"Permafrost" : le nouvel album de Denis Rivet

Chanson | Avec Permafrost, le Lyonnais Denis Rivet livre un nouvel album de l'entre-deux, celui d'un univers qui se déglace et se réchauffe au gré de chansons hivernales en apparence mais solaire en profondeur. 

Stéphane Duchêne | Mardi 6 février 2018

Photo : © Fabrice Buffart


« Ici, la vie est rude / J'en ai pris l'habitude / J'aime ces terres arides / Et ces hivers humides / Et la neige et le froid / Les piqûres d'aoûtats (...) Et si jamais tu passes / Quand l'orage menace / Remets-toi vite en route / Ne laisse pas le doute / J'en ai vus plantés là / Qui ne repartaient pas. »

Voici comment débute Permafrost, le nouvel album du Lyonnais Denis Rivet avec lequel les amateurs de chanson-rock ont au fil des années pris leurs habitudes. Entre une rythmique minimaliste, le ressac d'arpèges cristallins et un synthétiseur sédaté, Rivet pose le décor. Celui d'un disque dont le titre dit tout. Le permafrost c'est ce sol perpétuellement gelé des régions septentrionales qui semble figurer ici la manière dont les paysages du Grand Nord infusent sur l'état de l'âme jusqu'à la cristallisation complète. Mais c'est peut-être aller un peu vite en besogne que de prendre cela, uniquement cela, pour argent comptant.

Je me souviens

D'aussi loin qu'on se souvienne, Denis Rivet a toujours rendu compte des zones grises de la vie. Sur Tout proches (2012), il explorait le thème de l'ambivalence entre la proximité des corps et l'éloignement des âmes, et inversement, quand Tout est triste, rien n'est grave (2015), s'articulait en deux parties autour de la virgule de son titre.

Le chanteur le dit : de virées terrestres en chemins intérieurs, il a beaucoup voyagé, notamment au Québec où il vécut quatre ans – de là, sans doute, sa connaissance du terrain gelé – et c'est à Berlin, en plein hiver, qu'en résidence au Centre Français il a commencé de concevoir cet album, enregistré seul, dans une veine plus acoustique.

Ce sont sans doute ces allers-retours, qui nous amènent à retrouver cet entre-deux : un entre-temps fait de souvenirs (Je me souviens) et de demi-regrets, où la possibilité du départ comme échappatoire, de la résignation comme forme de sagesse, ne se font qu'après avoir tout tenté (Nous partirons d'ici), après avoir essayé de percer en vain les cœurs glacés contre lesquels on se cogne (Permafrost).

Un territoire aussi, musical mais pas que, où perce donc toujours un peu, matérialisée par des guitares solaires et une production plus douce, une lumière, sinon au bout du tunnel, du moins au bout du chemin, une source de chaleur en terrain transi. Comme si Denis Rivet restait posté là, avec ses chansons dont la justesse rasante sonne le dégel du cœur, pour attendre, comme il le chante en clôture de l'album, ceux qui sont restés derrière.

Denis Rivet, Permafrost (Anthropoïde)
Disponible en numérique et en CD sur www.denisrivet.com


Denis Rivet


Aquarium ciné-café 10 rue Dumont Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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C'est à la suite du concert hommage donné par Benjamin Biolay en juillet 2018 à Fourvière que la scène lyonnaise à commencé à mûrir l'idée d'un projet autour de cette grande figure de la pop hexagonale mais aussi locale. Très vite, dans le sillage du chanteur Stan Mathis et des Chic Types, l'idée d'un concert fait son chemin puis d'un disque produit par Stardust ACP. La fine fleur de la scène chanson-pop de Lyon picore alors des titres dans le répertoire de Mounier et de l'Affaire Louis Trio pour en enregistrer des relectures au studio Magneto de They Call Me Rico : on y retrouve, en plus de tous les précités, Kent, un vieil ami, Carmen Maria Vega, Buridane, Joe Bel, Denis Rivet, Billie et quelques autres sur un vinyle à sortir le 5 novembre. Le même jour aura lieu dans la grande salle du Transbordeur une release party en présence de tous les intéressés (hormis Joe Bel en tournée au Canada et Kent) où tout ce petit monde dansera sur la chic planète d'Hubert. La chose est gratuite, mais l'on compte dé

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À quelques semaines de la sortie de son nouveau disque baptisé Permafrost, dont on vous dira prochainement tout le bien qu'on en pense, le chanteur Denis Rivet, ce conteur hors-pair des zones grises de la vie, se fend d'une initiative pour le moins originale : organiser une séance d'écoute au casque tout confort (canapé, boisson) sise au Ciné-café Aquarium (10 rue Dumont dans le 4e arrondissement), en partenariat avec le TNG. Contre 15€, en plus de la prestation précitée, on pourra acquérir le dit album. Une écoute qui s'accompagnera, pour mieux s'immerger dans l'univers de Denis Rivet, de la projection sur écran géant des photos réalisées par Fabrice Buffart pour la pochette de l'album et se poursuivra par un échange avec l'intéressé mené par Arnaud Bonpublic, animateur sur la webradio Les Enfants du Rhône. Cela se passera le dimanche 26 novembre au long de trois séances successives (14h, 16h, 18h) pour lesquelles il es

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Bonjour tristesse

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Stéphane Duchêne | Mardi 28 octobre 2014

Bonjour tristesse

Tout est triste, rien n'est grave. Voilà à peu de chose près une définition de notre époque. Une double définition même : manière d'apprendre à relativiser ce qui va mal ou justement de pointer le relativisme ambiant, désensibilisant, dévitalisant. Denis Rivet a sûrement choisi entre ces deux options. Qu'il nous permette de croire que son album,  marqué du sceau d'une rupture qui reste à digérer, se balance dans cet entre-deux. L'attaque est d'ailleurs frontale : mur de guitares brûlantes parce que glaçantes (Autour du grand feu, Tu disais), écriture, comme toujours chez Rivet – le bien nommé ? – vissée à l'économie, cueillant à froid.   Après l'excellent EP Tout proches, Tout est triste, rien n'est grave montre un Denis Rivet qui a fait du chemin sans s'éloigner de ses proches (Mikaël Cointepas mais aussi Frédéric Bobin et Philippe Prohom, présents pour deux duos), ni de Tout ce qui [le] tient et

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Lyon's Club

MUSIQUES | Qu'elle soit un concept fumeux ou pas, la scène musicale lyonnaise est là et bien là. La preuve avec ce petit passage en revue – non exhaustif – d'un automne rock'n'gone. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Lyon's Club

Lors d'une discussion en ligne portant sur les coiffeurs, leurs pronostics de football et l'Olympique de Marseille, un grand connaisseur du rock et de bien d'autres choses nous lâcha, magie d'un fil de discussion : «le concept de groupes lyonnais, well... ». Certes, toute personne rejetant l'idée que l'on puisse être Lyonnais juste «parce qu'on a fait sécher ses chaussettes une fois à Lyon», comme nous l'a récemment exposé notre critique cinéma maison, souscrira sans mal à cette réflexion. Mais on ne va pas faire comme si "ces gens-là" n'existaient pas puisqu'ils ne cessent de nous prouver le contraire. Telle Billie, qui nous prépare quelques remixes des titres de son album Le Baiser. L'excellent album de Denis Rivet – ex-King Kong Vahiné pour les intimes – est à venir, lui, le 30 octobre, et Denis jouera un peu partout pendant cet automne à commencer par ce même jour, le

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La fête à la maison

MUSIQUES | Quel est l'idiot qui a eu cette idée folle d'inventer la fête de la musique, pour en plus la caser le même jour qu'Argentine-Iran et Nigeria-Bosnie ? Faut-il à ce point détester l'être humain ? Puisque c'est comme ça, voici une sélection des festivités avec pleins de Lyonnais dedans, même si pas assez. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 juin 2014

La fête à la maison

La fuite des cerveaux, qu'on appelle ça. Chaque 21 juin, on constate avec un peu plus d'amertume mêlée de joie – pour eux, surtout – que certains des meilleurs éléments de la scène lyonnaise exportent leurs talents pour aller fêter la musique avec des gens qu'on connaît même pas. Prenons (c'est une image) par exemple Erotic Market, qui déplace pour l'occasion son petit commerce amoureux à Beauvais. Même si l'on veut bien admettre qu'il est fort charitable d'apporter un peu d'érotisme bootylicious dans la vie des Beauvaisien – déjà que la Picardie pourrait disparaître –, il y a de quoi être furax de se voir lâchés au moment où on a le plus besoin de nos meilleurs éléments pour couvrir le grand vacarme populaire du musicien du dimanche entendant bien prouver que oui, la France a un incroyable talent et qu'en plus c'est lui – il sait jouer I've Got You Under My Skin avec un poireau à coulisses. Pire, certains de nos chers groupes lyonnais restent même chez eux en attendant que ça passe (ce sont les mêmes qui ne font pas la vaisselle pour la Journée de la femme, honte à eux). Folk progre

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Biotop(e) pop

MUSIQUES | Ah, cette scène locale et sa fâcheuse tendance à rester figée dans ce circuit court que chérissent tant les épiciers bio, sans parvenir à mener une carrière durable au-delà du périph’. On s’en est presque fait une raison tout en ayant choisi d’en ignorer les raisons. D'autant que ce n'est qu'à moitié vrai. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Biotop(e) pop

C’est un fait, il y a fort longtemps que la scène pop lyonnaise ne s’est pas aussi bien portée, qualitativement comme quantitativement. Les anciens sont toujours là et n’en finissent plus de se renouveler, à l’image des Purple Lords, qu’on n’attendaient plus, avec leur splendide Slow Motion Trip d'il y a quelques mois, de Prohom dont la sortie ces jours-ci de l’album Un Monde pour soi sera fêtée le 10 novembre au Périscope, et de Denis Rivet (King Kong Vahiné) dont on avait vanté les mérites du Tout Proches. Après avoir connu les honneurs des Inouïs du Printemps de Bourges, il verra sa tournée française passer par le festival Just Rock ? en compagnie d’Emily Jane White. Le Chic Type Daisy Lambert, toujours alangui dans les bacs, y sera également à l’affiche en soutien de Cascadeur et Rover (classe !), le 23 octobre au Club Transbo. Ses camarades d’Erotic Market, eux, s’en iront érotiser le festival Nouvelles Voix en Beaujolais, et les Taïni et Strongs le "sadiser" (respectivement les 22 et 23 novembre)

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En plein Air

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Stéphane Duchêne | Jeudi 16 mai 2013

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«Décrassons-nous les oreilles», prône le Festival Changez d’Air, coton-tige géant à l’appui. Mais plutôt que de s’enfoncer ledit objet jusqu’aux tréfonds de l’oreille interne – ce qui est fortement déconseillé par l’ORL moyen, on préfèrera se caresser la touffe ciliaire – ben oui, c’est comme ça que ça s’appelle, on n’y peut rien – à l’écoute des divers invités de son édition 2013 : la douce Tachka, le très (trop ?) aérien Yan Destal, le trio folk féminin Théodore, Paul & Gabriel (oui, elles ont des prénoms de garçons, et alors ? Joni Mitchell aussi) et bien sûr notre chouchou Denis Rivet. Mais ne nous cachons pas derrière notre coton-tige, l’attraction de l’événement sera bel et bien Bertrand Belin et la découverte en avant-première du successeur de son terrible Hypernuit. La chose s’appelle Parcs et le confirme en chevalier noir de la chanson française. Comme si les fantômes de Bashung et Johnny Cash visitaient les contrées country de Bill Callahan (Smog) ou les forêts welches de Rodolphe Burger. Pétri de références qui sont autant d’infinies étendues littéraires (Cormac McCarthy,

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Si loin, tout proche

MUSIQUES | Souvent qualifié de Dominique A lyonnais depuis l'époque King Kong Vahiné, Denis Rivet souffre la comparaison mais ne s'y réduit pas. Échappé en solitaire avec le très beau mini-album "Tout Proches", ce chanteur de l'entre-deux vient d'être sélectionné pour représenter Rhône-Alpes au Printemps de Bourges. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Si loin, tout proche

«Dimanche, 18 heures, c'est déjà lundi / les dernières lueurs / tombent dans la nuit / dans ton cœur / il y a de la mélancolie / sur la route du fort / il y a la pluie». Rédiger un portrait de Denis Rivet un dimanche d'hiver en écoutant en boucle son Dimanche, 18h, voilà qui plonge illico dans le syndrome du dimanche soir. C'est un fait, que ce soit avec Le Bruit des Touches ou King Kong Vahiné (lauréat de feu Dandelyon en 2006), Denis Rivet, 37 ans, a toujours su mettre des mots sur ces petites sensations indéfinissables, ces impressions fugaces, ces sidérations qu'on ne saurait forcément nommer mais qui nous traversent sans cesse. Jusqu'à ce qu'un jour, un scientifique distrait se penche sur la question en trébuchant et nous invente le «syndrome du dimanche soir», «la colique d'avant piscine», ou «la boule au ventre de l'Amour qui passe». « Près des voies ferrées » Comme ce Monsieur A auquel on l'a beaucoup comparé, mais avec une patte bien à lui, preuve que la comparai

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Bourges : le Grand huit des présélectionnés

MUSIQUES | On connaît désormais les huit projets musicaux sélectionnés pour les sélections régionales du Printemps de Bourges. Ils s'affronteront amicalement les 14 et 15 (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 29 octobre 2012

Bourges : le Grand huit des présélectionnés

On connaît désormais les huit projets musicaux sélectionnés pour les sélections régionales du Printemps de Bourges. Ils s'affronteront amicalement les 14 et 15 décembre en live au Centre culturel de Viviers (Ardèche) afin de gagner une place parmi les désormais fameuses Découvertes du Printemps (23 au 28 avril 2013). Il s'agit de : Denis Rivet, Erotic Market, Broc, Metastaz, The Architect, Kacem Wapalek, Ni et Golden Zip. Les pronostics sont ouverts et les préférences permises. Résultat des courses en janvier.

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Just Folk ?

MUSIQUES | Entre découverte musicale (dé)branchée et déambulation urbaine, le Parcours Folk marque la première étape du festival Just Rock ? Et pas la moins intéressante. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 octobre 2012

Just Folk ?

À Lyon, on aime les parcours, les traboulages en tout genre qui vous font dégringoler d'une partie de la ville à l'autre pour y dénicher des trésors insoupçonnés seulement connus de quelque guide à moustache. Sans doute conscient de cette réalité lyonnaise, le festival Just Rock ? a initié en guise d'ouverture son propre Parcours Folk, où il s'agit ni plus, ni moins que de déambuler d'un coin à l'autre de la ville, de lieux improbables en endroits qui le sont moins, à la découverte de petits trésors folk parfois également insoupçonnés mais pas toujours. La règle pour les artistes n'étant pas forcément, comme l'indique l'intitulé de l'événement de jouer spécifiquement du folk, mais de se produire en version acoustique. Pour certains, les folkeux notamment, l'exercice est naturel, ceux-ci ayant rarement l'électricité. Pour d'autres un peu moins mais c'est aussi ce qui fait le charme de l'exercice. Trio féminin, chant, guitare, contrebasse, poussé au conservatoire, Jüne n'aura pas de problème d'adaptation avec son folk jazz entêtant (entêté?), à voir à l'heure du shopping (14h) place des Célestins. Après quoi l'on pourra passer chez le libraire, en l'occurrence Expé

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