The Mastermind, la stratégie de l'échec

Publié Mercredi 28 janvier 2026

Thomas Crown / Kelly Reichardt déconstruit le film de braquage et l'imagerie des années 70 pour mieux ausculter la banalité d'une séquence historique extraordinaire. Passionnant.

Photo : The Mastermind © 2025 Mastermind Movie Inc

Le nouveau film de Kelly Reichardt s'ouvre sur des sonorités jazzy et en plans fixes troublants. Les cadres frontaux dévoilent toute la scène en profondeur. Dès le début, la cinéaste nous invite à regarder attentivement chaque détail de l'écran. Une densité de tous les instants, en contraste avec un rythme relativement lent. L'intensité de l'œuvre naît alors de ses zones d'ombres couplées à la limpidité de l'intrigue qui se met en place. Mooney, un père de famille en échec professionnel, las de vivoter ou d'emprunter de l'argent à sa mère, élabore un « gros coup » : le vol de tableaux dans un musée du Massachusetts. Déroutant et exigeant, The Mastermind s'évertue à pourfendre les codes du film de braquage tout en semant le doute sur sa finalité. 

Braqueur Amateur

Dans un geste de mise en scène aussi physique que cérébral, la réalisatrice dresse le portrait d'un homme (Josh O'Connor, flegmatique et charismatique) et, à travers lui, de temps troublés. Sans histoire, Mooney revendique son droit à se tenir éloigné des revendications sociales qui agitent le pays. La contestation contre la guerre du Vietnam est ainsi littéralement une toile de fond, résumée à de simples affiches sur les murs ou à une vague foule de manifestants. « Cerveau » d'un plan soi-disant sans risque, contrarié par les événements et son amateurisme (le titre est ironique), la cinéaste va s'amuser à le ramener de force dans une société en ébullition. À un paradoxe malicieux près, c'est justement lorsqu'il souhaite se soustraire au monde (devenu un vagabond, il perd même son identité) que la grande Histoire le rattrape malgré lui. 

Not in my tempo

The Mastermind s'impose, tel son héros déconnecté des réalités qui l'entourent, comme un film du contretemps, imposant sa propre rigueur. La normalité tant désirée par Mooney tranche radicalement avec le référentiel seventies affiché par la cinéaste, enclin à valoriser les figures de marginaux. Comme elle l'a fait avec le western (First Cow), Kelly Reichardt s'empare d'un genre bien codifié qui nécessite un rythme et une structure définie, pour le prendre à rebrousse-poil et le redéfinir. L'ambiance pop aux tons pastel des débuts (Wes Anderson n'est pas loin) et l'atmosphère presque ludique, tranchent avec un refus assumé des climax et de l'efficacité. Ici, le coup en lui-même est vite expédié, tout comme l'enquête policière qui suit. La réalisatrice se concentre sur les conséquences et l'impact de ses actes dans la vie d'un protagoniste ambivalent. Entre humour pince-sans-rire, classe et décontraction, elle impose son tempo et sa vision, poursuivant son entreprise d'affirmer de nouvelles représentations dans l'imaginaire américain.

The Mastermind
De Kelly Reichardt (U.S.A, 1h50) avec Josh O'Connor, Alana Haim, John Magaro...
En salle 4 février 2026 

The Mastermind

sortie nationale : Mercredi 4 février 2026
De Kelly Reichardt Avec Josh O'Connor, Alana Haim, John Magaro

Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d'un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d'œuvres d'art. Avec deux complices, il s'introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité... Lire +