Et si le Dispel disparaissait ?

Collectif / Le collectif artistique installé allée de la Casamaures, à Saint-Martin-le-Vinoux, craint d’être expulsé avant le printemps. Qu’est-ce que la culture aurait à perdre à son démantèlement ? On s’est rendu sur place pour en parler avec les premiers intéressés.

Pas de panneau indicateur. Aucune enseigne. Simplement, sur un bout de grillage, une boîte aux lettres commune qui rappelle que, derrière le portail en partie ouvert, il y a toujours du monde. Les structures qui composent le Dispel cultivent-elles la discrétion ? Non : l’accueil qu’elles nous ont réservé témoigne du contraire. Simplement, elles n’organisent que très rarement des événements ouverts à tous. Et, quand c’est le cas, il se peut qu’une partie du public "consomme" sans se poser de question et ignore totalement le nom des créateurs. Au Petit Bulletin, on garde cependant un bon souvenir de l’Excentrique Cinéma, par exemple, ou d'une journée portes ouvertes étonnante, de nature à titiller bien des curiosités. Le Dispel, on le perçoit comme un lieu à part, au sens noble du terme. C’est pour cette raison que, fin décembre, lorsque l’on nous a parlé de sa possible expulsion, nous avons cherché à comprendre ce qui se passait et quelles conséquences cela pourrait avoir. Avec un sentiment d’urgence, renforcé par la découverte d’affiches Dispel en plusieurs points de l’agglo.

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La création d’abord

En discutant avec des membres de plusieurs structures présentes sur place, on a pris acte de leur idée d’être d’abord des créateurs. Les locaux qui ne paient pas de mine ? Après tout, il s’agit d’anciens entrepôts de l’entreprise Peldis, qui n’ont pas vocation à accueillir du public. Cette friche industrielle, les artistes l’ont investie de longue date, avec leurs envies, leurs énergies, leur volonté d’avancer. Cela fait maintenant de longues années qu’ils travaillent ensemble, ou au moins côte à côte, portés par leurs affinités. Et c’est précisément ce qu’ils cherchent à préserver : une énergie commune, une manière de faire, chacun étant susceptible d’apporter aux autres des idées ou de proposer des réalisations communes. Car oui, derrière les portes du lieu, il y a de la vie, des hommes et des femmes, des rencontres, des machines et du travail. Des créateurs qui ont une action et des attaches locales, dépassent aussi les frontières de l’agglo et sont connus ailleurs en France, ainsi qu’à l’étranger. Un ensemble tout à fait singulier et assumé comme tel.

Un large spectre

C’est qui et c’est quoi, le Dispel ? Aujourd’hui, cinq structures sont présentes sur place. Cinex, qui fabrique, aide à créer et diffuse du cinéma documentaire et expérimental. MTK, labo de cinéma sur supports argentiques, parti d’une expérience au 102 et qui a fait de nombreux émules, toujours créatif à partir d’outils que d’autres verraient comme de simples pièces de musée. Laps, qui regroupe deux artistes sur des projets d’installations cinétiques et lumineuses, en lien notamment avec des graphistes ou des musiciens. Culture Ailleurs, qui invente du cinéma d’ombre, de la danse et de la musique électroacoustique, crée des installations et mène des projets itinérants, avec des partenaires africains, entre autres. Octobre, enfin, atelier d’arts graphiques, orienté aussi sur l’impression et la microédition, connu pour le Microsaloon grenoblois ou le festival Une belle saloperie.

Dans cet ensemble, ceux que nous avons rencontrés étaient unanimes : s’ils quittent leurs locaux, leur force collective disparaîtra et avec elle leur mode de fonctionnement, en espace ouvert et comme lieu d’expérimentation. Bien sûr, ils savent que leur bâtiment appartient à la Métropole et rappellent que c’est la Ville de Grenoble qui l’a mis à leur disposition, après avoir signé une convention (désormais caduque) avec l’autorité métropolitaine. C’est aussi la Ville de Grenoble qui leur a proposé un relogement – individuel, d’après eux. L’histoire du Dispel et son avenir pourraient aussi être liés à la Casamaures : la cohabitation avec ce voisin, récent lauréat du Loto du patrimoine, crée parfois des frottements. Pour autant, sur place, tous n’y voient pas une menace supplémentaire. Les artistes avec qui nous avons discuté se disent ouverts au dialogue, prêts à envisager de nouvelles solutions, voire des contreparties à un soutien public qu’ils espèrent voir maintenu. L’inquiétude demeure face à une échéance qui se rapproche et à laquelle ils disent avoir du mal à se préparer, dans la perspective du déménagement de tout le matériel stocké sur place. Un tel imbroglio pose une question très concrète sur la place de la culture et le rôle des artistes dans notre société. Sera-t-elle étudiée avec le sérieux qu’elle réclame ? Une solution pérenne et satisfaisante pourra-t-elle alors être trouvée avec chaque partie prenante ? Ce n’est pas perdu, mais pas non plus gagné d’avance.

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