Ferraille brutale : Tommy Four Seven de passage au Sucre
Techno industrielle / Sous la chaleur implacable d'un mois d'août lyonnais, saturé de poussière, de vapeurs polluées et de reflets aveuglants, Tommy Four Seven offrira une soirée cathartique au Sucre, quintessence d'une techno industrielle impitoyable, presque dystopique.

Photo : DR
« Le rock, le jazz, ce n'est rien d'autre qu'une traduction des sons hideux et irrationnels de l'environnement industriel en langage musical » : on prête cette citation au théoricien et philosophe canadien Marshall McLuhan, qui développe, notamment dans The Mechanical Bride (1951) que la plupart des productions culturelles sont une traduction audible du vacarme du monde industriel. Une théorie intéressante, au sujet de laquelle on échangerait avec plaisir avec l'artiste underground britannique exilé à Berlin, Tommy Four Seven, qui prend le parti de ne pas épargner son public de la brutalité d'un monde déshumanisé par la machine.
Pionnier de la techno industrielle et expérimentale, Tommy Four Seven est influencé très jeune par Aphex Twin, Surgeon, Autechre, Nine inch nails. Il a émergé dans les années 2010, enchaînant par la suite les grands clubs et soirées internationales (Berghain, Concrete, Resident advisor, Boiler room), déambulant en funambule entre deux partis pris qui sourdent encore dans sa musique. D'une part, il esthétise les sons de la société moderne, d'autre part, il en accentue la violence, la dureté, lui donnant un caractère à la fois urgent et inéluctable et rendant vivace le sentiment d'apocalypse imminente. Grisant.
Univers martial et épuisant
Il sort son premier album, Primate, sur le label CLR de Chris Liebing en 2011. On y découvre déjà son goût pour une techno dansante, sombre et introspective. Il enchaîne les EPs et albums, parmi lesquels Veer (2019) résolument anxiogène, dessinant un univers martial, presque implacable, à l'aide de sonorités IDM, de rythmes breakés agrémentés de sons stridents et de crissements aigus. Se débarrassant de l'injonction à respecter les quatre temps par mesure, Tommy Four Seven a livré un album épuisant, ne laissant aucun répit à ses auditeurs, qui semblent pourtant en redemander (et ils peuvent ; il existe un autre version de Veer, Veer remixed).

Tommy Four Seven a aussi lancé son label, nommé "47" en 2015, reconnu pour son avant-gardisme ainsi que son goût pour une techno radicale et déconstructive. On y retrouve (en plus de Tommy Four Seven) de nombreux artistes qui signent leurs projets par une suite de chiffres commençant par 47. On vous conseille donc, si vous souhaitez creuser un peu plus la brutalité de la techno industrielle expérimentale ; 47016 de Killawatt ou encore, 47028 de Torn. Au Sucre, Tommy Four Seven sera accompagné par Halès, résident du Club Kalt, très bonne adresse strasbourgeoise en matière de musiques électroniques. Troisième et dernière figure du line-up, plus locale : DJ RFA (Ready for Apocalypse) dont les sets oscilleront entre basses lourdes et mélodies aériennes.
S. society / Tommy Four Seven, RFA, Halès
Dimanche 10 août 2025 à partir de 18h au Sucre (Lyon 2e) ; 15€