argentée d'Henri Alekan, et émouvantes se révèlent les séquences en couleur.

Film-constat de l'état d'une cité en partage (la Guerre froide vit ses derniers soubresauts), Les Ailes du Désir (en allemand, Le Ciel au-dessus de Berlin) demeure le chef-d'œuvre inégalé d'un cinéaste visionnaire pressentant la métamorphose prochaine de sa ville. S'il montre des anges, seules entités autorisées à passer à volonté de l'Est à l'Ouest sans visa, car invisibles aux yeux de la plupart des humains, il raconte aussi une histoire de l'humanité à travers un poème d'amour. À voir !

Prochains rendez-vous le 14 octobre avec le comédien et metteur en scène dauphinois Serge Papagalli autour de L'Argent de la vieille (1972), savoureuse comédie de Luigi Commencini ; puis avec le chorégraphe Jean-Claude Gallotta le 4 novembre avec Les Chaussons rouges (1949) du duo Michael Powell-Emeric Pressburger.

Les Ailes du désir, mercredi 30 septembre à 20h15 à la Nef


Les Ailes du désir

De Wim Wenders (1987, All-Fr, 2h08) avec Bruno Ganz, Solveig Dommartin...

De Wim Wenders (1987, All-Fr, 2h08) avec Bruno Ganz, Solveig Dommartin...

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Des anges s'intéressent au monde des mortels, ils entendent tout et voient tout, même les secrets les plus intimes. Chose inouïe, l'un d'entre eux tombe amoureux. Aussitôt, il devient mortel. Un film sur le désir et sur Berlin, "lieu historique de vérité".


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"Un fauteuil pour deux" jeudi à la Nef avec le PDG des liqueurs Chartreuse

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Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Les soirées "Un fauteuil pour deux" au cinéma la Nef ? On connaît la chanson : notre camarade Manuel Houssais de France Bleu Isère invite une personnalité grenobloise à venir présenter un film qui lui tient à cœur. S’ensuit une projection et une discussion. La prochaine, jeudi 7 février à 20h, va vous mettre l’eau à la bouche (avec modération bien entendu) puisque c’est Emmanuel Delafon, le PDG des liqueurs Chartreuse qui est convié afin de partager son amour pour Les Confessions de Roberto Andó. Non point une adaptation de Rousseau, mais une fable politico-policière et financière avec Daniel Auteuil et Toni Servillo sortie en 2017. Nunc est bibendum.

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"Le Pape François - Un homme de parole" : Wim Wenders béni-oui-oui

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Séduit par la profession de foi de Jorge Mario Bergoglio lors de son élection en tant que pape François, le cinéaste Wim Wenders le suit et recueille son message… Étrangement en résonance et en discordance avec l’actualité, ce documentaire livre un portrait chaleureux d’un prélat humaniste, donnant quitus des premières années de son pontificat : les actes accomplis sont conformes aux paroles énoncées et la démarche de réforme (si l’on ose dire) de l’Église semble engagée. Le parallèle entre Bergoglio et François d’Assise apparaît limpide, les propos du pape sans ambiguïté… même si l’on décèle quelques trucs rhétoriques de jésuite bien pratiques pour éviter de donner une réponse personnelle, claire et tranchée à une réponse complexe : les « qui suis-je pour juger ? » volent en escadrille. Bref, le portrait est d’une blancheur aveuglante. Wenders aurait-il omis que tout procès en canonisation voit s’opposer un défenseur de la cause du "prévenu" à l’avocat du diable ? Car si François, avec sa bonne tête entre Jason Robards et Jonathan Pryce, semble remplir toutes les cases sur la dénonciation de l’avidité des super-riches, du sor

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Votons Barbarins !

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Votons Barbarins !

Le 7 mai, vous aurez à accomplir votre devoir civique à l’occasion du second tour de la présidentielle. Auparavant, octroyez-vous un temps de décontraction citoyenne en assistant à la réunion publique organisée le jeudi 27 avril par les Barbarins fourchus dans le cadre du rendez-vous cinéphile "Un fauteuil pour deux" du journaliste Manuel Houssais. Leur profession de foi conjointe est des plus séduisantes, puisqu’elle propose de renouer (pour une séance exceptionnelle à la Nef) avec l’esprit des cinémas de quartier : de l’ouvreuse aux chocolats glacés en passant par les attractions, bandes-annonces, actualités et courts-métrages. Clou du programme, un grand film constitue l’apogée spectaculaire de cette soirée de gala. Et pour coller à notre actualité particulièrement portée sur la chose politique, c’est une comédie dramatico-satirique qui a été choisie : Y a-t-il un Français dans la salle ? (1982) de Jean-Pierre Mocky. Adaptation du premier volet d’un diptyque de son vieux complice Frédéric Dard, ce film-chorale narre les désarrois d’Horace Tumelat (Victor Lanoux, glabre et sobre), chef de parti politique en pleine ascension

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"Journal intime" de Nanni Moretti mercredi à la Nef

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Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Ultime rendez-vous de la saison pour le cycle Un fauteuil pour 2 (qui mériterait ici de s’appeler "Une selle pour deux-roues"), avec la projection de Journal intime (1993), méditation itinérante de Nanni Moretti à travers les rues de Rome, choisie par Delphine Nadjar-Arthaud, la présidente du Vespa Club Dauphinois. Mélange d’autodérision, de nostalgie et de considérations douces-amères sur l’état du monde (principalement, de l’Italie), c’est aussi une incitation à la vie méridionale. Rendez-vous le mercredi 15 juin à 20h15 au cinéma La Nef.

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Every thing will be fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en tournant son film en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Every thing will be fine

On le croyait engoncé dans sa stature d’icône "has been", contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c’est ce que prouve Every thing will be fine. Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d’un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen ; l’a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada ; l’a revêtu d’un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l’a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur – il aurait de toute façon du mal puisque l’histoire est du genre intimiste de chez intimiste. On y suit sur une douzaine d’années les vicissitudes d’un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa compagne (MacAdams). Après une énième dispute, il écrase par accident l’enfant d’une jeune femme sec

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Le Sel de la terre

ECRANS | Avec ce portrait de la vie et de l’œuvre du photographe brésilien Sebastião Salgado, Wim Wenders signe un documentaire-musée soigné, passionnant dans son propos mais plutôt rigide dans sa forme, pétrifiée par les conventions du bon goût culturel.

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Le Sel de la terre

Alors que sa carrière de cinéaste de fiction périclitait à vitesse grand V, Wim Wenders a toujours su maintenir la flamme de son œuvre grâce à ses documentaires : Buena Vista Social Club, Pina et aujourd’hui ce Sel de la terre consacré au photographe Sebastião Salgado prouvent que Wenders a encore une réelle envie de cinéma, ou plutôt une envie de réel au cinéma. N’hésitant pas à se mettre en scène face à celui dont il tire le portrait, racontant son choc esthétique lorsqu’il a vu pour la première fois un cliché de Salgado, il mène donc un entretien au long cours où le photographe, en gros plan, en noir et blanc et sur un fond invisible, raconte son parcours artistique, indiscernable de son expérience humaine. Car Salgado a parcouru le monde pour y photographier les famines, les guerres, la misère sociale… Le film s’ouvre sur les images saisissantes de milliers de mineurs brésiliens descendant dans un immense puits à ciel ouvert pour en ramener de l’or. Cet environnement dénaturé par la nécessité de survi

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Pina

ECRANS | De Wim Wenders (All-Fr, 1h43) documentaire

François Cau | Vendredi 1 avril 2011

Pina

Trois enjeux soutiennent l’édifice de ce documentaire hommage à Pina Bausch signé Wim Wenders : la recréation sur l’écran de ses chorégraphies les plus célèbres ; une évocation par ses danseurs de son travail et de sa personnalité ; et un défi cinématographique lié à l’utilisation de la 3D. Le cinéaste relève tous ces challenges et signe son plus beau film depuis… Buena Vista Social Club. Comme si son impuissance à être lui-même un artiste (sa dernière fiction n’est même pas sortie en France) lui donnait une gnaque supplémentaire pour magnifier le talent des autres. De fait, le dialogue entre l’œuvre de Bausch et le travail de Wenders est époustouflant à l’écran : non seulement il restitue la beauté singulière, la grâce mais aussi l’humour de ses chorégraphies (dont le fameux Café Müller n’est que la partie immergée de l’iceberg), mais en alternant séquences filmées sur scène et recréation in situ, Wenders leur donne une apesanteur supplémentaire. La 3D n’y est pas pour rien : si elle réduit comme souvent les «acteurs» à des figurines découpées, elle crée aussi un jeu sidérant entre l’humain et le décor, entre le premier et l’arrière-plan, entre le corps et les éléments. On regrett

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