"Sacrées sorcières" : sourissez !

ECRANS | ★★★☆☆ De Robert Zemeckis (É.-U., 1h45) avec Anne Hathaway, Octavia Spencer, Stanley Tucci… En salles le 23 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Photo : ©Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved


Orphelin recueilli par sa grand-mère, le jeune Bruno commence juste à s'acclimater qu'il doit déjà affronter l'arrivée d'horribles sorcières. Pensant les fuir en se rendant dans un hôtel, le garçon et sa grand-mère plongent en fait entre leurs griffes. Bruno sera même changé en souris…

En dépit de sa faculté à traiter des syncrétismes historico-culturels américains et des icônes ou à en forger par son cinéma, Robert Zemeckis demeure un des réalisateurs étasuniens contemporains parmi les plus sous-estimés ; son principal tort étant d'appartenir à la génération du totem Spielberg. S'emparant ici d'un conte du non moins iconique auteur Roald Dahl, il signe une transposition logique, imprégnée de folklore sudiste, où la dimension horrifique et le burlesque fusionnent aussi logiquement que dans des cauchemars d'enfant (le fait que Cuarón et Del Toro figurent à la coproduction n'y est sans doute pas étranger). Poussant parfois l'extravagance vers la frénésie ou le grotesque, Zemeckis renoue avec l'esprit délicieusement amoral de La Mort vous va si bien, mâtiné d'éclats gothiques à la Tim Burton. Anne Hathaway pousse enfin le curseur de la transgression au-delà du miaulement de Catwoman. Il y a un potentiel à la Bette Davis derrière l'ancienne jeune première Disney…

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"Dark Waters" : eaux sales et salauds

ECRANS | Quand des lanceurs d’alerte et la loi peuvent faire plier une multinationale coupable d’avoir sciemment empoisonné le monde entier… Todd Haynes raconte une histoire vraie qui, étrangement, revêt une apparence patinée dans l’Amérique de Trump.

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Tout juste promu associé dans un cabinet d'affaires spécialisé dans la défense des grosses firmes, un jeune avocat est sollicité par un fermier voisin de sa grand-mère désireux d'attaquer le chimiquier DuPont qu'il accuse de polluer son sol. Combat du pot de fer contre le pot de terre empoisonnée… Paranoïaques, attention ! Si vous ne suivez pas assidument la chronique judiciaire ni les publications scientifiques d’outre-Atlantique, vous ignoriez peut-être qu’un sous-produit de synthèse omniprésent dans notre quotidien (des batteries de cuisine aux vêtements en passant par les moquettes), miraculeux du fait de ses propriétés anti-adhésives, présentait le "léger" inconvénient de ne pas être dégradé par le vivant, tout en provoquant des dommages considérables à la santé. Et que les sociétés l’ayant commercialisé, en toute conscience, avaient préféré arbitré selon l’équation bénéfices/risques (bénéfices en dollars, évidemment). Nouvelles révélations Nul ne pourra accuser Todd Haynes d'opportunisme parce qu'il aborde un sujet environnemental. Dans Safe (1995) déjà, le cinéaste traitait d'un cas extrême d'empoi

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Polytech s'offre "Interstellar"

ECRANS | Rendez-vous mardi 5 mars à Mon Ciné pour (re)découvrir le bijou de Christopher Nolan sorti il y a cinq ans.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Polytech s'offre

Il fut un temps où la Warner parvenait à concilier mieux qu’aucune major sa tête et son cœur (enfin, le muscle devant son cœur, son portefeuille), en abritant en son giron une foule d’auteurs garantissant à la fois prestige international et écrasants triomphes au box-office. De cette époque à Kubrick ou Kazan ne reste qu’un Eastwood bientôt nonagénaire. Parmi la relève, les Wachowski sont au purgatoire, Paul Thomas Anderson (hélas trop peu rentable) a été exfiltré ; Cuarón a succombé aux beaux yeux billets verts de Netflix. Demeure le fidèle Christopher Nolan, rarement décevant (c’est-à-dire souvent plus que profitable), qui de surcroît met le monde en transe avec ses histoires emplies de paradoxes scientifiques, d’effets visuels hypnotiques et de stars oscarisées par camions entiers. Tel Interstellar (2014). Encouragé par le succès d’Inception (2010), aventure exploratoire de l’infiniment intime des songes, où les protagonistes se dotaient du pouvoir d’investir et de modeler leurs mondes intérieurs à leur convenance (quitte à s’y trouver piégé), Interstellar poursuit dans le

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"Les Figures de l'ombre" : et encore un biopic gros sabots

ECRANS | de Theodore Melfi (É-U., 2h06) avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer, Janelle Monáe, Kevin Costner…

Vincent Raymond | Mardi 7 mars 2017

Les Figures de l’ombre, c'est la trajectoire de Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson, brillantes mathématiciennes à la NASA durant les années 1960, dont les contributions permirent à l’aérospatiale d’effectuer des avancées décisives. Tout en combattant la ségrégation au quotidien, car elles étaient noires… Alors que la société étasunienne semble n’avoir jamais été autant proche de succomber à ses pulsions rétrogrades, Hollywood continue de produire des biopics édifiants et formatés, idéalisant (héroïsant parfois) des personnalités issues de la société civile. Quand Jeff Nichols ose le drame réaliste et pudique avec Loving, Theodore Melfi chausse les gros sabots d’une hagiographie convenue, farcie de répliques sur-écrites pour donner une apparence de comédie, de retournements moralisateurs ainsi que de personnages secondaires tellement archétypiques et manichéens qu’on n’imagine même plus les trouver dans des scripts d’apprentis scénaristes.

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Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un « trou de ver » et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés (l’eau, la glace) : c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan. Mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous e

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Futur, plus que parfait

ECRANS | Revoir Retour vers le futur, c’est croquer dans une madeleine cinéphile des années 80 ; c’est aussi voir en quoi son réalisateur Robert Zemeckis y préparait (...)

Christophe Chabert | Lundi 23 juin 2014

Futur, plus que parfait

Revoir Retour vers le futur, c’est croquer dans une madeleine cinéphile des années 80 ; c’est aussi voir en quoi son réalisateur Robert Zemeckis y préparait avec son scénariste Bob Gale ce qui allait devenir un champ d’expérimentation dans les décennies suivantes. Marty MacFly est un ado normal, beau gosse qui fait du skate et de la guitare, et qui tente d’échapper à la lose familiale (un père sans charisme et une mère alcoolique) en se réfugiant auprès d’un savant un peu fou. Celui-ci a construit une De Lorean à remonter le temps et, lors d’un test qui tourne mal, Marty se retrouve trente ans en arrière, au moment où son futur père doit rencontrer sa future mère. Zemeckis utilise le paradoxe temporel comme une porte ouverte à la duplication des corps, à leur remodelage et à leur télescopage. Au cœur de Retour vers le futur, on trouve ainsi une photo qui s’efface au fur et à mesure où Marty intervient dans le passé et modifie son présent – son visage puis son corps disparaissent. Plus encore, son passage dans l’Amérique 50’s idéalisée par le cinéma corrige celle des années 80. De retour chez lui, il retrouve sa famille reaganisée et triomphante : pensan

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Immortel Zemeckis

ECRANS | Dans son excellent ouvrage consacré aux cinéastes hollywoodiens contemporains (Le Temps des mutants, chez Rouge Profond), Pierre Berthomieu livre une des (...)

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

Immortel Zemeckis

Dans son excellent ouvrage consacré aux cinéastes hollywoodiens contemporains (Le Temps des mutants, chez Rouge Profond), Pierre Berthomieu livre une des premières analyses sérieuses consacrées à Robert Zemeckis, pointant toute la dimension novatrice de son cinéma. Point d’orgue logique de sa démonstration fondée sur les corps mutants et la volonté de créer des images défiant les logiques réalistes classiques, La Mort vous va si bien fait en effet figure de théorie de la pratique dans l’œuvre de Zemeckis. On y voit une gloire déclinante de Broadway (Meryl Streep, en pleine autoparodie) mariée à un chirurgien esthétique (Bruce Willis, moustachu avant la mode) qu’elle a "dérobé" à son ancienne copine d’école obèse (Goldie Hawn). Mais celle-ci réussit à se débarrasser de ses kilos superflus grâce à un filtre d’immortalité et à récupérer son ancien amour. La vengeance de la star ne se fera pas attendre, mais elle se traduira par un hallucinant ballet macabre où les corps, qui ne craignent plus la mort, vont se retrouver tordus, perforés, écrasés, équivalents humains des toons de Roger Rabbit. Zemeckis pousse ainsi à son extrême ses recherches sur u

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Flight

ECRANS | L’héroïsme d’un pilote d’avion est remis en cause lorsqu’on découvre ses penchants pour la boisson et les stupéfiants. Délaissant ses expérimentations technologiques, Robert Zemeckis signe un grand film qui célèbre l’humain contre les dérives religieuses, judiciaires et techniques. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 février 2013

Flight

Au commencement était la chair : celle d’une femme nue qui déambule au petit matin dans une chambre d’hôtel pendant que son amant se réveille en s’enfilant une ligne de coke qui lui permet d’évacuer sa gueule de bois. Ce long plan d’ouverture sonne comme une déclaration d’intention de la part de Robert Zemeckis : après trois films à avoir essayé de recréer par le numérique, la 3D et la motion capture les émotions et le corps humain, le voilà revenu à des prises de vues garanties 100% réelles et incarnées. Son cinéma a depuis toujours été obsédé par les limites plastiques de la figuration : les corps troués, aplatis, étirés comme des chewing-gums de La Mort vous va si bien, les cartoons vivants de Roger Rabbit, Forrest Gump se promenant dans les images d’archives ou le Robinson supplicié de Seul au monde… Flight introduit une subtile variation autour de ce thème : ici, la chair est fragile, mais cette fragilité signe en définitive la grandeur humaine. Y a-t-il un pilote dans le pilote ? Whip Whitaker (fabuleux Denzel Washington) prend donc son service comme pilote de ligne et réussit un exploit : un atterrissage en pl

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Les Misérables

ECRANS | À force d’adaptations, le roman de Victor Hugo devait en arriver là : la version filmée de la version anglaise de la comédie musicale. Elle confirme les limites de Tom Hooper derrière une caméra et accumule les faiblesses manifestes et les fautes de goût impardonnables. Pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 février 2013

Les Misérables

Les Misérables n’est pas un bon film. On pourrait même passer la critique entière à en lister les défauts. À commencer par le travail de Tom Hopper lui-même, dont le trop admiré Discours d’un roi montrait déjà les limites : par exemple, Hooper s’avère absolument incapable de donner une forme aux passages non chantés. Alternant grand angle et longues focales, ils sont cousus n’importe comment par un montage aberrant réduisant l’action à une bouillie d’images incohérentes. On peut aussi s’interroger sur la valeur musicale de la partition de Schönberg et Boublil : ces "tubes" pensés pour des chanteurs à voix ont pris du plomb dans l’aile, et seul l’investissement des comédiens permet de leur donner un nouveau souffle. Au milieu de ce casting all stars, on trouve une incroyable faute de goût : Russell Crowe dans le rôle de Javert. L’acteur sort sa grosse voix dans les passages parlés, mais part dans les aigus dès qu’il se met à chanter, sapant toute la crédibilité du personnage. Le récit est ce qui résiste le mieux à ce duplicata

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The Dark knight rises

ECRANS | La très attendue conclusion de la trilogie imaginée par Christopher Nolan pour donner au personnage de Batman une ampleur sombre et contemporaine n’égale pas le deuxième volet, impressionnante dans sa part feuilletonesque, décevante sur son versant épique. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mardi 14 août 2012

The Dark knight rises

Thèse, antithèse, synthèse. En bon cinéaste cérébral qu’il est, c’est ainsi que Christopher Nolan a conçu sa trilogie du chevalier noir dont ce dernier volet, qui en montre «l’ascension», fonctionne ainsi sur un système de reprises, croisements, répétitions, boucles et rimes, tous esquissés dans les deux opus précédents. Dans Batman begins, Nolan décrivait la naissance de son héros, gosse de riche orphelin devenu nomade paumé et bastonneur, puis recruté par la ligue des ombres qui l’instrumentalisait pour en faire un justicier nettoyant les rues de Gotham city de ses criminels et chassant la corruption qui gangrène ses élites. Ayant choisi l’ordre plutôt que l’anarchie, il devait faire face dans The Dark knight à ses doubles monstrueux, jusqu’à endosser le rôle d’ennemi public numéro un pour préserver une paix chèrement acquise. Nolan avait donc fait de Batman une figure réversible mais cohérente, celle d’une justice parallèle qui vient combler tous les vides de la démocratie, en édifiant un «mensonge» utile pour garantir son fonctionnement. Voici donc The Dark knight rises qui commence huit ans plus tard, et où Bruce Wayne vit reclus, solitair

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