"Souvenirs de voyage, la collection Antoine de Galbert" : itinéraire d'un collectionneur inspiré

Exposition | Avec l’exposition "Souvenirs de voyage", le Musée de Grenoble nous invite à explorer la palpitante collection d’art contemporain du Grenoblois Antoine de Galbert. Une proposition fascinante qui nous interroge sur l’acte de collectionner, la vie, la mort, l’art… Rien que ça !

Benjamin Bardinet | Lundi 29 avril 2019

Photo : Benjamin Bardinet


À l'image de la collection singulière qu'elle honore, l'exposition Souvenirs de voyage du Musée de Grenoble parvient à faire d'un ensemble d'œuvres hétéroclites un tout d'une étonnante cohérence – jamais rien ne semble mis ici par hasard. Le goût singulier que le collectionneur de renom Antoine de Galbert a façonné au fur et à mesure de ses acquisitions opère ainsi comme une sorte de fil rouge qui sous-tend le parcours de manière stimulante. En effet, le Grenoblois installé à Paris a toujours su affirmer des choix personnels, ne cédant jamais aux tendances du milieu de l'art contemporain qui, même lorsqu'il se prétend subversif, peut être finalement assez convenu.

Pour le Musée de Grenoble qui l'accueille (« quand j'étais jeune, ce musée était pour moi une cathédrale, jamais je n'aurais imaginé exposer ici » nous a-t-il déclaré en interview), Antoine de Galbert a choisi de privilégier un certain nombre de grands classiques de la création contemporaine (Boltanski, Fontana, Gilbert & George…) sans pour autant délaisser son goût pour l'étrangeté, le bizarre (voire le dégueulasse !) et les artistes plus méconnus (dont quelques jeunes).

Équipe artistique

Photographies, installations, peintures, art contemporain, art brut, images scientifiques… : l'accrochage réunit des objets variés dans un riche parcours de dix-sept salles. Antoine de Galbert, en collaboration avec l'équipe du musée, a imaginé, pour chacun de ces espaces, une thématique favorable à la mise en dialogue de ses œuvres – dans le genre, la réjouissante (et désopilante) salle intitulée "Conceptuels ?" devrait en réconcilier un certain nombre avec l'art en question.

Tout comme le talent de l'entraîneur d'une équipe sportive est de valoriser la collaboration entre ses joueurs, celui d'Antoine de Galbert consiste à faire que les œuvres qu'il possède s'enrichissent mutuellement en se renvoyant constamment la balle de manière stimulante. En procédant de la sorte, il dévoile toute l'intelligence de sa collection (dont seulement une petite partie est dévoilée ici) et contribue à faire de celle-ci une œuvre à part entière – ce que l'exposition excelle à révéler.

En introduisant le parcours avec un texte dans lequel il évoque sa découverte de l'art dans « le musée de son enfance dauphinoise » et en le concluant avec une salle intitulée "Au-delà", il convie le visiteur à un voyage qui apparaît comme une métaphore de la vie. Comme dans celle-ci, le public sera tour à tour émerveillé, amusé, circonspect, dégoûté, ébloui… Mais il aura l'avantage d'en ressortir vivant, voire de pouvoir y retourner, et tant mieux. Car ce voyage-là mérite bien plusieurs allers-retours.

Souvenirs de voyage, la collection Antoine de Galbert
Au Musée de Grenoble, jusqu'au dimanche 28 juillet


Souvenirs de voyage, la collection Antoine de Galbert


Musée de Grenoble Place Lavalette Grenoble
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