Beau comme du Beaupain

Benjamin Mialot | Mercredi 15 mai 2013

Photo : Nicolas Reitzaum


Chanson / Les chansons d'Alex Beaupain ont le don de faire passer des poignées de chiendent pour des bouquets d'oiseaux de paradis. Hier le cinéma nombriliste et anachronique de Christophe Honoré, proclamé digne héritier de la Nouvelle Vague par le truchement d'un César de la meilleure musique. Aujourd'hui, la jalousie mal placée qui s'empare au lendemain d'une rupture de celui ou celle qui l'a prononcée, matière première d'Après moi le déluge, un single confondant de justesse et de naturel («Je sais c'est moi qui t'ai / Quitté, mais toi qui t'es / Pour penser qu'après moi / L'herbe repoussera ? / Après moi je veux / Qu'on soit malheureux»).

L'album éponyme dont il est extrait est à l'avenant : plus encore que Pourquoi battait mon cœur, le disque qui voilà deux ans fit définitivement entrer cet élégant Bisontin dans la cour des grands romantiques de la variété (notamment grâce à Au départ, belle mise en regard des années Mitterrand et du délitement précipité d'un couple passionné que s'appropria François Hollande pour sa campagne), il voit son auteur capturer le sentiment amoureux dans toute son ambivalence. Comme ont su le faire avant lui Alain Souchon, dont il partage la sobriété, le détachement et la malice, Bertrand Burgalat (les arrangements d'orfèvre, la fausse naïveté, la patine 80's) ou Julien Clerc, qu'il singe gentiment sur Coule, le morceau que l'interprète de Ma préférence lui a composé en échange des services rendus en 2011 sur son Fou, peut-être.

Benjamin Mialot

Alex Beaupain, mercredi 29 mai à 19h30, à la MC2


Alex Beaupain

Pourquoi battait mon coeur
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Lucie, après moi le déluge" : réminiscence d'une France oubliée

ECRANS | Précédé d'une excellente réputation, le documentaire de Sophie Loridon sur sa cousine éloignée du fin fond de l'Ardèche sort enfin en salle dans toute la France.

Élise Lemelle | Lundi 3 juin 2019

Une bâtisse en pierre, des champs à perte de vue, pas âme qui vive à l’horizon mis à part la grand-mère la plus vivace d’Ardèche : Lucie, 92 ans au moment du tournage en 2009 – elle est morte l’année d’après. Si sa voix chevrote, sa pensée est claire et son propos aussi limpide qu’un enfant lorsqu’elle narre ses souvenirs et récite ses proverbes. Sophie Loridon, sa cousine éloignée, a eu l’idée du documentaire Lucie, après moi le déluge pour garder une trace de cette France oubliée (ici Saint-Jeure-d'Andaure) que symbolisait Lucie. Cette dernière croyait en la terre pour l’avoir travaillée toute sa vie et au ciel parce que « si on n’a pas la foi en Dieu on n’a rien du tout, on a le cœur vide ». Sa vie n’a pas été facile ; pourtant, à l’écran, Lucie sourit continuellement et raconte sa « souvenance » au fil des saisons et des photos, près de son fourneau de 104 ans, dans la maison qui l’a vu naître et la verra mourir. Autoproduit et à la base destiné à rester confidentiel, ce documentaire réalisé par une Grenobloise connaît pourtant un excellent bouche-à-oreille depuis qu’il est présenté ici et là da

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Alex Beaupain, mélancolique rieur

MUSIQUES | Avec son sixième album solo, "Loin" (2016), Alex Beaupain continue de tordre le cou aux préjugés qui collent à la variété. Moderne et simple, il chante sa vie sans la pleurer, regardant derrière lui avec une nostalgie apaisante. Il sera mardi sur la scène du Grand Angle de Voiron.

Gabriel Cnudde | Vendredi 13 janvier 2017

Alex Beaupain, mélancolique rieur

Alors que certains de ses contemporains usent de toutes les pirouettes pour ne pas admettre qu'ils créent de la "variété", Alex Beaupain, lui, le revendique. Avec son dernier album, Loin (2016), il prouve encore une fois qu'en musique, il n'y a pas de genres sots, seulement des a priori à briser. Alors il s'efforce de faire de sa variété une musique moderne, aux arrangements résolument pop et entraînants et à la production bien léchée. Comme beaucoup, il chante sa vie, ses émotions, ses joies et ses peines. Mais même lorsqu'il pleure, il le fait avec une certaine classe, une certaine mélancolie rieuse, celle qu'on ressent quand on choisit de ne se rappeler que des bons moments. Preuve que la nostalgie n'est pas forcément larmoyante, Alex Beaupain la chante simplement, même quand il replonge, avec Je te supplie, dans les souvenirs de sa compagne brutalement décédée avant le début de sa carrière. Avec ce titre, qui compte déjà parmi les plus beaux de la chanson française, le chanteur s'affirme comme un parolier au talent pur et simple. Les choses de la vie n'ont pas besoin d'être alambiquées pour être chantées et Alex Beaupain l'a bi

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation à destination des enfants autant que des adultes… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Lundi 18 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris la méfiance et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche”, lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables que sont Les Malheurs de Sophie, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes (ce que l’ouvrage, dans sa forme théâtrale, incite à faire, et l’amorce du

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Bleu blanc rouge

MUSIQUES | Treizième édition du traditionnel festival Paroles de chanteurs, temps fort de la saison musicale pour les amateurs de chanson française dite à texte. (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 18 janvier 2012

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Treizième édition du traditionnel festival Paroles de chanteurs, temps fort de la saison musicale pour les amateurs de chanson française dite à texte. Jusqu’au samedi 28 janvier, on croisera ainsi sur la scène du Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas la jeune L (photo), qui viendra défendre le mercredi 25 son très estimable premier album Initiale, œuvre charnelle aussi riche niveau mélodique que littéraire. Le lendemain, c’est Joseph d’Anvers qui investira les lieux : un auteur-compositeur-interprète qui avait notamment collaboré avec Alain Bashung sur Bleu pétrole (la chanson Tant de nuits est de lui), et qui présentera Rouge fer, un troisième disque mariant habilement chanson et rock, à l’image de Ma peau va te plaire, titre d’ouverture… initialement écrit pour Bashung ! Et le vendredi, c’est le très clivant Alex Beaupain, compagnon de route du cinéaste Christophe Honoré (c’est lui qui fait pousser la chansonnette à Catherine Deneuve, Ludivine Sagnier, Louis Garrel et autres dans Les Bien-Aimés ou encore Les Chansons d’amour), qui ravira les aficionados d’une chanson très centrée sur l’amour et ses vicissitudes (« Je t

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