Les Rita, c'était comme ça

Concert | 40 ans, c'est l'anniversaire qu'auraient dû fêter les Rita Mitsouko, n'était la disparition de Fred Chichin en 2007. La célébration est pourtant de mise avec Catherine Ringer sur scène (mercredi 13 novembre à la Belle électrique, à guichets fermés) et la parution d'une luxueuse intégrale.

Stéphane Duchêne | Mardi 12 novembre 2019

Photo : DR


C'est l'histoire d'une drôle de carpe et d'un lapin nonchalant, paire d'apparence mal branlée aux moitiés asymétriques et extravagantes. Elle, Ringer Catherine, fille de déporté, a fait la danseuse, du théâtre et même des films de sexe – son "service militaire" –, parce qu'il faut bien bouffer, ma bonne dame ; lui, Chichin Frédéric, échalas d'ascendance communiste, guitariste, a tâté du théâtre et de la tôle, parce qu'il faut bien payer ses erreurs, mon bon monsieur. Un couple dépareillé et fusionnel, un duo étincelant qui, depuis sa cuisine, mitonne des rythmes barrés en guise de petits plats, se batipse Rita Mitsouko : Rita comme la danseuse Rita Renoir ou comme Rita Hayworth, c'est selon, Mitsouko comme le sent-bon signé Guerlain que les dames bien nées s'arrachent quand eux s'attifent en (sacs) Félix Potin.

La grâce et la crasse, la gloire et le caniveau comme réconciliés, rafistolés – pourquoi choisir ? – en une entité bien décidée à mettre un coup de tronche (et quelle tronche !) au paysage rock'n'roll hexagonal. Ces mariages arrangés devenus arrangeants infusent jusque dans la musique d'appétence glam, d'orientation orientale, de fun funky, d'aspiration afro, de flûte andine et de pipeau franchouillard, le tout drapé dans l'urbanité naissante, cette new pop qu'on n'appelle pas encore hip-hop. Le nez toujours pointé sur l'avant-garde un temps fréquentée, elle avec Iannis Xenakis, lui avec Nicolas Frize, les yeux collés sur Alfred Jarry et Tristan Tzara, voilà qui vous trace une profession de foi.

Le Petit train

Ça vivote un temps à même le carrelage de la cuisine avant qu'une pépite mal polie jaillisse d'un premier album. 1985 sonne à l'horloge et Marcia Baïla tonne, résonne sur toutes les ondes, requiem foutraque à l'adresse de la chorégraphe Marcia Moretto que le cancer a arraché à la danse et à la vie. Un million d'exemplaires écoulés – un eldorado, une exoplanète pour notre époque sans disque –, les télés qui convulsent au rythme du clip épileptique de Philippe Gauthier et la gloire fulgurante qui trace jusqu'au Japon, jusqu'aux States.

Et si on n'avait encore rien vu ? Un an plus tard, C'est comme ça, et pas autrement, emporte tout, encore, clipé par Mondino. L'album, The No Comprendo, aujourd'hui culte et produit par Tony Visconti qui emballe régulièrement les paquets pour Bowie, dégueule ce genre de trésors : Les Histoires d'A., qui débarrasse des générations de leurs illusions amoureuses, Andy qui lorgne Boby Lapointe et explose aux States sur la foi d'un remix du guitariste de Prince. Tournées internationales, musiques pour le cinéma, panouille chez Godard (Soigne ta droite), le duo trimballe partout son excentricité de bric et de broc, ses looks indémêlables, la gouaille simiesque de Ringer et la grâce fantôme de Chichin.

Et s'acoquine avec les Sparks, deux frères aussi dissemblables que les "Rinchin", le temps d'un Marc & Robert (1986) pas nécessairement bien compris. Y cinglent pourtant l'humidissime Singing in the Shower et le sautillant Le Petit Train, comptine dessalée balancée en voix de maxi-tête sur les convois de la mort fréquentés par Ringer père. Au vrai, le disque est une tuerie qui fracasse la pop synthétique jetable règnant alors en maître sur un Top 50 gravi parallèlement avec Marc Lavoine sur le dos de Qu'est-ce que t'es belle, où la bête Ringer répond aux compliments enamourés du bellâtre aux yeux revolver.

Alors c'est quoi ?

Le train Mitsouko fond alors sur des 90's ouvertes avec Re, album de remixes prestigieux, puis Système D, fourre-z'y tout funk-hip-hop, où s'invite Iggy Pop (My Love is bad) et explose une nouvelle bombe : Y a d'la haine. L'affaire est mûre pour un best-of qui sera live, acoustique, farci de duos et tout entier dévolu aux folies vocales de la Ringer. Mûre aussi pour un changement de cap au nouveau siècle avec Cool Frénésie, embardée groovy et mélodique d'où se distinguent la chanson titre, le duo Dis-moi des mots avec Jean Néplin comme un dégondage du Paroles, paroles de Dalida et le très pop Alors c'est quoi ?., l'une des plus belles compositions de Rita nappées de cordes.

Exigeant, La Femme Trombone (2003) claironne que le duo peut tout se permettre et d'ailleurs le fait, dans un mélange de sonorités africaines, de jazz et d'atmosphères music- hall. Un ovni qui n'oublie pas de bien se vendre. En 2007, Variety, le bien nommé, publié en français et en anglais, sonne, on l'ignore encore, comme le testament d'un groupe qui n'a jamais connu de baisse de régime (irrésistible Ding Dang Dong) et a toujours su se réinventer, à la remorque du proverbial She's a Cameleon.

La tournée s'annonce triomphale mais Chichin est rattrapé sournoisement par ses errements de jeunesse : dans les années 70, il vend son sang en Espagne, on lui rend une hépatite C. Qui vire en cancer du foie, trois décennies plus tard. Il s'éteint le 28 novembre 2007. L'année qui suit, Catherine assure la tournée prévue, rebaptisée Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko. Appelation reprise par la chanteuse pour cette tournée des 40 ans amorcée par une carte blanche de la Philharmonie de Paris. Preuve que les histoires d'amour les plus folles et improbables, si elles peuvent finir mal, ne meurent jamais vraiment.

Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko
Á la Belle électrique mercredi 13 novembre à 20h


Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko


La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Comment est-ce que vous jaugeriez jusqu’à présent les réactions du public aux compositions de Ring’n’Roll ?Catherine Ringer : Elles sont positives, et du coup j’ai l’impression d’avoir fait quelque chose d’utile, de ne pas avoir perdu de temps et de ne pas avoir déçu les gens. L’album passe à travers des émotions très différentes, comment est-ce que vous le vivez sur scène ?En interprétant, simplement, en passant d’une ambiance à une autre. Ces ruptures de ton m’ont beaucoup étonné à la première écoute, je me suis peut-être dit que c’était parce que moins d’albums aujourd’hui s’autorisent cette liberté…Au niveau de toute la production actuelle, je ne pourrais pas juger ; mais pourtant à notre époque on zappe beaucoup, on passe souvent d’une atmosphère à une autre… De mon côté, c’est un procédé dont on avait l’habitude avec les Rita, ici c’est peut-être plus poussé, je ne sais pas. Mais il y a quand même une unité d’interprétation, quelle que soit la chanson, c’est la même patte qui le fait. En réécoutant justement, je me suis dit que c’était votre voix qui faisai

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