"Cyrano de Bergerac" : l'amour fou par Pitoiset et Torreton

Théâtre | Deux heures trente qui passent comme une lettre à la poste : le "Cyrano de Bergerac" mis en scène par Dominique Pitoiset et interprété par Philippe Torreton est une réussite éclatante, qui redonne ses lettres de noblesse au théâtre de répertoire. On dit oui !

Aurélien Martinez | Vendredi 22 mars 2013

Les plupart des grands textes, dont on nous assure à longueur de plaquette qu'ils sont toujours d'actualité (façon de justifier des choix souvent guidés par de simples soucis de remplissage – oui, Molière, Shakespeare & co déplacent encore les foules), sont de véritables machines à jouer. Les prendre de la sorte aujourd'hui est une excellente manière de les transmettre au public.

Cette semaine à la MC2, le metteur en scène Dominique Pitoiset livre ainsi un Cyrano de Bergerac savoureux car défendu par des comédiens investis, avec au centre un Philippe Torreton royal et magistral. Refusant le grandiloquent auquel certains comédiens nous ont habitués en interprétant Cyrano (dont l'inoubliable Depardieu dans le film de Jean-Paul Rappeneau), il donne à son personnage, ce grand amoureux qui se sacrifiera justement par amour, une humanité touchante, tout en accentuant avec panache son côté cabotin lettré. Une performance captivante.

Balcon 2.0

Car il y a dans ce spectacle une véritable envie d'attraper le public pour l'emmener dans les arcanes du très savoureux texte d'Edmond Rostand : une pièce vieille de plus de cent ans, à laquelle Pitoiset confère une oralité très contemporaine sans en dénaturer un vers – la scène du balcon, où Cyrano déclare sa flamme à Roxane en se faisant passer pour un autre, en est le meilleur exemple.

Pitoiset y parvient en situant l'action dans un hôpital psychiatrique (Cyrano est d'ailleurs une sorte de maniaco-dépressif) : un subterfuge qui autorise les inventivités les plus saugrenues (comme la présence constante d'un juke-box sur le plateau) tout en évitant l'écueil de la proposition lourdingue en costumes et décors. On se retrouve alors face à un spectacle qui fascine littéralement l'assemblée, l'écoute de la salle pendant la dernière scène étant impressionnante le soir où nous l'avons découvert. Oui, crions le haut et fort : vive le théâtre quand il est généreux et savoureux comme ça !

Cyrano de Bergerac, jusqu'au samedi 30 mars à la MC2


Cyrano de Bergerac

Texte d'Edmond Rostand, adaptation et ms Dominique Pitoiset, avec Philippe Torreton Oriflamme claquant au vent de l’esprit national sublimé, tant s’y manifestent les vertus gauloises de panache et de liberté sans frein, que Rostand illustrera de surcroît dans Chantecler
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Linda Vista" : États usés d’Amérique

Théâtre | Dominique Pitoiset est de retour à la MC2 avec un nouveau spectacle. Premier lever de rideau mercredi 11 décembre.

Aurélien Martinez | Mardi 3 décembre 2019

Vouloir reconduire une collaboration qui a accouché d’un excellent spectacle est une idée sensée. Ce spectacle, c’était Un été à Osage County, pièce (qu’on a pu voir adaptée sur grand écran avec notamment Meryl Streep et Julia Roberts) du dramaturge états-unien à succès Tracy Letts mise en scène par le Français Dominique Pitoiset. Une réussite, vue en 2015 à la MC2, qui évoquait une famille de l’Oklahoma en proie aux plus grands déchirements. Logique, donc, que Dominique Pitoiset ait voulu de nouveau monter un texte de Tracy Letts. Ce sera Linda Vista, œuvre de 2017 centrée sur un cinquantenaire tout juste divorcé qui s’installe dans un quartier de San Diego, en Californie. Choc des générations, désillusion des anciens babas-cools, masculinité en évolution… Comme à son habitude, Tracy Letts brasse large, construisant son aventure autour des amours et amitiés de son personnage principal Wheeler, miroir des (pas très reluisants) États-Unis d’auj

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"Cyrano de Bergerac" s'invite jeudi soir aux Pathé

ECRANS | De même que la pièce d'Edmond Rostand constitua le chef-d’œuvre et l’apogée du théâtre romantique bien après le règne du genre, l’adaptation cinématographique que (...)

Vincent Raymond | Vendredi 19 octobre 2018

De même que la pièce d'Edmond Rostand constitua le chef-d’œuvre et l’apogée du théâtre romantique bien après le règne du genre, l’adaptation cinématographique que Jean-Paul Rappeneau signa de Cyrano de Bergerac (1990) marqua le triomphe d’un classicisme respectueux et d’une "qualité française" à nouveau digne de ce nom. Dix César sanctionnèrent ce film reprenant la presque intégralité des vers originaux et propulsèrent Depardieu de Cannes à Hollywood – l’Oscar lui échappa, à la suite d’une campagne médiatique révélant qu’il avait assisté enfant à un viol. Alors que ressort en DVD dans une version restaurée l’intégrale de l’œuvre du cinéaste, il faut profiter de chaque occasion offerte de revoir ses films héroïques et fantaisistes sur grand écran. Cyrano ne fait évidemment pas exception : rendez-vous jeudi 25 octobre à 20h aux Pathé Échirolles et Chavant.

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Arturo Ui, Philippe Torreton et les résistibles populismes

Théâtre | La fameuse pièce de Bertolt Brecht évoquant l'accession au pouvoir d'Hitler sera donnée à la MC2 du mardi 7 au samedi 11 mars. Dans une version voulue modernisée par le metteur en scène Dominique Pitoiset. D'accord, mais bof...

Aurélien Martinez | Mardi 28 février 2017

Arturo Ui, Philippe Torreton et les résistibles populismes

Un peu d’histoire pour commencer. La Résistible Ascension d'Arturo Ui est une œuvre du dramaturge allemand Bertolt Brecht terminée en pleine Seconde Guerre mondiale. Elle met en scène la figure d’Arturo Ui, chef de gang qui, en proposant son aide au mal en point trust du chou-fleur de Chicago, va gravir les marches du pouvoir. Et se transformer en être immonde… Ici, Ui est donc clairement Hitler (grimé en Al Capone), Bretch usant de la distanciation pour livrer une « farce historique » très engagée – surtout pour l’époque. Plus de 65 ans après la parution de la pièce, le metteur en scène Dominique Pitoiset s’en empare. Non pas pour mettre une nouvelle fois en lumière la folie hitlérienne mais pour dénoncer les populismes à l’œuvre aujourd’hui dont l’ascension doit, elle aussi, être résistible – les références à l’actualité sont légion pendant les deux heures de représentation, et libre au public d’imaginer une personnalité plus contemporaine sous les traits de Ui. L’attention est louable, et parfaitement mise en mouvement, notamment grâce au fascinant Philippe Torreton dans le rôle-titre. Po

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"Un été à Osage county" : le "Wild world" de Dominique Pitoiset

Théâtre | Avec "Un été à Osage county", Dominique Pitoiset met en scène la faillite du rêve américain à travers un divertissement théâtral aussi captivant qu’une bonne série télé. Coup de cœur.

Aurélien Martinez | Mardi 3 mars 2015

Il y a un côté série télévisée haut de gamme dans le dernier spectacle du metteur en scène Dominique Pitoiset, en référence à ces bijoux où les intrigues sont fouillées et les personnages complexes. Un aspect qui vient du matériau de base lui aussi haut de gamme de Pitoiset : August : Osage county de Tracy Letts, prix Pulitzer de la meilleure pièce de théâtre en 2008 (qui est passée par la case ciné avec Meryl Streep et Julia Roberts). Tracy Letts étant aussi, pour la petite histoire, l’homme qui a écrit Killer Joe, pièce que William Friedkin a adaptée au cinéma en 2012 avec l’incroyable Matthew McConaughey dans le rôle-titre. Voilà pour la contextualisation. Un été à Osage county (en VF), ce sont les déchirements d’une famille réunie au plein milieu de l’Oklahoma, chez la mère forte en gueule du clan. Le père, poète alcoolique, a disparu ; les trois filles débarquent alors avec maris et enfants pour le retrouver. Et finalement prendre part au deuil collectif qui s’annonce, non sans r

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Et revoilà Cyrano

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Nadja Pobel | Mardi 27 janvier 2015

Et revoilà Cyrano

Pour qui a vu la version survoltée de Cyrano de Bergerac par Dominique Pitoiset avec le sidérant Philippe Torreton (en mars 2013 à la MC2), celle de Georges Lavaudant (du 27 au 31 janvier à la même MC2) risque de paraître fade. Costumes d'époque, décor naturaliste... : l'époque et le cadre de l'action sont respectés mais rien ne  bouscule le spectateur. Bien sûr, avec un texte aussi puissant et une troupe d'acteurs expérimentés emmenée par un fidèle parmi les fidèles de Lavaudant (Patrick Pineau), ce n’est pas bâclé, ni même raté. D'où vient alors cette forme d'ennui qui s'installe dans un spectacle – il faut le préciser – naissant lorsque nous l'avons découvert à sa création à Lyon lors des Nuits de Fourvière 2013 ? Il manque un point de vue fort. Lavaudant est un parfait homme-orchestre qui colle trop au texte. Il l'a d'ailleurs souvent fait dans des productions absolument remarquables comme les Labiche et Feydeau dont il est un grand metteur en scène (mémorables Un chapeau de paille d'Ital

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Famille je vous hais

SCENES | Du théâtre, du simple, du beau, du flamboyant même, pensé dans les règles de l’art. Avec tout ce qu’il faut de maîtrise pour le rendre captivant aux yeux du (...)

Aurélien Martinez | Mardi 6 janvier 2015

Famille je vous hais

Du théâtre, du simple, du beau, du flamboyant même, pensé dans les règles de l’art. Avec tout ce qu’il faut de maîtrise pour le rendre captivant aux yeux du public. Quand, cet automne, nous sommes allés voir Un été à Osage County de Dominique Pitoiset lors de sa création, nous ne savions pas à quoi nous attendre. Certes, Pitoiset est un excellent metteur en scène, qui a par exemple parfaitement compris Cyrano (il y a deux ans à la MC2, avec Torreton dans le rôle-titre). Et la pièce de Tracy Letts qui est portée sur scène a reçu le prix Pulitzer en 2008 avant de passer au cinéma dans les mains de John Wells (avec Meryl Streep, Julia Roberts et Sam Shepard). Mais on ne s’attendait pas à un tel spectacle. Pitoiset met en scène une famille de l’Amérique profonde en proie à des déchirements internes violents, réunie autour d’une mère malade. Un spectacle grand public qui captive littéralement (les comédiens y sont pour beaucoup) tout en allant creuser plus loin que le simple divertissement. Mais on en reparlera plus longuement en temps voulu.

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Grégory Faive : « Je ris pour ne pas pleurer »

SCENES | Quand un comédien et metteur en scène grenoblois s’empare de l’excellent "Petit lexique amoureux du théâtre" de Philippe Torreton et le complète par quelques textes piochés ici et là (du Shakespeare, du Lagarce, voire même du Muriel Robin), ça donne "Pourvu qu’il nous arrive quelque chose". Un spectacle accessible et généreux à mettre devant tous les yeux. Rencontre avec Grégory Faive et critique plus qu’enthousiaste. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 13 mai 2014

Grégory Faive : « Je ris pour ne pas pleurer »

Le spectacle rencontre un succès impressionnant depuis sa création en 2011... Grégory Faive : Je suis très heureux. Je profite de chaque représentation et de chaque retour avec le public parce que c’est rare – c’est la première fois que ça m’arrive ! C’était assez inattendu en plus, parce que j’ai préparé ce spectacle en marge d’un autre [Une souris grise de Louis Calaferte – ndlr]. C’était une tentative, pour voir ce que ça allait donner. Je suis donc heureux que ça plaise, que ça marche, et que ça soit reçu par un public si varié – ce qui, là aussi, n’a pas toujours été le cas dans mes autres spectacles ! Pourvu qu’il nous arrive quelque chose ouvre des discussions avec les amateurs de théâtre, les professionnels, les néophytes... J’imaginais que ce serait intéressant de partager ce texte, mais je n’avais pas prévu qu’il fasse écho aussi positivement chez les gens qui prati

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La Pièce manquante

ECRANS | De Nicolas Birkenstock (Fr, 1h25) avec Philippe Torreton, Lola Dueñas…

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

La Pièce manquante

André découvre un matin que sa femme Paula est partie, le laissant seul avec ses deux enfants. Ils décident ensemble de cacher la chose au reste de la famille mais aussi à la petite communauté rurale dans laquelle ils vivent. Raconté comme ça, l’argument de La Pièce manquante ressemble à un prototype de téléfilm France Télévisions. À l’écran, c’est exactement ce que l’on voit : une enfilade de scènes attendues dialoguées comme du Plus belle la vie et filmées sans la moindre audace. La platitude généralisée du résultat, où tout le monde semble s’appliquer consciencieusement à ne jamais sortir de ce psychodrame étriqué farci de silences et de mines déconfites, où l’on ne nous épargne aucun cliché du genre (le premier flirt de l’adolescente, qui fait du trampoline comme sa mère avant elle) et où la moindre tentative de romanesque retombe comme un soufflé (l’enquête du détective, pas crédible pour un rond) tient du mystère absolu. Mystérieuse aussi, la carrière de Philippe Torreton : comment peut-il être aussi ambitieux dans ses choix théâtraux, et aussi mal avisé lorsqu’il tourne pour le cinéma ? Christophe Chabert

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Au fil de l’eau

SCENES | À découvrir la semaine prochaine à la MC2 (du mardi 5 au samedi 9 juin), un spectacle que nous n’avons pas pu voir avant sa venue à Grenoble, mais qui a (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 25 mai 2012

Au fil de l’eau

À découvrir la semaine prochaine à la MC2 (du mardi 5 au samedi 9 juin), un spectacle que nous n’avons pas pu voir avant sa venue à Grenoble, mais qui a néanmoins retenu notre attention si soutenue : Le Maître des marionnettes, de Dominique Pitoiset. Le metteur en scène, déjà croisé à l’Hexagone de Meylan il y a trois ans avec un texte de Wajdi Mouawad, explique avoir été fasciné par le théâtre de marionnette sur l’eau. Ainsi, lors d’un voyage au Vietnam, il a découvert dans un temple ancien près d’un lac, cette forme d’art ancestral et unique. Le Maître des marionnettes se présente alors comme « un carnet de croquis, un journal de bord, ou le récit d’une enquête onirique, nourri des rencontres qui ont inspiré Pitoiset : un bonze vivant aujourd’hui dans la pagode qu’assiègent toujours plus de touristes, une vieille femme qui seule sait encore chanter le poème retraçant la vie du Maître, tant d’autres encore – manipulateurs, musiciens, artistes et artisans... » écrit le dramaturge Daniel Loayza en note d’intention d’une création qui, au vu des images disponibles, semble d’une épure visuelle envoutante. Lisez notre critique sur notre site web au lendemai

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Présumé coupable

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h45) avec Philippe Torreton, Noémie Lvovsky…

François Cau | Mercredi 31 août 2011

Présumé coupable

Un cran au-dessus d’Omar m’a tuer, mais pas beaucoup plus, Présumé coupable revient sur l’affaire d’Outreau à travers le regard d’Alain Marécaux, huissier de justice accusé à tort de viols pédophiles en réunion, puis victime d’un engrenage judiciaire conduit par le tristement célèbre juge Burgaud. C’est justement ce regard univoque, cette absence de contrechamp au drame de Marécaux qui emmène Présumé coupable sur les rails rouillés du film-dossier. Le protagoniste est absolument innocent aux yeux du spectateur, comme il est absolument coupable aux yeux de la justice ; son calvaire ne donne lieu qu’à de l’indignation, jamais à des interrogations. De même, les personnages qui l’entourent sont enfermés dans un manichéisme démonstratif (Burgaud, chargé au-delà de toute limite) ou par le style télévisuel français (l’avocat parle comme un avocat, les flics comme des flics …). La mise en scène de Garenq trouve parfois son ton, mais surtout quand elle l’emprunte au Audiard d’Un prophète. Quant à Philippe Torreton, il a beau payer physiquement de sa personne pour être crédible, il n’arrive jamais tout à fait à faire oublier l’acteur derrière le personnage. Christophe Chabert

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