Clovis Cornillac : « Dans "Belle et Sébastien", la nature est un personnage »

Après Nicolas Vanier et Christian Duguay, Clovis Cornillac signe le troisième et dernier épisode de "Belle et Sébastien", adaptation grand écran de la série de Cécile Aubry. Le réalisateur y joue aussi le rôle du méchant. On l'a rencontré.

Pourquoi autant de temps entre vos deux longs-métrages comme réalisateur – Un peu, beaucoup, aveuglément en 2015 et Belle et Sébastien en 2018 ?

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Clovis Cornillac : Entre les deux, j’ai aussi réalisé quatre épisodes de la saison 2 de Chefs, la série télévisée de France 2. Même si c’est passionnant, la réalisation demande beaucoup de temps. Belle et Sébastien 3 m’a pris un an et demi, tous les jours jusqu’à aujourd’hui. Mais quel bonheur de faire des films – c’est dément !

Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser Belle et Sébastien 3 ?

Son producteur Clément Miserez. La proposition en elle-même m’a un peu déstabilisé au début – je ne voyais pas le lien avec moi. C’est à la lecture du scénario que je me suis fait avoir, car l’histoire m’a plongé dans la littérature d’aventures, type nord-américaine comme Conrad, Steinbeck… J’ai alors réalisé que ce genre de films d’aventures n’existe plus en France. On ne nous donne plus la possibilité d’en faire.

J’étais aussi très intéressé par les thématiques comme la nature, les animaux, l’enfant et la figure du grand-père. Ce qui m’amusait plus que tout, c’était l’idée de faire un conte, de pouvoir emmener ce film sur des références qui m’importent.

Aviez-vous la nostalgie de la série créée en 1965 ?

Sans être en un grand fan quand j’étais enfant, je me suis rendu compte à quel point cette histoire faisait partie de ma culture. J’ai été traversé par ces images. Cette distance par rapport à Belle et Sébastien m’a laissé une certaine liberté pour ne pas être dans une sorte de mimétisme et au contraire d’y amener un plus.

Quand je traversais la France pour présenter le film, beaucoup de fans absolus de la première heure m’ont dit qu’ils s’y retrouvaient vraiment. Cette série était extrêmement sincère, d’où sa popularité – même des années après.

Belle et Sébastien, c’est presque une "marque" que tout le monde connaît. Peut-on être libre dans la réalisation avec un tel cahier de charges ?

Ce n’est que lors de la promotion du film que j’ai compris que j’avais fait Belle et Sébastien 3. J’ai une forme de naïveté qui m’a protégé et m’a permis d’être totalement investi dans ce que je faisais.

Lorsque j’ai annoncé aux producteurs comment je voyais le film après avoir lu le scénario, ils étaient tous enthousiastes. Ils m’ont montré ensuite les deux premiers Belle et Sébastien, que j’ai trouvé totalement dissemblables. C’était alors dans leur projet initial : ils avaient prévu d’avoir trois réalisateurs différents et de faire trois visions hétérogènes du film.

Par rapport à votre premier film tourné en un seul lieu, c’était un pari pour vous de réaliser un film différent, ouvert sur les grands espaces…

Le fait que ce soit très différent ne me pose de problème : j’aime les choses hétéroclites. Cela me donne l’occasion de pouvoir faire tous les styles de films, que ce soit un polar, une comédie, une comédie de roman. Pour moi, la réalisation, c’est prendre un risque. Et j’aime en prendre : je préfère essayer d’assumer et d’avoir quelque chose à dire en le faisant.

Quel a été votre parti pris sur Belle et Sébastien ?

Déjà, ce n’est pas un film qui se raconte à l’épaule. Tout le travail que j’ai effectué, d’un point de vue graphique, est lié justement à ce cinéma aventureux des années 1960. Ce qui m’importait dans Belle et Sébastien, c’est la présence de cette confrontation au mal avec un méchant psychologique et cette dimension du conte avec ce personnage totalement néfaste.

L’acte héroïque suprême dans ce film est le moment où Sébastien refuse de blesser le méchant, en jetant son couteau. C’est un acte supposé de lâcheté de quelqu’un qui, face au mal, refuse de le blesser. Cette notion-là de grandeur m’interroge. On apprend aux enfants à distinguer le bien du mal. À travers ce film, ils apprennent cependant que la loi n’est pas toujours juste ou peut être impuissante face à l’injustice.

Vous faites des références à la collaboration qui s’adressent davantage aux adultes…

Les enfants de six ans qui voient le film ne vont pas en parler. Ils comprennent néanmoins qu’il y a un "vécu" de guerre, même s’ils ignorent tout de l’histoire liée à la collaboration. Plus que le collabo en soi, ce qui m’importe, c’est de montrer cette notion d’être un personnage prêt à aller chercher les chiens d’autrui pour pouvoir les vendre ensuite. Cette personne sans scrupule est impliquée dans tout ce qu’on déteste, comme la cupidité.

J’aime beaucoup l’idée du film familial, mais j’ai plus tendance à dire "grand public". Quand je réalise des films, je ne pense pas à un type de public en particulier. Je le fais parce que je souhaite le partager au plus grand nombre.

Était-ce prévu dès le départ que vous joueriez le méchant ?

Clément Miserez me l’a demandé alors que j’avais déjà commencé à préparer le film – le scénario a changé plusieurs fois de version. Je me suis dit que ce serait une bonne idée de l’incarner, car je voulais vraiment cette figure du mal. Cela ne me présentait pas de problème puisque j’ai joué dans tous les films que j’ai réalisés jusqu’à présent.

Y a-t-il quelque fascination à interpréter un méchant ?

Je suis mon personnage seulement au moment où je joue sur le plateau. À ce moment-là, plus rien n’existe, je suis dedans. Je ne suis jamais rentré chez moi avec un de mes personnages. L’intérêt pour moi est de savoir ce qui va sortir de la scène plutôt que ce que j’ai pu ressentir ou non. J’ai la chance d’avoir ce recul qui me permet d’être investi systématiquement.

Comment dirige-t-on des chiens ?

J’ai travaillé avec le dresseur, Andrew Simpson, trois mois avant le tournage. Il avait déjà travaillé pour les deux premiers Belle et Sébastien. C’est un homme extraordinaire, c’est un génie. Comme il ne parle pas français, tous les chiens sont dressés en anglais – même s’ils viennent de familles françaises. L’idée était de créer cette image de chien ayant un rapport intime – et non pas seulement d’un chien haletant, simplement assis à côté d’un enfant. Dans plusieurs scènes, on va arriver à capter ces moments essentiels où le chien va réellement exprimer quelque chose.

Au même titre que les animaux, pour la nature, je ne voulais pas d’une simple carte postale et qu’elle ait une vraie présence. La nature dans mon film est un vrai personnage secondaire, important et essentiel au récit.

Avez-vous eu des difficultés à maîtriser l’espace ?

Cela n’a pas été toujours évident, surtout en montagne. La neige, c’est le décor du film. Dès que quelqu’un marche dedans, il le casse. C’était un vrai cauchemar car il fallait penser en amont aux plans, aux trajectoires des équipes pour amener le matériel.

À cela s’ajoutaient aussi les problèmes liés au temps, au froid, à la neige qui fond. Lorsqu’on faisait des repérages de paysages, deux semaines après, ils pouvaient changer. Une vraie course contre le temps! C’est un film d’aventure mais c’est aussi l’aventure sur le tournage!

Comment avez-vous géré les choix musicaux et la présence de la musique dans le film ?

J’ai failli faire des choix prétentieux de musique car, au départ je ne voulais pas mettre le thème de Belle et Sébastien. Ce n’est qu’en travaillant avec le compositeur lors du montage que j’ai compris l’importance de la musique liée à ce film. Elle est en elle-même un personnage de l’histoire.

J’ai cependant voulu la réorchestrer pour ne pas la plaquer et pour y ajouter aussi le son du violoncelle que j’aime particulièrement. Armand Amar m’a donc fait des versions très pures et simples. C’est un long processus et important, mais cela aurait été finalement une grosse erreur de ne pas mettre ce thème.

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