"My Wonder Women" : Gloria aux lassos

ECRANS | de Angela Robinson (ÉU, 1h49) avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote…

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Photo : 2017 Sony Pictures Releasing GmbH


Université de Harvard, années trente. Chercheur en psychologie avec son épouse, le Pr Marston recrute pour l'assister une étudiante, qui devient l'amante du couple. Ce ménage à trois leur vaut d'être virés. Marston rebondit en instillant ses théories dans une BD féministe, Wonder Woman

La première authentique héroïne de comics méritait bien qu'on rétablisse les conditions particulières de sa genèse faisant d'elle un personnage ontologiquement transgressif, épousant les penchants SM et le goût pour le bondage de son créateur que la censure et le politiquement correct tentèrent d'atténuer à plusieurs reprises. Dominatrice, indépendante, désinhibée, dotée d'un audacieux caractère, Wonder Woman est un fantasme accompli en même temps qu'un modèle d'émancipation.

Hélas, le révisionnisme esthétique dont la fiction s'est fait une spécialité ordinaire (notamment en glamourisant à outrance les protagonistes) résonne ici comme une contradiction absolue. Plutôt que de préférer l'évocation réaliste (on ne parle pas de ressemblance ni de mimétisme), la réalisatrice Angela Robinson a opté pour un trio de mannequins aux mensurations parfaites, qu'elle peut filmer avec grâce dans des étreintes au ralenti, sous des voilages vaporeux dans des lumières de bougies – David Hamilton es-tu là ? Personne n'aurait eu peut-être envie de voir les clones des originaux se faire du bien, mais était-il nécessaire de les montrer en galipettes porno-chic ? Fesse droite et fesse gauche ne siègent pas sur le même fauteuil : on touche aux limites de l'hypocrisie et du genre.

Enfin, ultime mauvaise idée, l'emboîtement des flash-backs qui alourdit la structure au nom d'un concept dispensable. La prochaine fois, faites un documentaire.


My Wonder Women

De Angela Robinson (ÉU, 1h49) avec Luke Evans, Rebecca Hall...

De Angela Robinson (ÉU, 1h49) avec Luke Evans, Rebecca Hall...

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Professeur de psychologie à Harvard dans les années 30, William Marston mène avec sa femme les recherches sur le détecteur de mensonges. Une étudiante deviant leur assistante, et le couple s’éprend de la jeune femme. Un amour passionnel va les lier, et ces deux femmes deviennent pour Marston la source d’inspiration pour la création du personnage de Wonder Woman.


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"Godzilla vs Kong" : monstres et compagnie

ECRANS | Malgré ses allures de nom de code pour le second tour de la prochaine présidentielle, Godzilla vs Kong est du genre de Fast and Furious : tout entier contenu dans son titre programmatique. Et monstrueusement convenu. En VOD avant (peut-être) une sortie sur grand écran à la réouverture des salles…

Vincent Raymond | Jeudi 29 avril 2021

En génétique, lorsque l’on croise des individus (animaux, végétaux…) porteurs de caractéristiques différentes et que leurs descendants bénéficient d’une recombinaison favorable les rendant plus performants que leurs parents, on parle de vigueur hybride. En cinéma, lorsqu’on a essoré une série et son protagoniste, y compris avec des reboots, on crée un cross over avec une autre série tout aussi usée dans le but de relancer doublement la machine en s’adressant potentiellement à deux audiences. Sur le papier et d’un point de vue strictement commercial, l’idée n’a rien de stupide et fonctionne depuis des décennies, des Universal Monsters à Alien vs Predator… jusqu’aux chapitres non encore publiés du MCU contemporain. Pour Godzilla vs Kong, lui-même aboutissement d’un double reboot, ce sont en sus des titans issus de deux traditions parallèles qui se rencontrent : la créature maison de la Warner (Kong) et l’emblématique kaijū nippon de la Toho (Godzilla). Une sorte de conférence internationale

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"Relic" : entre les murs

Cinéma | ★★★☆☆ De Natalie Erika James (É.-U.-Aust., int.-12 ans, 1h29) avec Emily Mortimer, Robyn Nevin, Bella Heathcote… En salles dès le 7 octobre

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Leur mère et grand-mère respective Edna ayant disparu, Kay et Sam se rendent dans la demeure familiale. Peu après le retour de l’aïeule, d’étranges phénomènes se produisent, comme si une présence invisible et menaçante s’était insinuée dans la maison. Ou le trio féminin… Le propre (et la qualité) de ce film est l’absence d’explication rationnelle dans son dénouement : plus on avance dans ce quasi huis clos, plus abstrait et métaphorique devient le récit où les héroïnes semblent frappées par une damnation familiale. Un mal diffus, lié à l’âge, à l’hérédité ; à un trauma vaguement effacé et qui s’incarne pour ressurgir dans la maison ancestrale (quelque part entre Amityville et l’excellent épisode des Mystères de l’Ouest, La Nuit de la maison hantée). Natalie Erika James crée une atmosphère malaisante polysémique, évoquant autant la déréliction, la sénilité que l’accompagnement dans la mort. Ajoutons, tant qu’il y aura encore besoin de le signaler, l’exception que constitue ce film très majoritairement féminin devant et derrière la caméra. Une rareté notable, surtout dans le cinéma de genre.

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"Teen Spirit" : aux chants, élisez !

ECRANS | De Max Minghella (ÉU, 1h32) avec Elle Fanning, Rebecca Hall, Elizabeth Berrington…

Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

Issue d’une famille immigrée polonaise vivant dans l’austérité et la foi sur une petite île britannique, la talentueuse Violet rêve de devenir chanteuse. Quand l’émission Teen Spirit organise des auditions près de chez elle, elle tente sa chance, escortée par un coach atypique… Bien qu’elle semble toute de probité candide et de lin blanc vêtue, la diaphane Elle Fanning doit posséder un je-ne-sais-quoi dans sa longiligne silhouette la désignant comme l’interprète idéale d’une ambition dévorante, mais inconsciente. Modèle à l’éclosion diaboliquement faramineuse pour Nicolas Winding Refn (The Neon Demon en 2016), elle mue ici d’oie blanche en popstar en étant propulsée au milieu d'une scintillante foire aux vanités fluo à la demande de l'acteur Max Minghella, qui signe ici son premier long-métrage. Si sa très crédible transfiguration constitue l’un des atouts du film, celui-ci ne se repose pas sur les talents de son interprète (dans tous les sens du terme). Version acidulée de A Star is born à l’heure des télé-crochets, Teen Spirit reprend la trame de la rédemption du vieux mentor en

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"Message from the King" : la vengeance dans la peau

ECRANS | de Fabrice Du Welz (G.-B.-Fr.-Bel., int. -12 ans avec avert., 1h42) avec Chadwick Boseman, Luke Evans, Teresa Palmer…

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Parti du Cap, Jacob King atterrit en urgence à Los Angeles. Il a sept jours et 600 $ pour retrouver sa sœur Bianca, mystérieusement disparue. Très vite, il découvre son corps à la morgue mais aussi qu’un réseau de dealers, un producteur pédophile et un dentiste vénal sont liés à sa mort… Il a dû se faire plaisir Fabrice Du Welz, en tournant ce film aux faux-airs de blaxploitation, où les bas-fonds crasseux du New York des années 1970 sont troqués contre un L.A. contemporain, alliant visage sinistre et indécente opulence. En bon disciple du cinéma de genre, il respecte le cahier des charges, en réunissant une cohorte d’affreux aussi patibulaires que pervers, une donzelle en danger, dont le sauvetage assurera la rédemption du héros – qui a forcément un carnaval de choses à se reprocher, de l’abandon de sa sœur aux avoinées qu’il distribue. Jacob King a, en outre, des accents eastwoodiens, marquant physiquement les coups qui lui sont prodigués. On pourrait croire à un pur film d’action et d’ambiance, misant davantage sur l’efficacité que sur l’inventivité de son script. Mais un ultime et (très) léger twist lui donne un supplément de relief, en j

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Alan Menken : « Avec Disney, c’est dans le journal que je découvre mon prochain projet ! »

ECRANS | Alan Menken a conquis en 1992 deux de ses nombreux Oscars pour la B.O. de "La Belle et la Bête". Toujours fringant et tressautant, il a ajouté quelques titres pour la nouvelle version en prises de vue réelles qui sort ce mercredi 22 mars. Rencontre autour d’un piano.

Vincent Raymond | Mardi 21 mars 2017

Alan Menken : « Avec Disney, c’est dans le journal que je découvre mon prochain projet ! »

Après le film d’animation et la comédie musicale, vous signez ici votre 3e partition pour La Belle et la Bête. Vous êtes encore inspiré ? Alan Menken : Quand on est chez Disney, on ne sait jamais où on en est, ni si on en a fini. Maintenant, ils parlent de faire La Petite Sirène et Aladdin en images réelles. Vous savez, ils ne me demandent pas mon avis. C’est dans le journal que je découvre quel sera mon prochain projet ! Comment composez-vous ? Toujours de la même manière : je recherche l’arc dramatique de l’œuvre en elle-même, puis j’essaie de construire un arc musical qui l’épouse et permette d’en suivre l’évolution. Pour le premier film de 1991, il fallait que la musique dénote et connote la France, mais aussi de la romance, du mystère. Le fait que ce soit un film d’animation musical pour Disney, avec des personnages enchantés, a coloré et ouvert la partition. S’il s’était agi de faire une mu

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"La Belle et la Bête" : il était (encore) une fois…

ECRANS | de Bill Condon (É.-U., 2h14) avec Emma Watson, Dan Stevens, Luke Evans...

Vincent Raymond | Mardi 21 mars 2017

La jeune et pure Belle accepte de prendre la place de son père, capturé par la Bête – un prince charmant transformé en monstre par une sorcière. L’amour que Belle va lui porter pourrait lever le charme ; hélas, Gaston, un bellâtre bélître et jaloux, va tout faire pour les séparer… C’est au tour de La Belle et la Bête (1991) de bénéficier de la vaste entreprise de transposition du répertoire animé en prises de vues réelles. Appartenant au second "âge d’or" de la firme Disney, il se trouve donc archi-cousu de chansons (bien plus encore que Cendrillon ou Le Livre de la Jungle), voire conçu comme une comédie musicale. Une romance appelant du merveilleux, du chamarré et de la fantaisie, là où la trame supporterait volontiers un supplément de mélancolie, de gothique, de fantastique. Ici, les crocs de la Bête disparaissent bien vite lorsque Belle commence à l’amadouer ; et les personnages/objets parlants secondaires, adjuvants destinés à adoucir le cadre terrifiant, prennent une telle place qu’ils envahissent l’écran – d’autant qu’ils sont tous campés en V.O. par des comédiens plus connus que les premiers rôles à l’image.

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"Le BGG - Le Bon Gros Géant" : la nouvelle créature de Spielberg

ECRANS | de Steven Spielberg (É.-U., 1h55) avec Ruby Barnhill, Mark Rylance, Rebecca Hallplus…

Vincent Raymond | Lundi 18 juillet 2016

Ni club de foot, ni grand magasin parisien ; ni philosophe va-t-en guerre et encore moins chaîne de fast food, l’acronyme BGG désigne la nouvelle créature intégrant l’écurie de Spielberg – déjà fort remplie. Né en 1982 dans l’esprit fécond de l'écrivain britannique Roald Dahl, Le Bon Gros Géant avait tout pour l’inspirer, puisqu’il convoque dans un conte contemporain les solitudes de deux "doubles exclus" (une petite orpheline et un monstre rejeté par les siens), du merveilleux spectaculaire et de l’impertinence. Le cinéaste en tire une œuvre conventionnelle au début, qui s’envole et s’anime dans sa seconde moitié, lorsqu’entre majestueusement en scène une Reine d’Angleterre à la cocasserie insoupçonnée. Spielberg est coutumier de ces films hétérogènes, changeant de ton après une ligne de démarcation nette (A.I. Intelligence Artificielle en 2001) comme d’intrigantes scènes de sadisme sur les enfants, qu’il semble apprécier de recouvrir de détritus ou de mucosités : les crachats de brontosaures dans Jurassic Park (1993) étant ici remplacés par de la pulpe infâme de "schnocombre". L’humour pot-de-chambre ira d’ailleurs assez loin – jusqu’au tr

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Une promesse

ECRANS | De Patrice Leconte (Fr-Ang, 1h38) avec Rebecca Hall, Alan Rickman, Richard Madden…

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Une promesse

En Allemagne en 1912, Friedrich, un jeune homme, intègre une grande usine de sidérurgie dont le directeur, malade, lui confie un rôle de secrétaire particulier. Il va tomber amoureux de la très belle – et beaucoup plus jeune – femme de son patron et mentor, mais c’est une relation platonique et chaste qui s’instaure, longuement interrompue par le départ de Friedrich au Brésil, puis par le début de la guerre. Adapté de Stefan Zweig, Une promesse souffre d’abord de sa fidélité un peu compassée à la nouvelle originale (Le Voyage dans le passé), le film déposant un peu partout une petite poussière culturelle et chic liée sans doute au caractère propret de sa reconstitution. Le mélodrame y est constamment corseté par une espèce de rigidité mortifère qui évacue humour, trouble et érotisme. Surtout, là où le cinéaste avait pris l’habitude de styliser à outrance ses films sérieux, Une promesse manque désespérément de personnalité visuelle, à la lisière d’un téléfilm arte. De plus, Wes Anderson vient de prouver avec

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Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit années 80 et s’inscrire dans une ligne post-Avengers. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros Marvel p

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"Vicky Cristina Barcelona" : sous l'espagnolade, la vérité sociale

ECRANS | En visite à Barcelone, Woody Allen propose une nouvelle variation, faussement convenue, autour de ses thèmes favoris : le couple et la fatalité culturelle.

Christophe Chabert | Jeudi 2 octobre 2008

Deux amies américaines sont en visite estivale à Barcelone, l’une pour ses études, l’autre pour se remettre de son énième déconfiture sentimentale. La brune Vicky (Rebecca Hall), solidement assise sur ses principes, est promise au mariage avec un jeune cadre new-yorkais ; la blonde Cristina (Scarlett Johansson) se cherche quelque part entre cinéma et photographie, célibataire par indécision plus que par choix. Woody Allen, après une trilogie londonienne au propos social détonnant, semble avoir mis le cap vers l’Espagne pour des raisons similaires à celles de ses héroïnes : s’offrir un break ensoleillé et touristique (de Gaudí à la guitare au clair de lune, les clichés sont à la fête), le temps de retrouver ses thèmes de prédilection : l’incertitude sentimentale et les aléas du couple. Avec un classicisme très sage, la première partie de Vicky Cristina Barcelona se pose en comédie romantique sans réel enjeu, notamment quand Juan Antonio (Javier Bardem), peintre bohème assumant son désir pour les deux demoiselles, sort le grand jeu et emballe toutes les pistes lancées par le récit. Niv

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