"Alpes là !" : Éric Bourret et Emmanuel Breteau aux sommets

Musée | Toujours guidé par l'envie de renouveler notre regard sur la montagne, le Musée dauphinois dévoile, avec "Alpes là !", deux visions différentes du monde alpin. Une exposition qui esquisse ainsi une continuité entre la photographie picturale d’Éric Bourret et celle humaniste d’Emmanuel Breteau.

Charline Corubolo | Jeudi 30 mars 2017

Photo : Charline Corubolo


Quand le premier s'aventure sur les sommets montagneux, le second part à la rencontre des habitants du Trièves. Une façon d'appréhender le médium photographique qui diffère pour une plasticité offrant deux visions sensibles des Alpes.

Avec Éric Bourret, la photographie se trouve ainsi chargée d'une dimension picturale. À la demande du Musée dauphinois, l'artiste-marcheur a arpenté, deux hivers de suite, la chaîne de Belledonne, le Dévoluy, l'Oisans et le Vercors. Il en a ramené un Carnet de marche pour une expérience du paysage qui passe par le mouvement. De prises de vues multipliées sur le même négatif offrant des "all-over" du temps sur le temps en clichés où s'inscrit avec précision la minéralité de la nature, Éric Bourret crée son œuvre en rencontrant le territoire.

En résulte un dessein de l'expérience qui épouse les accidents du relief tel un tableau impressionniste. Le photographe capte ainsi les fluctuations du paysage qui se meut parallèlement à lui pour un corpus visuel où la sensorialité de la montagne transparaît avec élégance.

La montagne, versant humain

Emmanuel Breteau, quant à lui, mène un travail sur le long terme. Depuis sa découverte du Trièves en 1988, il souhaite capturer un monde en disparition, une tranche de vie rurale de la montagne. La photographie devient alors prétexte à la rencontre : pendant presque vingt ans, il s'est immiscé dans le quotidien des habitants pour saisir leur vie au travail comme à la maison, chez le médecin comme à l'extérieur.

Travaux ethnographiques à vision humaniste, ses portraits en noir et blanc témoignent du Trièves au tournant du siècle. Certaines de ses images sont touchées par une douceur particulière. À l'instar de cette jeune femme fabriquant du pain, projection contemporaine d'une toile de Vermeer.

Alpes là !
Au Musée Dauphinois jusqu'au 23 octobre


Alpes là !

Photographies d'Eric Bourret et Emmanuel Breteau
Musée dauphinois 30 rue Maurice Gignoux Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un été au musée, isn't it ?

Sélection | Pour cet été qui s’annonce caniculaire, nous avons décidé d’adopter le flegme anglais afin de garder la classe en toute circonstance. Une subite envie de tweed peut-être déclenchée par l’exposition "Berlioz à Londres" présentée à La Côte-Saint-André. Mais que les réfractaires au lyrisme britannique se rassurent, notre sélection d'expositions à (re)voir dans les musées patrimoniaux réserve également de la musique populaire, de la BD résistante et de la peinture lumineuse. De quoi s’émerveiller, s’instruire et profiter du frais en toute gratuité.

Charline Corubolo | Lundi 17 juillet 2017

Un été au musée, isn't it ?

Quand la musique est bonne… À la lecture de ce titre surgissent instantanément les premières notes de la chanson de phare des années 1980 signée Jean-Jacques Goldman, parangon de chanson populaire. Et ce genre de titres français emblématiques, de l’hymne au chant révolutionnaire, de la comptine à la berceuse, résonnent en ce moment joyeusement dans l’enceinte du Musée dauphinois. Si on chantait ! La la la la… c’est à vous de voir ; en tout cas il y a de quoi écouter dès le début de l’exposition avec un mur de sons qui compose un portrait de la chanson populaire. Fait de bric et de notes, le parcours dévoile 78 titres agrémentés d’archives, de disques et de partitions. Grace à une scénographie ludique et interactive, la proposition met en chant la façon dont la musique infiltre notre quotidien, jusque sous la douche, à travers les âges et les genres. Et au détour d’un refrain, mais surtout d’une autre exposition, n’hésitez pas à emprunter les sentiers montagneux d’Éric Bourret et Emmanuel Breteau, qui déploient au creux de l’exposition

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Panorama rentrée 2017 | On vous propose d'aller au Musée de Grenoble, au Musée dauphinois, à Spacejunk ou encore à la Halle de Pont-en-Royans.

Charline Corubolo | Mardi 3 janvier 2017

Les quatre expositions à découvrir début 2017 à Grenoble

Fantin-Latour Né en 1836 à Grenoble, admirateur des grands maîtres et peintre incontesté des fleurs au XIXe siècle, Henri Fantin-Latour s’est aussi illustré avec des portraits et des tableaux de groupe. C’est en suivant ces trois axes que le Musée de Grenoble invitera le public à (re)découvrir cet artiste isérois à travers une vaste rétrospective. Associé aux impressionnistes dont il rejette cependant la parenté, Fantin-Latour a laissé derrière lui une touche unique où le romantisme flirte avec le symbolisme. Au Musée de Grenoble Du 18/03 au 18/06 ________ Éric Bourret & Emmanuel Breteau Mettre en valeur le patrimoine de la région, tout en apportant un regard contemporain sur la création d’aujourd’hui, le Musée dauphinois s’y emploie depuis de nombreuses années. C’est ainsi que seront réunis en mars prochain, autour de l’exposition Alpes là, les photographes Éric Bourret et Emmanuel Breteau. Photographe marcheur, le premier expérimente la montagne à travers le mouvement offra

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Expo : les cinq temps forts de la saison à Grenoble et dans l'agglo

Saison 2016 / 2017 | Cette année, direction le Musée de Grenoble, la galerie Spacejunk, le Musée dauphinois, le Musée de l'Ancien Évêché ou encore la Ville d'Échirolles.

Charline Corubolo | Mardi 27 septembre 2016

Expo : les cinq temps forts de la saison à Grenoble et dans l'agglo

Le bleu de Paris Les femmes (Georgia O'Keeffe et Cristina Iglesias) vont laisser place aux artistes disparus au Musée de Grenoble. Et si en mars prochain l'institution se consacrera à la touche d'Henri Fantin-Latour, sa saison s'ouvrira avec les années parisiennes de Vassily Kandinsky (1866-1944). Père de l'art abstrait dont l'œuvre est principalement connue pour sa construction géométrique, le peintre russe a laissé son style flirter avec le biomorphisme durant ses dernières années à Paris (1933-1944), lorsqu'il fuyait le nazisme. Les angles deviennent courbes, manifestation de sa passion pour les sciences, comme autant d'organismes cellulaires perdus dans le Bleu du ciel, pour une abstraction au plus près de la nature sous forme de synthèse d'œuvre. L’exposition de cette rentrée 2016. Kandinsky, les années parisiennes (1933-1944)

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Blanc sur blanc

ARTS | À la faveur d’une sélection d’œuvres variées, l’exposition collective "White" du Musée Géo-Charles donne une résonance nouvelle au blanc dans l’art. Plus encore, le parcours redéfinit la notion d’espace et de temps au gré de toiles abstraites, dont l’accessibilité est de mise, pour une mise au point avec ces mouvances contemporaines. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Vendredi 24 janvier 2014

Blanc sur blanc

Derrière la notion (floue) d’abstraction se cache un fondement tangible, aux applications plastiques diverses, que la nouvelle exposition du Musée Géo-Charles cherche à mettre en confrontation par le prisme d’une palette principalement composée de blanc. Un mouvement et un coloris qui, de prime abord, pourraient décourager même les plus aventureux dans ce parcours White, mais c’est sans compter sur une scénographie qui fait sens et des œuvres qui ouvrent les champs de l’analyse et/ou du sensible avec simplicité. Bien que la teinte soit la thématique de l’évènement, l’origine découle en réalité de deux séries du photographe coréen Bohnchang Koo : White (photo) et Vessel. Malgré des sujets très différents – la première dévoile des traces de lianes séchées sur des murs, la seconde des objets relatifs à la culture de l’artiste –, l’objectif demeure le même : interroger le rapport au temps par le biais de la trace, humaine ou végétale, dans une blancheur lissée. Ce postulat de départ a abouti à un rassemblement de pièces, où la figuration est furtive et l’abstraction patente, mais toujours baignées dans une lueur immaculée. L’invisible dévo

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Chasse spleen

ARTS | Une fois de plus, le musée Géo-Charles présente une exposition collective et le fait bien. Quatorze photographes, quatorze identités dialoguant autour du geste photographique, de l’excitation du clic à l’émerveillement de l’image ; sa mélancolie et sa joie. Laetitia Giry

Laetitia Giry | Lundi 25 février 2013

Chasse spleen

Et si ce n’était pas la mélancolie : le titre de l’exposition ressemble à une question mais ne présente pas le point d’interrogation qui le confirmerait. Il nous indique la voie suivie dans le choix et la disposition des œuvres présentées ici, celle d’une contestation de la mélancolie admise comme inhérente à la prise d’une photographie. Enregistrer une image à un instant T revient pourtant bien à capturer un morceau de temps, à figer et glacer quelque chose qui est, tout en ne cessant jamais de passer. « De toute évidence, vivre c’est s’effondrer progressivement. » F. Scott Fitzgerald le sait bien : vivre c’est éprouver le temps, et l’arrêter en un point, c’est avoir l’illusion de le retenir. Pas étonnant alors que les Arts – tous ! – entretiennent depuis toujours une relation si particulière à la mélancolie. De La Mélancolie de Dürer au spleen baudelairien, du moine esseulé de Friedrich au Melancholia de Lars von Trier, peinture, littérature, cinéma : aucun médium n’y échappe… Pourtant, force est de reconnaître que la photographie, plus que tous les autres, s’apparente à un manifeste de fugacité et en cela porte préci

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Éric Bourret : « Je me considère comme un piéton d’altitude »

ARTS | Parmi les photographes participant à l’exposition "Et si ce n’était pas la mélancolie", on trouve (et on aime particulièrement) Éric Bourret. Ses deux œuvres montrées ici, captivantes et mystérieuses, méritaient bien une petite discussion.

Laetitia Giry | Vendredi 22 février 2013

Éric Bourret : « Je me considère comme un piéton d’altitude »

Vos photographies sont le fruit d’une sorte de performance… Éric Bourret : Je suis un photographe marcheur, je fais œuvre sur le paysage à l’issue de mes traversées des Alpes du sud, des zones de littoral, ou d’une partie de la chaîne himalayenne (comme pour les deux photos exposées). Plusieurs mois par an, j’arpente ces terres sur une durée qui varie entre une journée et deux mois. Des images émergent grâce ou à cause de la relation que j’entretiens pendant une longue période avec le paysage. Sans compétition ni surenchère sportive, je me considère simplement comme un piéton d’altitude. Je fais ce que font énormément de gens, je marche, car j'en ai besoin pour que mon travail puisse se mettre en place. Ainsi, vous capturez en photo un temps que vous éprouvez dans la réalité, dans l’action de la marche ? Ce qui me fascine, c’est la capacité que peut avoir l’image photographique d’enregistrer du temps. Sur certaines séries (notamment Timescape), j’essaie de multiplier le temps plutôt que de l’arrêter une fois. Pour cela, j’ai mis en place un protocole, celui de réaliser un certain

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