"Sous les étoiles de Paris" : un enfant à la mère

ECRANS | ★★☆☆☆ De Claus Drexel (Fr., 1h30) avec Catherine Frot, Mahamadou Yaffa, Jean-Henri Compère…

Vincent Raymond | Mercredi 28 octobre 2020

Photo : ©Diaphana Films


Clocharde vivant recluse dans le silence d'un local sous un pont de Paris, Christine (Catherine Frot) voit surgir le petit Suli (Mahamadou Yaffa), un migrant africain dont la mère a été arrêtée pour se faire expulser. D'abord revêche avec l'enfant, Christine le prend sous son aile mitée et tente l'impossible : retrouver la mère…

Le réalisateur Claus Drexel l'affirme d'emblée : Sous les étoiles de Paris est un conte. Silhouette hors d'âge et claudiquante, Catherine Frot fait en effet figure de Carabosse des égouts attendant d'être délivrée d'un mauvais sort par le petit chevalier Suli au terme de leur déambulation-apprivoisement initiatique. S'il révèle les invisibles au sein de la foule solitaire, ce film démarrant comme un diesel trouve quelques moments de grâce dans le lien entre les deux personnages, et quelques images choc : l'évocation d'une “cour des miracles“ peuplée de drogués sous un parking ou les terribles (et bien réels) plans sur les bidonvilles de migrants de l'autre côté du périph'. Sur un registre plus anecdotique, il s'agit sans doute de l'un des rares (le seul ?) films où les deux sœurs Frot se donnent la réplique.


Sous les étoiles de Paris

De Claus Drexel (Fr, 1h30) avec Catherine Frot, Mahamadou Yaffa, Jean-Henri Compère

De Claus Drexel (Fr, 1h30) avec Catherine Frot, Mahamadou Yaffa, Jean-Henri Compère

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Depuis de nombreuses années, Christine vit sous un pont, isolée de toute famille et amis. Par une nuit comme il n’en existe que dans les contes, un jeune garçon de 8 ans fait irruption devant son abri. Suli ne parle pas français, il est perdu, séparé de sa mère… Ensemble, ils partent à sa recherche. A travers les rues de Paris, Christine et Suli vont apprendre à se connaître et à s’apprivoiser. Et Christine à retrouver une humanité qu’elle croyait disparue.


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Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

ECRANS | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, "Des hommes" (en salle le 2 juin) rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions "supérieures" prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux. Interview et critique.

Vincent Raymond | Jeudi 20 mai 2021

Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre votre précédent film Chez nous (2017), sur un parti populiste d’extrême-droite, et celui-ci qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux : Des hommes est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà. Il est ensuite tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et puis, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était intacte – ce qui est bon signe après 10 ans. Outre "l’actualité" de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de "liq

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Sous les étoiles de Paris

ECRANS | Encore un gros mois à attendre avant de découvrir Sous les étoiles de Paris au cinéma ! Pour calmer son impatience, il est possible d’assister à une (...)

Martin de Kerimel | Jeudi 5 mars 2020

Sous les étoiles de Paris

Encore un gros mois à attendre avant de découvrir Sous les étoiles de Paris au cinéma ! Pour calmer son impatience, il est possible d’assister à une avant-première au Club, un bon mois avant la date de sortie officielle. Bonne nouvelle supplémentaire : la présence du réalisateur Claus Drexel, accompagné par sa comédienne, la géniale Catherine Frot. Sous les étoiles de Paris Au Club lundi 9 mars, à 20h15

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"Qui m'aime me suive !" : désolé, on va partir dans l'autre sens

ECRANS | De José Alcala (Fr, 1h30) avec Daniel Auteuil, Catherine Frot, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Parce que son grincheux de mari Gilbert s’obstine à conserver son garage et est fâché avec leur fille depuis qu’elle a convolé, qu’ils sont fauchés, que son voisin et amant a déménagé, Simone quitte le foyer. Pile le jour où le petit-fils débarque. Gilbert, affolé, part à ses trousses... Courses-poursuites poussives, septuagénaires s’escrimant à paraître dix ans de moins, surjeu outré généralisé, accumulation d’enjeux dramatiques éventés évoquant un tout-à-l’égout de pitchs scénaristiques… Est-il bien raisonnable, à l’heure où les plateformes de vidéo en ligne prennent d’assaut le secteur cinématographique, que les salles soient les récipiendaires de médiocrités aussi ineptes ? Même le petit écran, qui jadis leur permettait de trouver une incarnation dans le format téléfilm, semble avoir jeté l’éponge. À raison : un tel objet aurait raison de la meilleure indulgence – pardon, audience. ll y a quelque chose de pathétique à observer des acteurs estimables se livrer à un concours de cabotinage pour tenter de donner quelque intérêt à une comédie. Surtout lorsque leur carrière peut se passer d’un tel pensum. On espère pour eux qu’ils ont tiré du tournage ce que l’

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"America" : plongée saisissante dans l'Amérique profonde (et trumpiste)

ECRANS | de Claus Drexel (ÉU, 1h22) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 12 mars 2018

Alors que la campagne présidentielle américaine de 2016 bat son plein, le documentariste Claus Drexel fait une longue escale à Seligman, Arizona. Et donne la parole à ces ressortissants de l’"Amérique profonde" dont les voix comptent autant que celles, plus médiatisées, des côtes est et ouest. À la manière d’un zoom, le documentaire America complète et approfondit le We Blew it (2017) de Jean-Baptiste Thoret, tourné partiellement (et concomitamment) à Seligman : on note d’ailleurs quelques protagonistes en commun, dont le coiffeur vétéran. Avec Martin Weill pour l’émission Quotidien, Drexel est l’un des rares à avoir ausculté la réalité, pressentant ce qu’aucune bonne conscience (malgré le précédent Bush/Gore) ne se résolvait à considérer comme possible. Prenant le temps d’interroger longuement des citoyens (gens ordinaires, électeurs, militants ou non), le documentariste a fouillé une conscience sociale baignée plus qu’abreuvée par les discours de propagande

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"Sage femme" : sages Deneuve et Frot, en effet

ECRANS | De Martin Provost (Fr, 1h57) avec Catherine Deneuve, Catherine Frot, Olivier Gourmet…

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Sage-femme, Claire (Catherine Frot) travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice (Catherine Deneuve), amante de son défunt père. Passions, regrets et nostalgie vont s’inviter chez ces deux femmes que tout oppose... Étude sur l’acceptation du passé, cette petite histoire s’accompagne d’une mise en scène discrète, presque invisible de Martin Provost. Ecrasé par deux actrices qu’il admire, le réalisateur limite la forme à une simple illustration. Seuls Quentin Dolmaire et Olivier Gourmet irradient leurs apparitions d’un charisme qui dénote avec l’e

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Martin Provost : « Je me suis beaucoup remis en question avec "Sage femme" »

Interview | Si "Séraphine" et "Violette" ont montré son amour pour les œuvres d’époque, Martin Provost n’en reste pas moins fou des femmes, même lorsqu’il les filme de nos jours dans son "Sage femme". Méthode et peinture de ce portraitiste d’actrices.

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Martin Provost : « Je me suis beaucoup remis en question avec

Quels étaient vos partis-pris de mise en scène sur Sage femme ? Martin Provost : S’affranchir de mes films d’époque qui demandaient un travail minutieux et précis. Là, je voulais être libre avec la caméra à l’épaule, posée sur une toute petite dolly. Ça donne une sorte de présence et de flottement. Je me suis beaucoup remis en question avec ce film. Avec Yves Cape [le directeur de la photographie – NDLR], on est parti dés le départ sur une forme assez simple, pas très sophistiquée. Je ne la voulais pas basique, mais sans effets ostentatoires. On souhaitait que ce soit vrai avec ce film. Il s’ouvre sur un accouchement : je voulais que le personnage de Claire soit aux prises avec la réalité. Avez-vous parlé de la psychologie des personnages avec les actrices ? Ça dépend lesquelles. Il y en a qui aiment qu’on leur parle beaucoup. Je m’adapte facilement à n’importe quel acteur. C’est d’abord à moi d’avoir l’humilité de me mettre au service d’actrice

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Marguerite

ECRANS | De Xavier Giannoli (Fr, 2h07) avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau…

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Marguerite

Marguerite, baronne férue d’art lyrique, donne des récitals à domicile lors de soirées de bienfaisance. Sa prodigalité retient tous ses obligés, à commencer par son époux, de lui révéler qu’elle chante comme une casserole. Quand lui prend l’envie d’organiser un concert public, ses proches tentent de la dissuader, puis de limiter la casse en embauchant un coach… Capable de l’épouvantable (Quand j’étais chanteur) comme du très correct (À l’origine), Xavier Giannoli délaisse rapidement le "gag" de la voix de crécelle pour s’intéresser à la singulière personnalité de Marguerite, à sa solitude de femme délaissée et sa conquête d’indépendance ; à sa générosité et son absence d’a priori – en témoigne la galaxie de "freaks" dont elle s’entoure sans ciller. Du nanan pour Catherine Frot. Il perd hélas en subtilité dans la réalisation des récitals. Multipliant les très gros plans sur la bouche, voire la glotte de la diva, il crée un effet caricatural inutile, car redondant avec la bande-son : même l

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Les Saveurs du palais

ECRANS | De Christian Vincent (Fr, h35) avec Catherine Frot, Arthur Dupont, Jean D’Ormesson…

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Les Saveurs du palais

Du fin fond de l’Antarctique où elle a trouvé refuge pour faire le point sur une aventure exaltante mais achevée brutalement, Hortense Laborie se souvient des deux années passées au palais de l’Élysée. Ainsi, celle qui jusqu’ici ne tenait qu’une modeste auberge périgourdine est devenue la cuisinière personnelle du Président en place. Derrière le personnage de fiction se cache l’authentique chef des cuisines privées de François Mitterrand à la fin de son deuxième septennat. Christian Vincent a choisi d’être beaucoup plus abstrait pour faire de cette histoire vraie une fable sur le pouvoir et la fin d’une époque. Élégamment raconté par une caméra toujours en mouvement, parfaitement interprété par une Catherine Frot aussi à l’aise dans la légèreté que dans la gravité, Les Saveurs du palais est le prototype du film qualité française, label vintage ici remis au goût du jour. Or, Laborie est elle-même une sorte de madone du terroir et des recettes de "mémé", tandis que le Président, fin lettré (normal, l’incunable Jean D’Ormesson endosse avec une délectation non feinte le costume), se lamente sur l’air du "On ne parle plus comme ça, maintenant". Désagréable sensation

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Coup d’éclat

ECRANS | De José Alcala (Fr, 1h30) avec Catherine Frot, Nicolas Giraud…

François Cau | Jeudi 21 avril 2011

Coup d’éclat

Véhicule pour Catherine Frot en femme-flic au bout du rouleau, de plus en plus seule au fil du récit et qui tente de se raccrocher à une enquête concernant l’assassinat d’une fille de l’Est, Coup d’éclat ne fait pas d’étincelles. Le rythme est léthargique, les rebondissements prévisibles, les dialogues mal écrits ; on se croirait devant un épisode de Derrick ! Et les zones d’ombre sont tellement soulignées qu’elles participent du manque de subtilité générale. Sans parler du contenu social du film, qui n’est là que pour rappeler qu’il s’agit d’un polar de gauche. Il est aussi mauvais que les polars de droite récents. Christophe Chabert

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