"Depuis Mediapart" : (trop) fan de

ECRANS | L’année précédant la présidentielle de 2017, la documentariste Naruna Kaplan de Macedo s’est incrustée dans les locaux de la rédaction de "Mediapart", livrant le quotidien du média en ligne indépendant. La fan a hélas pris le pas sur la cinéaste dans ce film hésitant entre myopie, naïveté et page de pub. Un super sujet, mais de travers.

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Photo : Naruna Kaplan de Macedo


Contempler de trop près l'objet aimé n'est jamais bon : le regard louche facilement et l'on perd cette bienvenue vision périphérique qu'offre un tantinet de recul. La documentariste Naruna Kaplan de Macedo avoue d'entrée son affection quasi-idolâtre pour Mediapart : c'est "son" journal, celui dans lequel elle se retrouve en tant que lectrice, comme sans doute beaucoup d'orphelins d'un certain débat d'idées et/ou d'une certaine gauche en déshérence. Cet attachement affirmé en voix off renforce la subjectivité du propos, mais relativise fatalement la valeur du témoignage à une opinion, la sienne, partagée par les inconditionnels du pure player. Des contributeurs plus enclins à applaudir qu'à voir ses limites… ou ses marges de progression.

Car ce film globalement laudatif ne montre pas ce que la création du média a provoqué comme chamboulements dans la presse ni sur les mœurs socio-politiques comme son titre le laisse faussement penser : moins référent temporel que spatial, son "depuis" indique surtout que le tournage a été réalisé quasi-intégralement à l'intérieur des locaux de Mediapart, comme jadis la télévision de grand-papa était mise en boîte à Cognacq-Jay.

Edwy en pleure

De fait, il montre (mais est-ce la réalité ?) une rédaction "en bocal" sortant d'authentiques scoops grâce à du traitement de données mais effectuant peu de travail de terrain ; des reporters vissés à leur bureau lors des soirées électorales au lieu d'arpenter les QG de campagne mais qui se morigènent de ne pas avoir su anticiper ni les résultats du Brexit, ni l'élection de Trump, et s'étonnent d'être déphasés par rapport aux "vraies gens". Ou un journaliste râlant contre le résultat des urnes… après s'être vanté de ne pas être inscrit sur les listes électorales.

L'empathie, voire la connivence, de Naruna Kaplan de Macedo se révèle à double tranchant. S'abstenant de titrer ses intervenants, elle semble ne s'adresser qu'à des familiers du média – à moins qu'il s'agisse d'un parti-pris délibéré (mais étrange) visant à ne pas dissocier des individus de la collectivité formée par l'entité-rédaction. Seule sortie du cadre : quand Plenel pleure sa déception à l'élection de Macron, marquant l'atomisation des gauches et l'échec de la recomposition du paysage politique. On aurait cru le secrétaire général du Centre des démocrates sociaux Jacques Barrot assistant à la disparition du PC en 2002.

Depuis Mediapart
de Naruna Kaplan de Macedo (Fr, 1h40) documentaire


Depuis Médiapart

De Naruna Kaplan de Macedo (Fr, 1h40) documentaire

De Naruna Kaplan de Macedo (Fr, 1h40) documentaire

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En installant sa caméra au cœur des locaux de la rédaction du journal en ligne Mediapart, avant, pendant et après l’élection présidentielle française de 2017, Naruna Kaplan de Macedo a pu suivre le quotidien de celles et ceux qui y travaillent. Sur fond de dossiers comme l’affaire Baupin, les Football Leaks, les financements libyens, le film nous donne à voir comme jamais les coulisses d’un certain journalisme d’investigation.


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