Le regard du mannequin

ECRANS | Reprise au Comoedia du premier film de Jerry Schatzberg, après sa présentation au festival Lumière : ou comment les souvenirs d'une mannequin se transforment en un miroir brisé dont le cinéaste recolle les morceaux dans un savant désordre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 octobre 2011

Mythique, invisible depuis sa sortie, fantasmé par les cinéphiles, Portrait d'une enfant déchue est enfin de retour sur les écrans. C'est un choc, disons-le. Jerry Schatzberg mettait dès son premier film la barre très haut, comme peu de cinéastes débutants l'ont fait avant ou après lui. En même temps, Schatzberg n'était pas exactement un jeune réalisateur ; il avait déjà quarante ans, dont treize passés à devenir un photographe réputé, notamment pour son travail dans la mode. Or, Portrait d'une enfant déchue est justement l'histoire d'un photographe qui va interviewer une mannequin recluse sur une île pour qu'elle lui raconte son histoire, avec l'idée d'en tirer un film. Autobiographie ? Probable, et Schatzberg ne fait rien pour contredire l'hypothèse. Mais l'histoire du film est plus trouble encore et sa forme, reflet d'une mémoire déformée par les brumes d'alcool, de drogues et des traitements de choc, mais aussi par les mensonges et les contradictions de son personnage, intensifie cette incertitude.

Façon puzzle

Lou Andreas Sand a tout perdu : la gloire, la jeunesse, l'amour, les illusions. Mais au départ, elle n'avait pas grand chose. Ni arriviste, ni carriériste, elle fait juste les bonnes rencontres au bon moment. Mais son ingénuité, cette enfance dont elle n'est jamais sortie et qui est d'abord un atout, devient son point faible, cette immaturité sentimentale la laissant à la merci d'un monde superficiel dont elle adopte les codes mais pas le cynisme. Schatzberg, cependant, ne pose pas son personnage comme une victime. Aaron, le photographe qui l'interviewe, n'est pas le témoin objectif de son amertume, mais son amant éphémère et son grand amour impossible. Le film brouille sans cesse la frontière entre le récit de Lou et son souvenir idéalisé, arrangé selon son intérêt. Les niveaux de réalité s'entrechoquent comme les pièces d'un "puzzle" (qui remplace le Portrait dans le titre original du film), reconstruit selon le principe du miroir brisé, produisant un portrait monstrueux de cette femme trop belle et trop sensible. La maestria du montage, son et image, traduit parfaitement cette sensation de chaos intérieur, l'expressionnisme se mêlant au réalisme jusqu'au vertige. Les audaces de Schatzberg, sous influence de la Nouvelle vague, ont peu d'équivalent dans le cinéma américain de l'époque, pourtant en pleine révolution, et Portrait d'une enfant déchue a le parfum de la sincérité sans calcul, du cinéaste découvrant les possibilités de son nouveau médium et s'y engouffrant corps et âme.

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Luz 2014

ECRANS | Pedro Almodóvar Prix Lumière, des rétrospectives consacrées à Capra et Sautet, des invitations à Ted Kotcheff, Isabella Rossellini et Faye Dunaway, des ciné-concerts autour de Murnau, des hommages à Coluche et Ida Lupino… Retour sur les premières annonces de Lumière 2014. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Luz 2014

C’est donc Faye Dunaway qui viendra inaugurer la sixième édition du Festival Lumière à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre. Actrice mythique, que l’on avait pu redécouvrir à Lumière dans un de ses plus grands rôles — celui de Portrait d’une enfant déchue de Schatzberg — elle présentera la version restaurée de Bonnie and Clyde, classique du film criminel et rampe de lancement d’un certain Nouvel Hollywood dont son réalisateur, Arthur Penn, fut un agitateur discret mais essentiel. On le sait, Lumière se targue d’être un festival de cinéma grand public et, après le doublé Belmondo / Tarantino de l’an dernier, la barre était placée assez haute en matière d’invités prestigieux. Pour donner le change, le Prix Lumière atterrira donc en 2014 dans les mains de Pedro Almodóvar ; le festival prépare sa venue tout au long du mois de septembre avec une séance spéciale d’Attache-moi — pas forcément son meilleur film, cela dit — et une autre de La Mauvaise éducation précédée d’une confé

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Faye Dunaway et "Bonnie and Clyde" en ouverture de Lumière

ECRANS | Pour sa grande séance d'ouverture à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre à 19h45, le festival Lumière a donc décidé d'inviter Faye Dunaway pour présenter (...)

Christophe Chabert | Mercredi 27 août 2014

Faye Dunaway et

Pour sa grande séance d'ouverture à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre à 19h45, le festival Lumière a donc décidé d'inviter Faye Dunaway pour présenter Bonnie and Clyde d'Arthur Penn dans sa version restaurée. Le film est souvent considéré, de par sa représentation crue de la violence, comme un des fondements du Nouvel Hollywood. C'est en tout cas une œuvre mythique qui a permis à son couple vedette — Dunaway, donc, et Warren Beatty — d'entrer dans la légende hollywoodienne. Comme d'habitude, la séance était complète avant même l'annonce de son contenu, mais le film sera diffusé tout au long du festival dans des séances "classiques"…

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Lumière, clap de début

ECRANS | Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le (...)

Christophe Chabert | Jeudi 4 octobre 2012

Lumière, clap de début

Ce lundi, le festival Lumière démarre à la Halle Tony Garnier avec sa rituelle soirée d’ouverture pleine de "stâââârs" qui monteront sur scène pour en donner le coup d’envoi. OK. Mais il y aura aussi au cours de cette soirée un grand film et un grand cinéaste à l’honneur, ce qui est quand même l’essentiel pour un festival qui s’intéresse au patrimoine cinématographique. En l’occurrence Jerry Schatzberg et son Épouvantail daté 1973, parfait résumé de ce Nouvel Hollywood qui s’intéressait aux outsiders de l’Amérique et les emmenait sur les routes pour des trajets autant physiques qu’existentiels. Au centre, le tandem Hackman/Pacino, l’un jovial, l’autre torturé, soit une certaine idée de la perfection dans le jeu. La mise en scène de Schatzberg capte leur énergie entre désir de classicisme (le Scope, les grands espaces) et modernité (un fabuleux travail de déconstruction sonore et visuelle qu’il avait déjà expérimenté dans Portrait d’une enfant déchue, son premier film). Le lendemain, c’est bombance avec le début des grandes rétros

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L'Épouvantail en ouverture du festival Lumière

ECRANS | C'est finalement L'Épouvantail, le film de Jerry Schatzberg, palme d'or à Cannes en 1973, qui sera présenté à la Halle Tony Garnier le lundi 15 octobre en (...)

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

L'Épouvantail en ouverture du festival Lumière

C'est finalement L'Épouvantail, le film de Jerry Schatzberg, palme d'or à Cannes en 1973, qui sera présenté à la Halle Tony Garnier le lundi 15 octobre en ouverture du festival Lumière. La copie, retsaurée en HD, sortira tout droit des laboratoires de Warner, et le cinéaste sera là pour le présenter aux spectateurs et aux invités du festival. Parmi eux, Guillaume Canet devrait rendre hommage à Schatzberg, lui qui citait littéralement L'Épouvantail dans ses Petits mouchoirs et qui doit au cinéaste un de ses premiers grands rôles au cinéma dans The day the ponies come back.

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Lumière, jour 2 : Grands enfants

ECRANS | Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg. Dites-lui que je l’aime de Claude Miller.

Dorotée Aznar | Jeudi 6 octobre 2011

Lumière, jour 2 : Grands enfants

Il y a une histoire qui lie Jerry Schatzberg à l’Institut Lumière. Il a fait partie des cinéastes qui ont rejoué "La Sortie des usines Lumière" pour le centenaire du cinématographe ; quelques années après, il avait été invité pour présenter "L’Épouvantail", et la projection dans la salle du hangar fut pour lui l’occasion de redécouvrir sur grand écran et dans le format scope original un film qu’il n’avait plus revu depuis des années ; pour la première édition du festival Lumière, il avait investi le village et y avait présenté ses photographies récentes, le cinéaste retrouvant, peut-être contraint et forcé, sa vocation initiale. La photographie, de rock et de mode, c’est ce qui quarante ans auparavant lui avait permis de passer à la réalisation avec "Portrait d’une enfant déchue", présenté à Lumière 2011 dans une copie neuve fulgurante de beauté. Du coup, rien d’étonnant à le voir, ce mardi, passer la journée seul dans ce même village, assis à une table, visiblement heureux d’être là. Schatzberg est un peu chez lui à Lyon, et chacune des projections de son film est l’occasion d’un bel hommage des spectateurs, venus nombreux découvrir cette première œuvre d’une bluffante modernit

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L’œil de Schatzberg

ECRANS | Cinéaste et photographe américain mythique, le grand Jerry Schatzberg sera l’invité du «village de jour» du festival Lumière pour une exposition inédite où son regard singulier s’est porté sur… Lyon ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 21 septembre 2009

L’œil de Schatzberg

Jerry Schatzberg est devenu, au fil des années, un «ami» de l’Institut Lumière. Il faisait partie des cinéastes qui, cent ans jour pour jour après le premier film tourné par les Frères Lumière, en avaient joué un remake au même endroit, les Usines Lumière devenues entre temps Hangar du Premier film. Et on se souvient de son émotion quand il était venu assister à la projection de son chef-d’œuvre, 'L’Épouvantail' : il n’avait pas revu le film sur grand écran depuis sa sortie ! Schatzberg est une figure mythique du nouvel Hollywood dans les années 70, mais son parcours est assez singulier par rapport à ceux de Coppola, Scorsese ou De Palma. Avant de passer derrière la caméra avec ce triptyque fondamental composé de 'Portrait d’une enfant déchue', 'Panique à Needle Park' (le premier rôle d’Al Pacino) et 'L’Épouvantail' (Palme d’or à Cannes en 1971), il avait obtenu la reconnaissance pour son travail de photographe au cours des années 60. Schatzberg a immortalisé toute la contre-culture de la décennie à travers des portraits publiés dans les magazines les plus hypes de l’époque ('Vogue', 'Life' ou 'Esquire'). Une de ses photos de Bob Dylan va même passer à la postérité, puisqu’elle

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