Le novo dub, l'autre French Touch

MUSIQUES | Zoom sur cette scène musicale à l'occasion du passage du groupe Ez3kiel par l'Hexagone de Meylan

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Au mitan des années 90, une petite bande de Parisiens se prend dans le casque la house de Chicago, relecture robotique de la "great black music" des années 50 à 70 (soul, funk, disco), et en décline une version française qui deviendra le premier produit d'exportation musicale du pays. L'histoire est connue, jusque dans ses détails les moins glorieux depuis que Mia Hansen-Løve a entrepris de raconter avec Eden la face cachée de ce safari lunaire – pour reprendre le titre de l'un des disques emblématiques du mouvement.

À la même période se fomente une autre révolution à la française, souterraine celle-ci, au moment où des musiciens d'obédience rock se mettent en tête de faire éclater les nuages psychotropes du dub en des orages instrumentaux. Leurs groupes se nomment High Tone, Zenzile, Kaly Live Dub, Brain Damage ou encore Lab° et, les pieds ancrés au sol pentu de la Croix-Rousse lyonnaise (là où le label Jarring Effects gravera ses initiales dès 1993) mais les oreilles tournées vers Londres, ils ont sondé l'univers des basses fréquences bien avant qu'il ne devienne l'Eldorado de la musique électronique.

Cette French Touch-là, aucun cinéaste ne l'a encore racontée. Peut-être parce que son retentissement fut inversement proportionnelle à sa longévité, la quasi-totalité des ses représentants étant encore en activité : Zenzile vient de publier un magnifique guide sonore de Berlin (inspiré par le documentaire Berlin, symphonie d'une grande ville) ; High Tone est revenu, après un détour opportuniste par le dubstep, à ses premières amours spirituelles, le long d'un sixième album (Ekphrön) remarquablement intercontinental ; Guns of Brixton a fini par assumer définitivement ses pulsions post-hardcore – sur le colossal Inlandsis, en 2012...

Mais celui qui s'y essayera le fera à coup sûr au son d'Ez3kiel, à la fois la formation la plus emblématique et la plus atypique de cette scène. Mais aussi forte, à l'instar du prophète homonyme et comme on vous l'explique ci-contre, d'une capacité innée à voir venir les choses, la plus ancienne.

Benjamin Mialot


EZ3KIEL

Nouvelles lumières, à partir de 12 ans
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

À plus dans le Magic Bus

Festival | Zoom sur la programmation de la 18e édition du festival prévue du jeudi 23 au samedi 25 mai.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 mai 2019

À plus dans le Magic Bus

C'est désormais une formule immuable que propose l'association Retour de scène à l'approche de la 18e édition du festival Magic Bus : deux soirs de concerts à l'air libre sur l'Esplanade réunissant les têtes d'affiche du festival précédés d'une date à l'Ampérage en vue d'honorer la crème de la désormais incontournable Cuvée grenobloise. Où, dans ce cas, l'on pourra se familiariser avec le néo-trip-hop aux horizons élargis d'Aora Paradox, croiser Bleu Tonnerre qui réunit notamment les énergies de "Jose" Dos Santos (à mille lieues de ses Wastemen) et de Jul, ou encore s'enjailler sur le R'n'B laidback de LuLu & Young Seph. Côté Esplanade, les têtes d'affiche du vendredi seront plus familières en les personnes de Soviet Suprem et Shantel & The Bucovina Club Orkestar, pour une soirée à forte résonance balkanique qui mettra également en avant les "folk songs" de Picky Banshees et la cumbia hip-hopisante de Sidi Wacho. Le lendema

Continuer à lire

Atelier Arts Sciences : j'ai 10 ans

ACTUS | À Grenoble, l’Atelier Arts Sciences, financé conjointement par la scène nationale l’Hexagone de Meylan et le CEA, rassemble des artistes et des chercheurs afin qu’ils échangent sur leurs pratiques et, surtout, travaillent ensemble. Pour fêter les dix ans de ce laboratoire original, l’équipe l’ouvre au public le temps d’une journée (le jeudi 2 février).

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 31 janvier 2017

Atelier Arts Sciences : j'ai 10 ans

« Notre travail repose sur l’intégration des nouvelles technologies dans le monde de l’art » : voilà comment Eliane Sausse, directrice de l’Atelier Arts Sciences (et secrétaire générale de l’Hexagone de Meylan), résume les missions de ce laboratoire lancé en 2007. Grâce à l’Atelier, artistes et scientifiques se rencontrent, échangent et progressent pour aboutir à des projets communs. Comme, par exemple, celui d’EZ3kiel : en 2009, le groupe de musiciens, assoiffé d’innovation, avait pu travailler à Grenoble sur une installation interactive baptisée « les mécaniques poétiques ». « L’Atelier Arts Sciences a montré que les artistes réussissaient à bien anticiper les évolutions de la société » poursuit Eliane Sausse, qui annonce pour 2017 une réalisation du plasticien très branché nanoélectronique Lionel Palun. En octobre, la résidence de ce dernier prendra fin. Son œuvre, consacrée au "big data" (des milli

Continuer à lire

Ez3kiel - Lux

MUSIQUES | Zoom sur l'album que le groupe Ez3kiel viendra défendre sur la scène de l'Hexagone

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Ez3kiel - Lux

À l'image des précédents album d'Ez3kiel, Lux a été pensé comme un tout. Mais comme ses prédécesseurs et au contraire des non moins étincelants Elements of Light de Pantha du Prince et Life Cycle of a Massive Star de Roly Porter, il n'est pas un concept album pour autant. Ou à la limite un concept album obtenu par rétro-ingénierie, cette activité qui consiste, par le désassemblage, à rendre intelligible pour un humain ce qui n'est d'ordinaire compréhensible que par une machine. Johann Guillon confirme : « Ce qu'on affectionne, c'est la recherche. Décortiquer les sons. On voit la musique comme un laboratoire. » Au départ, il y a donc une hypothèse, formulée ainsi : « On avait l'envie de revenir à une formule plus resserrée. Peut-être plus frontale aussi, plus brute. On ne savait toutefois pas ce que l'on voulait faire. Juste ce qu'on ne voulait pas faire. » Pas de stoner, par exemple, entre autres pistes abandonnées au cours des trois difficiles années (en raison du départ de l'historique Mat

Continuer à lire

Ez3kiel, prophètes en leur pays

MUSIQUES | Ez3kiel fête ses vingt ans de carrière avec un album, "Lux", qui allume des feux plus qu'il n'éteint des bougies. À l'occasion de la présentation de son pendant scénique cette semaine à l'Hexagone, retour sur le parcours, superbement anachronique, du plus électrique des groupes de dub – ou du plus vaporeux des groupes de rock. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

Ez3kiel, prophètes en leur pays

« La marche des vertueux est semée d'obstacles » dit le dixième verset du vingt-cinquième chapitre du livre d’Ézéchiel – celui que récite d'un ton vengeur Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, référence primordiale du groupe. Celle d'Ez3kiel débute logiquement de manière mouvementée, à Tours en 1993. D'abord "power trio", Ezekiel (alors avec un "e") s'agrandit rapidement d'un deuxième guitariste et d'une chanteuse... qui mettra les voiles en 1999, emportant avec elle l'un des fondateurs de ce qui n'est alors qu'un succédané adolescent de Rage Against the Machine et Fishbone. Ce retour circonstanciel à la case trio, Yann Nguema (basse), Matthieu Fays (batterie) et Johann Guillon (guitare) le convertissent en nouveau départ, taciturne celui-ci, ainsi que l'explique ce dernier. « Cet épisode a coïncidé avec l'achat de notre premier sampler et de notre première groovebox. La transition vers des morceaux instrumentaux s'est donc faite de manière instinctive. D'autant que derrière les musiques qu'on commençait à écouter à l'époque, il n'y avait pas de "gens". » Ces musiques, la jungle, le trip-hop, le po

Continuer à lire

Sons et lumières avec Ez3kiel

MUSIQUES | Une camarade d'université nous a un jour expliqué que sa passion du théâtre lui a été révélée le jour où, après qu'un comédien ait pointé du doigt quelque animal fictif (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 janvier 2015

Sons et lumières avec Ez3kiel

Une camarade d'université nous a un jour expliqué que sa passion du théâtre lui a été révélée le jour où, après qu'un comédien ait pointé du doigt quelque animal fictif en fond de salle, elle s'est retournée pour regarder dans cette direction. Les concerts qui accompagnent la sortie de Lux, cinquième album d'Ez3kiel, peuvent provoquer ce genre d'épiphanie, le son et la lumière s'y comportant deux heures durant comme des matières vivantes. Le premier par la grâce de vingt ans d'une évolution musicale quasi darwinienne, de l'import de tendances britanniques (dub, trip hop, jungle...) à la génération d’œuvres devant autant à l'électronique sans lendemain de Nine Inch Nails qu'au post-rock spectaculaire de Mogwai. La seconde par celle d'un dispositif scénique digne d'un caprice de néo-ville mondiale : un mur d'une quarantaine d'écrans/panneaux de LEDs dont les rotations et changements de teinte dessinent en rythme des tableaux sidérants de magnificence et d'interactivité. Avis aux épileptiques. Benjamin Mialot Ez3kiel

Continuer à lire

La question qui tue

MUSIQUES | Pourquoi se rendre à la soirée du 19 novembre à l’Heure Bleue, avec son triple plateau Brain Damage / La Phaze / High Tone ? Déjà, parce que ça réchauffe nos (...)

François Cau | Lundi 15 novembre 2010

La question qui tue

Pourquoi se rendre à la soirée du 19 novembre à l’Heure Bleue, avec son triple plateau Brain Damage / La Phaze / High Tone ? Déjà, parce que ça réchauffe nos petits cœurs de pierre de constater que la salle de Saint-Martin-d’Hères, après un galop d’essai l’an dernier avec l’association Hadra, fricote de nouveau avec les sphères électroniques – initiative trop rare dans le paysage des salles de spectacle “tolérant“ les nouvelles musiques en son sein. Ensuite, même si les dernières productions discographiques en date de Brain Damage et La Phaze peinent toujours autant à entraîner notre adhésion, force est d’avouer que les deux formations débourrent salement sur scène. A l’instar des lyonnais de High Tone (photo), dont le dernier album, Out back, nous a par contre bousculé dans nos a priori sur le dub, à la grâce d’une prod’ impeccable, qui ne se la pète pas malgré sa complexité, et qui mélange les styles musicaux avec une dextérité d’équilibriste. Enfin, parce que cette soirée, à l’instigation de l’association Drugi Most, un autre pont vers les Balkans, verra l’intégralité de ses bénéfices reversés au Centre Culturel OKC Abrasevic de Mostar. Ce lieu, construit et porté à bout de bras

Continuer à lire

Prolongations

MUSIQUES | Musique / S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Ez3kiel, c’est de manquer de suite dans les idées. Depuis ses débuts, le groupe s’est en (...)

| Vendredi 13 juillet 2007

Prolongations

Musique / S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Ez3kiel, c’est de manquer de suite dans les idées. Depuis ses débuts, le groupe s’est en effet constamment appliqué à peaufiner inlassablement un univers musical, mais également visuel, à mi-chemin entre élégante modernité empreinte de futurisme et charme rétro suranné. Les années passant, et le groupe gagnant en notoriété, les moyens ont bien entendu pris une ampleur croissante, immédiatement répercutée sur la création : invités musicaux de plus en plus nombreux sur chacun des albums, tissage sans cesse plus sophistiqué entre instruments acoustiques et traitement électronique… Mais c’est avant tout dans le domaine visuel que le bond en avant s’est fait le plus flagrant. Pour aboutir aujourd’hui à ce Naphtaline, univers somme regroupant une bande-son, un DVD vidéo, mais surtout un DVD-Rom interactif qui fournit au groupe une porte d’accès nouvelle, et novatrice, à son monde à la croisée des nouvelles technologies et d’un esthétisme onirique. Porte dont les clés sont données en toute confiance à l’auditeur-spectateur-manipulateur, qui peut par le biais d’une interactivité remarquable, tracer son propre chemi

Continuer à lire