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Diversion

Diversion
De Glenn Ficarra et John Requa (EU, 1h45) avec Will Smith, Margot Robbie...

John Requa et Glenn Ficarra revisitent le film d’arnaque dans une comédie pop fluide et élégante portée par le couple glamour Will Smith / Margot Robbie. Divertissement longtemps irrésistible, "Diversion" rate de peu sa sortie. Christophe Chabert

Fondre en un seul geste la forme et le fond pour distraire le spectateur : c’est un programme de cinéma mais aussi une méthode d’arnaque éprouvée. Diversion en a conscience et c’est un beau tour de passe-passe qu’orchestre le duo John Requa et Glenn Ficarra, ici un cran au-dessus de leurs deux premiers films I love you Philip Morris et Crazy stupid love. Le titre original, Focus, plus que son équivalent français, marque d’ailleurs cette parenté entre la mise en scène (du film) et les coups montés par Nicky avec sa bande et sa nouvelle partenaire et amante Jess : il s’agit de déplacer la focale et d’orienter le regard pour mieux tromper la victime-spectateur.

à lire aussi : Crazy, stupid, love

Cela nécessite souplesse, charme et élégance ; il faut donc avant tout un couple glamour au possible : ici, Will Smith, dans un exercice sobre d’underplaying appris chez Shyamalan, et Margot Robbie, qui confirme après Le Loup de Wall Street qu’elle a un tempérament en plus d’avoir un sex-appeal. Leur rencontre a des airs de comédie romantique subtilement dialoguée, mais c’est une ruse pour que nous regardions ailleurs. Pendant la drague, les affaires continuent, et seul le jeu trop appuyé d’un mari jaloux et armé viendra ruiner l’illusion. S’ensuit un cours magistral qui pourrait aussi être une leçon de séduction, car tout ici est pris dans un double fond pop où c’est l’exécution, fluide et invisible, qui prime.

Mirage, mon beau mirage

Diversion cultive alors de petits airs de Scorsese sans gravité, aux deux sens du terme. Cette économie parallèle brasse des tonnes de billets verts dans une organisation scientifique qui rappelle celle des mafieux dans Casino, et lors de l’acmé qui clôt la première opération, les deux réalisateurs optent pour une mise en scène rock’n’roll où travellings secs et cadres affûtés enserrent les personnages au fur et à mesure où les enchères montent. Cette virtuosité, associée à la belle photo de Xavier Pérez Grobet multipliant les aplats de couleurs flashy, donne la sensation que le film synthétise dans chaque plan son statut de mirage plaisant dissimulant un miroir aux alouettes.

à lire aussi : "Le Loup de Wall Street" : voyage au bout de l'enfer (du capitalisme)

C’est d’ailleurs quand Requa et Ficarra lèvent les masques et font entrer une violence jusque-là judicieusement tenue à distance que Diversion s’avère moins convaincant. Le retour sur terre du dernier acte, entre tentative de boucler la boucle et envie d’élargir son horizon, est clairement ce qu’il y a de plus lourd dans ce film qui, au contraire, n’existe que par son goût de la légèreté.

Diversion
De John Requa et Glenn Ficarra (ÉU, 1h44) avec Will Smith, Margot Robbie, Rodrigo Santoro…

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